Les gestes de la dissimulation dans Delphine - article ; n°1 ; vol.26, pg 189-202
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Description

Cahiers de l'Association internationale des études francaises - Année 1974 - Volume 26 - Numéro 1 - Pages 189-202
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié par
Publié le 01 janvier 1974
Nombre de lectures 17
Langue Français

Exrait

Mademoiselle Simone Balayé
Les gestes de la dissimulation dans "Delphine"
In: Cahiers de l'Association internationale des études francaises, 1974, N°26. pp. 189-202.
Citer ce document / Cite this document :
Balayé Simone. Les gestes de la dissimulation dans "Delphine". In: Cahiers de l'Association internationale des études
francaises, 1974, N°26. pp. 189-202.
doi : 10.3406/caief.1974.1061
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/caief_0571-5865_1974_num_26_1_1061LES GESTES DE LA DISSIMULATION
DANS « DELPHINE »
Communication de Mlle Simone BALAYÉ
[Bibliothèque Nationale)
au XXVe Congrès de l'Association, le 27 juillet 1973.
L'histoire de Delphine se déroule en 1790, à Paris, dans
les salons aristocratiques dont Mme de Staël a largement
expérimenté les charmes et les poisons. Les personnages
appartiennent aux milieux de la cour ; le commérage et
l'intrigue les occupent ; on observe, on espionne, on
interprète jusqu'au moindre geste, à la moindre parole.
Chacun est en scène et joue un rôle ou s'en voit affublé.
Madame de Staël a donné à son roman la forme épisto-
laire ; sur un point, elle ne s'en est pas expliquée : comment
les lettres sont-elles utilisées pour montrer la dissimu
lation ? Sur un total de 230 lettres, Delphine en écrit
I2i, Léonce, 47, les treize autres correspondants ensemble,
62. Sur les 81 lettres du premier tiers, la simulatrice,
Mme de Vernon en a écrit 4, parti pris à l'inverse des
Liaisons dangereuses. Par toutes ces voix, on raconte ce
que l'on vit et ce que l'on croit vivre, et ce que d'autres
ont vu et rapporté, de telle manière que la réalité se décomp
ose en de multiples facettes jusqu'à disparaître complè
tement aux yeux des personnages : « Sais- je juger, sais- je
découvrir la vérité [... ] ? dit Delphine. Ma tête est exaltée ;
je n'observe point, je crois voir ce que j'imagine (1). »
(1) 2e partie, lettre 24. Devant la multiplicité des éditions, j'ai choisi
d'indiquer partie et lettre. SIMONE BALAYE IÇO
Les divers épistoliers ne sont pas des observateurs
infaillibles ; Madame de Staël utilise les lettres pour
montrer les personnages se méprenant les uns sur les autres,
trompés par les faux-semblants, les préjugés, la méchanc
eté, les gestes et, selon leur caractère, s'arrêtant à l'appa
rence, ou cherchant plus loin la vérité de chacun. L'honnêtla pureté, la sincérité exposent à des illusions qui
empêchent de voir les pièges tendus. Et puis aussi, « les
passions et la personnalité viennent se mêler aux illusions
qui sont dans les esprits, et l'œil trompe comme l'objet
et l'objet comme l'œil » (2).
Le roman n'est pas composé, comme ce sera le cas pour
Corinne, par un auteur-narrateur omniscient, inclinant
le lecteur vers une vérité plutôt qu'une autre. Dans Del
phine, les personnages ignorent beaucoup de choses ;
seul, le lecteur dispose de la somme de leurs observations
et de leurs réflexions et parvient à reconstituer à travers
les différentes versions ce qui s'est réellement passé.
Delphine n'a pas beaucoup d'expérience. Elle vit sur
les convictions dans lesquelles on l'a élevée et que sa
belle-sœur, Mlle d'Albémar, rappelle dans la 7e lettre du
roman : « Je suis fermement convaincue que les sentiments
habituels de l'âme laissent une trace très remarquable
sur le visage ; grâce à cet avertissement de la nature, il
n'y a point de dissimulation complète dans le monde. Je
ne suis pas défiante [...], mais je regarde, et si l'on peut
me tromper sur les faits, je démêle assez bien les carac
tères (3). » Mise à l'épreuve à Paris, Mlle d'Albémar verra
combien il est difficile d'y appliquer ses principes.
Delphine, élevée dans les idées philosophiques, à qui
l'on a appris à juger par elle-même et qu'on a mise en
garde contre l'hypocrisie sociale, Delphine n'a jamais
été mise à cette épreuve redoutable. Le monde est un
théâtre où elle brille. Les gens lui semblent bons ou
méchants, suivant ce qu'expriment leurs manières ; elle
(2) De l'Allemagne, p.p. la comtesse de Pange et S. Balayé, Paris,
1958-1960, IV, 314, var. A.
(3) ire partie. LES GESTES DE LA DISSIMULATION DANS « DELPHINE » ICI
ignore la duplicité des gens adroits. Rien encore, dans sa
propre conduite, ne Га mise en contradiction avec le
milieu où elle commence à vivre.
Quant à Léonce de Mondoville, le héros, espagnol par
sa mère et vivant ordinairement en Espagne, il est lui
aussi en harmonie avec la société. Sa passion de l'honneur
suscite l'admiration. C'est presque un personnage cornélien
qui éblouit ceux qui le considèrent (4). Mais il y a entre
lui et Delphine une différence notable : Delphine, par
son habitude de juger par elle-même et d'agir, remet la
société en cause. Léonce, en appliquant les lois chevale
resques jusqu'à la démesure, en est le modèle et la justi
fication. Son erreur est d'accepter pour juges de son
honneur, non pas seulement ses égaux, mais jusqu'aux
plus médiocres (5).
Le troisième personnage est Mme de Vernon, la simul
atrice, qui va utiliser au mieux de ses intérêts ces carac
tères faits pour se comprendre par leur noblesse et pour
se heurter par la différence de leurs éducations. Elle n'a
d'action que dans la mesure où tous deux sont des êtres
sincères qui ne peuvent se passer de cette société, mais
ne voient pas qu'elle est le monde du mensonge.
Mme de Vernon se moque de la vérité des sentiments.
Seules comptent les valeurs traditionnellement admises :
la richesse, le rang, un beau mariage. Peu importent les
moyens. C'est elle qui va, en grande illusionniste, méta
morphoser le monde imaginé par Delphine. Elle s'est
habituée dès sa jeunesse à « l'art de la dissimulation » (6)
et, pour s'enrichir aux dépens de sa jeune cousine, elle
a étudié son caractère afin de s'y conformer. Quelquefois
ses gestes la trahissent : ces mouvements de fuite pour
arrêter une confidence dangereuse, une émotion compro-
(4) II est caractéristique qu'il soit admiré et respecté dans son propre
pays par les jeunes gens de son âge (ire partie, lettre 10).
(5) II y a dès le début du roman une lettre de lui où il s'explique sur
ce point, la lettre 18, qui complète ce qu'on dit de lui à Delphine (note
précédente) .
2e partie, lettre 41. Histoire de Mme de Vernon racontée par elle- (6)
même. 192 SIMONE BALAYE
mettante (7), ces regards qui savent ne pas voir (8), ces
apparitions soudaines au moment opportun (9).
Delphine voit, mais, dupe de la comédie, incapable de
s'arracher à cet empire (10), elle s'explique toujours les
incohérences qu'elle constate. Elle ne se sert « jamais de
son esprit, pour éclairer ses sentiments, écrit Mme de
Vernon, de peur peut-être qu'il ne détruise les illusions
dont il a besoin » (11). Or, Delphine aime par choix Mme de
Vernon comme une mère. Constater sa trahison serait la
source d'une intolérable souffrance, qui ne lui sera pas
épargnée ; du moins, sa générosité dans le pardon fera
tomber le masque, et Mme de Vernon, à ses derniers
moments, pourra faire coïncider ses actes avec ses senti
ments. Delphine lui aura permis de s'accomplir (12).
Au début du roman, donc, le travail de sape est déjà
commencé. Mme de Vernon a tiré de Delphine une dot
pour sa fille qu'elle va marier à Léonce de Mondoville.
Mais soudain ses espérances disparaissent : à leur première
rencontre, Léonce et Delphine tombent amoureux, et
Mme de Vernon doit élaborer un plan de campagne. Elle
commence modestement par faire ressortir les idées libé
rales de Delphine, peu en accord avec le conservatisme
de Léonce et de sa mère. Cela ne suffirait pas. Mme de
Vernon va bénéficier d'un hasard.
La romancière introduit un nouveau personnage, Thérèse
d'Ervins, pour laquelle Delphine, par une folle générosité,
compromettra sa réputation. Thérèse servira involontai
rement à poser un masque sur Delphine malgré elle, celui

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