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Les Premières Leçons par coeur... par Aug. Braud,... Cinquième édition

De
142 pages
F. Tandou (Paris). 1864. In-18, 142 p..
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LES
PREMIÈRES JLECONSj
PAR CŒUR
POUR LES ENFANTS DES DEUX SEXES
DE SIX A NEUF ANS
AVEC
NOTES EXPLICATIVES ET ÉCLAIRCISSEMENTS
Par Aug. BRAUD
?"■ Ancien professeur, membre résidant de la Société
pour l'Instruction élémentaire, à Paris. I
'i' PARIS
DEZOBRY, FD TANDOU ET C., LIBR.-ÉDITEURS,'
: Rue des Écoles, 78, 1
-- (Près du Musé( de Cluny et de la Sorbonne.)
LES
PREMIÈRES LEÇONS
PAR COEUR.
- DU MÊME AUTEUR.
LES PREMIÈRES LEÇONS PAR CCEUR, livre ou guide du maître.
I vol. in-18 90 c:
LES PREMIÈRES LEÇONS DE GRAMMAIRE FRANÇAISE, fetit cours
méthodique et pratique à l'usage des enfants des deux sexes,
QUATRIÈME édition, refondue :
Livre de l'élève. 1 vol. in-12, cartonné. Prix. 75 c.
Livre du maÍlre. 1 vol. in-12, cartonné. 1 20
Ce premier cours de grammaire pratique repose sur un en-
semble de procédés si simples, si bien appropriés à l'âge auquel
il est restiné, qu'il est un véritable soulagement pour le maî-
tre comme pour l'enfant, dans cette partie ordinairement si pé-
nible des études.
des procédé, révélés par l'auteur après une longue expé-
rience, enlèvent à l'enseignement de la grammaire toute l'ari-
dité et les tâtonnements infructueux qui ont fait si longtemps
-à désespoir des enfants.
Chaque règle est suivie d'exercices d'application' extraits de
âos grands moralistes et de nos meilleurs auteurs. Là, dans une
simple copie de quelques lignes, et à l'aide du procédé indiqué
en tête, l'élève est appelé à produire trois devoirs en un seul.
orthographe pratique, grammaire, analyse. En effet, dans la
copie, qui forme l'exercice d'orthographe , il désigne par un
simple trait la partie du discours sur laquelle il s'exerce, puis,
de vive voix, c est-à-dire en lisant, il indique chaque partie en
récapitulant tout ce qu'il a vu jusqu'au point où il en est
rendu : c'est la grammaire et l'analyse. Ce sont là les trois de-
voirs produits en un seul. Par écrit, il n'a qu'une seule chose
à faire, qu'un trait à mettre sous une lettre, sous un mot; dans
l'exercice oral, il récapitule et explique tout ce qu'il sait, en sorte
qu'arrivé à la fin de son livre, il a appris l'orthograph&' usuelle,
les dix parties du discours et l'analyse grammaticale, et il fait
cette dernière sans la moindre hésitation.
La tâche est si légère, si facile J saisir, que l'enfant l'accom-
iplit sans effort, sans travail et comme en jouant. C'est la science
versée goutte à goutte, la marche éclairée pas à pas, et la route
ainsi parcourue avec une sage lenteur est toujours la plus sûre.
C'est sous ce point de vue que les Premières leçons de Gram-
maire française se recommandent à l'attention des instituteurs
et des institutrices.
NOUVEAU SYLLABAIRE, ou Méthode simple et facile pour ap-
prendre à lire en très-peu de temps; 4e édition, corrigée et
augmentée. 1 vol. in-tg jésus, cartonné.,. 40 c.
PETIT SYLLABAIRE DES ENFANTS, in-12, cart 25 c.
3,; Tableaux de Lecture, reproduisant la méthode entière
in-folio 2 fr. 50 c.
Tout est gradué dans ce Syllabaire : Éléments et exercices
syllabiques, phrases syllabées, exercices gradués de lecture cou-
rante , Icclure courante suivie, lecture manuscrite, premières
connaissances usuelles et morales, nombres au bas ae chaque
page, table d'additioll. et de soustraction.
G.
LES
PREMIÈRES LEÇONS
PAR COEUR
:!l;. FANTS DES DEUX SEXES
.(fÔfllE^FANTS DES DEUX SEXES
v
WSIX A NEDF ANS
'l AVEC
NOTESlmiCATIVES ET ÉCLAIRCISSEMENTS
Par Aug. BBAUD
Ancien professeur, membre résidant de la Société pour
l'instruction élémentaire, à Paris.
CIHQllIKIHi: KOITIOH
1 PARIS
(ÉDITIONS BEZOBRY)
Fd TANDOU ET Cie, • LIBRAIRES-ÉDITEURS
RUE DES ÉCOLES,78
, (Près du Musée de Clunj et df la SorLonne)
1864
TARIS. — mp. W. RSMQUET, COUPÏ ET Cc, RUE GAtULNCltR:., JI
Tout exemplaire de cet ouvrage non revêtu de la griffe
de l'auteur et de celle des éditeurs sera réputé con-
trefait.
AVERTISSEMENT.
Voici un petit livre que nous offrons avec con-
fiance aux enfants de l'un et de l'autre sexe, comme
un guide sûr et agréable de leurs premiers pas au
commencement de leurs études ; ce sont les pre-
mières leçons du cœur et de l'esprit : du cœur,
parce qu'elles expriment les meilleurs sentiments
dont l'enfance doive être pénétrée ; et de l'esprit,
parce qu'elles sont toutes propres à développer
utilement l'intelligence et à la diriger vers d'autres
vérités, d'autres enseignements que réclamera
bientôt un âge plus avancé.
C'est là, enfants, votre premier code de morale,
le premier règlement de votre conduite pour l'âge
actuel. Vous devrez le lire attentivement, l'étudier
et l'apprendre tout entier par cœur, afin que toutes
vos pensées et toutes vos actions soient empreintes
des principes qu'il contient.
A votre âge, le cœur et l'esprit sont accessibles
à toutes les impressions qu'on veut leur donner.
Vous n'avez point encore à pourvoir à vos besoins
de nourriture, de vêtements et de dépenses de
toutes sortes pour votre existence ; sans inquiétude
d'aucune espèce, vous pouvez vous livrer entière-
G AVERTISSEMENT.
ment aux petites études qu'on exige de vous : on
ne vous demande rien de plus.
Vous avez donc la plus grande facilité pour ap-
prendre par cœur et pour retenir dans votre mé-
moire les préceptes utiles, les connaissances pré-
cieuses qui ornent si bien un enfant, et qui doivent
faire naître en vous les plus aimables qualités, les
plus heureuses dispositions.
Les excellents modèles que nous vous proposons
renferment tout ce que l'homme de bien peut sen-
tir, tout ce que le cœur humain doit contenir d'a-
mour de Dieu, de tendresse filiale, d'esprit de jus-
tice et de vérité, de charité et d'affection pour la
famille et pour le prochain.
Faites de ces leçons l'aliment quotidien de votre
jeune intelligence; que les préceptes qu'elles vous
donnent entrent tout entiers dans votre cœur, et
que, passant par votre esprit, ils sortent de votre
bouche comme les expressions de vos propres sen-
timents.
Vous le voyez, enfants, ces leçons vous appren-
dront à sentir comme les auteurs qui les ont faites ;
votre conduite, réglée par elles, fera le charme de
votre âge, le bonheur de votre vie et la joie de vos
familles. Vous y apprendrez aussi à bien parler, à
vous exprimer simplement et avec clarté ; ce sont
des qualités toujours utiles, souvent indispensables
dans toutes les conditions de la vie, et qui font
distinguer l'enfant bien élevé.
AUG. B.
i.
PREMIÈRES LEÇONS
PAR CŒUR
POUR. X.ES EN7ANT9
PREMIÈRE PARTIE
1. PRIÈRE POUR LES PETITS ENFANTS.
Notre père des cieux, père de tout le monde,
De vos petits enfants c est vous qui prenez soin;
Mais à tant de bonté vous voulez qu'on réponde,
Et qu'on demande aussi, dans une foi profonde,
Les choses dont on a besoin.
Vous m'avez tout donné, la vie et la lumière,
Le blé qui fait le pain, les fleurs qu'on aime à voir,
Et mon père et ma mère, et ma famille entière;
Moi, je n'ai rien pour vous, mon Dieu, que la prière
Que je vous dis matin et soir.
Notre père des cieux, bénissez ma jeunesse !
Pour mes parents, pour moi, je vous prie à genoux :
Afin qu'ils soient heureux, donnez-moi la sagesse ;
Et puissent leurs enfants les contenter sans cesse,
Pour être aimés d'eux et de vous !
* (Mme AMABLE TASTU).
<0 LES PREMIÈRES LEÇONS PAR COEUR.
2. LA MÈRE ET SES DEUX FILS.
Écoutez un mot, mes amis,
Qui me paraît plein de tendresse'.
D'une veuve entre ses deux fils,
L'un de huit ans, l'autre de dix,
Les soins se partageaient sans cesso.
A leur mère, ces fils chéris
Rendaient caresse pour caresse.
« Maman, lui dit un jour l'aîné,
« Vous m'avez sûrement donné
« Des preuves d'un amour extrême ;
« Malgré tout votre attachement,
« Vous ne pouvez pas cependant
« M'aimer autant que je vous aime. »
— Quoi ! mon fils, de mes sentiments
Méconnais-tu2 le caractère 1 ?
« — Non, mais vous avez deux enfants;
« Moi, je n'ai qu'une tendre mère. »
(Philippon DE LA. MADELAINE).
1. Tendresse, affection, sen-
sibilité du cœur.
2. Méconnais-tu, c'est-à-dire
ne reconnais-tu plus?
3. Caractère, ce mot signifie
ici l'espèce, la marque, la qua-
lité des sentiments de la mère
pour ses enfants.
3. LES ANGES.
Si quelquefois une vaine louange
Pour me flatter m'a donné le nom d'ange,
Je veux du moins, tout jeune que je suis,
Le mériter autant que je le puis.
Avoir l'humeur égale et pomt farouche,
1. L'humeur égale, c'est-à-
dire, avoir toujours un bon ca-
ractère, la même disposition du
cœur »*, reprit.
PREMIÈRE PARTIE. 11
Le front serein 2, le sourire à la bouche,
Être soumis, compatissant3, pieux,
N'est-ce point là, mon Dieu, ce qu'il faut faire,
Pour ressembler aux anges4 sur la terre,
Ou devenir un ange dans les cieux,?
(Mme AMABLE TASTD).
2. Le front serein, calme,
sans fronceqient, sans bouderie.
3, Compdlissant, sensible au
malheur d'autrui.
4. Aux anges. Le mot ange
veut dire messager. Les anges
sont les messagers du bon Dieu.
Ce sont de purs esprits et non
des êtres corporels comme nous.
Si l'on nous les représente sous
la forme corporelle et avec des
figures de bons et jolis enfants
comme vous, c'est par compa-
raison, et pour les rendre com-
préhensibles àvotre intelligence
Un enfant pieux, doci!& eL
obéissant, ressemble sur la ferre
à un ange du ciel, qui aurait été
envoyé par Dieu pour faire la
joie de sa famille et de tous ceux
qui l'entourent de leurs soins et
de leurs caresses. Aussi, quand
il est bon et riant, on lui dit
mon ange, expression bien douce
et bien agréable pour lui, puis-
qu'on le compare à un ange de
Dieu, et qu'on le chérit comme
s'il en était un en effet.
4. HYMNE.1 DE L'ENFANT A SON REVEIL.
0 père qu'adore mon père !
Toi, qu'on ne nomme qu'à genoux!
Toi, dont le nom terrible et doux
Fait courber le front de ma mère ;
On dit que ce brillant soleil
N'est qu'un jouet de ta puissance,
Que sous tes pieds il se balance
Comme une lampe de vermeil4.
I. Hymne. Ce mot signifie
cantique ou. chant en l'honneur
de Dieu.
2. Comme une lampe de ver-
meil. Le vermeil est de l'argent
doré. L'auteur fait ici une com-
paraison : Le soleil brille au fir-
mament comme on voit briller
le vermeil, dont on fait de U
vaisselle, des couverts, etc.
12 LES PREMIÈRES LEÇONS PAR COEUR.
On dit que c'est toi qui fais naître
Les petits oiseaux dans les champs
Et qui donne5 aux petits enfants
Une âme4 aussi pour te connaître.
On dit que c'est toi qui produis
Les fleurs dont le jardin se pare,
Et que, sans toi, toujours avare,
Le verger" n'aurait point de fruits.
Aux dons que ta bonté mesure
Tout l'univers est convié G;
Nul insecte n'est oublié
A ce festin de la nature7.
L'agneau broute le serpolet8 ;
La chèvre s'attache au cytise9 ;
La mouche au bord du vase puise
Les blanches gouttes de mon lait;
L'alouette a la graine amère
Que laisse envoler le vanneur10 ;
3. Et gui donne. II faudràit
donnes, parce que ce verbe est
à la deuxième personne du sin-
gulier, qui se termine par s.
Mais il est permis aux poëtes de
supprimer ainsi une lettre qui
nuirait à la mesure du vers. Cela
s'appelle une licence poétique
(ce qui est permis au poëte).
4. Une âme. L'âme est le
souffle divin, le principe de vie
que Dieu a donné à l'homme et
à la femme.
5. Verger, lieu clos et planté
d'arbres fruitiers.
6. Toul l'univers est convié,
c.-à-d. tous les êtres du monde
sont invités à prendre part.
7..4 ce festin de la nature.
Le mot nature, ici. veut dira
l'ensemble de la création avec
l'idée de la reproduction que
Dieu a donnée à chaque espèce
d'êtres et ee choses. Toute la
r.ature tressaille de joie et d'al-
légresse aux yeux du Créateur..
8. Serpolet, petite plante
odoriférante, c'est-à-dire ayant
de l'odeur.
9. Cytise, plante, sorte de
luzerne en arbre.
10. Vanneur, moissonneur qui
bat les grains et les vanne pour
les nettoyer à l'aide d'une sorte
de panier à deux anses qu'on
nomme van.
PREMIÈRE PARTIE. 13
Le passereau" suit le glaneur u,
Et l'enfant s'attache à sa mère.
Et, pour obtenir chaque don
Que chaque jour tu fais éclore,
A midi, le soir, à l'aurore u,
Que faut-il? Prononcer ton nom. 1
(A. de LAMARTINE).
11. Le pastereau, c'est le
moineau.
12. Le glaneur, celui qui ra-
masse les épis dans les champs
après la moisson.
13. L'aurore, c'est le point
du jour, un peu avant le lever
du soleil.
5. PRIÈRE DE L'ENFANT A SON RÉVEIL.
0 Dieu ! ma bouche balbutie
Ce nom des anges redouté.
Un enfant même est écouté
Dans le chœur qui te glorifie 1
Ton nom est écrit dans les cieux !
Je suis trop petit pour y lire ;
Ma mère en mes yeux le voit luire,
Et moi je le lis dans ses yeux.
Quand je suis bon, quand elle est tendre, ,
Nous sentons ta présence en nous ;
Je joins mes mains sur ses genoux :
T'aimer, n'est-ce pas te comprendre?
Ah ! puisque tu veilles si loin
Pour exaucer notre tendresse',
1. Dans le chœur qui te glo-
rifie. On entend par chœur la
réunion de plusieurs musiciens
qui chantent ensemble,en même
temps. Ici, en effet, l'auteur
parle de tous les êtres de la
nature, qui semblent chanter
tous ensemble la gloire de Dieu.
— Dans une église, on nomme
aussi chœur l'espace où se tien-
nent les chantres des offices,
près de l'autel.
- 2. Exaucer notre tendresse,
c'est-à-dire écouter nos prières,
accorder ce que nous deman-
dons.
4 4 LES PREMIÈRES LEÇONS PAR COEUR.
Je veux te demander sans cesse
Ce dont les autres ont besoin. ,
Mon Dieu, donne l'onde aux fontaines,
Donne la plume aux passereaux,
Et la laine aux petits agneaux,
Et l'ombre et la rosée aux plaines.
Donne au malade la santé,
Au mendiant le pain qu'il pleure,
A l'orphelin' une demeure,
Au prisonnier la liberté.
Donne une famille nombreuse
Au père qui craint le Seigneur;
Donne à moi sagesse et bonheur,
Pour que ma mère soit heureuse !
Que je sois bon, quoique petit,,
Comme cet enfant4 dans le temple,
Que chaque matin je contemple,
Souriant au pied de mon lit !
Mets ton saiht nom dans ma mémoire,
Mets le pauvre sur mon chemin,
Mets l'abondance dans ma llain,
Pour que je la verse à ta gloire;
Et que mon cœur s'élève à toi,
Comme cet encens en fumée
Que balance une urne embaumée8
Dans les mains d'enfants comme moi.
(A. DE LAMARTINE).
3. Orphelin, enfant qui a
perdu son père et sa mère.
- 4. Comme cet enfant., c'est
l'enfant Jésus.
5. Une urne embaumée,
c'est l'encensoir à l'église.
PREMIÈRE PARTIE. 45
6. LE BÉNÉDICITÉ1.
Bénissez, ô mon Dieu, ce pain de chaque jour,
Que votre grâce accorde à mon humble demande ;
Qu'il apporte à mon corps une force plus grande,
Et qu'en retour mon cœur vous rende
Plus de respect et plus d'amour!
(Mme AMABLE TASTU).
t. Bénédicité, prière qu'on
fait avant le repas, pour remer-
cier Dieu de la nourriture qu'il
nous accorde chaque jour.
7. L'OREILLER D'UN ENFANT.
Cher petit oreiller ! doux et chaud sous ma tête,
Plein de plume choisie ; et blanc ! et fait pour moi !
Quand on a peur du vent, des loups, de la tempête,
Cher petit oreiller, que dors bien sur toi !
Beaucoup,beaucoup d'enfants, pauvres et nus,sans mère,
Sans maison n'ont jamais d'oreiller pour dormir;
Ils ont toujours sommeil! 0 destinée amère* !
Maman, douce maman! cela me fait gémir.
Et quand j'ai prié Dieu pour tous ces petits anges*
Qui n'ont pas d'oreiller, moi j'embrasse le mien ;
Et seule en mon doux nid3 qu'à tes pieds tu m'arranges,
Je te bénis, ma mère, et je touche le tien. #
1. 0 destinée amère! c'est-
à-dire sort cruel, situation pé-
nible, malheureuse. -
2. Pour tous ces petits anges,
c'est-à-dire pour ces petits en-
fants ; c'est une comparaison.
3. Et seule en mon doux nid.
L'enfant est chaudement dans
son lit, comme le petit oiseau
dans son nid: c'est encore une
comparaison. Faites attention
à ces sortes dSexpressions.
46 LES PREMIÈRES LEÇONS PAR COEUR.
Je ne m'éveillerai qu'à la lueur première
De l'aube, au rideau bleu4; c'est si gai de la voir!
Je vais dire tout bas ma plus tendre prière !
Donne encore un baiser, douce maman, bon soir !
PRIÈRE :
Dieu des enfants, le cœur d'une petite fille
Plein de prière (écoute) est ici sous mes mains;
Hélas ! on m'a parlé d'orphelins" sans famille!
Dans l'avenir, bon Dieu, ne fais plus d'orphelins !
Laisse descendre au soir un ange qui pardonne,"
Pour répondre à des voix que l'on entend gémir;
Mets sous l'enfant perdu, que sa mère abandonne,
Un petit oreiller qui le fera dormir !
(Mme DESBORDES VALMORE).
4. De l'aube au rideau bleu.
C'est la première clarté qui an-
nonce le jour, et qui précède
l'aurore. Quand il n'y a pas de
nuages, le ciel est bleu à 1 aube,
tandis qu'il est rouge à l'au-
rore, qui est le moment où les
rayons du soleil vont paraître.
L'aube est ce qu'on nomme
le crépusctlle du matin. Ce mot
tréputcule veut dire qui croit
un peu, qui commence a crozlre.
- La clarté qui reste après le
coucher du soleil s'appelle le
crépuscule du soir; ensuite,
c'est la nuit.
5. On m'a parlé d'orphelin,.
Voyez le renvoi 3, page 14.
6. - Un ange qui pardonne.
Voyez le renvoi 4, page 11.
LES JOURS DE LA SEMAINE.
8. PRIÈRE DU LUNDI.
Mon Dieu, pendant cette semaine,
Dans mes leçons et dans mes jeux,
Gardez - moi de faute ou de peine,
Car qui dit l'un dit tous les deux.
PREMIÈRE PARTIE. 47
Donnez-moi cette humeur docile
Qui rend le devoir plus facile ;
Et si ma mère m'avertit,
Au lieu de cet esprit frivole
Que distrait la mouche qui vole,
Seigneur, donnez-moi votre esprit1.
(Mme AMABLE TASTU).
1. Seigneur, donnez-moi
votre esprit, c'est-à-dire inspi-
rez-moi les sentiments de doci-
lité que vous aviez étant enfant
comme moi.
Cette pièce est adressée à Notre
Seigneur Jésus-Christ, qui, en-
fant comme vous, faisait la joie
et le bonheur de Marie sa mère,
par sa douceur et sa soumision.
1
9. PRIÈRE DU TOUT PETIT ENFANT.
Mon Dieu, pour être heureux tu m'as mis sur la terre.
Tu sais bien mieux que moi quels sont mes vrais besoins;
Le cœur de ton enfant s'en rapporte à tes soins ;
Donne-moi les vertus qu'il me faut pour te plaire.
(MOREL DE VINDÉ) 2.
1. Les vertus, c'est-à-dire les
qualités nécessaires.
2. Morel de Vindé, né à Pa-
ris en 1759; mort en 1842.
10. PRIÈRE DU MARDI.
A L'ANGE GARDIEN.
Veillez sur moi quand je m'éveille,
Bon ange, puisque Dieu l'a dit;
Et chaque nuit, quand je sommeille,
Penchez-vous sur mon petit lit.
Ayez pitié de ma faiblesse,
A mes côtés marchez sans cesse,
lô LES PREMIERES LEÇONS PAR COEUR.
Parlez-moi le long du chemin ;
Et, pendant que je vous écoute,
De peur que je ne tombe en route,
Bon ange, donnez-moi la main.
(Mme AMABLE TASTU).
Pour le mot ange, voyez le renvoi 4, page 11.
11. UNE MÈRE.
Eh ! qui pourrait compter les bienfaits d'une mère!
A peine nous ouvrons les yeux à la lumière,
Que nous recevons d'elle en respirant le jour,
Les premières leçons de tendresse1 et d'amour.
( DUCIS) 2.
1. Tendresse, sensibilité, té-
moignages d'affection.
2. Ducis, né à Versailles en
1733 ; mort en 1813.
12. L'OBÉISSANCE.
A ses parents l'obéissance
N'est pas pour un enfant seulement un devoir ;
C'est sa sûreté, sa défense
Au milieu des dangers qu'il ne saurait prévoir.
(DIDOT)
1. Didot, né à Paris en 1764; mort en 1836.
13. PRIÈRE DU MERCREDI
POUR LES PETITS ENFANTS MORTS.
Comme on parle, dans leur absence,
Des amis qui sont loin de nous,
PREMIÈRE PARTIE. 19
Mon Dieu 1 l'enfant qui reste pense
A l'enfant qui retourne à vous.
Au ciel, pour chanter vos louanges,
Vous rappelez ces petits anges 1,
Qu'on met coucher avant le soir.
Eux n'ont plus besoin de prières;
Mais consolez leurs pauvres mères,
Qui sont si longtemps sans les voir.
(Mme AMABLE TASTU).
t. Ces petits anges qu'on met
coucher avant le soir, c'est-à-
dire qui meurent avant le temps
de la vieillesse, qui est le soir
de la vie, la fin de la vie. Réflé-
chissez sur cette prière.
14. L'ENFANT ET LE PETIT ÉCUi.
r
Possesseur d'un petit écu,
Un enfant se croyait le plus riche du nionde.
Le voilà qui fait voir ce trésor à la ronde,
En criant gaîment : « J'ai bien lu !
— A merveille2, lui dit un sage;
C'est le prix du savoir que vous avez reçu,
Du savoir tel qu'on peut le montrer à votre âge ;
Mais voulez-vous encor être heureux davantage?
Aspirez", mon enfant, au prix de la vertu;
Vous l'aurez, quand des biens vous saurez faire usage.»
L'enfant entendit ce langage4;
L'écu, d'après son cœur et sensible et bien né",
1. Petit icu. Cette pièce de
monnaie n'existe plus. C'était
une pièce d'argent qui valait
trois francs de notre monnaie
actuelle.
2. A mèrveille, c'est-à-dire
c'est très-bien.
3. Aspirez, c'est-à-dire sou-
haitez d'arriver à, désirez de
-parvenir au prix de la vertu.
4. L enfant entendit ce lan.
gage, comprit ce que Gela vou-
lait dire.
5. Son cœur. bien né, doué
des meilleures qualités, sensible
et généreux.
20 LES PREMIÈRES LEÇONS PAR COEDR.
A rapporter le double6 est soudain destiné:
Avec le pauvre il le partage.
(L'abbé J.-L. AUBERT)
6. A rapporter le double.
Dieu nous récompense au dou-
ble, au centuple du bien que
nous faisons à nos semblables,
surtout aux pauvres.
7. L'abbé Aubert, ne a Paris
en 1731; mort en 1814. Auteur
de fables et de contes moraux.
15. PRIÈRE DU JEUDI.
LA RÉCRÉATION.
Mon Dieu, ma tâche est terminée.
Vous vous contentez de si peu,
Que la fin de cette journée
Pour vos enfants n'est plus que jeu.
S'ils font tourner la corde agile,
S'ils poussent le cerceau mobile
Qui roule et court sur les cailloux,
Vous les suivez d'un œil de père,
Et vous dites, comme ma mère :
« Allez, enfants, amusez - vous ! »
(Mme AMABLE TASTC).
16. L'OISIVETÉ 1 EST UN POISON.
Comme un poison mortel fuyons l'oisiveté :
Elle est l'arbre du mal, son fruit est infecté ;
Elle devient pour nous pire que cette rouille
Qui s'attache aux métaux, qui les ronge et les souillell.
(DIDOT)3.
1. Oisiveté, inaction, paresse.
3. Qui tes stuille, qui les sa-
lit, qui les tache.
3. Didot. Voyez pièce no iz.
PREMIÈRE PARTIE. 21
17. TENDRESSE MATERNELLE.
L'enfant, de jour en jour, avance dans la vie;
Et, comme les aiglons, qui, cédant à l'envie
De mesurer les cieux dans leur premier essor',
Exercent près du nid leur aile faible encor,
Doucement soutenu sur ses mains chancelantes,
Il commence l'essai de ses forces naissantes.
Sa mère est près de lui ; c'est elle dont le bras,
Dans leur débile2 effort, aide ses premiers pas.
Elle suit la lenteur de sa marche timide,
Elle fut sa nourrice, elle devient son guide :
Elle devient son maître, au moment où sa voix
Bégaie S à peine un nom qu'il entendit cent fois
Ma mère est le premier qu'elle l'enseigne à dire. :
Elle est son maître encor dès qu'il s'essaie à lire ;
Elle épelle avec lui dans un court entretien,
Et redevient enfant pour instruire le sien.
( Legouvé) 4.
1. Essor, le vol de l'oiseau.
i. Débile, faible.
3. Bégaie, dli verbe bégayer,
parler, dire avec difficulté.
4. Legouvé, ne a Paris en
1764; mort en 1813.
18. PRIÈRE DU VENDREDI.
A JÉSUS-CHRIST.
Jésus, que dès votre jeune âge
Le ciel bénit de ses faveurs ;
Jésus, si savant et si sage,
Que vous confondiez les docteurs1;
Jésus, qui fûtes sur la terre
Toujours soumis à votre mère,
Toujours pieux et plein de foi2;
1. Les docteurI, les hommes
savants.
2. Foi, croyance religieuse,
confiance en Dieu.
22 LES PREMIÈRES LEÇONS PAR COEUR.
Quand je m'efforce de vous suivre,
Dites, comme en votre saint livre :
« Laissez l'enfant venir à moi. »
(Mme AMADLE TASTU).
19. PREMIER HOMMAGE1 D'UN ENFANT
A SON CRÉATEUR.
Je ne suis qu'un enfant encore,
Mais je veux louer le Seigneur;
D'un Dieu si bon que tout adore,
Je veux célébrer2 la grandeur.
C'est lui qui donne la lumière
A l'astre qui règle le jour3 ;
Et l'astre qui, la nuit4, éclaire encor la terre,
- Est un présent de son amour.
C'est lui qui donne la naissance
A tous ces animaux divers,
Semés avec magnificence8
Dans tous les coins de l'univers G.
Il a fait la baleine7 immense
Qui plonge dans les vastes mers ;
L'insecte8 lui doit l'existence,
Comme l'aigle qui fend les airs.
Ce riant tapis de verdure
Qui pare si bien nos bosquets,
Ce zéphyr9, dont l'haleine pure
t. Hommaye, témoignage de
génération, de respect, de sou-
Jnission.
2. Célébrer, louer avec éclat,
oublier avec éloge.
- 3. L'astre qui règle le jour,
c'est le Soleil.
4. Et l'a8tre qui, la nuit.,
c'est la Lune.
5. Avec magnificence, avec
somptuosité, grandeur,largesse.
6. de l'univers, in monde
entier.
7. La baleine, le plus gros
poisson des mers.
8. L'insecte. Ce nom est donné
aux plus petits animaux comme
les mouches, les moucherons, les
chenille" les sQulerellea, etc.
9. Ce zéphyr, vent doux, lé-
ger et agréable.
PREMIÈRE PARTIE. 23
En rend les ombrages si frais,
Ces œillets, ces lis et ces roses
Répandant des parfums10 si doux,
Ces fruits délicieux., tant d'admirables choses,
Ce Dieu les fit toutes pour nous.
Dans mon berceau,, couché naguère Il,
Muet et privé de raison12,
De ce bienfaiteur de la terre
Je ne connaissais pas le nom.
Mais ma raison commence à naître :
De mon Dieu je parle aujourd'hui.
Ma mère en ses leçons me l'a bien fait connaître :
Je veux me consacrer à lui !
Tout le bénit dans la nature13,
Tout me parle de sa bonté ,
Jusqu'au ruisseau dont le murmure
Réjouit mon cœur enchanté.
Les petits oiseaux du bocage14
Le chantent sur les verts rameaux :
Désormais, chaque jour, je joindrai mon hommage
A celui des petits oiseaux.
Dans son sein que ce Dieu m'appelle,
Aussitôt sans crainte j'irai;
A ses ordres toujours fidèle,
Qu'il commande, j'obéirai.
* Si ma raison se fortifie10 ,
Un jour, bien mieux je le louerai,
Et tant qu'il daignera me conserver la vie,
Non, jamais je ne l'oublierai.
(M. J. BLONDEAU DE COMWRCY).
10.Parfums,odeurs amables.
11. Naguère, autrefois.
12. Ma raison. La raison est
la faculté, le pouvoir de notre
âme qui règle convenablement
nos pensées et nos actions ; c'est
l'exercice de notre intelligence
à l'examen des choses qui frap-
pent nos sens ou notre esprit.
- 13. Dans la nature, dans la
création, dans l'univers.
14. Bocage, petit bois frais,
où l'on aime à se reposer.
15. Si ma raison se fortifie,
si mon jugement, mon intelli-
gence se fortifient.
24 LES PREMIÈRES LEÇONS PAU COEUR.
20. PRIÈRE DU SAMEDI.
A LA VIERGE.
Sainte mère des pauvres mères,
Vous, leur espoir et leur recours' ,
Vous, que leurs ardentes prières
Disent gardienne de nos jours ;
Si les angoisses2 maternelles,
Hélas! ne vous sont pas nouvelles,
Soyez - leur propice5 ici - bas4 ;
Et prêtez l'oreille, ô Marie ! )
A chaque mère qui vous prie,
Avec un enfant dans les bras.
(Mme AMABLE TASTU).
1. Recours, ressource, appui.
2. Angoisses, inquiétude,
grande aitliction.
3. Propice, favorable.
4. Ici-bas, sur cette terre, en
cette vie.
21. LES DEVOIRS DES ENFANTS.
Le travail seul conduit à la prospérité1 ;
N'allons pas, nous flattant d'une espérance vaine'
Attendre des succès2 sans travail et sans peine :
On n'obtient jamais rien sans l'avoir mérité.
N'aimons point le plaisir avec un fol excès,
Et que l'amour du jeu jamais ne nous emporte:
Que 1 ardeur du travail soit chez nous la plus forte
Le devoir avant tout, et le plaisir après.
Il faut dans son travail ordre exact et méthode ;
1. Prospérité, bonheur; heu-
reux état des affaires.
1. Succès, 'reussite, issue ou
fin heureuse d'une entreprise.
3. Ordre exact et méthode,
régularité, application aux prin-
cipes, dans tout ce qu'on faSt
et dans tout ce qu'on dit.
PREMIÈRE PARTIE. 25
i
Mettons-y de la suite, afin de faire bien.
Changer souvent d'objet peut paraître commode,
Mais c'est travailler fort et ne produire rien.
Il faut n'avoir jamais rien à se reprocher,
Alors on est en paix avec sa conscience 4 ;
Et le mal qu'on nous fait ne saurait nous toucher,
Quand nous avons pour nous au moins notre innocence".
(MOREL DE VlNDÉ) 6.
4. Conscience, sentiment que
donne à l'âme la connaissance
de ce qu'elle éprouve ; c'est une
voix intérieure qui nous avertit
de ce que- nous avons fait de
bien ou de mal.
5. Innocence, état d'une per-
sonne qui n'a point fait de mal ;
pureté de mœurs.
- 6. Morel de Vindé.Voir pièca
no 9.
22. PRIÈRE DU DIMANCHE 1.
Mon Dieu, pour vous bénir, je m'éveille sans peine,
Quand ma mère me dit : Dimanche est de retour.
Car entre tous les jours que la lente semaine
Tour à tour nous ramène,
Ce jour est votre jour.
L'église nous attend brillante de lumières ;
Tout bas, à deux genoux, plein d'amour et de foi",
Comme ceux qui sont grands j'y dirai ma prière
A côté de ma mère,
Qui vous priera pour moi.
Et puis j'irai courir sous quelques beaux ombrages,
Ou sur les gazons3 verts, de fleurs tout étoilés;
1. Dimanche. Ce jour est le
septième et dernier de la se-
maine. Ce mot signifie jour du
Seigneur.
2. Foi, croyance religieuse,
confiance en Dieu.
3 Gazons étoilés de fleurs.
En effet, les fleurs appelées mar-
guerites brillent dans la prairie
comme les étoiles au firmament.
26 LES PREMIÈRES LEÇONS PAR COEUR.
Ou je ramasserai les mignons coquillages,
Pour les enfants bien sages
Dans les sables mêlés.
(Mme AMABLE TASTU).
23. LE NID DE FAUVETTE 1.
Je le tiens ce nid de fauvette :
Ils sont deux, trois, quatre petits!
Depuis si longtemps je vous guette !
Pauvres oiseaux, vous voilà pris !
Criez, sifflez, petits rebelles2 ,
Débattez-vous; oh! c'est en vain5 ,
Vous n'avez pas encor vos ailes,
Comment vous sauver de ma main ?
Mais quoi! n'entends-je pas leur mère
Qui pousse des cris douloureux?
Oui, je le vois, oui, c'est leur père
Qui vient voltiger autour d'eux.
Et c'est moi qui cause leur peine,
Moi qui, l'été, dans ces vallons, »
Venais m'endormir sous un chêne,
Au bruit de leurs douces chansons!
Hélas ! si du sein de ma mère4
Un méchant venait me ravir B,
i. Fauvette, petit oiseau dont
le plumage est fauve, c'est-à-
dire à peu près roux. Elle dé-
barrasse les arbres d'un grand
nombre de chenilles, dont elle
se nourrit.
2. Rebelle, qui résiste, qui re-
fuse d'obéir, qui cherche à se
sauver.
3. C'est en vain, c'est inuti-
lement.
4. Si du sein de ma mère, si
des bras de ma mère, de sa de-
meure.
5. Ravir, prendre, enlever de
force.
PREMIÈRE PARTIE. 27
Je le sens bien, dans sa misère,
Elle n'aurait plus qu'à mourir.
Et je serais assez barbare 6
, Pour vous arracher vos enfants !
- Non, non, que rien ne vous sépare :
Non, les voici ! je vous les rends.
Apprenez-leur, dans le bocage7,
A voltiger auprès de vous :
Qu'ils écoutent votre ramage8,
Pour former des sons aussi doux.
Et moi, dans la saison9 prochaine,
Je reviendrai dans ces vallons10
Dormir quelquefois sous un chêne,
Au bruit de leurs jeunes chansons.
(BERODIN I
6. Barbare, cruel, méchant,
inhumain, sans uitié.
7. Bocage. Voyez sur ce mot
le renvoi 14 de la nièce no 19.
8. Ramage, chant naturel des
oiseaux ; babil des enfants.
9. Saison, une des quatre
parties de l'année, appelées le
printemps, l'été, l'automne et
l'hiver. Chaque saison dure trois
mois.- La saison prochaine, la
saison qui viendra acrescelle-ci.
lO. Vallon, petite vallée, lieu
bas entre deux montagnes ou
deux coteaux.
11. Berquin, né à Bordeaux
en 1749; mort en 1791
24. L'ENFANT ET LA RAQUETTE1.
Un enfant joli comme un cœur,
Et pour l'étude plein d'ardeur, s
Savait son catéchisme et commençait à lire.
Il est inutile de dire
Que de sa mère il était le bijou,
1. Raquette, petit instrument
garni en réseau, circulaire et
à manche, dont se servent les
enfants pour jouer à la paume,
au volant.
28 LES PREMIÈRES LEÇONS PAR COEUR.
Et que, sans le gâter, son père en était fou.
Trop s'appliquer nuit à l'enfance;
Il lui faut de l'amusement :
La mère le sentit. On achette un volant2,
On le donne au petit comme une récompense
Du devoir fait diligemment3.
L'enfant, armé de sa raquette,
Ne s'occupe plus que de jeu ;
Pour son volant il est tout feu4;
Dix fois par jour, en public, en cachette,
Il s'exerce ; c'est là son unique amusette.
De catéchisme, point; de lecture, très-peu;
Et tout allait si mal, qu'enfin la chère bonne"
Va dire à la maman que le petit garçon,
Au. lieu d'apprendre sa leçon,
Malgré sa remontrance6, au jeu seul s'abandonne.
La mère fait venir l'enfant,
Lui reproche ses torts, et reprend le volant :
Mon fils, je veux bien qu'on s'amuse ;
Mais quand de mes bontés je vois que l'on abuse,
Je sais comment il faut punir :
Du volant enlevé perdez le souvenir.
Croyez-vous qu'en jouant s'acquière7 la science8?
Je ne saurai, mon fils, trop vous le répéter :
Le jeu pour les enfants est une récompense,
Et c'est par le travail qu'on doit la mériter.
Le petit, mis en pénitence, *
Prouve, les yeux en pleurs, le cœur plein de soupirs,
Que souvent nos chagrins naissent de nos plaisirs.
(L'abbé CLÉMENT).
2. Volant, petit morceau de
liége garni de bouts de plumes,
avec lequel on joue en le lan-
çant en l'air au moyen de la
lacmette.
3. Diligemment, prompte-
ment, sans retard.
4. Il est tout feu, plein d'ar-
deur et d'empressement.
5. La. bonne, nom qu'on
donne à la gouvernante d'un
enfant.
6. Sa remontrance, ses aver-
tissements, ses conseils.
7. S'acquière, s'obtienne, se
réalise.
8. La science, l'instruction,
le savoir.
PREMIÈRE PARTIE. 29
I.
25. L'ENFANT ET LE CHAT.
Tout en se promenant, un bambin déjeunait
De la galette qu'il tenait.
Attiré par l'odeur, un chat vient, le caresse,
Fait le gros dos, tourne et vers lui se dresse :
« Oh! le joli minet! » et le marmot charmé
Partage avec celui dont il se croit aimé.
Mais le flatteur1 à peine obtient ce qu'il désire,
Qu'au loin il se retire.
« Ah ! ah! ce n'est pas moi, dit l'enfant consterné,
Que tu suivais ; c'était mon déjeuné.® »
(GUlCIlARD) 3.
i 1. Flatteur. Le chat ne ca-
resse l'enfant, ici, que pour ob-
tenir une partie de son gâteau.
2. Déjeuné. Ce mot s'écrit
de deux manières : déjeuné et
déjeuner (ce mot signifie cesser
de jeûner).
3. Guichard, né près de Me-
lun ( Seine-et-Marne) en 1731 ;
mort en 1811
26. DE LA BIENFAISANCE.
Le premier des plaisirs et la plus belle gloire1
Est de répandre des bienfaits.
Si vous en recevez, publiez-le à jamais ;
Si vous en répandez, perdez - en la mémoires.
(VOLTAIRE) 4.
1. La plus belle gloire, le plus
grand mérite, le plus grand
honneur.
2. A jamais, toujours, sans
cesse.
3. La mémoire, le souvenir.
4. Voltaire, né à Paris en
1694; mort en 1778.
30 LES PREMIERES LEÇONS PAR COEUR.
27. MÊME SUJET.
Tell repousse aujourd'hui la misère importunei,
Qui tombera demain dans la même infortune :
Il est beau de prévoir3 ces retours dangereux,
pt d'être bienfaisant alors qu'on est heureux.
(LA HARPE) 4.
1. Tel, celui qui.
2. La misère importune, c'est-
à-dire la misère qu'il s'ennuie
de voir souvent.
3. De prévoir, de penser à,
de songer à.
4. La Harpe, né à Paris en
1739; mort en 1803.
i
1 28. LA GUENONS LE SINGE2 ET LA NOIXs.
Une jeune guenon cueillit
Une noix dans sa coque verte ;
Elle y porte la dent, fait !a grimace. Ah! certe4,
Dit-elle, ma mère mentit"
Quand elle m'assura que les noix étaient bonnes.
Puis, croyez aux discours de ces. vieilles personnes,
1. Guenon, femelle du singe,
!Jni a une longue queue. -
2. binge, animal poilu, à
quatre pattes, qui se tient sur
les deux de derrière, et auquel
certains auteurs trouvent à
tort quelque ressemblance avec
l'homme.
3. Noix, fruit de l'arbre ap-
pelé noyer, dont on tire de
huile. - -
4. terte, assurément. Ge mot
s'écrit aussi avec un s quelque-
fois, certes.
5. Ma mère mentit. Jamais
u? enfant ne doit dire cola de
sa mère ; mais ici heureusement
c'est un animal qui parle, ou
plutôt qui est cense parler. Vous
savez bien que les animaux ne
parlent pas : Dieu n'a donné la
parole qu'à l'homme; mais les
auteurs, dans les pièces de vers
appelées fable. comme celle-
ci, font parler les animaux, les
choses inanimées même, pour
donner une lecon aux hommes,
en attaquant 'par comparaison
leurs défauts, ou en leur ins-
pirant l'amour de la vertu, la
pratique du bien par les exem-
ples qu'ils donnent.
PREMIÈRE PARTIE..1-1
Qui trompent la jeunesse ! Au diable soit le fruit !
Elle jette la noix. Un singe la ramasse,
Vite entre deux cailloux la casse,
L'épluche, la mange, et lui dit :
« Votre mère eut raison, ma mie6,
Les noix ont fort bon goût ; mais il faut les ouvrir.
Souvenez-vous que, dans la vie,
Sans un peu de travail on n'a point de plaisir. »
7.
4 Ma mie, mon amie.
7. Florian (voyez le renvoi 5
de la pièce nO 46).
29. LA FÊTE D'UNE MÈRE.
Toi si bonne, toi si parfaite,
Qui nous aime1 avec tant d'amour,
Maman, c'est aujourd'hui ta fête ;
Pour tes enfants quel heureux jour !
En échange de nos offrandes,
De nos chants pour toi composés,
De nos bouquets, de nos guirlandes,
Donne-nous beaucoup de baisers.
Pour toi, chaque jour, tendre mère,
Nos voix invoquent le Seigneur;
Mais ce matin notre prière
Avait encor plus de ferveur4 :
Dieu l'exaucera : sur ta vie
Il répandra tant de bienfaits,
Tant de calme, ô mère chérie,
Que tu ne pleureras jamais.
1. Qui nous aime. Il faudrait:
gui nous aimes, avec s à aimes,
deuxième personne du singu-
lier, parce que gui se rapporte à
toi, qui est de cette personne,
2. Ferveur, ardeur.
32 LES PREMIÈRES LEÇONS PAR COEUn.
Puis, pour que tu sois satisfaite,
Nous ferons si bien nos devoirs !
Nous dirons, sans lever la tête,
Notre prière tous les soirs.
Nous ne ferons plus de tapage
Dès que tu nous le défendras, ,
Et le plus bruyant sera sage
Aussitôt que tu le voudras.
Embrasse-nous donc, mère aimée,
Oh! presse-nous bien sur ton cœur;
C'est notre place accoutumée,
Dans la joie ou dans la douleur.
Oh ! le cœur d'une bonne mère,
C'est le bien le plus précieux ;
C'est un bonheur que Dieu sur terre
Laisse tomber du haut des cieux.
(ÉLISE MOREAU).
30. LE BON EMPLOI DU TEMPS.
Comme la bienfaisante pluie
Féconde1 la terre en été,
Dieu fit, pour féconder la vie,
Le travail et l'activité.
Ne laissons point d'heure inutile ;
Songeons que la paille stérile8
Est foulée aux pieds du glaneur3 ;
Puissent s'amasser nos journées,
Comme les gerbes moissonnées,
Dans le grenier du laboureur !
(Mme AMABLE TASTU).
1. Féconde, rend fertile, pro-
ductive.
2. La paille stérile, la paille
desséchée, qui ne produit plus
rien.
3. Glaneur, voir ce mot dans
les notes de la pièce no 4. (Note
12, page 13.)
PREMIÈRE PARTIE. 33
31. TRAIT D'INGÉNUITÉ 1 D'UNE PETITE FILLE
DE QUATRE ANS.
« Mon enfant, disais-je à mon fils
Encor dans sa tendre jeunesse,
Au malheur, à la vieillesse,
On doit prêter secours et témoigner respect.
Joins donc à ton petit bienfait
Une marque de politesse. »
Aussi, mon cher Félix, s'il voyait un vieillard,
Comme on en trouve tant, tombé dans la misère,
Otait-il son chapeau, même en donnant un liard1",
Et ce modique don au vieillard savait plaire.
Ma Clémence, encor tout enfant,
Ayant bien observé son frère,
Certain jour en nous promenant
Veut aussi faire son offrande,
Et pour un pauvre aveugle à son tour me demande
Un sou qu'elle va lui porter ;
Puis, afin de.bien s'acquitter
De cette œuvre:¡ de bienfaisance,
Fait une grande révérence
En déposant son sou dans le plateau du chien,
Puis s'en revient fort satisfaite
De cette aumône si bien faite.
e Félix sourit et lui dit : « C'est fort bien,
, Mais à quoi bon4 ta révérence?
Le pauvre homme n'en voyait rien.
— Oui, mon frère, dit ma Clémence,
En toute âme et toute innocence3,
t. Ingénuité, naïveté, sin-
cérité. - -
2. Un liard, petite pièce de
monnaie de cuivre, qui n'existe
plus et dont il fallait quatre
pour faire la valeur d'an sou
ou de cinq centimes.
3. De cette œuvre, de cette
action.
4. A quoi bon., à quoi sert,
pourquoi.?
- 5. En toute âme et toute inno-
cence, naivement, sincèrement,
avec scrupule.
34 LES PREMIÈRES LEÇONS PAR COEUR.
Mais son bon chien qui me voyait
En a paru fort satisfait.
Ne donnez pas à son enfantillage,
Mes chers enfants, un ris moqueur ;
Au zèle, à l'amitié rendre ainsi son hommage
N'est-ce pas l'instinct7 d'un bon cœur?
Il est des vertus" de tout âge :
Et Dieu, qui voit la bonne intention,
A dû bénir son action.
(Mme MANCEAU).
6. Son hommage, voyez les
notes de la pièce no 19.
7. L instinct, le sentiment na-
turel, le premier mouvement.
8. Il est des vertus, des qua-
lités, de bons penchants.
- 32. LA PETITE FILLE ET SON CHAT.
Venez ici, minet ; il faut que je vous gronde;
Avancez près de moi.
On dit que sans pitié vous. griffez1 tout le monde ;
C'est très- joli, ma foi !
D'où venez-vous encore avec cet air sauvage,
Et ce poil hérissé2?
Avez-vous de souris fait un nouveau carnage?'&
Arrivez-vous blessé!
Ou bien, sur mes cahiers répandant l'écritoire,
Auriez-vous en courant
Tracé, dans ses détours, une rivière noire
Sur mon beau papier blanc?
Voyons , répondez-moi, je suis douce personne1;
Dites-moi vos méfaits4 :
1. Griffer, attaquer avec ses
griffes, égratigner.
2. Poil hérissé, dressé comme
les piquants du hérisson.
3. Carnage, massacre, tuerie.
4. Vos meraits, vos mauvai-
ses actions, tous vos mauvais
tours.
PREMIERE PARTIE. 35
Je ne gronderai pas, minet, je vous pardonne
Ces terribles forfaits! Il
Eh quoi ! pas un regard ! pas même une caresse !
Vous êtes un sournois Il.
Moi qui vantais partout vos tours de gentillesse,
Votre joli miiioisi
Que vois-je près de vous rouler dans la poussière :
Ciel ! mon oiseau chéri ! »
Quoi ! vous avez tué d'une dent meurtrière
Mon charmant favori?
Celui qui m'égayait par son gentil ramage,
Dont vous étiez jaloux,
A péri tristement enlevé de sa cage ;
Ah ! c'en est fait de vous !
Allez, ce trait cruel vous ravit ma tendresse!
Je voulais pardonner ;
Mais mon cœur attristé de votre humeur traîtresseS,
Dit qu'il faut condamner.
Fuyez, fuyez bien loin, redoutez ma présence;
Je ne veux plus vous voir ;
Et de ne plus jamais juger sur l'apparence
Je me fais un devoir.
(MUe ISABELLE RQDIER).
15. Forfaits, grands crimes,
1 crimes odieux.
1 6. Sournois, caché, pensif,
1 inédi.tant le mal en silence.
7. Minois, visage, fleure.
8. Humeur traîtresie, carac-
tère perfide, instinct méchant
et cruel.
33. LA LETTRE AU BON DIEU.
Mains jointes, à genoux devant un crucifix1,
Les yeux baignés 'de pleurs et la voix bien émue,
1. Crucifix, petite croix où
N. S. Jésus-Clirist est repré-
senté crucifié, c'est-à-dire atti
cké à la croix.
36 LES PREMIÈRES LEÇONS PAR COEUR.
Du plus profond de son âme ingénue2
Ainsi priait Valentin le bon fils :
« Oh! disait-il, mon Dieu! viens à mon aide!
Ma pauvre mère va mourir !
Daigne m'enseigner le remède,
Seigneur, qui pourrait la guérir !
0 Créateur de toutes choses,
Si tu veux m'exaucer, comme je t'aimerai !
Dans mon jardin j'ai de belles fleurs roses *
Sitôt qu'elles seront écloses",
Au pied de tes autels je les effeuillerai!
J'ai deux gentilles tourterelles
Qui mangent dans mal bouche et perchent sur mes doigts,
Puis battent doucement des ailes
Dès qu'elles entendent ma voix.
Je vais leur donner la volée1,
Car un pressentiment3 heureux
Me dit qu'en remontant vers la voûte étoiîée6,
Elles te porteront mes vœux.
Je leur attacherai sous l'aile
Une lettre que j'écrirai
Avec ma plume la plus belle,
Sur mon papier le plus doré.
Cette lettre, Dieu tutélaire7, -
Tu la liras, j'en suis certain;
Elle t'attendrira peut-être, et dès demain
Tu daigneras guérir ma mère. »
Valentin l'attacha sous l'aile
De sa plus belle tourterelle,
Qu'il embrassa bien tendrement,
Et qui, sitôt qu'il l'eût lâchée,
2. Son âme ingénue, naïve,
sincère, confiante.
3. Ecloses, épanouies, ou-
vertes.
4. La volée, l'essor; les faire
envoler.
5. Pressentiment, sentiment
secret de ce qui doit arriver.
6. La voûte étoilée, le ciel
où brillent les étoiles.
7. Dieu tutélaire, Dieu pro-
tecteur, défenseur.
PREMIÈRE PARTIE. 37
Ne resta qu'un instant sur le lilas perchée
Et vola vers le firmament*.
De cet aimable enfant la bienheureuse mère
Se trouva mieux le lendemain ;
Mais son cœur demeura certain
Qu'elle devait la vie à l'ardente prière
De son cher petit Valentin.
Aimable enfant, douce pensée,
Petit cœur généreux; ce n'est point une erreur,
Oui, sa lettre fut exaucée,
Mais bien avant que sa main l'eût tracée,
Car le regard de Dieu la lisait dans son cœur.
(ÉLISE MOREAU).
8. Firmament, la voûte céleste. le ciel.
34. LA CIGALE ET LA FOURMI.
1 La cigale ayant chanté
Tout 1 été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise 1 fut venue;
* Pas un seul petit, morceau
De mouche ou de vermisseau*.
Elle alla crier famine 1,
Chez la fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelques grains pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle.
s « Je vous paierai, lui dit-elle,
t Avant l'oùt 4, foi d'animal,
) 1. La bise, vent du nord, vif
1 et froid.
f 2. Vermisseau , petit ver de
terre.
» I. Crier famine, dire qu'elle
avait raim; et qu'elle n'arait
rien pour se.. nourrir.
4. Acaut l cul, avant le mois
d'août. Util est mis pour août.
38 LES PREMIÈRES LEÇONS PAR CQEUQ.
Intérêt et principaP. »
La fourmi n'est pas prêteuse6!
C'est là son moindre défaut.
« Que faisiez-vous au temps chaud? »
Dit-elle à cette emprunteuse.
v « Nuit et jour, à tout venant7,
, Je chantais, ne vous déplaise.
— Vous chantiez! j'en suis fort aise;
Eh bien 1 dansez maintenant. »
(LA FONTAINE)8.
5. Intérêt et principal. Le
f rijicirial s'entend de la somme
on de la chose prêtée, et l'inté-
rêt est le surplus donné pour
prix du prêt.
6. La fourmi n'est pas prê-
teuse. Non, elle rainasse et ca-
,che tout ce qu'elle peut trouver
durant l'été, et s'en nourrit du-
rant l'hiver, époque où elle le
sort plus de son trou.
7. A tout venant, h tout pro-
pos, dans tonte circonstance
La romaine, né à Château-
Thierry (Aisne), en 1621; mort
en 1695.
>>,
35. LA CIGALE, LA FOURMI ET LA COLOMBE.
« Eh bien ! dansez maintenant ! »
A dit la fourmi cruelle.
La colombe survenant :
« Four la cigale, dit-elle,
J'ai des grains à son choix.
Si la pauvre créature'
Ne recut de la nature
Pour tout trésor que sa voix,
De faim faut-il qu'elle meure?
Vous travaiFez à toute heure;
Elle chante les moissons :
Ainsi, tous nous remplissons
La loi que Dieu nous impose. »
1. La pauvre créature, la pauvre bêle.
PREMIÈRE PARTIE. 39
L'oiseau, sans dire autre chose,
A tire-d'aile' aussitôt
Part, et rapporte bientôt
Force grains5 dont la cigale
A son aise se régale.
0 fourmi, ta dureté
A l'égoïste 4 peut plaire :
Colombe, moi je préfère
Ta tendre simplicité.
( P. LACBAMBEAnm),
8. A tire-d'aile, vite, promp-
tement.
3. Force grains, des grains en
quantité, beaucoup de prains.
4. Egoïste, celui qui ne songe
qu'à soi, qui rapporte tout à soi.
36. DES DEVOIRS ENVERS DIEU.
Cest Dieu qui fit le monde, et la terre et les cieux;
C'est lui qui nousa faits ; nous sommes sous ses yeux ;
C'est lui qui chaque jour soutient notre existence.
Comment payer ses dons? Par la reconnaissance.
Mon Dieu, pour être heureux tu m'as mis surla terre;
Tu sais,bien mieux que moi,quels sont mes vrais besoins;
Donne-moi les vertus qu'il me faut pour te plaire :
Le cœur de ton enfant s'en rapporte à tes soins !
Heureux qui met en Dieu toute son espérance!
On a toujours besoin d'implorer sa bonté.
Il nous consolera dans les jours de souffrance,
Si nous l'avons servi dans la prospérité'.
Dieu voit tout, est partout. On a beau se cacher*,
À son œil pénétrant on ne peut se soustraire.
i. La proipéritë, l'abondance,
la fortune.
2. On a beau se eachert on
se cache en vain, inutilement.
40 LES PREMIÈRES LEÇONS PAR COEUR.
Quand on pèche en secret, ce n'est pas moinspécher;
A l'éternel témoin gardons-nous de déplaire.
(MOREL DE VINDÉ)3.
8. Morel de l'iezdé (voyez la pièce no 9).
37. LA BONBONNIÈRE.
A la discrétion' de ses petits enfants,
Sur la table une bonne mère,
Avait laissé sa bonbonnière.
Doit-on ainsi tenter les gens?
L'un d'eux y puise sans scrupule* ;
Le bambin croque à belles dents;
Mais que prend-il? Une pilule1.
Bientôt un petit mal au cœur.
Le larcin1 est clair. Tout l'annonce.
Le lit, la diète", la semonceG,
Vont punir le petit voleur.
La friandise est souvent corrigée.
Gardons-nous de l'esprit malin7 :
Il nous présente la dragée,
Et nous donne le chicotin8.
(Dutremblat ) ».
i. A la discrétion, à la libre
disposition.
2. bans scrupule, sans se
cêner, sans réserve.
- 3. /'«le le, ici remède en forme
de petite boule pour taire éva-
cuer.
4. Le larcin, le vol, ce qu'il
a Tait dérobé.
6. La d^el», privation de
mander.
6. La semonce, la réprimande.
7. L esprit malin,- la tenta-
tion, désir immodéré d'avoir.
8. Le chicotin, herbe ou suc
d'un goût acre et amer; on en
fait des dragées, pour les faire
avaler sans répugnance.
9. Dulremblay, né à Paris, en
1745; mort en 1819.
PREMIÈRE PARTIE. 41
38. AUX ENFANTS.
Enfants, beaux anges blonds, aux jolis yeux d'azur1,
Vous êtes du bonheur la gracieuse image;
On le voit éclater sur votre front si pur
Et tous les traits charmants de voire doux visage!
Oh! savez-vous pourquoi, souvent, d'un œil rêveur,
Je vous suis dans vos jeux et tout bas je soupire ?
testez toujours petits : votre âge est le bonheur !.
Voyez, je n'ai plus, moi, ce radieux sourire3
Qui vous fait ressembler aux chérubins4 du ciel.
Oh! buvez lentement la coupe de la vieil!
Plus loin6, moi je le sais, vous trouverez du fiel7 ;
La route, sous vos pas, ne sera plus fleurie8 ;
Vous n'y poursuivrez plus les brillants papillons;
Le présent, l'avenir auront perdu leurs charmes,
Et vous regretterez ces trop longues leçons
Qui seules aujourd'hui vouscoûtent quelques larmes.
(MARIE E. DE PRAT).
1. Yeux d'azur, y eut bleus ;
l'azur est la couleur du ciel pur.
i. D'un asil riveur, regard
baissé; air pensif de la personne
qui réfléchit.
3. Ce radieux tourtre, ce
joyeux et gai sourire.
4. Aux chérubin., aux an-
ges.
5. La coupe de la, vie, laissez
couler lentement les jours de
votre âge.
6. Plus loin, dans un âge plus
avancé.
7. Du fiel, de l'amertume,
des chagrins, des peines, des
soucis.
8. Ne sera plus fleurie, vos
jours ne seront plus aussi gais,
aussi agréables.
39. LES BERGERS, OU LE MENTEUR PUNI.
Guillot criait au loup 1 un jour, par passe-temps'.
1. Par pagse-lemps, pour
passer le temps, et dans l'in-
tention de rire aux dépens de
ceux qui viendraient à son se-
cours. Vous allez voir qu'il fut
bien puni de ce mensonge.
42 LES PREMIÈRES LEÇONS PAR COEUR.
Un tel cri mit l'alarme aux champss.
Tous les bergers du voisinage
Coururent au secours. Guillot se moqua d'eux.
Ils s'en retournèrent bontenx,
Pestant contre Guillot et son vain badinageC;
Mais rira bien qui rira le dernier.
Deux jours après, un loup avide de carnage,
Un véritable loup-eervier",
Malgré notre berger et son chien, faisait rage*
Et se ruait7 sur le troupeau.
Au loup 1 s'écria-t-il, au loup! Tout te hameau-
Rit à son tour, A. d'autres®, je voua prie,
Uépondit-on, l'on ne nows y prend plus".
Guillot le goguenard11 fit des cris superflus1* :
On orut que c'était fourberie13*
Et le loup désola 1* toute la bergerie.
Il est dangereux de mentir
Même en riant, et pour se divertir.
(Richer) h.
2. Mil l'alarme aux champs,
jeta l'épouvanle parmi les cul-
tivateurs et les autres bergers
d'alentour.
3. Pestant, murmurant, se
fâchant.
4. Son vain oadinage, son
inutile et méchante plaisan-
terie.
5. Loirp -cervier, espèce de
loup qui resselllhle à nu frrand
chat sauvage, et qui est de la
grandeur d'un renard j on l'ap-
pelle aussi Lynx. -
6. Faisait rage, causait beau-
coup de désordre ; exerçait sa
fureur.
1. Et se ruail, et se précipi-
tait.
8. Tout le hameau, tous les
gens du petit village.
9. A d'autres., adiessez-
tous à d'antres que nous, à
vous cherchez des dupes. -
10. L'on ne nous y prend
plus, on ne nous y attrape plus.
- 11. Guillot le jfojfaenari, le
railleur, le mauvais plaisant.
12. Cris superflus crie inu-
tiles, vains.
13. Fourberie, tromperie,
mensonge encore.
14. Desola, ravagea, dévasta.
15. Richtr, né.i LuÉgueil
(Seine-Inférieure) en 1685j
mort en 1748.
PREMIÈRE PARTIB. 43
40. LA RENONCULE 1 ET L'CE, ILLETA.
La renoncule un jour dans un bouquet
Avec l'oeillet se trouva réunie;
Elle eut le lendemain le parfum de l'œillet.
On ne peut que gagner en bonne compagnie.
(BÉRBNGER ).
t. Renoncule, plante qui
croit dans les prés.
2. OEillet, fleur odorante des
jardins.
41. LE PÈRE INSTRUISANT SES ENFANTS.
Un père avait deux fils, dont l'un aimait l'étude.
L'autre de ne rien faire avait pris l'habitude.
Même au milieu de leurs amusements,
Ce père ne cherchant en tout qu'à les instruire,
Avait grand soin de les conduire,
Au printemps1, en auto une2, à sa maison des champs.
Là, dans ses jardins domestiques
Où brillaient les vives couleurs
D'un riche assemblage de fleurs,
Il leur faisait remarquer les pratiques4
De l'abeille et du papillon.
Voyez, leur disait-il, quelle application
Apporte à son travail la diligente abeille!
Elle ne quitte point cette rose vermeille",
Qu'elle n'ait de son suc fait un riche butin6.
1. Printemps, première sai-
son de l'innée, du 21 mais au
21 ruin.
2. Automne, troisième saison
de l'année, du 21 ou 22 sep-
tembre au 21 ou 22 décembre.
3. Jardins domesliqlll'S, jar-
dins de la maison et non pu-
blics.
4. Les pralioues de l'abeille,
les habitudes, la manière de se
conduire.
5. Vermeille, éclatante de,
beauté, brillante de couleurs.
6. Un riche bulin, une bonne
provision.
44 LES PREMIÈRES LEÇONS PAR COEOB.
Voyez d'une autre part ce papillon volage;
Il cajole 7 en passant le muguet, le jasmin,
L œillet, l'anémone, le thym, jasmin,
Et toutes les fleurs du jardin,
Sans en faire le moindre usage.
Telle est la jeunesse peu sage;
Elle vole à tous les plaisirs,
Et passe la fleur de son âge 8
Dans 1 agitation de mille vains désirs.
Imitez l'abeille constante,
Elle fait du travail son bonheur le plus doux :
Par cette conduite prudente,
Elle est un modèle pour vous.
( GROZELIER) ».
7. Il cajole, il caresse, il flatte.
8. La fleur de son âge, les
plus beaux jours de sou âge.
9. Grozelier (Nicolas), prêtre,
ne à Beaune (Cute-d'Or) en
1692; mort en 1778.
42. L'ABEILLE ET LA FOURMI.
A jeun 1, le corps tout transi8,
Et pour cause,
Un jour d'hiver, la fourmi,
Près d'une ruche3 bien close,
Rôdait4, pleine de soucia.
Une abeille vigilante6
L'aperçoit et se présente :
1. A jeun, sans avoir encore
mangé de la journée.
2. Tout transi, tout gelé,
tout saisi de froid.
3. Ruche, panier en forme de
eloche où l'on met des abeilles.
4. tiodait, tournait tout au-
tour.
5. Pleine 4e souci, d'ennnl,
de tristesse.
6. Une abeille vigilante. L'a-
beille offre l'exemple du tra-
vail , de l'activité, de :'oræ-e, en
même temps que sa ruche an-
nonce la prospérité et l'abon-
dance,
PREMIÈRE PARTIE. 45
3.
Que viens-tu chercher ici ?
Lui dit-elle. — Hélas ! ma chère7,
Répond la pauvre fourmi,
Ne soyez point en colère.
Le faisan 8, mon ennemi,
A détruit ma fourmilière:
Mon magasin est tari9 ;
Tous mes parents ont péri
De faim, de froid, de misère.
J'allais succomber aussi,
Quand du palais que voici10
L'aspect m a donné courage.
Je le savais bien garni
De ce bon miel, votre ouvrage;
J'ai fait effort, j'ai fini
Par arriver sans dommage".
Oh ! me suis-je dit, ma sœur
Est fille laborieuse ;
Elle est riche et généreuse,
Elle plaindra mon malheur ;
Oui, tout mon espoir repose
Dans la bonté de son cœur.
Je demande peu de chose ;
Mais, j'ai faim, j'ai froid, ma sœur.
— Oh! oh! répondit l'abeille,
Vous discourez Il à merveille;
Mais vers la fin de l'été,
La cigale15 m'a conté
7. Mu. chère, expression fami-
lière pour dire mon amie.
8. Le faisan, espèce de coq
originaire de l'Asie, apprivoise
en Europe ; remarquable par sa
queue étagée ou à pennes iné-
sales en loneueur.
- 9. Est tari, est vide, épuisé.
10. Du palan que voici. La
ruche de l'abeille laborieuse de-
vait être en effet comme un ri-
che palais aux yeux de la pau-
vre fourmi.
11. Sans dommage, sans ac-
cident.
12. Vous discourez, vous par.
ler, vous faites des discours.
13. La cigale. Voyei la pièce
intitulée : La Cigale et la
Fourmi, no 34.
46 LES PREMIÈRES LEÇONS PAR COEUR.
Que vous aviez rejeté
Une demande pareille.
— Quoi ! vous savez? — Mon Dieu, om,
La cigale est mon amie.
Que feriez-vous, je vous prie,
Si, comme vous, aujourd'hui,
J'étais insensible et fière";
Si j'allais vous inviter
A promener ilS ou chanter?
Mais rassurez-vous, ma chère;
Entrez, mangez à loisir 16 i
Usez-en comme du vôtre;
Et surtout pour l'avenir
Apprenez à compatir17
A la misère d'un autre.
( L.- P. DE JuSSIEU).
J4. Et fière, et dédaiprnense.
15. A promeller, 011 doit dire
à vous promener on à chanter.
16. A loisir, à votre aise, sans
mis gêner.
17. A compatir, à gémir, à
être sensible aux malheurs de
vos semblables.
43. L'INDISCRÉTION »,
Quand vous méditez un projet9,
Ne publiez point votre affaire.
Toujours au fond du cœur gardez votre secret;
On se repent toujours d'un langage indiscret,
Et presque jamais du mystère5.
Certain auteur., sur ce sujet,
S'explique de cette manière : ..,
1. Indiscrétion, manque de
discrétion, de retenue dans ses
paroles.
2. Vous méditez un projet,
vous réllécbissez, vous songea à
une entreprise.
3. Mystère, secret que l'on
garde sur une affaire, une en-
treprise.
4 Leriatn aldeur, na auteur
(dont on n'a pas besoin de citer
le nom).
PREMIÈRE PARTIE. 47
« Le causeur8 dit tout ce qu'il sait,
L'étourdi ce qu'il ne sait guère;
Les jeunes ce qu'ils font, les vieux ce qu'ils ont fait,
Et les sots ce qu'ils veulent faire. »
(PANARD) 6.
5. Le causeur, le bavard in-
discret.
6. Panard (C.-F.) né à No-
"irt-le-Roi (Eure-et-Loir) en
1694; mort en 17(35. Retenez
bien les noms des auteurs.
44. LE PRINTEMPS DE L'ENFANT PAUVRE.
Oh! comme l'hiver 1 était dur!
Combien j'ai vu souffrir ma courageuse mère!
Combien j'ai déploré, dans notre asile obscur,
Mon impuissance et ma misère!
Cependant nous avons vécu,
Nous avons traversé cette saison terrible;
Une providence visible
A nos pressants besoins chaque jour a pourvu.
Et voici maintenant qu'a cessé la froidurel,
Voici revenir le printemps,
Et la douce chaleur, et la fraîche verdure;
Nouveaux bienfaits de Dieu pour les pauvres enfants.
Soleil, dont la chaleur doucement me pénètre,
Que tu me fais plaisir, que tu me fais de bien!
Près'de sa petite fenêtre,
Maman va se chauffer sans qu'il en coûte rien.
Tes rayoais sont pour tout le monde;
Tu n'exiges nul prix pour tes nombreux bienfaits,
1. L'hiver, quatrième saison
de l'année, du 22 décembre au
il mars.
2. La froidure. le froid de
l'air, l'hirer.
48 LES PREMIÈRES LEÇONS PAR COEUR.
Et tu verses les feux de ta clarté féconde
Sur la cabane et le palais.
La commune fontaine, ouverte à l'indigence,
Ne présentera plus ses arides5 glaçons,
Librement nous y puiserons
Cette eau, premier besoin qu'ignore l'opulence.
Que ce printemps nouveau nous promet de douceurs!
Que j'aime ce naissant feuillage!
Le pauvre se console en dormant sous l'ombrage,
Bercé par le zéphyr4 que parfument les fleurs.
Et voici, près de ma croisée,
Les bons petits oiseaux qui vont faire leurs nids;
Ils ne me fuiront pas, car, la saison passée,
Alors qu'ils avaient faim, mon pain les a nourris.
Il faut si peu pour satisfaire
Aux modestes besoins du petit passereau"!
Tout pauvre que je suis, hélas! dans ma misère,
J'avais encor de quoi secourir un oiseau.
Que grâce en soit rendue au Dieu de la nature,
Qui veille sur tous ses enfants;
Au Dieu qui donne la pâture
A l'insecte", au lion, aux faibles, aux puissants!
Dieu, qui m'as conservé ma mère,
Dieu qui m'as exaucé lorsque je t'ai prié ;
Quand tu rends le printemps aux pauvres de la terre,
Que ton nom soit glorifié' !
( L.- P. DE JUSSIEU).
3. Aride, sec, sans eau.
4. Zéphyr, vent doux et
agréable
5. Passereau, moineau (notes
de la pièce no 4).
6. Insecte (voyez notes de la
pièce no 19).
7. Glorifié, chanté et loué
avec allégresse, pour marquer
notre vive reconnaissance.
PREMIÈRE PARTIE. 19
45. LA DILIGENCE.
Clic! clac 1 clic I! holà! gare! gareaI
La foule se rangeait, i
Et chacun s'écriait :
Pesie:S.l quel tintamarrell
Quelle poussière! Ah ! c'est un grand seigneur !
— C'est un prince du san- ô.- C'est un ambassadeur !7.
La voiture s'arrèle ; on accourt, on s'avance :
C'était. la diligence8 !
Et. personne dedans :
Du bruit, du vide. Amis, voilà, je pense,
Le portrait de beaucoup de gens.
(Gaudy).
1. Clic 1 clac ! expressions imi-
tatives d'un coup de fouet.
2. Gare (du verbe se garer ),
c'est-à-dire prenez garde à
tous! rangez-vous.
3. Peste i Ce mot est une ex-
clamation d'étônnementàlavue
de quelque chose d'étrange.
4. Quel tintamarre 1 quel
bruit. quel tMase!
5. Un grand seigneur, un
due, un marquis, un cornas, un
grand personnage.
6. Un prince du sang, c'est-
à-dire un membre de la famille
souveraine, de la famille ré-
gnante. - -
7. Un ambassadeur, person-
nage de distinction que le chi
de l'Etat envoie près d'un autre
souverain, pour entretenir des
relations d'amitié, de commerce,
ou d'affaires politiques. -
S Diligence, voiture publi-
que, ainsi nommée parce qu'elle
va plus vite que les autres.
46. LES DEUX VOYAGEURS.
Le compère Thomas et son ami Lubin
Allaient à pied tous deux à la ville prochaine1.
Thomas trouve sur son chemin
Une bourse de louis pleine;
Il l'empoche aussitôt. Lubin, d'un air content,
Lui dit : « Pour nous la bonne aubaine III »
1. La ville prochaine, la ville
voisine, proche.
2. Aubaine, trouvaille, profit
sur lequel on ne comptait pas,
50 LES PREMIÈRES LEÇONS PAR CŒUR.
— Non, répond Thomas froidement,
Pour nous n'est pas bien dit; pour moi, c'est différent. a
Lubin ne souffle plus*; mais, en quittant la plaine,
Ils trouvent des voleurs cachés au bois voisin.
Thomas tremblant, et non sans cause,
Dit : « Nous sommes perdus! — Non, lui répond Lubin,
Nous n'est pas le vrai mot; mais toi, c'est autre chose. »
Cela dit, il s'échappe à travers le taillis4.
Immobile de peur, Thomas est bientôt pris ;
Il tire la bourse et la donne.
Qui ne songe qu'à soi, quand la fortune est bonne,
Dans le malheur n'a point d'amis.
l FLORIAN )5.
3. Ne souffle plus, ne dit plus
rien.
4. Taillis, bois ou petite fo-
rêt, dont on coupe ou taille les
arbres de temps en temps.
5. Florian (Claris de), né an.
château de Florian (Gard) en
1755; mort en 1794.
47. L'ENFANT ET LE MIROIR.
Un enfant élevé dans un pauvre village,
Revint chez ses parents, et fut surpris d'y voir
Un miroir.
D'abord il aima son image;
Et puis, par un travers' bien digne d'un enfant,
Et même d'un être plus grand,
Il veut outrager ce qu'il aime;
Lui fait une grimace, et le miroir la rend. 1
Alors son dépit2 est extrême; "'-
Il lui montre un poing menaçant,
Il se voit menacé de même.
Notre marmot fâché s'en vient, en frémissant J'
Battre cette image insolente ;
1. Travsrs, bizarrerie, ca-
price.
2. Dépit, mouvement d lDlpa.
tience mêlé de colère.
PREMIÈRE PARTIE. 54
Il se fait mal aux mains. Sa colère en augmente;
Et, furieux, au désespoir,
Le voilà devant le miroir,
Criant, pleurant, frappant la glace.
Sa mère, qui survient, le console, l'embrasse,
Tarit ses pleurs5, et doucement lui dit :
N'as-tu pas commencé par faire la grimace
A ce méchant enfant, qui cause ton dépit?
- Oui. — Regarde à présent : tu souris, il sourit;
Tu tends vers lui les bras, il te les tend de même;
Tu n'es plus en colère, il ne se fâche plus.
De la société tu vois ici l'emblème 4 :
Le bien, le mal nous sont rendus 5. 4,
(FLORTAN)6.
3. Tarit ses pleurs, arrête ses
pleurs en calmant son chagrin.
- 4. L'emblème, la représenta-
tion, l'image, la ressemblance.
S. Le bien, le mal nous sont
rendus. Si l'on fait dn bien ou
du mal à son semblable, on doit
s'attendre à être traité de même.
6. t lonan (voyez le renvoi 5
de la pièce no 46).
, A
48. LA POLITESSE.
La politesse' est à l'esprit
Ce que la grâce* est au visage :
De la bonté du cœur elle est la douce image,
Et c'est la bonté qu'on chérit.
( VOLTAIRE)3.
1. La politesse, la civilité,
manières honnêtes et décentes
de parler et d'agir.
2. La grâce, - la beauté, les
agréments
3. Voltaire (voyez le renvoi 4
de la pièce n» 26», et réfléchis-
sez sur ce quatrain.