Les Livres à autographes (par Auguste Decaieu)

Les Livres à autographes (par Auguste Decaieu)

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Français
8 pages

Description

impr. de Alcan-Lévy (Paris). 1873. In-4° , 8 p..
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Publié le 01 janvier 1873
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Langue Français
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LES^LIVRES A AUTOGRAPHES
HE ne connais pas d'exercice plus agréable et plus profi-
table en même temps qu'une promenade à travers les
Les notes éparses que l'on trouve sur les gardes ou
sur les marges des volumes fournissent à notre intel-
ligence ample matière à s'exercer, les lacunes même e*
les obscurités stimulent notre ardeur, et nous y rencontrons, chemin
faisant, des satisfactions non moins utiles qu'imprévues.
Cet exercice, il est bon de s'y livrer de temps à autre.
C'est dans le but d'en faire apprécier les avantages à ceux qui l'ignorent,
de le rappeler à ceux qui l'ont pratiqué déjà, quej'entreprends cette course
aujourd'hui. Et je demande la permission de ne pas en étendre le champ
en dehors des volumes qui sont en ma possession ; non pas que j'aie
s cette prétention (trop répandue chez les collectionneurs) d'y rencontrer
des trésors, mais parce que ces volumes étant sous ma main, connus
de moi, me fournissent mieux que d'autres plus précieux, mais placés dans
des'bibliothèques étrangères, les matériaux nécessaires à mon travail et les
quelques exemples dont j'ai besoin.
Si nous analysons le plaisir délicat que goûte l'amateur d'autographes,
nous trouvons qu'il prend sa source dans ce sentiment de durée qui est si
profondément ancré en nous et qui y survit malgré les apparents démentis
que la mort lui inflige chaque jour.
Il nous est si difficile de croire à une séparation éternelle d'avec ceux qui
ont emporté dans la tombe notre amour ou notre admiration !
De là vient le prix que nous attachons aux objets qui leur ont appar-
tenu. C'est là un sentiment universellement répandu, et qui, précisément
à cause de sa force et de son universalité, a été maintes fois exploité aux
dépens de ceux qui s'y livrent sans discernement.
Qui n'a entendu parler des [nombreuses cannes vendues comme ayant
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appartenu à Voltaire, et dés plumes non moins nombreuses fournies comme
ayant signé l'abdication de Fontainebleau !
C'est ce même sentiment qui nous inspire une sorte de vénération pour
les endroits habituellement fréquentés par les hommes célèbres, et il n'est
personne, parmi ceux ayant conservé le culte des grands noms du passé,
qui pût demeurer indifférent en face de la chaumière de Jeanne d'Arc ou
dé la maison qui vit naître Corneille.
Néanmoins ces goûts et ces émotions n'ont pas été sans soulever certaines
critiques. Le goût pour les autographes spécialement a été fort combattu.
On aurait mauvaise grâce à s'en plaindre, il subit le sort commun ; mieux
vaut le justifier en cherchant sa raison d'être dans sa nature même, comme
nous faisons en ce moment, et en s'efforçant de prévoir et de détruire les
objections
' Parmi ces objections, il en est une à laquelle je veux répondre avant
d'aller plus loin ; c'est la plus sérieuse, la seule même qui le soit, et je n'en
relèverai point d'autre.
' Mais, avant tout, qu'il soit bien entendu que je ne m'adresse pas à ces
esprits étroits et chagrins chez lesquels Tâmour-propre élit si volontiers
domicile, à ces gens qui, de parti pris, sans examen, de leur chef, avec un
aplomb inébranlable et une confiance robuste, dénigrent indistinctement
tout ce qui ne vient pas d'eux, tout ce qui est en dehors de leurs goûts,
tout ce qui dépasse leur intelligence.
Que vous leur parliez des découvertes de la science, des progrès de l'es-
prit humain, de l'application dès idées philanthropiques, ou même parfois
des problèmes religieux, invariablement vous vous heurtez contre un mau-
vais vouloir borné, se manifestant, non par des objections sérieuses, mais
par des attaques blessantes ou des railleries banales que nulle réponse, si
juste sôit-élle, ne fera cesser. Ces attaqués et ces railleries, il devra vous
suffire de les mépriser en silence, sauf à laisser à leurs auteurs la satisfac-
tion d'accuser votre naïveté, ce qui est unefaçon d'affirmer leur supériorité
à eux. -
On a combattu ce goût pour les autographes en alléguant les incerti-
tudes auxquelles se heurte celui qui veut en vérifier l'authenticité. En
effet, leur valeur est bien de nature à tenter l'habileté des faussaires, d'au- '
tant plus que ceux-ci savent leurs dupes promptes à s'enflammer, et en tout
cas empêchées par l'amour-prbpre lorsqu'elles -viennent à soupçonner la
fraude. ■'--
Et à l'appui, on ne manque pas dé citer un exemple fameux encore pré-
sent à toutes les mémoires : celui d'un membre de l'Institut qui, il y a
quelques années, présenta à ses savants collègues les autographes les plus
invraisemblables, que lui avait fait accueillir et acheter à haut prix un
euné homme par lui employé à faire des copies dans les bibliothèques.