Mémoire du duc de Rovigo, sur la mort de Pichegru, du capitaine Wright, de M. Bathurst, et sur quelques autres circonstances de sa vie

Mémoire du duc de Rovigo, sur la mort de Pichegru, du capitaine Wright, de M. Bathurst, et sur quelques autres circonstances de sa vie

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Ponthieu (Paris). 1825. France -- 1799-1804 (Consulat). In-8° , XXVI-72 p..
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Ajouté le 01 janvier 1825
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r
ltlEltlOIRE
DU
DUC DE ROVIGO.
PARIS, IMPRIMERIE DE COSSON , RUE GARANCIÈRE.
p
MEMOIRE
DU
DUC DE ROVIGO,
SUR
LA MORT DE PICHEGRU,
DU CAPITAINE WRIGHT, DE M. BATHURST,
ET SUR QUELQUES AUTRES CIRCONSTANCES DE SA VIE.
PARIS,
PONTHIEU, LIBRAIRE, PALAIS-ROYAL,
GALERIES DE BOIS , Nos 252 et 253.
1825.
f
PREFACE
r
DE L'ÉDITEUR.
LE mémoire que nous publions fut en-
voyé en 1816 par le général Savary en
Angleterre, a près sa sortie de la prison de
Malte. Son but principal était de se just1?-4-
fier du meurtre de deux sujets britanniques,
meurtre dont quelques journaux et des
pamphlets l'avaient accusé. Ainsi > depuis
plusieurs années, ce mémoire, qui fut d'a-
bord publié dans un ouvrage périodique
en Angleterre-, est tombé dans le domaine
public, et on doit s'étonner qu'il n'ait
point été reproduit en France. Tout ce
qui peut jeter du jour sur l'histoire con-
temporaine est en droit de nous inté-
resser : d'ailleurs le mémoire du duc de
Rovigo, tout en le justifiant, n'accuse per-
sonne et ne saurait causer de scandale :
nous croyons donc rendre service au pu-
blic en le reproduisant accompagné d'une
notice sur l'auteur. Cette pièce devient
d'autant plus importante qu'elle sert d'é-
claircissement à l'ouvrage publié sous le
titre de Mémoires de Joseph Fouché,
duc d' Otrante.
Quelle que soit l'opinion qu'on se forme
de l'authenticité de ces mémoires, les faits
qu'ils renferment prouvent que Fauteur,
s'il n'était pas Fouché lui-même, était du
moins assez bien instruit, et il faut at-
tendre, pour porter un jugement à ce
sujet, que M. Alphonse Beauchamp, leur
éditeur, ait déclaré à quelle source il a
puisé.
NOTICE
ÔU/O
£ e îruc te liDVÍgLf.
i=Sn
PARMI les hommes dont le nom a acquis de la
célébrité sous l'empire, Savary tient une place
marquante, soit par l'importance des fonctions
dont il fut chargé , soit par la gravité des accu-
sations qui ont long-temps pesé sur lui. - -
Savary (Anne-Jean-Marie) naquit à Sedan le
26 avril 1774; son père avait obtenu, parde longs
services, le grade de major de cavalerie, et son fils
se destina également à la carrière militaire; A l'âge
de quinze ans il entra dans le régiment deRoyal-
Normandie comme officier; il nous a appris lui-
même que son grade composait alors toute sa
fortune (i) ; probablement cette circonstance
(1) Voyez le Mémoire de M. le duc de Rovigo,
( » )
l'empêcha de prendre part à l'émigration ; il
resta en France , mais sans jouer un rôle quel-
conque dans les événemens de la révolution.
Dans toute la vie de Savary, on voit qu'il n'é-
tait pas homme à s'enthousiasmer pour des
principes ; courageux, habile, mais assez
facile de caractère , il était né pour s'atta-
cher à des hommes supérieurs et pour suiyre
aveuglément la direction qu'ils voudraient lui
donner. Cette disposition , malheureusement
trop commune, explique toute sa conduite.
Dès les premières campagnes de la ré-
volution , Savary mérita et obtint de l'avance-
ment : nous le trouvons en Egypte aide-de-
camp du général Desaix , et chargé en cette
qualité de négocier avec l'amiral anglais sir
Sidney Smith le retour de l'armée en France.
Devenu premier aide-de-camp de Desaix , il
l'accompagna en Italie, et il était à ses côtés lors-
pag. 10, dans les Mémoires sur la catastrophe du duc
d'Enghein,
( III )
que ce général, qui donnait de si hautes espé-
rances par ses talens militaires et par ses vertus
civiques , reçut le coup mortel au moment
même où il venait de décider la victoire de
Marengo. Savary porta lui-même cette nou-
velle au premier consul, qui, l'ayant connu en
Egypte, l'attacha immédiatement à son état-
maj or. Il ne tarda point de gagner la confiance
de Bonaparte, et en peu de temps il obtint le
grade de général de brigade et le commande-
ment de la légion de la gendarmerie d'dlite qui
fit partie plus tard de la garde impériale.
Devenu chef d'un corps chargé en partie de
la police de la capitale, Savary se trouva lancé
dans cette administration ténébreuse , et son
dévouement absolu à la personne du premier
consul lui fit regarder comme honorables des
fonctions que peut - être l'aide - de - camp de
Desaix eût regardées comme indignes de lui.
Lorsqu'en 1804 la conspiration de George Ca-
doudal et de Pichegru fut découveite, il ac-
cepta la mission de surveiller les côtes de l'ouest
( IV )
et de la Normandie, sur lesquelles les vaisseaux
anglais devaient débarquer les agens du com-
plot et l'argent nécesaire pour l'exécuter. Ayant
découvert, par les premières arrestations qui eu-
rent lieu à Paris, les signaux des conspirateurs,
cette circonstances en fit tomber plusieurs entre
les mains de la police, et le capitaine Wright,
officier de la marine anglaise qui dirigeait les
débarquemens , fut arrêté lui-même. Savary
montra dans sa mîssion beaucoup d'activité et de
zèle, et il revint à Paris la veille du jugement du
duc d'Enghien , dont il ignorait l'arrestation.
il ne fut instruit de cetévénementqu'au moment
où il reçut l'ordre d'aller prendre le comman-
dement du château de Vincennes, et de s'y
rendre immédiatement avec une partie de sa
légion ; le lendemain le malheureux prince
avait cessé d'exister. Dans cette circonstance ,
Savary se rendit-il coupable d'un excès de zèle ,
ou n'agit-il que d'après le principe d'obéissance
passive qu'on prétend encore être le premier
devoir des soldats ? voilà ce qu'il nous est im-
( v )
possible de décider. Les déclarations de tous
les hommes influens de cette époque se com-
battent entre elles, et aucun des auteurs des
diverses assertions ne possède cette haute pro-
bité politique qui commande une confiance
absolue. Toutefois parmi les imputations adres-
sées à Savary au sujet de cet événement tra-
gique , il en est beaucoup qui sont d'une faus-
seté évidente. Savary ne fut jamais ni cruel
ni lâche ; il était dévoué à Napoléon, et à l'é-
poque dont nous parlons il a pu éprouver une
véritable haine contre tous ceux qu'il croyait
complices d'un projet qui avait pour but d'as-
sassiner le premier consul et de rétablir les
Bourbons sur le trône de France.
Pendant le procès de George, Cadoudal, le
général Savary ne resta point oisif ; la police
faisait partie à cette époque de l'adminis-
tration de la justice , et était dirigée par
le grand - juge Regnier ( depuis duc de
Massa ). Savary et Réal se distinguèrent par
leur zèle à veiller à la sûreté de Napoléon ;
( VI )
bientôt ils eurent un collaborateur distingué.
M. Fouché fut placé de nouveau à la tête du
ministère de la police : ce n'était point ncn
plus un homme à s'enthousiasmer pour des
principes ; ils se modifiaient pour lui selon les
circonstances : il était encore moins disposé à se
dévouer à la fortune d'un autre. Son propre in-
térêt était le mobile de toutes ses actions. Napo-
léon crut devoir se défier de lui, tout en setrou-
vant forcé de l'employer; mais il jugea prudent
d'avoir une police secrète ou contre-police, dont
il confia la direction à Savary, élevé en même
temps au grade de général de division , sans
quitter le commandement de la gendarmerie
d'élite. Celte troupe devint à cette époque partie
intégrante de la garde impériale , et fut plus
propre dès lors à agir sur tous les points de la
France qu'en qualité de corps appartenant à la
garnison de Paris. L'action de la gendarmerie
d'élite et de son chef ne se borna pas à l'inté-
rieur de l'empire ; la police des armées lui fut
aussi confiée.
( VII )
Dans la campagne de i8o5 , Savary eut occa-
sion de faire preuve de son adresse comme né-
gociateur , et de sa bravoure comme soldat. Au
champ de bataille d'Austerlitz il remplit les
fonctions d'aide-de-camp auprès de l'empe-
reur , et porta ses ordres aux commandans de
corps. Il remplit diverses missions auprès de
l'empereur de Russie. Avant la - bataille,
il fut chargé de complimenter ce prince qui
venait d'arriver de Berlin , et d'examiner en
même temps les dispositions de l'armée et de
ses chefs. Après la bataille , Napoléon avait
promis à l'empereur d'Autriche de ne pas pour-
suivre l'armée russe , sous la condition qu'elle
se retirerait en Russie. Savary eut la mission
de communiquer cette stipulation à l'empereur
Alexandre, et de s'assurer de la retraite de
l'armée russe. Après cette mémorable campagne,
Savary fut nommé grand-cordon de la Légion-
d'HoMeur, et presque en même temps le grand-
duc de Bade lui remit le grand-cordon de ses
ordres. Ce fut pendant son absence de Paris
( VIII)
que le capitaine Wright, toujours détenu au
Temple, fut trouvé la gorge coupée. Long-
temps on crut qu'il avait été assassiné, et ce
crime fut attribué à Savary : en Angleterre
surtout son nom devint à cette occasion l'objet
de la haine publique. Il était pourtant inno-
cent de cette mort tragique , du moment
qu'on admet qu'elle ait eu lieu pendant son
absence : ce crime , d'ailleurs , n'était d'aucune
utilité , et ne pouvait sprvir l'empereur en
rien.
Tandis que Napoléon était occupé à com-
battre l'Autriche et la Russie, le roi de Prusse
avait été invité inutilement à prendre part à la
coalition, et à mettre par là l'armée française
entre deux feux. Le cabinet de Berlin hésita
jusqu'au moment où, par la victoire d'Austerlitz,
l'empereur Alexandre s'était vu forcé de retour-
ner en Russie, et l'empereur François à rece-
voir la paix aux conditions que le vainqueur
voulait bien lui accorder. Alors seulement l'ar-
mée prussienne prit une attitude hostile, et four-
(u )
nit à Napoléon (1) l'occasion de détruire une
puissance qui lui portait ombrage. Jamais cam-
pagne ne fut plus prompte que celle de 1806, et
jamais victoire plus complète que celle de Jéna.
L'armée prussienne fuyant dans toutes les direc-
tions se rendait par divisions; les places les plus
fortes capitulèrent sur la première sommation
d'un corps de cavalerie légère. Parmi ces capi-
tulations aucune ne fut plus remarquable que
celle de la forteresse de Hameln.
Cette place avait une garnison de neuf à dix
mille hommes, et était approvisionnée pour un
siège de six mois. Le général hollandais Du-
(1) « Je trouvai triste, pour la dignité des couronnes,
de voir un cabinet si mal tenu. La monarchie prussienne,
dont il aurait dû être la sauve-garde, dépendait de l'astuce
de quelques intrigans et du mouvement de quelques sub-
sides avec lesquels nous jouions à la hausse et à la baisse
à volonté. Iéna ! l'histoire dévoilera un jour tes causes
secrètes » ( Mémoires de Fouché , tom. I",
pag. 353. ) 1
( x )
monceau avait reçu ordre de l'observer avec deux
régimens hollandais et un français. La ville n'é-
tait pas même investie lorsque le général Savary
vint prendre le commandement supérieur de la
divisioft du général Dunlonceau, et, sans dai-
gner attendre de l'artillerie, ni faire tirer un coup
de canon, il somma le général Schœler, com-
mandant la garnison, de se rendre. Celui-ci
proposa aussitôt une capitulation par laquelle il
évacuerait la ville et rejoindrait l'armée avec ses
dix mille hommes. Savary lui notifia que la gar-
nison serait conduite en France comme prison-
nière de guerre, et le général Schœler (était-ce
lâcheté ou trahison?) accepta une condition
qu'on n'offre qu'aux places réduites à la der-
nière extrémité. Les soldats prussiens, malgré
leur habitude d'obéissance, se révoltèrent contre
une capitulation aussi déshonorante, et refu-
sèrent de sortir de la ville. Schœler pria alors
Savary de modifier deux articles de la conven-
tion en faveur des soldats et des officiers. La ré-
ponse qu'il reçut fut trop remarquable pour
( XI )
b
qu'on puisse négliger de la reproduire ici : elle
peint à la fois le caractère de son auteur et ce-
lui de l'époque, la confiance qu'avaient inspirée
aux Français leurs succès et la terreur qui avait
frappé les Prussiens.
Oldendorf, le 21 novembre 1806.
CAD GMatou/ôi/di/t) (e qe4~ct<x~ §c&oeiefo f
OoiwiuaMdcMft fa; cjcvuwion ~CMWM'Mt-.
« MONSIEUR LE GÉNÉRAL,
» Je ne suis point accoutumé à céder aux mou-
vemens de sédition et de révolte. J'ai parcouru
toute la révolution de mon pays , et je sais com-
ment on les apaise. Il ne sera rien changé A
la capitulation d'Hameln; je n'en ai plus le
droit, puisqu'elle est annoncée officiellement à
l'empereur lui-même.
( XII )
- » Depuis quand une troupe indisciplinée au-
rait-elle acquis le droit de faire ajouter à une
capitulation des articles qui ne concerneraient
que des intérêts personnels ou purement mer-
cantiles ? Je vous le répète , Monsieur, la ca-
pitulation sera maintenue dans tout son con-
tenu.Demain mes troupes se présenteront à neuf
heures pour occuper les forts et les portes ; et
je déclare que s'il leur est fait une insulte ou
un refus de les livrer, je regarderai cela comme
une infraction complète à la capitulation ; j'or-
donnerai aux troupes de se retirer, et dès ce
moment, tout ce qui sera fait prisonnier sera
puni de mort, conformément à nos réglemens.
Je rends chaque officier prussien responsable du
moindre accident; sa fortune, sa liberté et sa vie
m'en répondent. Et vous , Monsieur le général,
que votre âge et vos bons services ont rendu l'en-
nemi des mouvemens séditieux, je vous en-
joins de me désigner ceux des officiers les plus
mutins, pour que je puisse faire appesantir sur
eux la vengeance que je me propose de.tirer
( XIII )
d'une pareille conduite. Vous voudrez bien faire
assembler chez vous les vingt plus mauvaises
têtes de chaque régiment, leur expliquer le
contenu de ma lettre, et leur dire que si dans
l'instant même tout ne rentre pas dans l'ordre,
je les déclare chefs de bandes ; que quand il
plaira à la fortune de les mettre en mon pou-
voir, je les ferai exécuter sur-le-champ; si la
moindre insulte est commise envers votre per-
sonne et celle des officiers généraux et officiers
supérieurs , ils m'en feront raison.
» Recevez, Monsieur le général,
o l'assurance de ma haute considération ,
» Signé SAVARY. »
Cette lettre, depuis la première ligne jusqu'à
la dernière, serait susceptible d'un commen-
taire pour lequel l'espace nous manque. On voit
que les notions du droit des gens étaient peu
familières à son auteur, et qu'il parle de châtier
( XIV)
des officiers attachés à leurs sermens, comme
il aurait parlé de ses soldats mutinés. Ce
langage, au reste, ne doit point nous étonner
dans le général Savary : c'était celui des maré-
chaux, et de Napoléon lui-même, et leur con-
duite n'y fut que trop souvent conforme. La
garnison de Hameln n'en persista pas moins
dans son obstination : les soldats brisèrent leurs
armes. Les officiers menacèrent leurs généraux,
et Schœler fut forcé de faire ouvrir une porte
«
au général Savary avant l'heure fixée pour la
remise de la place. Dans ce désordre on ne
put songer à une résistance sérieuse , et la gar-
nison prussienne fut dirigée vers la France;
mais, en route, le major Schill en enleva une
grande partie avec quelques hussards. De Ha-
meln Savary se porta sur la place de Niem-
bourg, qui se rendit également avant d'être in-
vestie. Ces succès lui valurent la dignité de
grand-croix de la Légion-d'Honneur.
Après ces expéditions le général Savary rejoi-
gnît la grande-armée, et se distingua au combat
( xv )
d'Ostrelenka, dans lequel il commandait en
chef. A la bataille de Friedland il chargea à la
tête des fusiliers de la garde ; il assista ensuite
au siège de Kœnigsberg, et remplit plus tard les
fonctions de gouverneur de Dantzig.
La paix de Tilsitt et ses brillans résultats ne
furent qu'un nouvel aliment à l'ambition de
Napoléon : il lui fallait encore la Péninsule, afin
de fermer tout le continent européen au com-
merce des Anglais. L'envahissement de l'Espagne
fut décidé , et le général Savary fut chargé de
déterminer la famille royale à quitter Madrid et
à venir au-devant de l'empereur jusqu'à Vittoria,
et plus tard jusqu'à Bayonne. Là il vint annoncer
au prince des Asturies ( Ferdinand VII ), que
l'empereur ne le reconnaissait point comme roi,
et que l'abdication de son père en sa faveur
ayant été arrachée par la force ne pouvait être
valide. Savary ne joua pas un rôle actif dans les
autres négociations, par lesquelles les princes
espagnols renoncèrent au trône - en faveur de
Joseph Bonaparte. Il fit partie de l'armée qui
( XÏI )
s'empara de Madrid, et après le départ de Murat
il en eut pendant quelque temps le commande-
ment en chef. Napoléon ne tarda point à le rap-
peler auprès de sa personne, et l'emmena dans sa
campagne contre l'Autriche en 1809. Savary se
distingua à la bataille d'Eckmuhl, et fut cité
dans le bulletin de la grande-armée pour avoir
porté les ordres de l'empereur à travers les
lignes ennemies. Il obtint comme récompense
le titre de duc de Rovigo. On l'accusa alors
de l'enlèvement et de la mort d'un cour-
rier anglais ; mais il a prouvé que cet événe-
ment, s'il a eu lieu, ne pouvait être imputé qu'à
la police générale et non à lui (1). De retour
(i) Il est assez singulier que l'auteur des Mémoires du
duc d'Otrante ne dise pas un mot sur la mort du capitaine
Wright, .ni de M. Bathurst. Cependant il n'est pas pro-
bable que Fouché se soit rendu coupable de deux crimes
inutiles, mais s'il avait pu les faire passer sur le compte
de son ennemi, il n'aurait pas manqué de le faire. Son
silence à cet égard disculpe entièrement le duc de Rovigo.
( XYII )
à Paiis , l'empereur , mécontent de Fouché,
qui agissait d'une manière trop indépendante ,
et qui cherchait à accroître son importance per-
sonnelle , lui ôta le portefeuille de la police
générale, et le confia au duc de Rovigo. Fouché,
dans les mémoires qu'on lui attribue , se vante
de s'être amusé sur le compte de son rival, et il
le traite avec un mépris insultant. Toutefois il
paraît qu'il ne réussit pas entièrement dans ses
projets , car le nouveau ministre de la police
ne garda que les employés dont le dévouement
lui était assuré d'avance.
Soit par suite de ses habitudes militaires ,
soit par docilité aux ordres de l'empereur, soit
aussi par infériorité de moyens, il est certain
-que la police prit sous le duc de Rovigo un
earactère plus violent et des formes plus despo-
tiques que sous le duc d'Otrante, dont la dis-
grâce excita surtout les regrets du faubourg
Saint-Germain ; pourtant tous les nobles ne dé-
sertèrent point les salons- de l'hôtel du quai
«l'Orsay; les anciens habitués y rentrèrent bien-
( XVIII )
tôt en foule, et ils finirent même par s'accou-
tumer au ton militaire et brusque du nouveau
ministre. D'ailleurs l'amitié intime formée entre
Savary et une dame de l'ancienne noblesse ,
madame la comtesse D. C. contribua aussi à
ce rapprochement.
Lors de son départ pour la campagne de
Russie , Napoléon confia en partie au duc de
Rovigo le maintien de son autorité dans la
capitale et dans l'intérieur de l'empire. Sa sur-
veillance fut active et sévère , mais la conspira-
tion hardie de Mallet lui échappa. Le ministre
de la police fut arrêté lui-même dans son lit le
25 octobre 1812 par les généraux Lahorie et
Guidai , et écroué à la Force : le préfet de
police, le baron Pasquier, éprouva le même
sort. On sait quelle circonstance fit échouer la
conspiration : ses chefs ne voulurent point ver-
ser le sang , et le duc de Rovigo lui-même fut
protégé par Lahorie contre les soldats insurgés
qui le menaçaient. Mallet fut arrêté avec les
principaux chefs ; ils furent jugés et exécutés
( XIX ")
avec une précipitation honteuse, et avec l'oubli
detoutes les formes prescrites par l'humanité et par
la justice. Un seul obtint sa grâce : il avait autre-
fois été juge dans le procès du duc d'Enghien.
Des reproches , peut-être quelques paroles
violentes furent la seule peine dont Napoléon
punit en cette occasion son ministre de la
police et son archi-chancelier , le prince Cam-
bacérès , président du conseil de régence. Tous
deux conservèrent leurs fonctions , mais
leur zèle fut aussi inutile que la valeur de
nos soldats. Les complots et les intrigues qui
se tramaient depuis cntte époque contre le
gouvernement de Napoléon échappèrent pour
la plupart à la vigilance de la police du duc de
Rovigo ; les ressorts en étaient usés. La cam-
pagne de 1813 fut aussi malheureuse que celle
de 18] 2 , et celle de 1814 amena la coalition
à Paris. Un très-petit nombre des amis et ser-
viteurs de Napoléon lui étaient restés fidèles jus-
qu'au dernier moment. Le duc de Rovigo était
de ce nombre ; il accompagna l'impératrice à
( xx )
Blois, et puis à Orléans. Après la restauration il
rentra dans la vie privée. Le duc de Rovigo se
trouvait à Paris au commencement de 1815 , et
par suite de sa position et de ses liaisons , il fut
accusé plus tard d'avoir joué un rôle actif dans
les complots dont le but était de rétablir Napo-
léon sur le trône de la France. L'influence
de ces complots sur les événemens du mois
de mars n'est point encore bien constatée.
Quoi qu'il en soit, Napoléon , après sa ren-
trée aux Tuileries , ne rendit point au duc de
Rovigo le portefeuille de la police, et se borna
à le nommer inspecteur général de la gendar-
merie et pair de France. Le duc d'Otrante
rentra dans l'hôtel du quai d'Orsai., droù il
ne tarda point de correspondre avec le quar-
tier-général de l'ennemi et avec la cour de Gand.
Sa duplicité fut dénoncée à Napoléon qui fut
sur le point de le faire arrêter (1) ; mais son
adresse et l'incrédulité de ses anciens collègues,
(1) Mémoires de Fouché , vol. II , pag. 331
( XXI )
qui regardaient comme impossible qu'un conven-
tionnel et un votantpût travailler sérieusement au
retour des Bourbons, sauvèrent Fouché ; il con-
serva même son portefeille jusqu'au moment
où de chef de la police impériale il devînt che f
de la police royale.
Le duc de Rovigo ne joua dans les événe-
mens des cent jours qu'un rôle secondaire.
Après la seconde abdication de Napoléon , il
suivit sa fortune et s'embarqua avec lui sur le
Bellerophon , et voulut même l'accompagner à
Sainte-Hélène. Il ne puten obtenir la permission,
etfut envoyé, comme prisonnier de guerre, à l'île
de Malte, où il fut enfermé dans le fort Emma-
nuel avec le général Lallemant et quelques autres
officiers français et polonais. C'est là qu'il apprit
de nouveau que les Anglais le croyaient l'au-
teur de la mort du capitaine Wright et de M. Ba-
thurst, et qu'il écrivit sa justification sur ces
deux points. Il l'adressa à un ministre de l'An-
gleterre, avec la prière de la publier ; mais cette
justice ne lui fut point rendue. Après huit mois
( XXII )
de détention, les prisonniers de Malte recou-
vrèrent leur liberté : on leur ouvrit les portes de
leur prison, tout en publiant qu'ils s'étaient
évadés. Le duc de Rovigo se rendit d'abord à
Smyrne (i); mais il fut chassé de cette ville et
de l'empire ottoman par un firman obtenu par
le crédit de l'embassadeur français, alors M. de
Rivière, chez qui le zèle pour la légitimité
étouffa en plus d'une circonstance le souvenir
d'anciens services, et même la pitié. Le duc de
Rovigo débarqua à Trieste, et voulut traverser
le territoire autrichien sous un faux nom; mais
il fut reconnu, arrêté et conduit à Gratz en
Stirie, où il fut placé sous une surveillance
sévère.
Le général Savary avait été placé sur la liste
des individus exceptés de l'amnistie générale
en France. En 1816, il fut jugé par contu-
(i) Ce fut pendant son séjour à Smyrne qu'il écrivait
les notes sur les événemens du Temple et sur la dispari-
tion de M. Bathurst que nous reproduisons actuellement.
( XXIII )
mace et condamné à mort. En 1818, le bruit
de son arrestation courut à Paris, mais fut
bientôt démenti. On annonça presque en même
temps la publication de ses mémoires, et la
duchesse de Rovigo, née Faudoas (nièce de
M. l'évêque de Meaux), réclama contre cette
annonce comme étant entièrement fausse. A
cette occasion, le duc de Rovigo écrivit lui-
même une lettre à l'embassaderir français à
Vienne, afin de déclarer qu'il avait en effet écrit
ses mémoires, mais que ces papiers étaient en
sûreté, et que son intention n'était point de les
publier pendant sa vie. Il annonça en même
temps que ses mémoires n'étaient point des ré-
criminations.
En 1819, lorsque la fureur de parti sembla
calmée en France, le duc de Rovigo vint purger
sa contumace, et fut acquitté de l'accusation
intentée contre lui. Il put même se fl-atter,
pendant quelques instans, de reprendre quelque
importance; il fut admis à faire sa cour au roi
et aux princes, et se trouva protégé par ceux
( XXIV )
des royalistes qui croyaient que le gouverne-
ment devait se servir des instrumens de l'au-
torité impériale. Mais il restait un obstacle à ce
que le général Savary pût être employé ; c'é-
tait la supposition qu'il avait pris part à la mort
tragique du duc d'Enghien. Un journal, dont
le nom est oublié actuellement quoiqu'il ait
cherché à se donner de la célébrité par d'in-
fâmes calomnies, l'accusa d'avoir attaché une
lanterne sur la poitrine du prince, et de s'être
emparé de ses dépouilles.
Un juste mépris pouvait être la réponse à de
pareilles accusations qui émanaient d'un organe
trop impur pour pouvoir influencer l'opinion
publique. Toutefois le duc de Rovigo, cédant,
à ce qu'on croit, aux instances de madame du
Cayla et de ses amis , résolut de rompre le si-
lence , et publia sous le titre d'Extrait de ses
Mémoires tous les détails sur l'arrestation , le
jugement et l'exécution du duc d'Enghien. Cette
publication partielle n'était point dans son in-
térêt ; complète, elle aurait mieux expliqué sa
( XXV )
conduite et ses motifs. Quoi qu'il en soit, il
prouve dans cet écrit qu'il n'avait été qu'agent
passif dans cet événement. Commandant du
château de Vincennes et de la gendarmerie ,
c'était à lui qu'un officier vint annoncer avec
une émotion profonde qu'on lui demandait un
piquet pour l'exécution de la sentence rendue
par la commission militaire : a Donnez-le, » fut
la réponse du général Savary. Voilà ce que nous
apprend ce mémoire qui porte le caractère
de la bonne foi, mais dans lequel les faits
sont présentés sans adresse comme sans
talent de style. Malheureusement le duc de
Rovigo ne se borna point à se justifier ; il vou-
lut encore justifier Napoléon, et il insinua que
le prince de Talleyrand avait été l'instigateur de
l'arrestation du duc d'Enghien et avait pressé
son exécution : c'était s'attaquer à un rude ad-
versaire.
M. de Talleyrand , mieux soutenu à la
cour et plus heureux que le duc de Rovigo,
eut le succès le plus complet dans celle lutte.
( XXVI ) -
Bientôt les journaux annoncèrent que le roi
avait interdit au duc de Rovigo l'entrée du
château des Tuileries , et que le lendemain
S. M. adressa au prince de Talleyrand ces
paroles bienveillantes : « Prince Talleyrand ,
vous et les vôtres pouvez venir ici sans crainte
de mauvaises rencontres. D
Depuis cette époque le duc de Rovigo vit
retiré dans sa famille. On peut espérer qu'un
jour il publiera ses Mémoires complets , qui
seront d'un haut intérêt par l'importance des
événemens auxquels ils doivent se rattacher,
et qui, à en juger par les écrits publiés jusqu'à
ce jour par le d^r^te-^ovigo r ne manqueront
point de fran^s é.
1
r
MEMOIRE -
DU
DUC DE ROVIGO. -
/W\H/U\r\f\l\W\ WMIVM'I/VKM'M'IWI'VI/n/MM/iVVIIIllliVVIVlll'VII
A L'ÉDITEUR.
ii .ipr-wi
i jui^Eet -i8/ié. 1
G~Mt~ct~u J
-
JE vous adresse les détails suivans dans la con-
fiance que vous voudrez bien les publier tels
que je les ai rédigés. Vos lecteurs verront que, si
je n'ai point été aussi prompt qu'on pouvait s'y
attendre à réfuter les calomnies dont j'ai été
victime, mes délais ne doivent être attribués
qu'à la retraite dans laquelle je suis forcé de
vivre, et qui ne m'a point permis d'agir plus tôt.
Je n'ai point perdu de temps pour profiter des
moyens qui se sont offerts, et dès que la chose
( 2 )
m'a été possible , j'ai soumis au gouvernement
anglais ma réponse aux imputations qui m'ont
été faites , en l'invitant à la publier. Quoique
cette réponse ait dû arriver à Londres dans le
courant de décembre dernier, je n'ai jamais pu
découvrir qu'on ait fait attention à ma demande.
Ce n'est que depuis que j'ai recouvré ma liberté
que j'ai pu me charger moi-même de la justifi-
cation dans laquelle mon honneur est si vive-
ment intéressé. Bien loin de vouloir couvrir d'obs-
curité les crimes qui m'ont été imputés , je veux
de ma propre main lever le voile sous lequel on peut
croire que je prétends les cacher, et arracher le
masque à l'hypocrite ou au calomniateur qui9 me
supposant réduit à un éternel silence a profité
de ma situation pour attirer sur ma tête la haine
publique. Je ne prétends pas me borner à cette
défense; si je puis traduire mes accusateurs
devant les tribunaux , j'espère prouver leur
injustice, et je ferai tout ce qui est en mon
pouvoir pourrendre la réparation aussi complète
que l'outrage a été public.
Je dois à la famille dont je suis le chef, et au
pays dans lequel je suis né, de prouver que ce
n'est point par des crimes que j'ai acquis les
honneurs et les titres par lesquels mes services
( 3 )
ont été récompensés. Je parlerai à mes enne-
mis le langage de la vérité et de la franchise ; la
pureté de ma conscience est telle que je n'ai be-
soin de rien cacher ; ceux qui ont perdu tout
autre appui ont le droit de se réfugier dans l'o-
pinion publique, afin de conserver l'estime des
hommes vertueux..
JE suis une des victimes qui vinrent avec con-
fiance placer leur destinée sous la garantie du
pavillon anglais. En violation manifeste de tout
ce qui avait été stipulé entre le capitaine du
Bellerophon et ma personne, on m'interdit d'a-
bord toute communication avec l'Angleterre, et
plus tard, lorsque l'empereur eut été transféré
sur le Northumberland, je fus obligé de re-
mettre mon épée au capitaine du Bellerophon.
Les mesures personnelles dont je fus l'objet
me firent concevoir le soupçon qu'en violation
de toutes les lois civiles et militaires, que les
sauvages même respectent religieusement , on
se proposait de me livrer à la France. Là j'aurais
été sacrifié inévitablement à l'esprit de parti,
qui à cette époque se développait avec une telle
fureur, que je n'aurais pu placer aucune con-
fiance dans l'impartialité de la justice. Cette
( 4 )
réflexion était d'autant plus accablante, que je
me voyais chargé de la réprobation publique,
comme étant accusé d'avoir assassiné un An-
glais. Sans protection d'aucun côté, j'étais me-
nacé de périr couvert d'infamie, et de léguer à
mes enfans un nom déshonoré. Je résolus
d'écrire à sir Samuel Romilly , jurisconsulte
célèbre par ses talens et respecté par l'élévation
de ses sentimens. Ma malheureuse position l'in-
téressa, et je fus assez heureux pour le con-
vaincre qu'elle n'était pas la suite d'une conduite
coupable. La vigilance avec laquelle j'étais ob-
servé à bord du Bellerophon ne m'empêcha point
de faire parvenir mes lettres par les mêmes
moyens dont se servait le capitaine pour sa cor-
respondance privée, qui probablement n'était
pas portée à l'amiral, comme devaient l'être
toutes les lettres écrites à bord des vaisseaux. Je
ne pus pourtant empêcher que la réponse de sir
Samuel Romilly ne tombât entre les mains de
l'amiral Keith ; il l'ouvrit et s'aperçut par le con-
tenu que'c'était une réponse à une autre lettre qui
avait échappé à la vigilance dont j'étais l'objet.
Il chargea toutefois le capitaine du Bellerophon
de me dire, en me remettant ouverte la mis-
sion de sir Samuel Romilly, combien il était
( 5 )
blessé de ce qu'au mépris de ses ordres j'avais
eu recours à des moyens secrets pour corres-
pondre. Je répondis au capitaine que je ne com-
prenais pas comment lui, qui avait stipulé avec
moi toutes les conditions relatives à l'arrivée de -
l'empereur à bord de son vaisseau, pût trouver
étrange si je cherchais auprès d'un homme
éclairé, au-dessus de toute déception, la pro-
tection que je n'avais point trouvée en me pla-
çant sous la garantie de son pavillon. Je lui
demandai si l'amiral Keith se moquait de moi,
en supposant que je me laisserais immoler sans
faire un effort pour me défendre, tandis - qu'il
savait que je ne venais point en Angleterre pour
être envoyé à Sainte-Hélène. J'aurais pu même
tourner en plaisanterie ses observations, si je
n'avais craint d'augmenter les embarras de ma
situation.
Le capitaine du Bellerophon sentit la justice
de ma réponse. Il me communiqua, peu de
temps après cette conversation, un ordre de
l'amiral Keith, qui m'enjoignait de me rendre à
bord de l'Eurotas, où se trouvaient déjà six
autres officiers français, qui, ainsi que moi,
avaient accompagné l'empereur jusqu'à cette
époque d'épreuves.
( 6 )
Rien ne nous fut dit du sort qu'on nous réser-
vait. La frégate mit à la voile le 18 août, et ar-
riva à Malte le 18 septembre, après avoir touché
à Gibraltar. Le capitaine gardait le plus profond
silence sur notre destinée future, et nous priva
de toute communication avec la terre, tout le
temps que nous fûmes à. bord de son vais-
seau.
J'écrivis au gouverneur de Malte, en le priant
de m'éclairer sur ma situation , dont l'incerti-
tude durait depuis deux mois. Ma lettre resta
sans réponse, et ce ne fut que le 23 septembre
que le colonel Otto Beyer, commandant le ier
bataillon du 10e régiment, vint à bord de l'Eu-
rotasj ayant avec lui en qualité d'interprète un
officier du régiment suisse de Rolle.
Il nous lut en présence du capitaine du vais-
seau un ordre qu'il avait reçu, et dont une copie
se trouve cirjointe. (Pièces justificatives n° 1. )
Après cette communication, nous nous embar-
quâmes dans la chaloupe avec le colonel Otto
Beyer, le capitaine et le lieutenant en premier
du vaisseau, et nous fûmes conduits au fort
Emmanuel, où nous restâmes confinés jusqu'au
ire avril 1816, conformément aux ordres du
gouvernement, qui furent exécutés à la rigueur ;
( 7 )
toute communication extérieure nous fut in-
terdite.
Telles furent les conséquences des impres-
sions défavorables et des opinions qui avaient
.précédé notre arrivée à Malte ; sous tout autre
rapport, l'intercession bienveillante du colonel
Otto Beyer auprès du gouverneur général de
l'île nous procura des égards et un traitement
convenable. Je profite de cette occasion pour
témoigner à cet officier ma reconnaissance et
celle de mes compagnons de captivité.
Ce fut vers la fin d'octobre que je lus dans les.
journaux français un article calomnieux sur mon
compte; il fut publié plus tard dans les feuilles
.anglaises, en sorte que le mensonge fut répandu
d'une extrémité du globe à l'autre. J'aurais dé-
siré faire connaître ma réponse par les mêmes.
voies, mais la chose m'a été impossible jus-
qu'ici. L'article en question était rédigé ainsi
qu'il suit :
Journal général de France, vendredi 6 octobre I8l5 , n0/jo.
« La gazette de Liège du 3o septembre con-
tient l'article suivant : Nouslisonsdans la gazette
générale-des Pays-Bas, en date d'hier, un ar-
ticle concernant l'infortuné Anglais, le capitaine
Wright, dont l'auteur s'est étrangement trompé
( 8 )
en rapportant les faits comme ils ont été divul-
gués. Je dois les rétablir sous leur vrai jour.
J'étais prisonnier d'état au Temple, quand cet
assassinat politique a eu lieu. La veille du jour
que le capitaine Wright fut trouvé la gorge
coupée, Savary, à cette époquç général et aide-
de-camp de Napoléon, dont on l'appelait le
bras droit, vint faire avec quelques soldats une
inspection rigoureuse de cette terrible prison ;
inspection dont il était chargé spécialement et
indépendamment de Fouché, ministre de la
police. « Retirez-vous dans vos chambres, » fut
l'ordre que Savary donna aux prisonniers. On
fit des perquisitions dans la chambre du capi-
taine comme dans les autres. L'objet de cette
enquête était de découvrir une prétendue cor-
respondance avec l'Angleterre, dont on ne
trouva aucune preuve. Le jour suivant, une
nouvelle perquisition eut lieu, mais seulement
dans la chambre du capitaine Wright; elle était
faite par trois officiers de police , escortés par
deux soldats. Sans doute ces vexations irritèrent
au plus haut point ce brave officier, et nous
l'entendîmes crier de toute sa force et appeler
la vengeance du ciel sur Bonaparte et sur la
cruelle tyrannie de sa police. Vers minuit, ces
( 9 )
assassins entrèrent dans sa chambre et lui COLH
pèrent la gorge avec un rasoir ; on supposa que
c'étaient les mêmes qui avaient étranglé Pi-
chegru.
» Signé D'HÉNOUT, avocat. »
De toutes les calomnies dirigées contre moi,
aucune jusqu'à ce jour n'avait été affirmée posi-
tivement , et ce fut en grande partie la cause
du silence que j'avais gardé à leur sujet ; toute-
fois à bord du Bellerophon et de l'Eurotas, on
m'adressa les questions les plus minutieuses sur
la mort du capitaine Wright, de M. Bathurst et
du général Pichegru, et cela m'avait appris
qu'en Angleterre on me regardait généralement
comme l'auteur de ces morts tragiques.
Pendant ma détention , je m'occupais d'un
petit ouvrage qui m'aurait justifié dans l'opinion
publique des assertions contenues dans l'article
du Journal général. Je prouverai à l'individu qui
signe Hénout (que ce soit ou non un personnage
supposé ) qu'il a menti, ou bien je consens à
être confondu moi-même.
Lorsque cette diffamation fut répétée dans
tous les journaux ministériels en Angleterre ,
j'adressai à lord Bathurst , en date du 8 no-