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L'héritière aux deux royaumes

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212 pages

Description

Le destin, est-il réellement cette force que l’on prétend inéluctable et qui réglerait sans appel possible le cours des choses à venir ? Après avoir lu cette histoire qui trouve ses origines en France et en Afrique vers la fin des années 60, qui en douterait encore ?
– William, tu pourrais tomber amoureux d’une fille à la peau noire ?
Mona avait décidément de la suite dans les idées et le chic pour me surprendre. Ce n’était pas vraiment le lieu, ni le moment de parler de ça, mais je répondis.
– Mona, l’amour n’avertit pas, ça arrive comme ça. Ça vous tombe dessus, sans trop savoir ni pourquoi, ni comment, sans se préoccuper de la couleur de peau. L’amour est une alchimie imprévisible que personne n’a jamais réussi à décrypter. L’amour va au-delà des conditions et des raisons, l’amour c’est ce qu’il y a de plus juste sur cette terre. Mais tu m’avais déjà posé cette question, est-ce si important pour toi de savoir ?
Mona ne répondit pas, mais son visage s’éclaira plus encore. Après quelques kilomètres, elle remit ça.
– William, le jour de notre départ tu m’as embrassée, le lendemain aussi, et depuis plus rien. Je ne te plais plus ?
Je venais juste de réaliser que Mona et moi avions abandonné, sans même nous en rendre compte, le « vous » pour le « tu ».
– Mona, tu me plais toujours autant, je crois juste que la situation ambiante ne s’y prête pas.
Enclavée dans le fond d’une petite gorge, la piste devenait de nouveau très difficile. J’avais l’impression que toute l’eau du monde était passée par ici. Devant nous, un trou de presque un mètre profondeur. Je roulai au pas, le second pont engagé, je pus franchir l’obstacle, mais j’hésitai à poursuivre. La chaleur était torride, à peine supportable, pourtant Mona ne se plaignait pas. Mon chapeau de brousse tenait plus d’une serpillière que d’un chapeau. Je le mis à sécher à l’arrière de la jeep et coiffai une casquette.
– Mona, tu vas rester ici, avec la jeep, moi je vais faire une petite reconnaissance à pied.
Moins d’un quart d’heure plus tard j’étais de retour.
– Alors, comment est-ce plus loin ?
– Nous avons encore trois à quatre cents mètres un peu compliqués, mais ça ira. Après, nous pourrons remonter sur le côté et partir à travers la savane. Nous allons naviguer à la boussole.
Il faisait chaud, très chaud. Mona retira son foulard et s’approcha de moi. Son visage me semblait encore plus lumineux, son grain de peau encore plus exceptionnel.

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Publié le 05 novembre 2016
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EAN13 9782953286380
Langue Français
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L’HĠƌitiğƌe audž deudž RoLJauŵesAuteur : Michel ZORDAN Éditions 3Z ISBN 978-2-9532863-8-0 Ce récit est une fiction. Toutes ressemblances avec des situations réelles ou des personnes existantes ou ayant existé ne seraient que pure coïncidence.
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Chapitre premier - La relique Je teŶais daŶs les ŵaiŶs Đette ƌeliƋue ǀeŶue d͛uŶ autƌesiècle. Un ŵodeste et aujouƌd͛hui ďieŶ iŶoffeŶsif fusil de gueƌƌe à siledž. Sûrement une fabrication anglaise du milieu du XVIIIe. Durant pƌesƋue ƋuaƌaŶte aŶs, d͛affeĐtatioŶ eŶ affeĐtatioŶ, elle ŵe suiǀait, jaŵais je Ŷ͛aǀais pu ŵ͛eŶ sĠpaƌeƌ. À Plusieuƌs ƌepƌises, j͛auƌais pu la céder à un prix intéressant, mais quelque chose de fort, de très foƌt ŵġŵe, ŵ͛eŶ aǀait dissuadĠ. Notƌe histoiƌe eŶseŵďle allait pourtant se terminer. Encore un clic ou deux et ce valeureux bout de ferraille se retrouverait sur le site de vente aux enchères. Avec Nelly, nous réentretenions des relations suivies depuis plus de six mois. Nous nous étions régulièrement revus et ŵutuelleŵeŶt testĠs. Je ŵ͛Ġtais de Ŷouǀeau laissĠ suďjugueƌ paƌ ses yeux noisette, ses formes suggestives,sa ďoŶŶe huŵeuƌ et… ce qui ne gâchait rien par ses talents culinaires. Normal que je lui propose de venir vivre chez moi à Fronton. Mon amie approchait de la cinquantaine, moi je supportais parfaitement mes soixante et un ans. Notre rencontre, par hasard ou pƌesƋue, à l͛aŵďassade de FƌaŶĐe à WashiŶgtoŶ, daŶs les aŶŶĠes… MaƌiĠe à uŶ diploŵate fƌaŶçais ďieŶ plus âgĠ Ƌu͛elle, je la suiǀais, saŶs la suiǀƌe à BeƌliŶ. Suite à un quiproquo, nous nous perdîmes de vue pendant plus de quinze ans. Puis nous nous recroisâŵes paƌ hasaƌd à Paƌis. C͛Ġtait ƋuelƋues ŵois aǀaŶt Ƌue Ŷe soŶŶe l͛heuƌe de ŵa ƌetƌaite. MaƌiĠe,
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puis veuve, puis remariée, puis divorcée, Nelly habitait maintenant Nice. Mais eŶ ƌĠalitĠ, je Đƌois Ƌue Đe Ƌui ŵ͛aǀait dĠĐidĠ à l͛iŶǀiteƌ ǀeŶiƌ vivre chezŵoi, Đ͛Ġtait l͛aŶgoisse de fiŶiƌ ŵa ǀie seul.Dans un premier temps, Nelly exulta, mais très rapidement, l͛hĠsitatioŶ la gagŶa. Elle tƌouǀa Đoŵŵe pƌĠtedžte ses deudž expériences échouées. Elle souhaitait encore un peu de temps pour réfléchir. Je crois quela ƌaisoŶ Ġtait toute autƌe. J͛haďitais à trente kilomètres de Toulouse, dans une grande maison héritée de ŵes paƌeŶts, au ŵilieu de la ĐaŵpagŶe. Et l͛idĠe de se ƌetƌouǀeƌ loin de la Méditerranée ne comblait pas véritablement Nelly. La pisĐiŶe, Đe Ŷ͛Ġtaitpas tout à fait la mer. Elle savait que de toute façoŶ, je Ŷ͛iƌai pas ǀiǀƌe à NiĐe.Le 2 décembre, revirement de situation : Nelly me fit comprendre Ƌu͛elle Ŷe seƌait pas ĐoŶtƌe uŶe ǀie à deudž, Đhez ŵoi, à FƌoŶtoŶ.Tout Ŷ͛Ġtait pas gagŶĠ, j͛aǀais ǀĠĐu eŶ ĐĠliďataiƌe toute ŵa ǀie durant, et je devais absolument raboter certains angles. Cette arme complètement inoffensive faisait partie des angles à ƌaďoteƌ. Je souhaitais Ƌu͛elle Ŷe soit plus à la ŵaisoŶ loƌsƋue Nelly aƌƌiǀeƌait. À uŶ ŵoŵeŶt ou à uŶ autƌe j͛auƌais ĠtĠ oďligĠ de lui ƌaĐoŶteƌ Ŷotƌe histoiƌe. J͛auƌais ĠtĠ oďligĠ de lui ƌaĐoŶteƌ pouƌƋuoi durant presque quarante années, bien qu'ayant déménagé à de tƌğs Ŷoŵďƌeuses ƌepƌises, j͛aǀais teŶu à gaƌdeƌ Đette ƌeliƋue à mes ĐôtĠs. Je ŵ͛eŶ seŶtais iŶĐapaďle, iŶĐapaďle de lui ƌaĐoŶteƌ Đe Ƌue ce bout de ferraille représentait exactement pour moi. Ou peut-être que je ne tenais pas à lui raconter, souhaitant jalousement 5
garder au fond de moi ces souvenirs qui, il y a bien longtemps, avaient illuminé ma jeune vie. Les acheteurs ne se firent pas attendre, déjà une offre couvrait laƌgeŵeŶt le pƌidž iŶdiƋuĠe daŶs l͛aŶŶoŶĐe. J͛auƌais dû pƌoposeƌ uŶ pƌidž supĠƌieuƌ, ŵais ďoŶ, l͛affaiƌe Ġtait faite, je Ŷ͛aǀais plus Ƌu͛à attendrele paieŵeŶt de ŵoŶ aĐheteuƌ. LoƌsƋue j͛ouǀƌis soŶ dernier email, je pensai tout de suite à une boutade : cher ŵoŶsieuƌ, aǀaŶt de ŵ͛edžpĠdieƌ l͛aƌŵe pouƌƌiez-vous vérifier si celle-Đi Ŷ͛est pas eŶĐoƌe ĐhaƌgĠe? En quelques mots, celui-Đi ŵ͛edžpliƋuait Ƌu͛il aƌƌiǀait fƌĠƋueŵŵeŶt de retrouver des armes de cette époque avec leur chargement dans le canon. Après consultation de plusieurs sites spécialisés, je Đoŵpƌis Ƌue ŵoŶ aĐheteuƌ Ŷe plaisaŶtait pas. Pouƌ ŵ͛assuƌeƌ Ƌue l͛aƌŵe Ŷe ƌepƌĠseŶtait plus auĐuŶ daŶger, je devais simplement à l͛aide de la ďaguette ŵesuƌeƌ l͛iŶtĠƌieuƌ du ĐaŶoŶ, puis ƌepoƌteƌ Đette ŵesuƌe à l͛edžtĠƌieuƌ. Je ƌĠpĠtai l͛opĠƌatioŶ à tƌois ƌepƌises, et constatai une différence de dix-sept centimètres. L͛aƌŵe Ŷ͛Ġtait peut-être plus chargée, mais un corps assez compact recouvert de papier obstruait le canon. AǀeĐ du fil de feƌ, je fidžai la ǀƌille d͛uŶ ǀieudž tiƌe-bouchon à l͛edžtƌĠŵitĠ de la ďaguette et l͛eŶfoŶçai daŶs le ĐaŶoŶ. Apƌğs quelques efforts, je réussis à extraire quelques fragments de papier. Je tentai un nouvel essai, retournai le canon vers le bas et le tapotai lĠgğƌeŵeŶt suƌ le sol. Le ďƌuit Ƌue j͛eŶteŶdis ŵe fit peŶseƌ à uŶe Đhaƌge de Đaillou Ƌui dĠgƌiŶgolait. Je Ŷe ŵ͛Ġtais pas tƌoŵpĠ, il s͛agissait effeĐtiǀeŵeŶt de Đailloudž, ŵais pas vraiment ordinaires. Avec stupeur, je découvris sur le carrelage un petit tas de pierres aux couleurs multicolores : blanc, bleu, vert, jaune et 6
rose. Abasourdi par ma découverte, je posai le fusil sur la table, et ŵ͛ageŶouillai pouƌ ƌĠĐupĠƌeƌ la tƌouǀaille. J͛aǀais daŶs la ŵaiŶ Đe qui semblait être une trentaine de diamants bruts, plus ou moins gƌos. Je ƌepƌis l͛aƌŵe, et tapotai de Ŷouǀeau le ĐaŶoŶ au sol: celui-Đi seŵďlait ŵaiŶteŶaŶt ǀide. UŶe fois de plus je testai l͛iŶtĠƌieuƌ avec ma baguette. Laŵesuƌe ŵ͛iŶdiƋua Ƌu͛il suďsistait eŶĐoƌe quelque chose, tout au fond, près de la lumière. UŶe fois de plus j͛eŶgageai la ďaguette ŵuŶie de la ǀƌille daŶs l͛âŵe du ĐaŶoŶ. J͛iŶsistai uŶ peu, ŵais eŶ pƌeŶaŶt toutefois la précaution de tenir ma tête en dehors de la trajectoire : si le corps qui subsistait dans le fond était la charge de poudre noire, une siŵple ĠtiŶĐelle pouǀait l͛eŶflaŵŵeƌ et la faiƌe edžploseƌ. MoŶ outil ƌesta ĐoiŶĐĠ, ŵais j͛iŶsistai eŶĐoƌe. Je ƌetouƌŶai l͛aƌŵe, et tapotai maintenant nerveuseŵeŶt la ďaguette suƌ le sol. D͛aďoƌd légèrement, ensuite avec plus de vigueur. Une forte odeur me fit ĐoŵpƌeŶdƌe Ƌue l͛edžplosioŶ Ġtait iŵŵiŶeŶte et j͛eus le ƌĠfledže de dĠtouƌŶeƌ le ĐaŶoŶ. Et l͛edžplosioŶ se pƌoduisit, heuƌeuseŵeŶt Ƌu͛il s͛agissait de poudre noire, sûrement un peu humide. La baguette valdingua sur le côté, pour le reste le mur servit de cible. La pièce fut aussitôt eŶǀahie paƌ la fuŵĠe. EŶ ŵ͛appƌoĐhaŶt du ŵuƌ, je ĐoŶstatai uŶ tƌou d͛uŶe ƋuiŶzaiŶe de ŵilliŵğtƌes de diaŵğtƌe. La Đhaƌge Ŷe s͛était enfoncée que très peu et je pus facilement ƌetiƌeƌ le pƌojeĐtile. Il s͛agissait d͛uŶ autƌe diaŵaŶt, assez gƌos et d'un noir très intense. Depuis la découverte des premières pierres, je Ŷ͛aǀais pas ǀĠƌitaďleŵeŶt ƌefait suƌfaĐe, ŵes gestes s͛eŶĐhaîŶaieŶt, guidĠs paƌ je Ŷe sais tƌop Ƌuoi. Je Ŷ͛aƌƌiǀais pas à ƌĠaliseƌ Ƌue je ǀeŶais de dĠĐouǀƌiƌ uŶ petit tƌĠsoƌ, Ƌui ŵ͛aǀait suiǀi durant plus de quarante ans. Sans ce client méticuleux et prudent ŵe deŵaŶdaŶt de ǀĠƌifieƌ l͛aƌŵe, Đ͛est sûƌeŵeŶt lui Ƌui auƌait7
découvert le magot. Petit à petit, des questions commencèrent à prendre formes. Qui avait caché ces pierres dans cette arme et pourquoi ? Je ŵe ƌappelais foƌt ďieŶ la peƌsoŶŶe Ƌui ŵ͛aǀait offeƌt Đette relique. Mais était-ce elle qui y avait placé la précieuse charge ? Si Đ͛Ġtait le Đas, pouƌƋuoi Đe Đadeau? Ou aloƌs uŶe autƌe peƌsoŶŶe s͛Ġtait oĐĐupĠe de l͛iŶestiŵaďle ĐhaƌgeŵeŶt. UŶ Ŷoŵ, plusieuƌs ŵġŵe ŵe ƌeǀeŶaieŶt à l͛espƌit. Mais dans quel but ? Toute cette histoire remontait maintenant très rapidement vers ŵoi, Đoŵŵe uŶe ǀague de l͛OĐĠaŶ : ƌafƌaîĐhissaŶte, ŵais tƌğs déstabilisante. Il est temps que je me présente : William Pradère, fils de Baptiste et Juliette Pradère, enfant unique, né le 7 novembre 1948 à Fronton à trente cinq kilomètres de Toulouse. Mon père était ŵaƋuigŶoŶ, ŵa ŵaŵaŶ, ŵğƌe au foLJeƌ. Je Ŷ͛aǀais pas eŶĐoƌe didž-huitaŶs loƌsƋue j͛iŶtĠgƌai eŶ oĐtoďƌe ϭϵϲϲ l͛uŶiǀeƌsitĠ de Toulouse. L͛histoiƌe et la gĠogƌaphie ŵe plaisaieŶt ďieŶ. MoŶ idée : devenir professeur. Quelques mois plus tard, alors que ma seconde année tirait vers sa fin, la France bascula dans les événements de mai 68. Comme la plupart de mes amis, je participai avec appétit aux festivités. Puis sur un coup de tête, et uŶe dĠĐeptioŶ aŵouƌeuse, l͛uŶ ĠtaŶt la ĐoŶsĠƋueŶĐe de l͛autƌe ;eŶfiŶ, plus dĠĐeptioŶ Ƌu͛aŵouƌeuseͿ,je deǀaŶçai l͛appel pouƌ mon service militaire. C͛Ġtait à Ŷe ƌieŶ LJ ĐoŵpƌeŶdƌe aǀeĐ les filles. De haute lutte, nous venions de conquérir la liberté de pouvoir 8
ĐouĐheƌ saŶs ġtƌe oďligĠ de se ŵaƌieƌ, et les filles Ŷ͛ĠtaieŶt pas les deƌŶiğƌes daŶs les ŵaŶifs. Et pouƌtaŶt uŶ gƌaŶd Ŷoŵďƌe d͛eŶtƌe elles n͛aǀaieŶt Ƌu͛uŶe idĠe eŶ tġte. Et ŵoi, j͛Ġtais ďieŶ tƌop jeuŶe pour être présenté à leur famille, et surtout bien trop jeune pour eŶdosseƌ le Đostuŵe de Đhef de faŵille. ViŶgt aŶs, Đe Ŷ͛est pas uŶ âge à doƌŵiƌ tous les soiƌs daŶs le ŵġŵe lit, ǀiŶgt aŶs, Đ͛est juste fait pour profiter de la vie. Pourquoi cette envie insensée de reproduire aussi rapidement le schéma archaïque mis en place par nos parents et les parents de nos parents, alors que nous venions de lutter contre avec acharnement ? Nous avions tout notre temps pour nous créer des obligations, et prendre des responsabilités. Peut-être leur fallait-il encore un peu de temps pour assimiler la nouvelle donne, peut-être que du côté des filles la liberté sexuelle ça Ŷe se dĠĐƌĠtait pas, ça s͛appƌeŶait. Delà à obligatoirement considérer un simple flirt, parfois certes un peu poussé, comme un prologue aux épousailles, très peu pour moi. Une petite parenthèse de quatorze mois, elle était là la solution. Après les choses seraient certainement bien différentes. Attention, je ne prétendais pas faire abstinence durant tout ce temps. Mais d͛apƌğs Đe Ƌue j͛aǀais pu ĐoŵpƌeŶdƌe, les idĠes des filles Ƌue l͛oŶ pouvait rencontrer dans les villes dites « de garnison » étaient plus eŶ adĠƋuatioŶ aǀeĐ l͛espƌit «mai 68 », sûrement des précurseurs. Durant quatre mois,j͛effeĐtuai ŵa foƌŵatioŶ d͛Ġlğǀe offiĐieƌ de e réserve (OER)à l͛ĠĐole de CoëtƋuidaŶ, aǀaŶt d͛iŶtĠgƌeƌ le ϯϱ e RAP à Tarbes. Aspirant à la 2 batterie, je participai à Pau au stage qui devait faire de moi un vrai para. Quelques semaines plus tard, mon colonel me proposa une mission en République CeŶtƌafƌiĐaiŶe. UŶe auďaiŶe pouƌ ŵoi. J͛aĐĐeptai et iŶtĠgƌai e aussitôt l͛Ġtat-major de la 11 Division de Balma, près de 9
Toulouse. Prévue pour trois mois, cette missioŶ Ŷ͛aǀait à pƌeŵiğƌe vue rien de guerrier. Elle consistait,d͛apƌğs les ƋuelƋues iŶfoƌŵatioŶs glaŶĠes, à des ŵaŶœuǀƌes aǀeĐ l͛aƌŵĠe centrafricaine. Dix jours plus tard, notre détachement composé de quarante-cinq militaires embarquait pour Bangui, sous les oƌdƌes du ĐoŵŵaŶdaŶt Feƌƌal. L͛offiĐieƌ aƌďoƌait les iŶsigŶes du Ϯ° ‘EP, ŵais j͛Ġtais peƌsuadĠ Ƌu͛il aǀait ĠtĠ iŶtĠgƌĠ pouƌ l͛oĐĐasioŶ. Il Ġtait seĐoŶdĠ paƌ uŶ aŶĐieŶ d͛IŶdoĐhiŶe,l͛adjudaŶt-chef e Barlowski, comme moi du 35 RAP. Malgré mon grade supérieur, je fus plaĐĠ sous ses oƌdƌes. J͛Ġtais le seul appelĠ de Đette ŵissioŶ. Les autres soldats, sous-officiers et hommes du rang e appartenaient tous au 2 Régiment Etranger Parachutiste (2°REP) de Calvi. Le 1er mars 1969, nous foulions le tarmac du nouvel aéroport de Bangui-M͛Poko. Il Ŷous fallut ŵoiŶs de ǀiŶgt-quatre heuƌes pouƌ s͛iŶstalleƌ pƌesƋue ĐoŶfoƌtaďleŵeŶtau camp du Kassaï, à l͛est de BaŶgui. Notƌe dĠtaĐheŵeŶt oĐĐupait uŶ bâtiment, un peu en retrait. La caserne, commandée par le lieutenant centrafricain Jean-Claude MaŶdaďa, datait de l͛ĠpoƋue coloniale. Un simple lieutenant commandant un camp de cette importance, il y avait là comme une incohérence. AŶĐieŶŶe ĐoloŶie fƌaŶçaise d͛AfƌiƋue ĐeŶtƌale,l͛OuďaŶgui-Chari devint la République centrafricaine le 1er décembre 1958. Elle proclama son indépendance le 13 août 1960. Les Français colonisèrent la région dès la fin du XIXe siècle et l'administrèrentjusƋu͛au ŵilieu du XXe siğĐle. DuƌaŶt la SeĐoŶde Guerre mondiale, la colonie se joignit aux Forces alliées. En 1969, le pays était dirigé par le président Jean-Bedel Bokassa.
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