Mémoire sur le système à adopter par une nouvelle administration. Octobre 1827 (Signé : le duc de Bassano)

Mémoire sur le système à adopter par une nouvelle administration. Octobre 1827 (Signé : le duc de Bassano)

Français
30 pages

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imp. de Fain (Paris). 1830. France (1830-1848, Louis-Philippe). In-8° pièce.
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Publié le 01 janvier 1830
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Langue Français
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MÉMOIRE
SUR LE SYSTÈME A ADOPTER
PAR
UNE NOUVELLE ADMINISTRATION.
OCTOBRE 1827.
MÉMOIRE
SUR LE SYSTEME A ADOPTER
PAR
UNE NOUVELLE ADMINISTRATION
OCTOBRE 1827
PARIS.
IMPRIMERIE ET FONDERIE DE FAIN,
RUE RACINE , N°. 4 , PLACE DE L'ODÉON.
1830
AVANT-PROPOS.
Je crois devoir faire précéder de quelques
explications la lettre et le mémoire qu on va
lire.
Je ne me suis donné la peine ni de cher-
cher et de signaler la combinaison méprisable
qui a produit la dénonciation dont j'ai été
l'objet, ni d'en mesurer la portée. Il m'a suffi
de ne pas laisser achever le jour qui avait vu
naître cette dénonciation, sans la flétrir d'une
qualification juste, et sans la repousser par
une dénégation précise. Je ne voulais pas qu'un
seul de mes concitoyens pût passer la nuit avec
cette triste pensée, qu'un vieux patriote de mon
caractère aurait, ne fût-ce qu'un moment,
déserté la cause du peuple. Le journal qui
paraissait le soir même devait être l'objet de
mon choix; peu m'importait qu'il eût été
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l'organe de là diffamation ; je n'avais pas à
lui demander de rétractation. J'ai seulement
exigé qu'il mît la vérité le plus près possible
du mensonge.
Jetais en droit d'en appeler à la justice,
et de poursuivre une réparation sévère. J'ai
préféré le moyen le plus prompt et le tribunal
le plus rapide de tous dans ses jugemens. L'o-
pinion publique n'a pas hésité à prononcer
entre un calomniateur qui se cache et un
homme qui, rentré dans la vie privée après
vingt-cinq ans d'une existence officielle, y s.
été poursuivi par la publicité de ses dis-
grâces.
Qu'autrefois des libellistes, gens du monde r
que l'éclat de ma position publique pouvait
avoir offensés, aient profité de mon exil
pour répandre contre moi leur mauvaise
humeur; on le conçoit. Ils interprétaient
des relations intimes qu'ils n'avaient point
partagées, des mystères de cabinet auxquels
ils n'étaient pas admis. La carrière de l'in-
vention était libre et vaste, et les calomnies,
dont les traces ne sont peut-être pas encore
effacées, s'appuyaient sur le fait vrai d'une
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haute confiance et d'un grand pouvoir ,
avantages qu'il faut payer tôt ou tard.
Mais, ici, la vraisemblance ne manque pas
moins que la vérité. Que m'importait la res-
tauration ? Quels bienfaits reçus d'elle avais-je
à conserver? Que m'a-t-elle valu? Des dangers
personnels en 1814 et en 1815, des exils, la
proscription an de dans, avant et après celle
du dehors. Quelle sympathie pouvait-il y avoir
entre les ministres des coups d'état et moi?
entre eux et le citoyen qui, ministre dans les
cent jours, protesta en faveur de la plus grande
extension constitutionnelle des libertés publi-
ques, contre la résurrection des constitutions
impériales? qui, revenu de l'exil, se montra
constamment dans les élections au premier rang
des électeurs libéraux? qui, étranger à tous
les ministres dont l'administration marchait
en sens contraire de l'opinion publique (les
administrations Villèle et Polignac), n'en a
jamais abordé un seul, et les connaît à peine
de vue.
Le mémoire que je publie serait resté dans
l'oubli sans la circonstance qui le rappelle à
mon souvenir. Son intérêt historique ne se
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rapporte qu'à elle et ne touche que moi. Un
mot sur les coups d'état, une date donnée à
l'origine des souffrances du commerce et de
l'industrie, renvoyées à ceux qui en furent les
véritables fondateurs, quelques indications
politiques sur les moyens de force et de durée
que toute administration est assurée de trou-
ver dans une marche décidée, appuyée sur
des maximes positives, peuvent se rattacher
aux intérêts du moment.
Mais il ne s'agit pas de cela; il s'agit de sa-
voir si, traçant en secret des pensées qui pou-
vaient s'approcher du trône, je pensais et j'é-
crivais en bon citoyen. Je ne crois pas avoir
donné à qui que ce soit le droit d'en douter.
Si je me trompe, qu'on lise, on jugera.
Signé le Duc DE BASSANO.
A MONSIEUR LE REDACTEUR
DU
MESSAGER DES CHAMBRES.
Paris, 13 novembre 1830.
MONSIEUR ,
Je lis, dans votre numéro de ce jour, un article ex-
trait du Journal du Havre, sur un fameux Mémoire
sorti de la plume d'un ancien ministre de l'empereur
Napoléon, le duc de B..., et découvert par les juges
chargés de l'instruction du procès des ministres de
Charles X. « Le coup d'état qu'il était réservé, dit le
journaliste, aux funestes mains des Polignac et des
Peyronn et de frapper sur la nation, était conseillé au
Roi, dans cet écrit, comme le seul moyen de sauver la
couronne et le royaume. »
Quoique mes principes avoués dans tous les temps,
mon caractère connu et ma vie entière, repoussent
une telle accusation, je suis désigné trop clairement
pour m'y tromper. Je me hâte de protester contre cette
infamie. Jamais un tel écrit n'est sorti de ma plume.
Consulté, il y a quelques années, sur les affaires pu-
bliques , par un honnête homme alors en crédit à la
cour, je fis un Mémoire qui fut, sans ma participation,
mis sous les yeux du Roi. Puisqu'on le veut, cet acte ne
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serapas caché à la France, à qui cependant il importe-
fort peu. Je le livre à l'instant même à l'impression.
On y verra ma pensée sur les coups d'état. Produit
d'une composition hâtée, je le donne avec ses incor-
rections. M. Nourrisson, ancien député de la Haute-
Saône , aujourd'hui membre de la cour royale de Be-
sançon, en eut connaissance au moment où il fut écrit.
Je l'ai communiqué il y a deux ans à MM. Alexandre
de Laborde, Arnault, de l'Académie française, etc. ;
ils attesteraient au besoin que je n'y ai pas changé une
parole.
Un des ministres de l'époque dit que c'était l'oeuvre
d'un jacobin. C'était celle d'un citoyen dont les prin-
cipes ne se sont jamais démentis , et dont l'empereur
a dit dans ses Mémoires, qu'il représentait près de lui
les doctrines de l'assemblée constituante.
Je vous invite, Monsieur, à insérer cette lettre dans
votre prochain numéro.
J'ai l'honneur, etc.
Le duc DE BASSANO.
MÉMOIRE.
A Beaujeu (Haute-Saône ) , 17 octobre 1827.
LE Roi veut changer son ministère. Cepen-
dant aucun de ses ministres n'a perdu ses
droits à sa confiance personnelle : mais les
circonstances qui se sont développées suc-
cessivement ont élevé devant eux des obsta-
cles qui ne seraient pas vaincus par un
coup d'état. Le Roi, dans sa sagesse, a jugé
que si un coup d'état est déjà un mal quand
il réussit, il peut être un mal sans remède
quand il échoue; qu'il ne réussit que quand
1 La date de ce mémoire, qui fut écrit à la campagne ,
en indique l'opportunité. Le ministère Villèle était sur
son déclin. La cour tendait à se séparer de lui, et dans
l'instant précis les projets de coups d'état récemment con-
çus avaient peu de faveur. Une lueur de sagesse traversait
comme un éclair ces hautes régions. On put croire un mo-
ment que la prudence l'emporterait. Ce mémoire fut rédigé
sous cette illusion.
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il est nécessaire, et qu'il n'est nécessaire que
quand il est réclamé par une grande masse
d'intérêts généraux ; que s'il n'a pas un tel
appui, et s'il n'a pour but que de rendre arti-
ficiellement au pouvoir la force qu'il a perdue,
le succès même ne produirait qu'un effet pré-
caire , que cette force s'userait plus rapidement
par le frottement d'une résistance rendue plus
énergique, qu'après un premier coup d'état il
en faudrait un second, puis un troisième : fatale
carrière d'où l'on ne peut sortir quand on y est
entré, qu'il faut parcourir toute entière et au
bout de laquelle il n'y a que des abîmes.
Les ministres ont perdu la majorité dans la
Chambre des pairs. Soixante-neuf voix contre
le budjet leur ont appris qu'elle pouvait deve-
nir chancelante dans la Chambre des députés.
Cette Chambre est composée cependant, en
très-grande partie, de fonctionnaires publics
qui doivent pour la plupart leur situation ac-
tuelle à l'administration présente ; mais qui,
pressés par l'opinion , atteints aussi dans plu-
sieurs de leurs intérêts comme particuliers, et
voyant le ministère arrêté dans ses vues et
attaqué dans son crédit, ont en contempla-
tion un ministère à venir et méditent une
prudente retraite.
La magistrature moins dépendante a devancé
la Chambre des députés. En contact plus habi-
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fuel, plus immédiat avec les diverses classes
de la société, elle a aperçu la première les
effets de la fausse direction donnée aux affaires
publiques, et la marche décroissante de l'opi-
nion à l'égard des ministres. Blessée elle-même
par des exigences illégales, elle a jugé l'appui
qu'elle trouverait dans sa résistance. La capi-
tale , les grandes villes, les provinces, toutes
les associations et même le clergé du second
ordre, ont reçu des impressions semblables.
Les gens d'affaires, négocians, fabricans , ban-
quiers , qui ne cherchent dans la politique que
les probalités d'un avenir plus ou moins pro-
chain , frappés dans le même sens, ont sus-
pendu leurs mouvemens. Les capitalistes ont
accumulé leurs capitaux à la bourse, non pour
les engager dans les fonds publics, mais en
faisant des reports qui laissent disponibles
leurs valeurs d'un mois à l'autre et même au
milieu du mois, et qui, au prix d'un sacrifice
d'intérêts supporté depuis deux ans , les met-
tent, ou à l'abri d'un événement, ou en mesure
d'en profiter.
Cet événement, dans un état constitué , ne
peut heureusement justifier ni toutes les crain-
tes , ni toutes les espérances de la spéculation.
Il n'en sera pas moins un bienfait pour elle
comme pour la masse des intérêts généraux
sur lesquelles elle réagit. En substituant l'as-