Les français du XIXe siècle / Alexandre Weill

Les français du XIXe siècle / Alexandre Weill

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tous les libraires. 1872. 8 p. ; in-4.
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Ajouté le 01 janvier 1872
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Langue Français
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CHEZ TOUS LES LIBRAIRES.
SOMMAIRE DE LA I" LIVRAISON. — Aux historiens du xxe siècle. — A mes contemporains.— L'histoire.— Les Sophislitjueurs de l'Histoire. — Mètre
spirituel pour mesurer les hommes. — Napoléon Ier. — Jamais révolution politique n'a pris racine sans changement de religion. — Napoléon III.
— Boulogne et Strasbourg. — Le physique de l'emploi.
AUX HISTORIENS DU XXe SIECLE.
Les nombreux organes de la publicité vous ont trans-
mis les faits matériels de l'histoire de la* France du
XIXe siècle. Mille différentes langues vous ont fait la
description des batailles qui ont été battues depuis la
première République française jusqu'au premier et au
second siège de Paris. Elles vous ont transmis les
événements bruts, les faits ou plutôt des Effets. Moi je
vous en dirai les Causes. Toute horreur matérielle
sort d'une erreur spirituelle. On vous contera les hor-
reurs, les guerres, les douleurs, les misères... mais on
ne ■vous dira pas les erreurs qui les ont enfantées ! Moi
seul je vous communiquerai les causes, qui, jusqu'à ce
jour, ont été les génératrices des malheurs et des avor-
tements de, la France ; causes qui, si elles ne sont pas
détruites, anéanties, extirpées de tous les esprits eni-
vrés, de toutes les ' raisons affolées, enfanteront des
cataclysmes dont l'histoire n'a point encore eu d'exem-
ple.
Il n'y a peut-être pas, dans toute l'Europe actuelle, un
seul penseur, un seul écrivain, un seul poëte, un seul
philosophe qui, dans l'histoire du passé, ait pénétré la
loi de Dieu, loi qui fut, est et sera toujours la logique
des causes et dès effets, pour la transmettre à l'histoire
de l'avenir !
A l'heure ou j'écris ces lignes, il n'y a pas dans
l'univers entier un seul homme d'État qui croie à la
justice pour elle-même, la cherchant dans tous les
faits, grands et petits, de l'histoire (car l'histoire
n'est que le tribunal de Dieu).
L'Europe entière est dévoyée. Elle est insane, ou,
puisque ce mot n'est pas admis, frappée d'insanilé. Par-
tout la quantité écrase la qualité, partout la force bru-
tale prime le principe de la justice absolue. Et comme
la loi de la justice ne chôme jamais, que les hommes y
croient ou non, comme jamais erreur ne fut pardonnée,
pour l'empêcher de produire l'horreur dont elle est
grosse, comme jamais iniquité n'est restée inexpiée, et
que les humains, libres dans leurs actions, doivent tou-
jours leurs malheurs exclusivement à leurs propres
iniquités, les peuples de l'Europe tomberont tous , les
uns après les autres, de l'anarchie dans le despotisme
et du despotisme dans l'anarchie ( autant dire un hom-
me empoisonné tombant du délire dans l'affaissement
et de l'affaissement dans le délire), et n'auront le choix
qu'entre différents supplices plus horribles les uns que
les autres, jusqu'à ce qu'un homme, reconnaissant la
loi de Dieu, l'ayant étudiée dans la nature et dans l'his-
toire, devienne assez fort, obtienne assez de pouvoir
pour l'imposer à la société des naufragés et des survi-
vants, absolument comme dans le temps de Noé et de
ses fils.
La loi de Dieu, qui n'est antre chose que la Morale,
et qui se reflète dans les lois de la nature, est aussi
exacte, aussi immuable, aussi inexorable que la plus
stricte vérité algébrique ou mathématique. Elle n'a
jamais, ni par le pardon, ni par un miracle, détaché un
effet de sa cause. Elle n'a jamais pardonné le moindre
délit. Elle ne le peut. Elle ne serait plus la loi.Elle ne
serait plus la morale ! Pour être, il faut qu'elle soit tou-
jours ce qu'elle fut, ce qu'elle sera ! Si elle pardonnait la-
moindre erreur, la moindre horreur qui en sort, elle les
aurait toujours pardonnées toutes, et les hommes eus-
sent toujours paisiblement joui de tous les biens natu-
rels , car les humains ne doivent leurs maheurs qu'à
leurs iniquités, et ces iniquités sont les filles empoison-
nées de leurs erreurs et de leurs folies.
A MES CONTEMPORAINS.
Quant à vous, mes contemporains, je crois ne pou-
voir vous donner une meilleure preuve d'amour, qu'en
vous disant toutes les vérités, qui vous apprendront à
mieux vous connaître — tout mal connu et reconnu est
à moitié guéri. — Vous avez assez de qualités pour que
je puisse signaler vos défauts. Je me trompe. Le Fran-
çais n'a guère de défauts. Il n'a que des vices, véritables
bâtards de l'ignorance et de l'erreur! On se corrige d'un
vice, on ne se défait pas d'un défaut.
Il me serait facile de me faire aimer de mes lecteurs
en les flattant. On n'a qu'à mentir. Mais je ne cherche
jamais à plaire que par l'accomplissement d'un devoir.
Ne dit pas des vérités qui veut. Il faut les voir, les sen-
tir. Tel ferait trois fois le tour du monde sans observer
quoi que ce fût. Moi, j'ai fait le tour de mes contempo-
rains, et quand je passe, leurs erreurs paraissent sortir
des replis les plus profonds pour se présenter, on dirait,
pour être confondues. Relever les défauts et les vices
de nos ennemis, je n'en ai cure. Qu'ils les gardent. Mais
j'aime mes concitoyens, et comme Montaigne, quand
j'aime, je mords.
2 LES FRANÇAIS DU XIXe SIÈCLE.
Toutefois, je n'aurais pas publié mes observations de
mon vivant, si je n'avais pas l'espoir que toutes ces
erreurs disparaîtront dès qu'elles seront connues. Avec
la République, la liberté de la presse et le temps ai-
dant, nous viendrons à bout de tous nos abus, de tous
nos vices, de tous nos ennemis.
Le Français avant tout est équitable, honnête et sou-
vent très-bon. Mais la bonté, quand elle n'est pas la
fille de la stricte justice, devient la mère de maintes
défaillances. Il ne suffit pas de donner des graines d'en-
semencement au laboureur. Encore faut-il veiller à ce
qu'il répande ces graines et qu'il sarcle et resarcle le
champ, autrement la famine est certaine.
Depuis quarante ans le Français, par habitude autant
que par principe, croyant qu'il suffit de faire quelque
bien sans haïr le mal, est indulgent, généreux même
pour tout ce qui est mauvais, vicieux, détestable, exé-
crable et criminel. Il est aussi indulgent pour les mau-
vais livres que pour leurs sales auteurs, aussi indul-
gent pour les mauvais principes que pour leurs ignorants
fauteurs, aussi indulgent pour les crimes d'amour que
pour leurs crapuleux perpétrateurs. La société française
est devenue un véritable Montfaucon d'indulgence, une
purée, une mare de vices où, sous une surface de verte
moisissure, fleurissent pêle-mêle toutes les ignorances,
toutes les jactances, toutes les défaillances, à côté des
crimes prônés, éperonnés et pardonnes. Le Français est
devenu tellement indulgent pour le vice qu'il a perdu
l'odorat de la vertu, dont le parfum dans cette vaste
mer de puanteurs tourne à l'aigre et sûrit au point
de donner des nausées. C'est ce qui a eu lieu avec les
vérités dites par mon compatriote Stoffel. Une société
qui ne supporte plus les vérités, fussent-elles même
exagérées, qu'on lui dit, n'est plus qu'un troupeau de
flagorneurs et de flagornés, de dupeurs et de dupés.
M. Stoffel, qui comme moi ne tourne pas sa plume sept
fois, a dit : « Une société de menteurs. » Cette situation
créée par une littérature corruptrice et corrompue, a été
encore empirée par une religion endossée comme un
costume et qui, sauf de rares exceptions, n'a créé que
des comédiens et des masques. Pourvu, en effet, que
l'on idolâtre le pape, peu importe à cette religion que
l'on craigne Dieu et sa justice ! Pourvu que l'on fasse
largesse aux capucins et aux nonnes, peu lui importe
le pauvre, l'ouvrier, l'enfant et le vieillard. Pourvu que
l'on bataille pour les pèlerins de Lourdes, vous pouvez
calomnier, injurier, piller et même massacrer tout autre
prochain, juif, protestant, libre penseur et même catho-
lique non infaillibiliste. Inutile d'ajouter que cette reli-
gion, qui, elle-même, moyennant blandices et épices,
a des indulgences pour tous les vices, voire pour des
crimes, a donné de nombreux affluents à la mer de dé-
faillances et de débonnaires connivences qui flue et
reflue dans toutes les criques de la société française.
Une société peut exister avec excès de justice, mais
elle disparaît bien vite sous l'excès d'indulgence. La
société, sous n'importe quelle forme de gouvernement,
ne repose que sur deux mots, représentant deux vérités
absolues et éternelles, savoir :
VERTU ! et JUSTICE !
Par Vertu, l'homme fait son devoir volontairement.
Par la Justice, il le fait forcément.
De ce devoir accompli seul, volontairement ou forcé-
ment, naît le droit de chacun.
Mais il ne suffit pas que quelques-uns fassent leurs
devoirs d'homme, de père, de fils, de mari et de citoyen,
quand il est permis à d'autres, par manque de justice,
de violer les leurs.
Il ne suffit pas aux uns de vivre d'après les lois de
l'hygiène, quand il est permis à d'autres d'être malpro-
pres, sales, débauchés, dussent-ils payer ces crimes
de leur vie. La maladie qu'ils créent par leurs dérègle-
ments devient bien vite contagieuse et enlève les corps
les plus sains et les plus sobres.
Vous aurez beau labourer, herser le meilleur champ
pour y semer les meilleures graines, si vous usez
d'indulgence envers les mauvaises herbes qui ne man-
quent ni ne manqueront jamais nulle part, votre champ,
au bout de la saison, ne sera bon qu'à être retourné
en fumier.
Il en est absolument de même dans le monde moral.
Le principe « fais à ton prochain ce que tu voudrais
qu'il te fit », ne se borne pas seulement au bien. Tout
principe qui n'est pas universel, qui ne s'applique pas"
sous toutes les faces, est faux. Il s'étend également au
mal. Il n'y a pas d'autre justice que celle de faire au
malfaiteur ce qu'il fait à son prochain. Si la société,
prenant en main le droit du citoyen, ne fait pas au cri-
minel ce qu'il a fait, elle ne trouvera bientôt plus un
bienfaiteur. Sans justice, point de vertu ! Le bien et le
mal sont comme le chaud et le froid, le jour et la nuit.
L'un hait et chasse l'autre. La tiédeur et le crépuscule
en sont les milieux. La France en est là.
La France n'est pas la seule nation qui tombe. Elle
n'est pas non plus la première. Mais comme elle est le
centre de l'Europe, comme elle est l'axe spirituel des
nations modernes, comme tous les rayons convergent
vers elle, et d'elle divergent aux extrémités du monde,
elle écrasera toute la société chrétienne dans sa chute.
La France tombée, il n'y a plus d'Europe ! C'est la
guerre en permanence ! c'est le droit du plus fort pro-
clamé à la place de la justice ! c'est le vice couronné à
la place de la vertu ! c'est la confusion des langues !
c'est la dissolution ! c'est le chaos ! c'est le néant !
L'HISTOIRE.
Peu de personnes savent lire l'histoire, discernant
et faisant ressortir dans les événements humains les
lois éternelles de Dieu et de la nature. C'est là le seul
but de la connaissance du passé. L'histoire n'est ni
un passe-temps ni un roman. Elle est le tribunal de
Dieu, la justice divine sur la terre, la vérité faite homme,
le Verbe devenu chair. L'histoire serait une étude oi-
seuse, fastidieuse, si, dans les faits qu'elle déroule, il
n'y avait pas la même et éternelle vérité, se manifes-
tant sous des formes différentes dans les divers événe-
ments et pouvant servir de guide infaillible pour les
occurrences futures, enseignant par des faits irrécusa-
bles, inscrits dans des fastes indéniables, qu'il y a une
justice dans la vie, que toute cause produit toujours
son effet, que nul miracle, nulle puissance ne détache
l'effet de sa cause, que le destin des peuples est dans
leurs mains, que des devoirs accomplis seuls jaillis-
sent les droits, que la vertu enfante la paix et l'ordre
et que le vice engendre la guerre et l'anarchie.