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Mémoires sur l'administration de la marine et des colonies ([Reprod.]) / par un officier-général de la Marine,...

249 pages
de l'impr. de Ph.-D. Pierres, premier impr. ordinaire du Roi, &c. (Paris). 1789. Affaires maritimes -- France -- Ouvrages avant 1800. France -- Colonies -- Administration -- Ouvrages avant 1800. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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20"
MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART
NBS 1010a
(ANSI and ISO TEST CHART No. 2)
THE FRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLLECTION
LES ARCHIVES DE LA
REVOLUTION FRANÇAISE
PERGAMON PRESS
Headington Hill Hall, Oxford OX3 OBW, UK
MÉMOIRES
SUR L'ADMINISTRATION
D E LA MARINA
ET DES COLONIES,
SUR L'ADMINISTRATION ¡
DE LA
ET CES COLONIES;
Par un Officier- Général de la Marine,
Doyen des Gouverneurs. Généraux de
omingue..
Avec la liberté
D'un Soldat qui fait mal farder la vérité.
A PARIS,
DE L'IMPRIMERIE DE PH.D. Pierres,
Premier Imprimeur Ordinaire du Roi, &c.
Se vend
Chez FrOuilé, Libraire quai des AuguiHns,
M, DCC. LXXXIX.
T A B. L E
Des Difceurs & des Mémoires.
A Vis préliminaire Page vj,.
Avertiffement J#
PREMIER Mémoire. Tableau de la Confti-
tution de la Marine Militaire de France
depuis Colbert jufqu'à nos jours 6.
Difcours préliminaire au Mémoire fur le
Confeil de Marine, 26.
SECOND MÉMOIRE. Sur la nécejzté d'une
Marine îj.
Réflexions fur ce Mémoire, 39.
Difcours préliminaire fur CEJfal fur la
Population des Colonies à Sucre, 47-
TROISIEME Mémoire. Effai fur la Popula-
tion des^Colonies à Sucre, 50.
.Réflexions fur ce Mémoire.
Quatrième MÉMOIRE. Véritable Organifa-
tion de la Marine Militaire de France,
CINQUIEME Mémoire. Sur les Retraites
les P enfions & les Officiers en ou fans
a&ivité, n8_
SIXIEME MÉMOIRE. Sur Us Confeils de
Guerre 140.
T A BLE.
Septième Mémoire. Sur l'Académie Royale
de Marine,
HUITIEME MÉMOIRE. Sur le Gouvernement
des Colonies f>)*
Neuvième MÉMOIRE, Sur l'Intendant de la
Marins, l%f
Dixième Mémoire. Sur les ClaJJes de la
Marine l8?-
Difcours préliminaire du onzième & dernier
Mémoire 200'
Onzième Mémoire. Sur le S-yflëme à Cuivre
dans une Guerre purement maritime avec
V Angleterre, zo};'
Réflexions fur ce Mémoire y
• 24X-
Addition au Mémoire fur le Gouvernement
des Colonies
Fui de la Table.
AVIS PRÉLIMINAIRE.
JLj ORSQÙE fur la demande de M. Necker
on affigna fur le Tréfor-Royal le paie-
ment de toutes les Penfions l'Auteur
de ces Mémoires lui propofa d'en rendre
la connoiflance publique par la voie de
l'impreflion.
Cet Auteur ne prévoyoit pas être dans
.le cas de renouveller la même propofi-.
tion au même Miniftre au mois d'Août
1788 par une fuite de fa fidélité à fes
principes il l'a faite_, & la réponfe de
M. Necker en fait foi.
Il ne rapporte cette anecdote que pour
fe féliciter d'avoir préverru depuis long-
tems par fes voeux un Décret de rAffem-
blée Nationale ce qui lui prouve la
jufteffe de cette idée. Il auroit retranché
de fes Mémoires tout ce qu'il dit fur les
Penfions fi cet article n'avoit été im-
primé avant la publication de ce Décret
important.
Il auroit fait la même chofe fur h
AVERTISSEMENT.
Il parut en i754 deux Brochures fur
la conftitution de la Marine militaire
de France leurs auteurs'étoient de fen-"
aiment tout-à-fait oppofô l'un préten.-
doit que le Corps de la Plume, c'eft
ainfi que l'on appelloit alors le Corps
qui depuis a pris le nom d'Adminiftra-
tion, que le Corps de la Plume, dis-je,
etoit nécefTaire; l'autre affuroit qu'il
étoit non-feulement trop nombreux,
mais même inutile. Je les lus l'un & l'au..
tre avec attention, & peu après je fis
un ouvrage, qui, fous le titre d'Examen
impartial de ces deux brochures, éta-
bliifoit les principes qui doivent fervir
de bafe à la conftitution de la Marine
militaire.
Cet Examen étoit à peine fini, que
je voulus connoître quelles étoient les
Ordonnances rendues fur la Marine & le
Commerce. Je fus adreffé à M. Prault en
2 Avertissement,
1759. Il me montra la table de ces
Ordonnances ( manufcrites ); elle corn-
prenoit quatorze volumes in-8°. Je re-
nonçai à mon projet 6c je me confirmai
dans celui que j'avois déja formé d'exa-'
miner les vrais principes fur lefquels
l'adminiftration de la Marine dévoie être
établie, 6c de les foumettre au bon fens.
Je me fais bon gré d'avoir adopté alors
une méthode qui eft devenue géné-
rale, & que l'Affemblée Nationale pa-
roït avoir adoptée.
L'Ouvrage que je donne, eft donc la
Conftitution d'une Marine militaire, la^.
plus fimple & la moins difpendieufe que
j'aie pu imaginer.
Il y a long-tems que j'aurois livré cet
Examen à îimpreffion s'il eût été pofli-
ble d'en obtenir la permiffion mais,
non-feulement il étoit défendu d'écrire
fur l'adminiftration paffée, préfente &
future mais, quand par hafard on en
accordoit la permiffion c'étoit fous la
condition ridicule de communiquer fon
A
A V E R T I S S E M E N T. $
ouvrage au Minière que cela pouvoit
regarder pour obtenir Ton agrément
avant l'approbation du Cenfeur.
%eureufement on eG: délivré de pa-
reilles entraves le Parlement a reclamé
la liberté légitime de la PrefTe, & le
Roi en convoquant la Nation a déclaré
vouloir s'en rapporter à fes lumières pour
établir une règle confiante dans toutes les
parties de ls adminift ration. Je croirois
donc manquer à mon devoir de Citoyen,
fi je ne publiois comme Marin, les ré-
flexions que j'ai faites, il y a long-tems,
fur une des branches les plus impor-
tantes de l'administration celle de la
Marine.
Ces Mémoires font des extraits de
l'Ouvrage dont je viens de parler j'a-
dopte cette forme, comme plus com-
mode, plus claire & plus courte chaque
objet y eft traité Séparément, & pour
ainfi dire ifolé des autres.
Qu'il me foit permis de me rappeller
que j'ai été pourvu du Gouvernement
4 AVERTISSEMENT.
de Saint-Domingue; cette idée m'eft
trop chère pour l'oublier je me flattois
alors de pouvoir m-occuper long -tems
du bonheur de cette importante Colo-
nie & fi le tems en a été abrégé je
n'ai point perdu de vue dans ma retraite
un objet qui n'a ceffé de m'intérefTer.
ReconnoifTant au dernier point des
marques de bonté que j'avois reçues dans
la Colonie, j'ai cru de mon devoir de
lui prouver que mes penfées s'étoient
toujours tournées vers elle. Mon Effai
fur la Population des Colonies à fucre
en eft le fruit.
Il eft imprimé aujourd'hui pour la
troifième fois.
Le Mémoire fur la néceflîté & les
moyens d'établir un Confeil de Marine,
a été imprimé en 1780, en même tems
que celui fur le fyftême fuivre dans
une guerre purement maritime avec
l'Angleterre.
On donne ces trois Mémoires tels
qu'ils ont été imprimés dans leurs tems
a3
AVERTISSEMENT. 5
ils font fuivis de réflexions que les cir-
confiances ont fait naître.
Le premier de tous les Mémoires de
cette Collégien fera un Tableau abrégé
de la Conftitution de la Marine depuis
les Ordonnances de Colbert fon créa-
teur, jufqu'à celfes de nos jours. On
verra dans quel efprit les premières
avoient été rédigées, &; goiîirnent on
eft parvenu au pôint où nous en
Après cette expo&iôn de l*0iïvrage
je dois avertir que je n'âi. point du tout
le projet, ni l'intention de blefler au-
cun des Adminiftrateurs paffes ou pré-
fens de la Marine; je les refpe&e tous;
mais je crois qu'il eft permis de parler
des erreurs de Padminiftration & de
les faire connoître. M. Necker nous en
a donné l'exemple dans fon excellent
Ouvrage fur les Finances de la France;
il le mien eft fort éloigné par le ftyle,
fur-tout, de celui de ce Minière, j'ofe
afTurer qu'il en approche par la pureté
A 4
PREMIER MÉMOIRE.
TABLEAU de la Conjlitution de la
Marine militaire de France depuis
Colbert jufquau moment actuel.
Louis XIV vouloit dominer l'Europe il
fentoit bien qu'il ne pourroit jamais y parvenir
s'il n'avoit un commerce étendu & des vaif-.
feaux de guerre pour le protéger.
Colbert dont le génie actif & créateur
embraffoit tous les objets jusque dans leurs
plus petits détails fut chargé de faire réunir
les projets du Souverain ambitieux & defpote
qu'il fervoit & il y réuffit promptement au
grand étonnement de l'Europe.
L'adminiftration d'une Marine peut fe réduire
aux quatre chefs fuivans.
Le premier en l'achat la.recette des ma-
Le fécond eft la manufa&ure de ces matières
premières pour fervir enfuite aux différais objets
auxquels elles font deflinées.
Le troifieme efl la garde des matieres foit
premières foit manufacturées.
Le quatrieme eft la conduite du vaiffeau armé,'
ceft-à-dire garni de toutes les munitions.
Les trois premiers lurent confiés à un corps
appelle Plume & le quatrième au Militaite.
La comptabilité eft un point commun à
toutes les administrations; ce qui m empêche d'en
faire un article féparé. Je dirai feulement qu'on
a hérifl'é de difficultés la comptabilité de la
Marine. Mais n'a-t-on pas fait à cet égard
comme on a fait pour les chartes Les favans
diplomaties qui ont donné les principes pour
diftinguer les vraies chartes d'avec les faunes ont
appris à en faire. Au rené toute comptabilité
doit être aufîi fimple que toute administration
dans la Marine elle fe réduit à l'achat des
matieres ce qui comprend leur emploi, & à
l,a dépenfe d'où dérive la consommation.
Colbert voulut donc deux corps diftin&s l'un
de l'autre & il affigna à chacun leurs fonc-
tions particulières. <kf
Un Militaire, fous le titre^d'Officier d'Epée,
s v r L A Marine. 9
fut chargé de l'armement des vaiueaux, de leur
conduite, du commandement des troupes &
généralement de toutes les expéditions mili-
taires, foit à la mer foit à terre, en tems de
paix, comme en tems de guerre.
Un autre, fous le titre d'Oâlcier de Plume;
le fut d'acheter recevoir & garder dans les
magafins tout ce qui fert à l'armement &
avitaillement des vaiffeaux, foit dans l'état des
matieres premières foit lorfque celles-ci font
manufacturées. Les Ordonnances réglèrent en
même-tems le travail journalier des arfenaux,
& la qualité ainfi que l'espèce de munitions
n éceff aires & à la conftruaion & à l'arme-
ment des vaiffeaux de forte que tout parut
alors fixé irrévocablement un conftru&eur
ne pouvant changer les principales dimenfions
des vaiffeaux, en faifoit un à-peu-près de la
même façon que lui ou fon prédéceffeur en
avoit déjà fait.
Étoit il queftion d'armer pour un terme-
quelconque, comme pour trois ou pour fix
mois? On confultoit l'Ordonnance & on trou-
voit qu'elle avoit réglé le nombre d'hommes
la qualité de rations & généralement toutes
les manoeuvres agrès & apparaux fuivant la
longueur de la campagne ordonnée.
Le Militaire eut l'emploi d'armet & de
10 MÉMOIRES
mener les vaitfeaux on établit différens gra-
des qui rouloient avec ceux de terre un
Officier général eut dans le port le comman-
dement de tout le militaire la Plume eut auffi
un chef qu'on nomma Intendant & elle fut
chargée des magafins & de ce qu'ils renfer-
moient.
Quant à la recette des munitions, les deux
Corps y devoient être appellés il falloit bien
que le Militaire vit quelle étoit la qualité des
munitions qu'on lui donnoit il auroit fans
doute été convenable que dans les contefta-
tions fur la qualité de ces munitions, le Mili-
taire eut eu la voix prépondérante puifqu'il
étoit le plus intéreffé à cé qu'elles répondiffent
à ce qu'on en demanderoit, lorsqu'on feroit à
la mer; nous verrons dans la fuite qu'il n'avoit
pas toujours le droit du Veto. Malgré cela
l'établiffement étoit affez fage & on pouvoit
croire qu'on feroit obligé de s'y conformer
cependant le contraire eft arrivé, & plufieurs
caufes fans doute y ont contribué.
L'altération inévitable dans les mouvemens
des grands corps fincontlance qui a amené
les changement furvenus dans le total du Gou-
vernement ont dû influer fur cette branche
importante de l'admininration mais ce qui y
a le plus contribué ce font les difcuflions
sur la Marine. ii
perpétuelles fruit néceffaire de l'organifatioa
qu'on vient de décrire & des lumières que les
Marins ont acquifes depuis.
Dans le fait l'Intendant étoit le maître abfolu
dans le Port, où le Commandant n'avoit qu'un
fantôme d'autorité.
L'Intendant y ordonnoit tous les travaux
le Capitaine de Port étoit à fes ordres.
Il y faifoit élever les édifices qu'il jugeoit à
propos.
Ordonnateur des fonds, il les employoit à
fon gré, & s'il en manquoit pour une dépenfe
qu'il projettoit, il faifoit porter fur un autre
article un plus grand nombre d'ouvriers que
ceux qui y étoient employés réellement il en
touchoit le montant qui fervoit à remplir fes
vues.
Les marchés dépendoient de lui, & quoiqu'il
y eût Contrôleur pour les vifer & fans la
Signature duquel ils n'avoient aucune valeur;
cependant comme ce Contrôleur étoit Com-
miflaire de la Marine & à fes ordres, il ne
trouvoit gueres de réfiftance de fa part ou
s'il en rencontroit il favoit la vaincre par
l'efpoir d'un prompt avancement.
Souvent le marché ne fe concluoit qu'après
la fourniture faite; alors les quittances ne man.
fl MÉMOIRES
quoient pas su befoin dans les Colonies fur-
tout on avoit dans les Bureaux même de Fin-
tendance un homme fous le nom de Notaire
amovible au gré de l'Intendant on revêtiffoit
les Marchés des formalités exigées pour là
Chambre des Comptes, à laquelle on les pré-
fentoit dans cet état.
L'Intendant vouloit-il de fon propre mou-
vement faire un armement ? Rien de plus fim-
ple il difpofoit des fonds des bâtimens des
agrès, des vivres des canoniers, des matelots,
des canons même.
L'artillerie, envifagée comme une marchan-
dife, dépend de lui le Commandant de corps
eft Militaire, il eft vrai, mais on lui donne le
nom de CommhTaire Général & à l'aide de
ce titre fubftitué adroitement à celui de Direc-
teur ou de Commandant, le chef de corps
quoique très-militaire, ainfi que fon armée
fera fous les ordres de flntendant.
Il ne peut pas, il eft vrai donner d'ordre
dire& au Militaire mais il en donne à. un
maître ou à un pilote entretenu, qui fur fort
ordre prend le commandement du bâtiment &
va où l'Intendant l'envoie; mais fon autorité
étoit encore plus abfolue dans l'armement des
Vaiffeaux de guerre qu'ordonnoit le Roi on
SUR LA Marine. 13
en a vu un exemple frappant à Toulon où il
y avoit ordre d'armer quatre Vanneaux pour
pafler à Breft.
La plupart d'eux étoient hors d'état de navi-
guer on le repréfente à l'Intendant celui-ci
fans doute preffé de les faire partir, & comp-
tant fur une traverfée courte & tranquille, dit'
qu'il répondoit de l'événement. Les VaifTeaux
gartirent à la vue de Belle-Me, ils effuyèrent
un coup de vent qui en fit périr, deux le Che-
valier de Tourville les commandoit, il fe fauva
par l'échelle de la galerie dans la Chaloupe
de M. d'Amfreville s'il eût cédé au défir de
retler fur fon Vaiffeau, il n'auroit jamais été
Maréchal de France.
Je ne rapporte cette anecdote que pour
faire voir jusqu'où alloit le pouvoir de l'Inten-
dant, qui obligeoit des Officiers de Port à fe
conformer aveuglément à fes ordres contre le
cri de leurs confciences.
J'ai dit que les Marins avoient journelle-
ment acquis beaucoup de lumières effeclive-
ment la Marine naiffante fut compofée 4'Of-
ficiers, la plupart affez bons Navigateurs; mais
peu verfés dans la théorie de leur mérier
conduits par une routine aveugle, ils y étoient
fi attachés qu'ils dédaignoient la théorie, &
ceux qui s'y appliquoient fouvent même ils
14 MÉMOIRES
avoient en averfion les maîtres deftinés à leur
,en donner des leçons.
Cependant le ficelé s'éclairoit les Marins
quoiqu'éloignés du foyer principal de la lu-
mière, en eurent des rayons ils en profitè-
rent pour faire des changemens à la garniture
des Vaiffeaux, dont la forme avoit elle-même
déja changé considérablement la manœuvre
devoit donc fubir le même fort.
Un Capitaine defiroit-il placer dans le Vaif-
feau qu'il commandoit un cordage plus ou
moins gros que celui qui étoit prefcrit par
l'Ordonnance ? Il étoit obligé de le demander
à l'Intendant, parce que celui-ci, feul chargé
du magafin ou le cordage étoit, pouvoit feu
le lui faire délivrer alors l'Intendant coniul-
toit l'Ordonnance comme elle n'étoit point
favorable à la demande du Capitaine, l'Inten-
dant étoit autorifé à refufer; le Capitaine reve-
noit àja charge, & quelquefois il avoit gain
de caufe.
Les Intendans, & à leur place, les Com-
müfaires fe font crus juges du fond ils ont
voulu décider fi le Militaire avoit tort ou rai-
fon, fans faire attention que ce dernier ne
s'adreffoit à eux que parce qu'ils avoient les
clefs des magafîns & non pour la permiffion/
youloit-on augmenter ou diminuer la mâture,
sur la Marine.
^'envergure la voiture, changer quelque chofe
dans les arrangemens de l'intérieur d'un Vaif-
feau ? L'Intendant feul pôuvoit ordonner aux
ouvriers d'y travailler.
J'ai vu un Capitaine, mort Vice Amiral
après avoir .été Secrétaire d'État de la Marine,
demander,une truelle refufé par l'Intendant
il la fit faire l'Intendant s'en plaignit au Mi-
niftre celui-ci qu'on a vu depuis gouverner
le Royaume blâma le Capitaine d'avoir fait
faire cette truelle; mais en même-tems il or-
donna à l'Intendant d'en rembourfer les frais
au Capitaine décifion fublime qui donnoit
raifon aux deux parties!
Le même difoit à un Écrivain principal
qu'on lui préfentoit « Vous ne voulez pas
» faire les tondions de fÉcrivain & le Com-
» miffaire ne vous laine pas faire les fien-
» nés ».
Pour comprendre ceci, il faut favoir que
le corps de la plume peu nombreux dans fon
origine, l'étoit devenu extrêmement on avoit
même voulu établir entre ce corps & celui de
l'épée une égalité de rang & de récompenfe
faite pour choquer les gens fenfés qui ne
voyoient pas quel rapport il pouvoit y avoir
entre les grades de l'épée & ceux de la plu-
me. Les voici les uns & les autres.
MÉMOIRES
Grade de la Plume. Grade de F Epie.
L'Intendant répond à Lieutenant-Général.
Commiflaire-GénéraLau Chef d'Efcadre.
CommhTaire au Capitaine de Vai1feau.
Petit Commiffaire.. au Capitaine de Frégate.
L'Ecrivain principal.. au Lieutenant dgVaiffeau.
L'Ecrivain ordinaire.. à L'enfeïgne de Vaiffeau.
Eleve au Garde de la Marine.
Cette égalité ne pouvoit pas être adoptée
par le Militaire, & de ce que les appointe-
mens des grades correfpondans étoient égaux,
on ne pouvoit conclure autre chofe fi ce
n 'eft que la plume avoit profité de fon crédit
auprès des Minute qu'elle entouroit perpé-
tuellement, pour obtenir un traitement au-
deuus de fes fondons il en étoit de même
à la Mer les logemens fiûvoient cette préten-
due échelle.
Il étoit bien difficile que de pareilles pré-
tentions fuifent vues de bon œil, la conftitu-
tion engendroit de fréquentes altercations.
Les Minières avoient foin de les entretenir
ils ne décidoient pas toujours de la même fa-
çon la même difpute.
Comment l'Intendant eût-il pu ne pas fuc-
comber à la tentation de dominer ? L'occa-
sion
B
SUR LA MÂR I N E. 17
fion étoit fi belle; s'il n'avoit fait qu'en
il auroit fans doute confervé toute fon auto-
rité mais il en a abufé, & cet excès a fait
ouvrir les yeux une autorité ufurpée, perd
infiniment à être difcutée. On a vu avec, éton-
nement qu'un corps devine à une vie paffive,
& à la garde des munitions navales voulût tou-
jours que fon avis l'emportât fur celui d'un
corps dont la vie aétive le mène dans tout
l'Univers embarqué fur ces mêmes Vaiffeaux
qu'il commande le corps qui emploie ces
munitions, ne doit-il pas juger de leur bonté
par préférence à celui qui les garde ?
Cette raifon & d'autres que je détaillerai
dans la fuite, ont caufé les changemens con-
fidérables que la Marine a effayés. Etoient-ils
abfolument néceffaires ? Je ne le crois pas, &
je penfe qu'on eût pu fe contenter de. réformer
les abus.
Effectivement le grand défaut de l'ordon-
nance de Colbert, pour les travaux des Ports,
étoit d'avoir donné à l'Intendant un pouvoir
fans bornes 'il ordonnoit tout fans que le
Commandant pût s'y oppofer; mais fi on eût
retiré de deffous fes ordres le Capitaine du
Port, le Commiffaire- Général de l'Artillerie,
& le Contrôleur il en feroit réfulté une or-
ganifation fans inconvéniens.
t8 Mémo ires
Le Commandant eut prèfrrit tous les mou*
vemens du Port par le canal du Capitaine
de Pott ceux, de F Artillerie de même > & fans
doute il eût été de régie djén prévenir ffeiten-
dant celui-ci n'auroit pas' pu forcer un £on-
trôleur à adopter fes marchés mats Colbert
en armant l'Intendant d'une auffi grande auto-
rité ie conforhîok peut-être aux ordres de
Louis XIV, qli confentoit à donner un pou-
voir fans bornes à fes Miniftrés, pourvu que
ceux-ci Ment vis-à-vis de lui dans la pln§
grande dépendance.
Ce qui me coàfirme dans cette opinion
ceft que forganifation du Militaire étoit con-
forme aux principes les plus fains & qu'on
a tombé dans des erreurs à mefure qu'on s'en
eft écarté.
Colbert favoit que la Marine Militaire eft
deftinée principalement à faire la guerre, dont
le but eft de détruire fon ennemi le plus promp-
tement qu'il eft poffible, pour parvenir à don-
ner la loi, & par conféquent à faire une paix
brillante. N
On ne peut obtenir ce double but qu'à l'ai-
de des armées navales c'eft leur fupériorité
qui décide des fuccès ceux qui les comman-
-dent peuvent feuls détruire lés forces dé l'en-
nemi.
B 2
S U R la. Marine.
U donna à la Marine une compofition qui
la mit à même d'y parvenir dune façon avan-
tageuse pour l'Etat il établit des grades Supé-
rieurs & inférieurs, de forte que l'on pût mon-
ter de ceux-ci au premier par l'ancienneté &
le mérite.
Les Colonies étoient à leur berceau; elles
appartenoient à des Compagnies fous le régi-
me desquelles elles ne pouvoient pas profpé-
rer;3e>Roi les prit, & fé chargea des. frais
du gouvernement alors les Marins en furent
Gouverneurs & lears garnifons des troupes
détachées de la Marine. La dépendance réci-
proque de la Marine & des C olonies parut
alors une vérité incontestable.
Mais on ne fait pas un métier -qui exige*
autant de connaiuances que celui de la Marine
fans Favoir .étudié Colbert inilittia donc une
Ecole deftinée à rinftruftion -des Gardes de la
Marine, jeunes gens deftinés à parvenir aux
grades les plus élevés & aux commandemens
les plus importans.
Cependant il favoit auflî qu'il peut fe for-
mer de bons Marins dans d'autres écoles que
dans celle du Roi & il ménagea à 'ceux qui
fe diftingueroient en tems de guerre par des
avions éclatantes des grades qui leur fervîf-
fent de récompenfe & qui les engageassent à
20 MÉMOIRES
parcourir une nouvelle carriere mais il n'éta-
blit pas d'école particulière pour les Officiers
marchands, perfiiadé qu'il n'y en a qu'une où
l'on puîné acquérir le talent de commander
les armées navales celles des vaineaux qui
compofent ces mêmes armées toutes les au-
tres écoles ne peuvent conduire qu'au com-
mandement de quelques vaiffeaux particuliers
foit en courfe foit autrement & non à la
connoifîance de la tactique navale qui feule
apprend à combiner les mouvemens d'une ar-
mée ennemie" en même-tems que ceux de
l'armée que l'on commande.
Pour parvenir à ce double objet on dif
tingua dans la Marine Militaire deux états
l'un appellé le Grand-état compofé des Officiers
Généraux des Capitaines Lieutenans En-
feignes de vaiffeaux & de la Pépiniere connue
fous le nom de Garde- Marine & deilinée à
tous ces grades l'autre appellé, le Petit-état
compofé des Capitaines Lieutenans Sous-
Lieutenans, & Aides-d'Artillerie Capitaines
de frégate, de brûlots de flûtes & de Lieute-
nans de frégate.
Les Officiers du Petit-état étoient à grade
égal commandés par ceux du Grand, de forte
que le Capitaine de vaiffeaux commandoit le
Capitaine d'artillerie; le Capitaine de frégate
B 3
S U R LA MA RI NE. il
le Lieutenant de vaiffeau celui d'artillerie &
même le Capitaine de brûlot.
Ceft par ce Petit-état qu'on introduisent dans
la Marine ceux qui après s'être diftingués dans
des combats par une grande bravoure & des
manœuvres hardies méritoient & défiroient
d'y être admis. C'étoit une porte ouverte
quiconque n'avoit pas été Garde-Marine. Ainfi
Duguay-Trouin fut fait Capitaine de frégate
déja il avoit pris des vaiffeaux à l'abordage.
Dupin*de Belugard & Pillard entrerent dans
l'artillerie le premier avoit pris une grenade
tombée dans une foute à poudre & l'avoit
jettée à la mer.
Catfar entra par la même voie -& mérita
d'être promu aux grades les plus élevés cet
arrangement de Colbert étoit non -feulement
raifonnable, mais même très-néceffaire.
Pourquoi cette difpofition ne fubfiftoit-elle
plus lors des dernieres guerres ? En voici la
raifon un Officier d'artillerie qui, après avoir
fervi dans celle de terre vouloit entrer dans
celle de la Marine parce que fon pere en
étoit Intendant à Breft s'ennuya d'un établif-
fement qui le mettoit toujours fous les ordres
de tout Officier d'un gracie égal au fien il
obtint d'abord que la moitié des Capitaines
d'artillerie roulcroit avec les Capitaines de
M É M f I R E 5
vaiffeau enfuite que les Lieutenans d'artil-
lerie rouleroient avec ceux de vaifleau la
première difpofition étoit vicieufe elle ne
fubfifta pas îong-tems on fit donc rouler
ensemble les Capitaines, Lieutenans & Enfei-
feignes de vaiffeau avec ceux d'Artillerie de
forte que par le fait le Corps d'Artillerie
fut fupprimé quoique l'on vît fur les, liftes
des Officiers deftinés à l'Artillerie il en ré-
fulta que les Officiers qui la fervirent fe
trouverent par cette feule dénomination
fous les ordres de l'Intendant; ce qui fut une
abfurdité de plus & une injustice en même-
tems, puifque l'Officier de vaiffeau entroit
fouvent malgré lui, dans le Corps de l'Artil-
lerie quelques-uns difoient que, s'ils avoient
cru être fous les ordres d'un Intendant, ils fe
feroient mis dans la Plume.
Le changement que je viens d'indiquer
le premier qui ait eu lieu pour le Corps
Militaire, en a occafionné beaucoup d'autres.
1°. Parce qu'il n'eft pas prouvé qu'un pre-
mier changement ait mis les chofes dans l'or-
dre le plus convenable.
z°. Parce que celui-ci introdufit une plus
grande confiifion qu'auparavant.
Tous les grades intermédiaires étant fup-
primes ceux qui voiûoient entrer dans la
B4
SUR la Marine. ly
Marine, & qui avoient du crédit, s'y faifoient
placer tout d'un coup dans un grade qui les
mettoit au pair de ceux qui y fervoient depuis
long-tems.
On a vu élever au grade de Capitaine de
vaifleau, des perfonnes qui n'avoient pas en-
core commandé des bâtimens de guerre, & qui
étoient bien éloignés des fervices du Duguay-
Trouin, lorfqu'il fut fait Capitaine de frégatte.
Cet oubli des principes & les plaintes
éternelles des Militaires engagerent le Minitlre
de la Marine à appeller à Verfailles en 1763
un Comité des Officiers de la Marine qui
s'y trouvoient alors on leur donna le plan
projette d'une nouvelle Ordonnance & dans
chaque conférence on difcuta un article quel-
conque.
Ces aflemblées fe tenoient affez réguliere-
ment, lorfqu'un jour on demanda à chacun
de ceux qui y étoient appellés leur avis fur
la table des Officiers dans le vaiffeau. Il
s'agiffoit de favoir fi les Capitaines en refte-
roient chargés ou non cette matiere étant
fnfceptible de difeuffion; chacun en parloit à
fon gré, lorfque le Miniftre ennuyé de cette
diverfité d'avis termina fubitement la con-
férence, en difant qu'on cher choit à débar-
raffer ies Capitaines d'un pefant fardeau; qu'ils
MÉMOIRES
feroient toujours de f. Maîtres-d'Hôteî &
après cette brufqite incartade il congédia
Faffemblée dont ce fut la dernière féance.
Tel fera, pour le dire en piaffant, le,fort
de toutes celles qui ne feront point tenues en
vertu d'ordre exprès du Roi.
Cependant on vouloit une nouvelle Ordon-
nance on fit venir des Ports m Commiffaire
de la Marine pour la rédiger on juge bien
qu'elle ne remédia à aucun des abus dont on
fe plaignoit,& même elle les augmente.
Ce qui détermina le Miniftre qui avoit la
Marine en 1772 à travailler fur un nouveau
plan.
Il difoit que la Plume devoit tout ordonner,
& le Militaire tout infpe&er il en réfulta qu'en
réglant tout, il brouilla tout, & qu'il fit un art
à fa mode.
Il n'y eut qu'un cri contre fon Ordonnance
& pour fe conformer à l'opinion publique
on fut obligé d'en faire une nouvelle elle
parut en Il faut convenir que fes rédac-
teurs connoiffoient les vrais principes de l'or-
ganifation de la Marine Militaire, & que s'ils
n'ont pas été d'un coup au but c'eft fans
doute qu'ils ont trouvé des obftacles infur-
montables.
Ce n'eu: pas tout dix ans après en
3 v r la Marine.
il en a paru une autre eu:-elle meilleure?
C'eft ce que nous difcuterons mais toujours
réfulta-t-il dé cette fuccefhon rapide d'Ordon-
nances qu'en vingt-deux ans, c'eft-à-dire
depuis 1764 jufqu'en 1786 la Marine a été
fous le régime de cinq Ordonnances.
Avant de donner les vrais fondemens fur
lefquels on peut affeoir la Conffitution de la
Marine, je place mon Mémoire fur la néceuité
& les moyens d'établir un Confeil de Marine,
fans aucun changement tel que je l'ai fait
imprimer en & tel que je l'ai remis
moi même à M. l'Archevêque de Sens, après
qu'il en eîit entendu la levure.
On verra facilement que mon projet a été
d'empêcher un adminiitrateur quelconque de
faire des fautes d'ignorance les feuks dans
lefquelles on puiffe fuppofer que tombe un
Minime & d'organifer ce Confeil de façon
que la Marine pût toujours être bien adminif-
trée, quel que fût celui qui auroit le titre du
Secrétaire d'État de ce département.
%S Mémoires
DISCOURS' PRÉLIMINAIRE
Sur le Confeil de, Marine»
ÉLEVÉ dans les excellens principes que
l'Abbé de Mably a fi bien développés dans le
dernier ouvrage qui a paru fous fon nom des
Droits & des Devoirs du Citoyen j'ai
toujours défiré la convocation des Etats-Géné-
raux (i).
(i) Peu après être entré dans la Marine, je fis une
connoiflance intime avec le ProfefTeur d'Hydrographie
des Gardes de la Marine. Il m'infpira du goût pour la
fcience laquelle l'Abbé de Mably a écrit; mais ce qu'il
me difoit fouvent, & ce dont cet Abbé n'a point parlé,
c'eft que dans toutes les Religions les Prêtres avoient été
la caufe de prefque toutes les guerres.
J'ajouterai que j'ai eu le malheur de voir trois ban-
queroutes depuis celle du Régent toutes trois faites par
des Prêtres la première par le Cardinal de Fleury, ban-
queroute d'autant plus odieufe qu'en fupprimant toutes
les rentes de 100 liv. & au-deffous, il mettoit à la men-
dicité la clane la plus indigente du Royaume; la féconde
par l'Abbé Terray, & la troifieme par M. l'Archevêque
de Sens.
Coubart, c'eft ainfi que s'appelloit ce Profeffeur, auffi
SUR la Marine.
Ces affemblées font les véritables guides des
Rois dans leur jetmeffe & leurs Confeils dans
leur âge mûr.
Dès que mes réflexions m'eurent porté fur
Tadminiftration de la Marine je vis bientôt
qu'elle étoit fous un régime tout-à-fait arbi-
traire dés-lors j'en cherchai le remede dans
l'établitfement d'un Conseil de Marine.
Un Confeil de Marine me paroitfoit nécef-
faire pour guider l'inexpérience perpétuelle &
fouvent indocile de cette longue file de gens
que j'ai vu arriver, fucceffiivement à ce départe-
ment, & pour arrêter le defpotifme ministériel
dangereux par-tout & fur-tout dans cette
partie.
Pour favoir jufqu'à quel point ce defpo-
tifme peut aller il faut bien connoître les
fondions de ce Miniftere & plus on les con-
noîtra, plus on fera convaincu de la néceflité
de l'établitfement que je propofe.
Le Secrétaire d'État de la Marine a pour
cette partie un département fort étendu puif-
qu'il dirige la Marine militaire & qu'il a une
bon Littérateur due Mathématicien fils d'un intime ami
du Pere Malbranche èoic de mœurs aubères & livré à
la folitude. Ceft avec plaifir que je ùifis cette occafion
de payer à fa mémoire le tribut de ma reconaoiflànce.
2S MÉMOIRES
grande influence fur le Commerce maritime
& fur la Marine marchande il eft vrai que
le Bureau des finances & du Commerce lui
épargnera prefque tous les détails, qu'alors le
Minière de la Marine ne fera chargé que d'ac-
corder au Commerce la prote&ion dont il a
befoin feule façon dont ce Miniftre doive s'en
mêler, car le Commerce doit fe faire le plus
librement qu'il eft poffible.
Mais les Colonies augmentent prodigieufe-
ment le travail de ce Département qu'on fe
repréfente l'administration du Royaume par-
tagée entre plufieurs Minières juftice finance,
guerre, chacun a fon département, il n'en eft
pas de même pour les Colonies le Secrétaire
d'Etat les réunit tous non comme un premier
Miniftre, qui ne doit avoir que Tinfpe&ion
mais avec tous les détails particuliers qui en
font inféparables; feul il y exerce les fondions
de Chancelier puifqu il fait & défait les Con-
feils Supérieurs; il y change à fon gré la Ju-
rifprudence; & par des fimples Arrêts du Con-
feil, il y introduit les nouveautés qui lui plai-
fent, & il annulle des Lettres-Patentes, comme
celles de 1727 prefque annullées par l'Arrêt du
Confeil du 30 Août 1784-
Miniftre de la Guerre, il compofe felon fa
volonté, les Régimens qui y fervent.
SUR L A MARINE. 29
L'Artillerie le Génie dépendent de lui.
Miniflre des Finances, il établit, il augmente
les impofitions fans trouver d'obilacles en un
mot, il eft feul & abfolu dans les Colonies.
Ce n'eft pas tout; il eq Minière des Affaires
étrangères il nomme tous les Confuls en Pays
Etrangers il y envoie des Ambafladeurs &
il en reçoit même des Indes il conclut des
traités avec ces mêmes Puiffances.
Tels font fes fondions croiroit-on qu'on
les a confiées à un feul homme qui toujours
courant, préfent par-tout, excepté où il devroit
être, doit régir ces parties importantes de l'or-
dre public, & qui doit s'y trouver inhabile
après ne s'être occupé toute fa vie que de la
police d'une Ville, de requêtes en caffation
de boucles, de harnois, de guêtres, d'habits,
de boutons, qui, fans mefurer la grandeur de
la commiffion qui lui eu confiée ne la connoît
fouvent pas lorfqu'il la quitte qui ne l'a prife que
pour fervir d'échelon à fon ambition qui s'é-
tant plus avancé par l'effet de I'intriye & de
fes anémions que par le travail laitl'e à un In-
tendant & aux premiers Commis qu'il a placés,
le foin de penfer pour lui, de travailler pour
lui, & de le remplacer dans fes devoirs publics?
Les détails de cette place font trop nombreux
pour qu'un feul homme "y puifle fuffire, & trop
30 MÉMOIRES
importants pour être abandonnés à la volonté
d'un feul.
Malgré leur immenfité ils ont été tous jus-
qu'à préfent dans la main du Secrétaire d'Etat
de la Marine & des Colonies, & il faut avouer
qu'ils en font inféparables.
Il feroit effectivement très-contraire au fer-
vice du Roi qu'on reçût dans les Colonies des
ordres de deux différens Minières à une fi
grande diftance, rien ne doit fe contrarier, il
faut que tout tende au même but, & par con-
féquent que tout dépende d'une feule autorité.
On a été fi convaincu de cette vérité que
même dans les tems auxquels il étoit de mode
de féparer les objets, qui jufqu'alors avoient été
le plus unis, on n'a point été tenté de donner
la Marine à un Miniftre & les Colonies à un
autre. Il eft fans doute des êtres privilégiés qui
fufEfent à des travaux très-variés, très-étendus
& fouvent trés éloignés de ceux auxquels ils
s'étoient dévoués d'abord mais le nombre
en eft rare, & c'eft autant pour conferver
aux Minières de la Marine l'intégrité de leurs
fonctions que pour les fouager dans leur
exercice, que j'ai conçu le plan d'un Confeil
de Marine dont je démontre la néceflité & les
moyens.
SUR L A M A R 1 K E. 1*
SECOND MÉMOIRE.
Sur.la nicejjué & les moyens d'établir
un Confeil de Marine.
LES Rois font par leur naiffance dermes
au gouvernement de leurs Etats.
Pour les aider dans leurs fonaions ils ap-
pellent des Minières, à chacun defquels ils
corifient une portion de leur autorité & des
Départemens particuliers.
De ces Départemens les uns font, toujours
fous les yeux du Miniftre qui en- eft chargé
en cas que ce Minière ne foit pas d'abord ate
fait de fa befogne, il peut s'en inftruire ai-
fément.
Il en eft dont une partie feulement en: fous
les yeux du Minière, 1 autre en eft éloignée
tel eft le fviiniftere de la Guerre mais fon
Minière voit journellement des Troupes, &
il peut aifément faire des tournées dans les
Places de Guerre. Je ne parle point du Minif-
Si MÉMOIRES
des Affaires Etrangères il en: totalement
de Cabinet.
Outre ceux-là il en eft un autre très-impor-
tant, & dont rien de ce qui en: à la Cour nue
peut préfenter l'image c'eft le Miniftere de la
Marine. Son Minière eft deftiné à ne voir ja-
mais, par fes yeux, la chofe qu'il adminiftre.
S'il n'en a pas la moindre notion comme
il arrive prefque toujours, il eft à préfumer
qu'il n'en acquerra jamais une parfaite con-
noiflànce mais en fuppofant que ce fût un
génie rare, qui apprenne bien & même faci-
lement ce qu'il ignore tout-à-fait il faut con-
venir que le temps employé à fon inftru&ion
eft totalement perdu pour le bien de l'Etat
cependant la machine doit toujours aller fon
train; & alors, qui eu-ce qui la mène? Les
Chefs des Bureaux, gens Peuvent eux-mêmes
fort peu inftruîts & toujours grands partions
du defpotifme d'où eft venu le mot de Bu-
reaucratie.
Un Miniftrë qui fentoit d'autant mieux cet
inconvénient qu'il avoit plus de talens, avoit
imaginé d'envoyer tous les ans deux Officiers
Généraux de la Marine, avec le titre d'Ini
peâeurs alternativement l'un dans les Ports
de l'Océan, & l'autre dans ceux de la Médi-
terranée, pour lui rendre compte de l'état des
chofes
c
SUR t A M A R I N E.
ehofes ce plan fort, bon pour un Miniftre déjà
inftruit, eft infuffifant pour Celui qui ne l'en:
pas du. tout.
Il feroit donc à Souhaiter que Fumage a&uel
pût être changé & que l'on ne confiât le Dé-
partement de la Marine qu'à un Marin qui
joignît aux connoiffances de fon métier un
efprit d'ordre, de combinaifon & .de détail.
On dit fouvent que les Marins n'ont pas le
talent de l'adminiflration.
Il faut demander à ceux qui tiennent ce pro-
pos, ce qu'ils entendent par-là; veulent-ils dire
que tous les Marins n'ont pas le talent de lad-
miniftration ? On en conviendra mais s'ils
veulent dire qu'aucun Marin ne peut avoir le
talent d'adminiftrer une chofe qu'il connoît
très-bien, on leur répondra hardiment, qu'il
etl bien moins concevable qu'un autre homme
pris au hasard, ait le talent de mieux admi-
niftrer cette chofe qu'il ne connoît pas du tout.
En effet, pour ne citer qu'un exemple, peut-
on s'en rapporter à un Miniftre qui n'a pas
les premiers élémens du métier de la Mer pour
former des projets de campagne dreffer les
inilru&ions des Généraux d'Armée celles
même d'un Commandant d'une frégate? Le
Marin le plus expérimenté n'eft pas trop bon
pour dreffer ces fortes d'expéditions; il y a
34 MÉMOIRE S
donc un moyen indifpenfable c'eft celui de
nommer un Confeil de Marine,, auquel toutes
les affaires de ce Département feront ren-
voyées le Roi, dans fon Confeil d'Etat dé-
cide ce qu'il faut faire, foit en paix., foit en
guerre cette décifion fera adrefl*ée au Confeil
de Marine, qui arrangera les moyens de l'exé-
cution, & le Secrétaire d'Etat apportera au Roi
& à fon Confeil la délibération du Confeil de
Marine.
Ce Confeil ne doit pas être borné à donner
les ordres pour l'exécution il doit auffi pré-
fenter au Roi les projets de conftrn&ion d'ar-
memens, de campagne, de dépenfe quelcon-
que en un mot, de tout ce qui concerne la
Marine.
Il ne doit pas être nombreux; 1° à caufe du
fecret; 2° parce que les gens capables d'y en-
trer, ne feront peut-être jamais en grand nom-
bre cependant, quoiqu'il y ait apparence que
beaucoup de Marins, voyant cet établiffement,
travailleroient avec ardeur à acquérir les talens
néceffaires pour entrer dans ce Confeil il
faudra toujours faire un choix parmi les plus
capables. Voici quelle pourroit être fa com-
pofition.
1'. Le Secrétaire d'État ayant le Départe-
ment de la Marine 20 deux Officiers Généraux
C 2
Sur La Marine. 3f
du même Corps dont un en feroit le Préfi- °
dent, qui n'auraient point été, & ne feroient
jamais à la nomination du. Secrétaire d'Etat
3° deux autres Officiers Généraux de la Ma-
rine, ayant titre de Directeurs Généraux, l'un
des Ports & Arfenaux l'autre des Colonies
& dont les ronrons feront expliquées plus bas
dans ce Mémoire. Le Secrétaire d'Etat n'y au-
roit que fa voix; il n'en rédigeroit point les
décifions qui le feroient par le Préfident &
que le Secrétaire d'Etat mettroit fous les yeux
du Roi. Lorfqu'il y vaqiieroit une place, les
Confeillers reflans propoferoient par délibéra-
tion trois Sujets à Sa Majefté qui choifiroit
celui qu'Elle voudroit.
On ne propofe point de placer dans ce Con-
feil aucun Intendant de Marine les Intendans
ne font faits que pour exécuter les ordres fu-
périeurs, & non pour délibérer. Si f Ordon-
nance du Roi de 1776 a jugé qu'ils ne dévoient
s'embarquer ni fur les Armées, ni fur les Ef-
cadres, on penfe qu'ils ne font pas plus né-
ceffaires dans les Arfenaux & qu'on pourroit
s'en paffer ils y feroient fapétieurement
remplacés par des Officiers Généraux, ou des
Capitaines de vaitfeaux comme en Angle-
terre. Il faut expliquer maintenant les fondions
3& Mi m oie £ s
des Direôeurs Généraux des Ports & -des Co*
lonies.
Rien ne prouve mieux la néceffité d'un pa-
reil étâbMement que celui fait depuis peu
d'un Directeur des Ports & Arfenaux; mais tel
qu'il eft, ce n'eu: qu'une ébauche imparfaite de
ce qu'il devroit être.
Pour obvier à l'incapacité que peuvent avoir
les premiers Commis, il paroît effentiel de les
fupprimer & de les remplacer par deux Di-
rêveurs Généraux des Ports & des Colonies
choifis parmi les Officiers Généraux de la Ma-
rine, les plus capables de détail, & les .plus
confidérés foit par leurs fervices foit par
l'éminence de leurs talens.
Ces Directeurs Généraux feroient chargés
de toutes les affaires de la Marine & des Co-
lonies, & de toutes les expéditions ordonnées
par le Conseil de Marine.
Leurs appointemens feroient réglés fur les
frais de Bureaux auxquels ils feroient tenus.
Ils rendroient compte tous les quinze jours
au Confeil de Marine de l'état des Ports de
celui des Colonies de celui des fonds de
forte que le Confeils -& par conféquent le Roi,
croient toujours inftruits de l'état au vrai de
la Marine, & dans le plus grand détail, par
C 3
SUR L A M A R 1 N E. Jj
un bordereau figné des Membres du Conseil,
& préfenté au Roi par le Secrétaire d'Ltat.
Il eft à présumer, que fi ce Secrétaire d'Etat
étoit jamais pris dans le Corps même de la
Marine, & s'il étoit fait Minière d'Etat on
auroit dans le Conseil un Marin intelligent
il y doit être fouvent quenion de Marine; &
quelque habiles que foient d'ailleurs les Minif-
tres d'Etat les affaires de la Marine leur font
ordinairement fort étrangères.
Les fondions du Secrétaire d'Etat feroient
.fort belles il auroit l'honneur de travailler
avec le Roi û feroit chargé de la diftribution
des graces des armemens & il feroit débar-
raffé de beaucoup de détails, qui prennent une
grande partie de fon temps il auroit cepen-
dant la partie contentieufe à moins qu'on
n'aimât mieux en charger un Bureau particu-
lier. On ne penfe pas qu'il foit convenable de
mettre dans le Confeil de la Marine des Offi-
ciers Généraux de terre, pas plus que des Offi-
ciers Généraux de mer, dans un Confeil pour
la guerre.
Dans les Confeils mixtes il y a toujours
quelqu'un qui délibère fur une matière qu'il
n'entend point & on ne fauroit trop éviter
ou diminuer ce très-grand inconvénient.
C 4
SUR LA Marine.
RÉFLEXIONS
Sur ce fecond Mémoire.
LE Confeil dont on vient de voir fétablif
fement, eft peu nombreux, peu difpendieux
& fort utile s'il eft compofé de l'élite des Offi-
ciers Généraux à mérite égal on ne peut
leur refufer la préférence fur les Capitaines de
vaiffeau.
Les Membres d'un Confeil doivent avoir une
exigence indépendante.
Comment pourroient-ils contrarier la volonté
du- Miniftre s'ils dépendent de lui pour avoir
le commandement d'un vaiffeau d'une frégate
ou feulement une penfion
Ils doivent fe régénérer par eux-mcmes &
propofer au Roi ceux qui occuperont les places
vacantes cela fe trouve dans mon Mémoire,
& a été adopté pour la formation du Confeil
de la Guerre fans ces deux conditions, un
Confeil ne fera qu'un Confeil de Commis,
quelque titre & quelque grade qu'aient les
Confeillers.
Ce Confeil efl un Confeil d'Adminiftration
& non d'Adminiftrateurs les opérations y do i
40 MÉMOIRES
vent être examinées par le Confeil. Si
fard on avoit des plaintes à porter contre les
Adminiftrateurs eux-mêmes, à qu s'en plain-
droit-on, & comment en auroit-on juftice ?
Le Confeil doit être un Confeil de Légifla-
tion des Légiflateurs doivent avoir déjà la
confiance & le refpeft de ceux à qui ils don-
nent des loix; la confiance ne fe commande
point on ne la donne qu'à ceux qui la mé-
ritent par de longs fervices les feuls Officiers
Généraux ont Feftime néceffaire.
Les Membres du Confeil feront des infpec-
tions dans les ports & ailleurs. Quelle confi-
dération aura-t-on pour eux, s'ils n'en ont pas
déja une indépendante de leur miflion ? Les
Officiers Généraux feuls peuvent remplir cet
objet.
Peut-être même feroit-il convenable que ces
infpe&ions fuiTent faites par des Officiers Gé-
néraux hors d'a&ivité qui n'auroient plus d'in-
térêt perfonnel à la choie.
Jadis les Intendants & les premiers mmis
étoient pris du Corps de la Plume maintenant
les Minières amenent des Commis auffi neufs
qu'eux ce qui augmente leur nombre de beau-
coup de forte que un Minière Deus
avertat venoit fouyent en (cène il fcroit ac-
compagné d'uneibtile d'Intendans & de Commis
SUR LA M A R I N E. 41
fcréés par lui ou fes nicceneurs, excepté toutefois
ceux qui auroient eu Tadreffe de fe faire don-
ner des retraites affez fortes pour ne pas crain-
dre des retenues.
C'efr par cette raifon que mon Mémoire fup-
prime les premiers Commis & les Intendant
la plupart d'entr'eux fe mêlent d'un détail 1 ils
n ont point appris & qu'ils n entemkntpas
cet inconvénient me paroît trop and.
Mais comme il faut que leu^fcnftiqns foient
exercées, ce Mémoire 1 donne à des Marins
chargés de toutes les péditions. On a le dou-
ble avantage de fairè faire à moins de frais,
& par des Chefs choifis parmi des Marins dif-
tmgués^t)fficicrs Généraux comme les au-
îres^ce font les co-opérateurs les plus inftruits
$tlesplus capables d'aider & d'éclairer un Mi-
nifire, de quelque corps & de quelque état
qu'il foit.
M-il Marin? il en poffede la langue, il
connoît toutes les opérations du Marin, & if
discute vis-à-vis de fes pairs & avec connoif-
fance de caufe les projets qu'on lui propofe.
Ne len-il pas? il reçoit des leçons des vrais
maîtres de l'art.
Alors il ne craindroit plus la refponfabHité.
Car qu'eft-ce que c'eft que la refponfabilité
C'eft, fi je ne me trompe, le compte de la.
4i Mémoires
geftion; or toute geftion doit être fidelle &
éclairée. Le compte doit donc prouver que les
fonds accordés au Département ont été dé-
penfés non-feulement avec économie, mais
avec intelligence; que les matières premieres
ont été bien choifies bien employées que les
projets, quels qu'ils foient de campagne ou
autres, ont été fagement combinés un Miniftre
répond de la combinaifon des projets, mais non
de leur exécution. Celle-ci dépend de trop de
circonftances étrangères au Minière pour qu'on
puiffe lui attribuer à lui feul le bon ou le mau-
vais Succès, mais il eft refponfable des mefures
prifes pour leur réuil'zte. Quel eft celui qui
pourra jamais rendre un pareil compte, s'il n eft
aidé dans toutes fes opérations par des gens de
Fart ? Ceft pourtant ainfi qu'à mon avis on
doit entendre la refponfabilité d'un Miniftre.
Si en 1787 il y avoit eu un Confeil de Ma-
rine indépendant, tel que je le propofe, on
tiiroit connu au jufte le véritable état des ma-
gafins on affuroit qu'ils étoient bien fournis,
& cependant ils étoient vuides & on fut obligé
de refler Spectateur de l'invafion de la Hollande
par le Roi de Pruffe.
Quelque periuadé que je fois que ce Con-
feil doit être peu ,nombreux j'y ajouterois ce-
pendant deux Officiers Généraux de plus, par-
sur la Marine. 45
Ce que, tandis qu'il y en a deux en tournée
dans les Ports & fur les Côtes il en refera à
-Verfailles un pareil nombre, indépendamment
des Directeurs Généraux des Ports & des Colo-
nies, qui néceffairement feront fédentaires &
le Confeil feroit alors compofé de fept. J'in-
fifte pour que ce Confeil ne foit pas mixte,
afin d'éviter l'introduction perpétuelle de tout
être étranger au fervice de la Marine fi par
hafard on avoit befoin d'en confulter on y
auroit recours en les priant d'y affifter feide-
ment quand cela feroit néceffaire.
On objectera peut-être que ce Confeil de
Militaires pourra fe décider militairement; à
cela je réponds que je n'y mets que des Mili-
iaires, parce que le principal objet de la Ma-
rine eft d'être Militaire que les Militaires feuls
arment & commandent les vaiffeaux; qu'eux
feuls font la guerre & que c'eft la véritable
institution de la Marine.
Le temps de tout Defpotifme eft paffé
Defpotifme Ministériel, Defpotifme Militaire,
Defpotifme Aritlocratique tout cède à l'em-.
pire de la raifon.
Ainfi les Militaires compofant le Confeil ne
décideront rien militairement & ils dirige-
ront tous les projets les marchés les conf-
miaions avec d'autant plus de réflexion & d'é·
44 MÉMOIRES
conomie qu'ils ont déja plus de lumières & de
connoiffances.
Je ne penfe pas cependant qu'il foit conve-
nable de leur abandonner la légiflation des
Colonies elle n'eft pas de leur reffort; c'eft
le cas d'établir un Comité de Magiftrats char-
gés de faire ce travail important & de le pré-
fenter au Miniftre. Peut-être aufl'i faudroit-il le
mettre fous les yeux du Confeil de Marine
ainfi que tout ce qtù a rapport au Commerce
Maritime & à celui des Colonies Aucun de
ces objets ne peut être étranger à ce Confeil
car j'en reviens à mon principe tout doit
partir de la même fource & tendre au même
but. s
Il fe préfente, dit- on deux grandes diffi-
cultés
i°. Celle de faire ordonner les dépenfes dans
les Ports par le Commandant.
Celle de régler les comptes
On veut éviter le defpotifme des Inten-
dans mais le defpotifme MilitaireF eft encore
plus dangereux le Commandant d'un Port fe
croit à la tête d'une armée, & ordonne tous
les travaux militairement feul il régle les
mouvemens les journées & par conséquent
la paie d'où il peut réfulter une dépenfe au-
deffus de ce qu'elle doit être en un mot j
SUR LA MARINE:
t"eft un Militaire defpote au lieu d'un In-
tendant.
Si on craint que ce mal n'arrive, fans con-
tredit, il faut l'empêcher en voici le moyen.
Etablirez dans les Ports un Confeil d'Admi-
niftration indépendant du Commandant, com-
me celui de la Marine doit l'être du Minière
& remarquez que cette indépendance des Con-
feils eft par-tout néceffaire fans quoi le Mi-
niftre de fon côté le Commandant du fien
font Defpotes défaut le plus grand qui puiffe
exifier dans une Adminiftration importante.
C'eft ce Confeil d'Adminiftration dans les
Ports, qu'il faut abfohunent compofer d'Of-
ficiers Généraux hors d'aélivité au nombre de
cinq ou fix.
Le Commandant fera obligé de leur com-
muniquer tous les ordres qu'il recevra fans pou-
voir rien ordonner, ni rien faire exécuter que
de leur avis figné d'eux, & infcrit fur les re-
giftres du Confeil.
L'indépendance de ces Confeillers leur don-
ne la force néceffaire pour s'oppofer aux aftes
d'autorité abfolue; & ils feroient refponfables
des abus que leur câïiplaifance pourroit intro-
duire mais cela n'eft pas à craindre.
Quant à la féconde difficulté, celle de régler
les comptes; il me femble que fi les dépenfes