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Mes heures de paresse à Naples / par le comte L. de Maricourt,...

De
351 pages
Goujon et Milon (Paris). 1842. Naples (Italie) -- Descriptions et voyages. 374 p. ; in-12.
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GOUJON ET MILON, rDITUORS-LIBRAlRES ,
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Prêt à reparaître en public, il veut dire dana r 'ta-
lage des échoppes, l'auteur du présent recueil doit
encore, s'il veut se conformer h l'usage pour le-
quel il a certainement un grand respect, se faire
précéder par une préface.
Et d'abord, il veut se servir de cet interprète
sans lequel. de nos jours, bien des livres cour-
raient grand risque de n'être jamais compris, pour
donner cours a un sentiment qui le presse, à celui
de la reconnaissance. Les Revues et les Journaux,
en lisant à la première page des HeNr" d'lraeom-
nie que
« Ce que je crains, c'est le silence, Il
ont pris à tâche d'épargner ce genre de supplice h
un cœur qui, très défiant de ses propres forces,
— n —
n'en est pas moins tourmenté par des pensées
d'ambition. Plusieurs ont fait mention de l'œuvre
avec encouragement et ont parlé de l'auteur en
des termes pleine de bienveillance : il les en
remercie mille fois. Oh! pour celui dans l'âme
duquel le patriotisme est une passion, une émo-
tion bien douce a été celle qu'il a éprouvée quand
il a reçu, à cinq cents lieues de distance, ces té-
moignages d'intérêt! 11 a pu croire alors que dans
son pays il avait sa petite part dans l'attention
publique. 9
D'autres, plus sévères, ont mêlé de justes cri-
tiques h leurs éloges : c'est ce qu'il demandait ;
il les remercie également. Dans le nouveau re-
cueil qu'il livre b la presse, il a essayé de mettre
h profit leurs avis. Puissent-ils tous encore pren-
dre sous leur puissante protection ce nouveau
venu qui, sans leur assistance, partagerait le triste
sort de tant de morts-nés, pourrissant dans les ma-
gasins du libraire et la poussière de l'oubli !
Un an s'est presque écoulé depuis que le pre-
mier ouvrage de l'auteur s'est hasardé h paraître
dans le monde; il ne sait pas ce qui lui est advenu,
f'nl' son éditeur, excellent homme du reste. m-
- 7 -
partage pas cette fièvre qui nous dévore tous, celle
d'écrire; et, quoiqu'il ait reçu de lui plusieurs
lettres où il le priait, avec des entrailles de père,
de vouloir bien lui donner quelques nouvelles des
Heures (l'lnltomnie, jusqu'ici il l'a laissé sur leur
destinée dans une complète ignorance. Comme de
la part de nos amis les mauvaises nouvelle s sont
plus difficiles h obtenir que les bonnes, il augure
mal de son silence, et il présume que les Heures
d'Insomnie dorment maintenant d'un sommeil pro-
fond. REQUIESCANT IN PACE!
D'autres Heures vont leur succéder, et, quoi-
qu'elles aient nom : Mu Heures de Paresse, l'au-
teur n'a pas du tout la prétention de donner h en-
tendre qu'elles ne lui ont coûté aucun travail. Le
nom ne prouve rien. Jamais, il est vrai, elles ne
l'ont distrait d'occupations plus sérieuses; c'est
bien avant dans ses soirées d'hiver, c'est au bruit
des chars qui passaient et repassaient sans cesse
pour se rendre aux fêtes de l'Académie ou pour en
revenir, c'est quand il n'avait plus à amuser une
petite famille qui dormait en paix autour de lui ;
c'est enfin quand il n'avait rien h faire de mieux,
qu'il sn livrait h rrs Heure* tk Pwçtw qui n'otil
-- 8 —
pas été pour lui sans charmes, et le lendemain, en
se rendant h son poste, il avait entièrement oublié
ses occupations de la nuit ; mais, il le répète, toutes
secondaires qu'aient été ces occupations, elles
n'ont pas laissé que de lui coûter quelque travail.
Il s'est rappelé que les vers sont aujourd'hui en
défaveur : il a essayé de faire de la prose ; et si,
malgré lui, il est retombé de temps en temps dans
son ancien péché, qu'on le lui pardonne, et que
ceux qui pourraient en être scandalisés ferment les
yeux et passent outre.
En renonçant, du moins en partie, à s'exprimer
en vers, il a fait un grand effort, car c'est le lan-
gage qui lui est le plus naturel; et toutes les fois
qu'il pense un peu fortement, la maudite tournure
poétique est lli qui l'obsède.
Pour s'attirer les bonnes grâces du public, il a
fait un autre sacrifice encore. Grave et sérieux de sa
nature, il a, pour lui plaire, abordé des sujets fri-
voles et légers; ils lui ont été inspirés presque tous
par le pays où ils furent composés. Il a tracé une
ébauche de ses mœurs populaires dont on a tant
écrit, et que l'on connaît si peu. Sur une terre
étrangère, il lui est venu des réminiscences du
— 9 -
passé, de la famille, du pays natal, et il les a
écrites pêle-mêle comme elles lui sont venues. Il
a varié, autant qu'il l'a pu, son style comme ses
sujets ; il a fait de son mieux pour se gagner dans
le public des amis et des lecteurs. Si cependant,
pour lui plaire la ce public, il fallait renoncer aussi
li ses principes religieux, il en serait bien (iclaé,
mais sa politesse n'irait pas jusque Ih. La pensée
religieuse perce partout ici comme dans les Heures
d' Insomnie, c'est cette pensée qui chez l'auteur est
toujours dominante, et sa conviction profonde,
c'est que la plaie dont la société actuelle est ron-
gée ne peut être guérie que par le retour sincère
vers la religion qui prêche comme des devoirs
l'humilité et le diiintéremmentî
Il ne l'a point dissimulé : il a de l'ambition, il
en a même beaucoup ; mais c'est toujours la pensée
religieuse qui en est le mobile. Son désir ardent
serait que Dieu, qui se sert souvent de ses plus
faibles serviteurs pour produire les plus grandes
choses, permit que sa voix contribuât a ébranler
les esprits et les disposât h recevoir cette semence
divine qui, dans son intime croyance, doit tôt ou
tard ramener le monde h l'unité catholique.
-- 10--
Il verra le sort de l'opuscule qu'il publie en ce
moment, et quel qu'il puisse être. il ne se tiendra
pas pour vaincu : il met en réserve les matériaux
d'un ouvrage plus solide, où la gloire dont se cou-
vrent en Afrique nos jeunes armées exaltera son
patriotisme et où sa pensée dominante, la pensée
religieuse, trouvera plus de développements. Si ce
troisième essai ne produit pas plus de résultats
que n'en a produits, il imagine, le premier, s'il ne
sert d'aliment qu'aux rats de quelque grenier obs-
cur, alors il se résignera; il laissera la harpe de
Sion entre des mains plus privilégiées et plus ha-
biles, et il se dira, en gardant pour lui ses pensées,
que tout le monde w peut point être l'élu du
Seigneur, mais qu'il est au pouvoir tic tout le
monde de rester chrétien et bon père de famille.
CiulHIiiinitro, IIKII Iftll.
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BPITa. A H. 8n. 8llQ,
—~M~~t"
~Coltun et trrrn ~translbunt, verbâ niilriu
nir« non trnnulhunt .t. • C.
Le Temps, le Temps, Shirley ! dans sa fuite nous presse,
Et tu vieillard ailé, tout usé qu'il paraisse,
Pour moi reste un symbole aussi frappant qu'amer !
Ce n'est qu'hier, ami! qu'à peine en pleine mer
t'ai vu de mon pays s'effacer le rivage
Et surgir les abords de votre Ile sauvage ;
Que j'ai vu d'Albion grandir les rochers blancs
Sous un rayon de flamme alors élincelants!
Terre qu'un noir brouillard le plus souvent recouvre,
Rivale au front superbe et que protège Douvre !
Ce n'est qu'hier, ami! que dans votre villa,
Où le parfum des fleurs jusqu'à nous s'exhala,
Les accents argentins répandus par la cloche
A la grille de loin vous dirent notre approche.
— ia —
De tous VOl serviteurs le nombreux attirail
Debout et sur deux rangs nous reçut au portait.
Nous vîmes aussitôt du fond de la voiture
Se dessiner au seuil votre noble stature;
Et votre premier-né, frais et joyeux enfant,
Laissant là tous ses jeux, accourir triomphant !
Puis, ajoutant un charme à cet accueil affable,
Et les traits embellis d'un sourire ineffable,
Votre épouse nous fit monter vers un berceau,
Et, mère heureuse et More, entr'ouvrit le rideau 1.
Amil ce n'est qu'hier, et J'en gardai l'empreinte,
Que j'ai senti ma main pressée en cette étreinte,
Ce salut éloquent d'un peuple hospitalier
Où l'âme avec la main semble aussi se lier !
Et nous cûmes bientôt renoué connaissance :
Nous causâmes de ceux que rend plus chers l'absence,
De nos amis commun, d'un frère, d'une sœur ;
Et, dans ces entretiens dont l'oisive douceur
Laisse sur le cadran fuir l'aiguille qui passe,
La plante du Japon trois fois dans notre tasse,
Avec tout son parfum des Anglais adoré,
Uu bocal, en sifflant, livra son jus doré.
Ce n'est qu'hier, amit qu'arrivés dans votre lie,
Nous reçûmes chez vous un généreux asile;
(;e n'est qu'hier. Hier! depuis ce jour, Shirley !
L'année a par trois fois dans son cercle roulé !
— 13 -
9
Et j'ai vu sur les fronts grandir plus d'une ride,
Des jardins embaumés devenir terre aride,
Germer plus d'un chagrin, s'ouvrir plus d'un tombeau,
Et de bien des soleils s'éteindre le flambeau !
J'ai vu vers l'Orient une ère qui se fonde,
Soulever d'Occident l'ambition profonde;
Et dans un arbitrage où chacun a sa part,
Par quatre nations la France mise à part t
Et l'Europe inventant, au milieu des alarmes,
Le système Inconnu d'une paix sous les armes !
Et deux peuples unis par des liens nouveaux,
Dans ces tristes débats redevenus rivaux t
Un mot a divisé la France et l'Angleterre !
Hélas ! avec le temps tout s'en va, tout s'altère;
Le temps fuit, et l'oubli voltige sur ses pas.
Tout change : mais Shirley 1 mon cœur ne change pas !
Or, vous me demandez mon avis sur les hommes
Et les faits d'aujourd'hui : Dans le siècle où nous sommes,
Les hommes de génie en tout lieu sont semés,
Et jamais plus d'ardeur ne les a consumés;
Jamais siècle no fut plus fécond quo le nôtre:
Dès qu'un grand nom s'efface Il en surgit un autre.
Mais simple observateur de tant d'ébranlements,
L'homme m'occupe moins que les événements.
Shirley ! comme chrétien et comme catholique,
ta Foi me les fait voir, la Foi me les explique.
- 11 --
Oh! quand du monde ainsi Dieu laboure le sein,
C'est toujours pour y faire éclore un grand dessein :
Quand par le soc divin la terre est remuée,
Ko germe tout h coup tombe de In nuée.
Romulus (or il est de cela trois mille ans)
Quand il fondait sa ville, et par des jeux sanglants
Préparait ses bergers aux travaux de la guerre.
Romulus le brigand alors ne pensait guère
Que la voix qui disait sans cesse dans son cœur:
Il Romulus ! Romulus I va, marche et sols vainqueur !
Il Ton sceptre c'est le fer : l'empire que tn fondes
Il Étendra ses longs bras et couvrira trois monde».
c Je graverai moi-même aux murs de ta cité,
» Ces deux mots sur l'airain : splendeur! iniiiiMîi, ! »
Romulus le brigand alors ne pensait gultrell,
Imbu comme il était de croyances vulgaires,
Que cette voix d'en lIauf. qui dans son sein vibrait.
Etait celle du Dieu qu'ARRAHAM adorait;
Que d'une femme-vierge un enfant devait naître.
Et que, pour préparer le monde h le connaître,
Pour que la vérité jaillît sur l'univers,
Il fallait réunir tant de peuples divers.
Sur le monde a jailli cette vérité sainte,
Et son siége aujourd'hui reste encor dans l'enceinte
Des murs de la cité que bâtit Romulus !
Mais dans le cours des temps qui se sont révolus.
Plusieurs ont détourné les yeux de la lluniî're :
ir, —
Ils ont, s'affranchissant de cette loi première,
Qui toujours ici-bas, loin d'une autorité,
Fait dans le noir chaos fuir toute vérité,
Protesté contre Honte ; et mille erreurs contraires
Ont dans mille sentiers subdivisé nos frbres.
Les catholiques même, indifférents et froids,
Ne se souviennent plus des leçons de la croix.
La roi s'est affaiblie en traversant les âges,
Et ne leur montre plus qu'à travers des nuag<*
Les rayons éclipsés aux hauteurs du Thabor.
Catholiques de nom, votre grand Dieu, c'est l'or I
La terre est retombée aux jours du paganisme,
Elle ne connalt plus qu'un amour — 1 égotsme,
Et fléchit le genou devant ses passions 1
Voilà qu'en même temps parmi les nations.
Des arts et du savoir les limites reculent,
Ht d'étranges ardeurs dans les veines circulent.
Tout s'agite et fermente, et des rapports nouveaux
Entre chaque pays ont jeté des niveaux,
La distance et les monts s'effacent, la pensée
Ne connalt plus de borne, et d'une tour lancée,
Passe h travers les airs de hauteur en hauteur,
Et vole en un instant du pôle à l'équateur.
Un agent invisible en ses cuves bouillonne;
.Sur le fer allongé qu'une ornière sillonne,
Dos machines sans frein roulent il tous moments
- tO-
Kt rendent en roulant d'ardenta rugissements !
Sur mer l'homme se rit des tempêtes acerbes :
Dans toutes les saisons, léviathans superbes,
Ses navires légers, sans mats ni matelots,
Au but arrivent droit, malgré les vents, les OotH:
L'onde écume et blanchit sous leurs vastes nageoires,
Ils passent : la vapeur, en longues bandes noires,
Flotte long-temps encore après qu'ils ont passé 1
Il n'est pas de chemin que l'homme n'ait tracé :
Partout de ses trésors il va faire l'échange ;
L'Européen s'asseoit sur les rives du Gange,
Et va poser ses camps aux cimes de Atla. r
L'empire d'Orient qui rend son dernier glas,
Aux peuplades du nord livre ses belles plages,
Adopte nos pensera, emprunte nos usages ;
Dans un vaste faisceau se fond le genre humain,
Et les deux continents se sont tendu la main !
Et vous croyez que Dieu qui d'ardeur nous dévore,
Qui nous pousse sans fin du couchant k l'aurore,
Ne cache point en lui quelque dessein profond,
Dont la suite des temps dévoilera le fond?
Et vous croyez que Dieu, le Dieu du sacrifice,
S'il ne voulait bâtir un sublime édifice,
Réunirait ainsi tant d'éléments divers,
Et ferait pour agir s'entendre l'univers !
Et qu'il n'aurait pour but, sans sa haute sagesse,
Que d'assouvir enfin notre soif de richesse !
- 17 -
i.
Non, non, si parfois Dieu se sert des passions
Qui font l'une vert l'autre aller les nations,
Jamais, quoiqu'il en use, Il ne les sanctifie :
Dans les mains de celui qui frappe et vivifie,
Qui d'un impur limon fait surgir ses élu..
Elles sont l'instrument, comme était ROMULUS !
Quelque chose de grand, de divin, se prépare,
Et le récent débat qui de vous nous sépare,
Vers la crise et la fin du vaste événement,
N'est peut-être, ô Shirleyt qu'un acheminement !
Oui, le temps va venir : les peuples que naguère
Frappaient, mais confondaient la conquête et la guerre,
Qu'agite, mais confond un fantôme trompeur,
Que confondent surtout la Presse et la Vapeur,
Peuvent en un instant recevoir tous l'idée
Qui d'en-haut descendue et par Dieu fécondée,
Sur ta terre encor vierge ou des cultes détruits,
Partout, d'un pôle à l'autre, étendra tous ses trulu t
Mais le sol étant prêt à lui donner racine,
Quel germe tombera de la droite divine?
C'est à vous, c'est k vous de répondre, 0 Seigneur !
.!c ne sais, mais pour moi, catholique de cœur,
J'en crois aux mots du Christ alors qu'il dit la Pierre :
« Je bâtirai l'Église, et tu seras la pierre
« Sur laquelle à jamais l'Eglise posera :
Il Sur les portes d'enfer sa porte prévaudra ! Il
- 18 --
t en crois nux mots du Christ. Je crois, quoi qu'on en lise,
Que la seule éternelle et véritable Église
Est celle qui depuis environ deux mille ans
Passe intacte de Pierre à tous ses descendants.
Et je sais que la Foi, sans un guide suprême,
Tombe et flotte au hasard dans une nuit extrême :
Que la soumission est un pénible écueil.
Et qu'un ange avant l'homme a péché par orgueil !
Pour moi je me IOUmetR, et je m'incline comme
Le jour où je t'ai vu, saint pontife de Rome,
Te tournant tour à tour vers les peuples divers.
Étendre ta main droite et bénir l'univers !
le me soumets, j'adore et je crois et j'espère,
J'espère que l'Église où ce doux nom : Mon père !
Aux héritiers de Pierre est encore adressé,
Où tant de sang martyr fut autrefois versé,
Après avoir donné dans ses milliers d'épreuves
De son éternité tant d'éclatantes preuves,
Après être arrivée à travers tous les coups,
Les bûchers et l'opprobre, intacte jusqu'à nous,
Doit triompher encore, oui j'en ai l'espérance,
De son dernier péril — de notre indifférence !
Car un jour, de là haut, les astres crouleront,
Et les mondes brisés au hasard rouleront ;
De l'homme et de l'enfer toujours les œuvres meurent.
Du Dieu de vérité les paroles demeurent !
Oui, l'arche maKiiiiique, apiî's tant de lU-aux,
- IU-
Reparaîtra nageant au sein des grandes eaux !
Ouvrez les livres saints, ouvrez l'Apocalypse,
Sans cesse Il est parlé de cette sombre éclipse
Qui vient de la lumière obscurcir le flambeau!.
Oui, le soleil bientôt va se montrer plus beau :
La Vérité descend, elle frappe et ramène
Des enfants égarés vers l'Église romaine.
Sur le sombre chaos souffle l'Esprit divin :
Et voilà que l'erreur, fantôme creux et vain,
S'écroule en trébuchant sur sa base fragile.
Et l'héritier de Pierre, au nom de l'Évangile,
Absout le monde en pleurs à ses genoux plié.
Et tout ce qu'il délie au ciel est délié.
Je vois dans l'avenir vos belles cathédrales
Relevant tous leurs saints et leurs croix triomphales,
Et, réveillés au bruit d'hymnes qu'ils ont chantés,
Vos pères tressaillant dans leurs tombeaux voûter
Des populations, comme Instrument choisies,
Et, du vieux continent, par l'Esprit saint saisies,
S'élançant vers un but et plus noble et plus grand,
Et dispersant au loin la lumière à torrent.
La terre rayonnant, bondissant d'allégresse.
Et la même croyance attirant, plein d'ivresse,
L'humble catéchumène aux ondes du Jourdan,
Et mêlant devant Dieu tous les enfants d'Adam !.
Et celle qu'atlrisCH une ironie amère,
Que l'homme iiiiiii-lui; h qui Dieu dit : Ma liù'iv !
— 80 —
Celle qui sur la croix a vu IOn flII mourir,
Et ne sut ici-bas qu'aimer, et puis souffrir,
Je la vois des autels où brillent ses images,
Recevant toua noa vœux, noa soupirs, noa hommages,
Dont l'encens imparfait, mais par clic porté,
Monte plus pur aux pieds du Dieu de majesté.
Sublime auxiliaire, et pour noua toujours prête
A s'armer du pouvoir qu'un Fila divin lui prête!
Chaîne d'or qui nous tend ses anneaux précieux,
Et dont l'extrémité touche au plus haut des cleull..
Et je vois., si l'attrait d'une image pompeuse
Ne vient point m'éblouir de sa clarté trompeuse,
Je vois de l'avenir, dont les flancs sont ouverts,
L'Age d'or tant révé couler sur l'univers.
Déjà s'est affaissé le sombre échafaudage
Où venaient s'enfouir les fruits du brigandage,
Et le lierre a rongé le donjon colossal
Dont l'approche glaçait le timide vassal.
Ces temps sont déjà loin. La nature outragée,
En réclamant ses droits, dans le sang s'est vengée!
Du bronze qui vomit la mort pleine d'effrois
On a gratté ces mots : SEUL ARGUMENT DU n0111
Déjà depuis long-temps, l'homme qui naît, natt libre,
Et la loi pour chacun balance en équilibre.
Oui, nos jours sont meilleurs, mais ne sont point encor
Les jours de pureté, les jours de l'âge d'or.
Cet âge que je vois ebt plus digne et plus calme,
On n'y vient point du rang se disputer la palme,
Couvrir 14" nullité sous le fracas des mots,
- 21 -
Et se croire un grand homme au milieu des hameaux.
Celui qui natt aux champs avec sa mère y reste,
Il y vit satisfait de son labeur agreste.
les débauches des nuits, la soif de s'enrichir
Ne font point aux cités avant l'âge blanchir,
Et l'on n'y descend plus le fleuve de la vie
Entre ces deux écueils — le mépris et l'envie.
Dans les cœurs ont grandi des sentiments nouveaux ;
Pour tenir en échec des empires rivaux
Je ne vois nulle part dans ces pays modernes,
La terre se couvrir de remparts, de casernes,
Où l'esprit conquérant de dangereux guerriers
Cueille sur la vertu d'impudiques lauriers,
D'où la jeunesse, habile en des parades vaines,
Revient à ses hameaux le poison dans les vaines,
Sur le sol où les prés croissent de toutes parts,
Tombent de vétusté les forts et les remparts.
Les peuples ont appris à s'estimer naguère :
Ils laissent s'endormir leurs machines de guerre,
Et désormais sans haine, ils bornent leurs exploits
A vaincre leurs rivaux par de plus sages lois.
Ils ne s'avancent plus dans un sentier contraire,
Et l'homme qui dans l'homme a reconnu son frère,
Lui dit, en abjurant des préjugés épais,
Ces mots du divin maître : AVKC VOUS 801t LA PAIX!
tallen.nllfe, mai teil,
let,
TÂMatisa croîtras.
-..,. ~t<«*-
I rit atti rmmt, intarli l,rrl'lllII
Il,r' ,/',,"r,f"Îllr d. ',.,,".
{Jullnd au bord des vallons où seul de ses hauteurs
Il a versé long-temps l'ombre sur les pasteurs,
I ii vieux chêne périt sur sa cime superbe.
Ses débris dispersés et ramassés dans l'herbe
Deviennent le jouet des enfants des hameaux.
Quelques femmes, l'automne, emportent ses rameaux,
Et le bûcheron passe, et d'un coup de cognée
Il insulte, en passant, son écorce rognée !
Qu'importe si jadis contre les aquilons
Il vous nt un rempart — et s'offrit aux grélons ;
si toujours il couvrit d'une ombre qui protége,
Vos moissons, vos plaisirs et leur bruyant cortège!
Ce vieux tronc tombe en poudre : il faut chercher ailleurs,
Sons de jeunes rameaux, des ombrages meilleurs.
Le mépris a frappé la cime désolée
où languit oublié ce roi de la pillée
— tt -
Nos familles à nous sont des arbres aussi.
Il arrive un moment où dans leur sein transi,
En lutte avec la Mort, leur noble sang s'arrête.
Un souffle du couchant a passé sur leur crête,
Et flétri leurs rameaux surchargés d'écussons !
Que leurs aïeux jadis, nuit et jour aux arçons,
Aient de lointains combats rapporté leur épée
Du sang des Sarrasins encor toute trempée,
Et chauds amis du Christ dont ils vengent les droits,
Sous leurs habits de fer, un morceau de sa croix !
Que chevalier-trouvère un Thibaud de Champagne
Ait, en ces jours de gloire, eu pour mie et compagne
Dame d'un sang royal, la sœur de saint Louis,
Alors qu'il vint offrir à ses yeux éblouis
La rose de Saron dont Provins s'orne encore !
Que du pli de leurs fronts qu'un mâle orgueil décore,
Ils aient, à leur retour des plaines d'Ascalon,
Fait pâlir devant eux le chevalier félon;
Qu'ils aient reçu plus tard, de la main d'Henri Quatre,
Sur le sol où mourants ils venaient de combattre,
Ces drapeaux glorieux qu'on voit depuis ce temps,
Au dessus des Lions, dans leurs armes flottants 1
Qu'ils aient fait plus encore ! à nous autres qu'importe I
A nous leurs descendants, qu'un vent du ciel emporte
Comme de vils jouets, malheureux et flétris
Vers la poudre où s'en vont se perdre leurs débris !
Eb 1 près d'un vieux manoir, causant sous la charmille,
Qu'on ne me dise plus : Relevons la famille !
— 23 - -
3
Les famiilcs, amis, ne vous y trompez pas,
Sous de fatales lois marchent du même pas;
Et comme toute chose elles ont leur naissance
Et puis leur apogée — et puis leur décadence.
Naufragés sans espoir 1 à quoi bon vos efforts
Et vos cris impuissants contre les flots plus forts !
Pourquoi vous cramponner aux herbes de la rive
Croulant sous votre main dans l'onde qui dérive,
Abîme oit vous allez toujours vous enfonçant 1
Insensés! vous voulez relever notre sang!
Alors qu'une famille est une fois tombée,
Elle reste sans gloire, impuissante et courbée !
Aux splendeurs dont un jour elle tint les sommets
Le rejeton déchu ne remonte jamais 1
Son caractère à part fera toujours connaître
Que de parents déchus il eut le tort de naître !
Et ses mots oscillant dans sa bouche avortés,
Jetteront par moments de subites clartés
Comme en jette un flambeau sur le point de s'éteindre !
Son esprit Incomplet parfois ne peut atteindre
Des choses que tout autre embrasse d'un coup d'œil :
Mal à l'aise en ce monde, il y porte son deuil.
Et l'invincible arrêt le poursuit et le frappe :
Quoi qu'il tente ou qu'il fasse, à ses mains tout échappe,
Toujours dans ses sentiers un écueil se cachait.
Il porte sur son front l'indicible cachet
Dont Dieu stigmatisa la malheureuse race
Qui provoque partout le mépris sur sa trace! *
Qu'on se 4ollviënne une mt'nrhé ne tout na* dire wrtiWwWc.
- '20 -
De famille tombée, ô 110118 ICI rejetons !
Malheur sur nous ! cent fois malheur ! — Si nous sentons;
Si parmi les débris qui restent de nos pères,
Oe naufrage complet de tant de jours prospères,
Si dans ce dénûment, nous avons hérité
D'un cœur où bat encor leur antique fierté !
On peut voir de ses mains s'échapper l'opulence,
Ne point en murmurer, et laisser en silence,
Pendant que les heureux dansent sous leurs flambeaux,
De son bonheur à soi partir tous les lambeaux;
Malgré l'ambition qui vous pique et vous blesse,
Reconnaître en soi-même une pâle faiblesse,
Il en coûte!. N'importe, on peut s'y résigner.
Et l'on peut bien encore, on peut sans s'indigner
Sur des manoirs détruits voir le désert s'étendre,
S'y promener le soir, et, sans se plaindre, entendre
Le dernier serviteur fidèle à vos aïeux
Dire en vous conduisant, des larmes dans les yeux,
Au caveau de famille : « Ici, mon jeune maître!
CI Ils vous ont conservé six pieds de terre où mettre
« Vos dépouilles aussi, lorsque vous serez mort! »
Oui, l'on peut tout cela sans un pénible effort,
Et de plus, l'on peut bien, avec celle m'en aime,
Que l'on aime cent fois plus qu'on s'aime soi-même,
Avoir porté ses pas sur un sol étranger,
Avoir, h leurs piliers, vu pendre et se ranger
De tous les Leicestcr les antiques armures,
Oui dans leurs tombeaux de lugubre* murmures,
— 21 -
Quand, triste et dans l'oubli, catholique comme eux,
Leur fille vint prier sur le mardre poudreux !
Quand son front est pensif, quand elle s'abandonne
Au regret douloureux qui dans son sein bourdonne,
On peut avec emour la prendre sur son cœur,
Dans un épanchement imprégné de douceur
Lui dire : «• Nous avons perdu la place haute
Il Qu'occupaient nos aïeux, mais ce n'est point leur faute
Il A ceux qui de leur or sont maîtres aujourd'hui.
<• Vers cette pauvreté c'est Dieu qui nous conduit.
CI Il préfère aux palais les toits couverts de chaume,
• Et ce n'est point ici, mais là qu'est son royaume !
Souffrons comme il souffrit, et ne nous plaignons pas
Il Si nous ne rencontrons que débris sous nos pas! «
t out cela se dit bien quand celte qui l'écoute
Fait oublier les pleurs que l'infortune coûte.
Oui ; mais ce qui demande un effort surhumain,
C'est de boire en silence. et passer son chemin
( Du rejeton déchu triste et dernière épreuve ).
De boire les mépris dont le monde l'abreuve !
Pourtant au loin la haine! Abaissés sans retour,
Disons-nous qu'aux grandeurs chacun monte à son tour :
Prions que la fortune, alors qu'elle nous joue,
Tienne d'autres long-temps au sommet de sa roue!
Oui, sans les jalouser, prions pour tous les grands :
Que le bonheur sur eux se répande à torrents !
Tandis que devant nous tout recule ou vacille,
- 28 —
Que tout entre leurs mains suit un appui facile !
Car, disposant de l'or, au faite des hauteurs
Que caresse d'en bas le doux flot des flatteurs,
Est-ce leur faute enfin s'ils ne peuvent prescrire
Des lois à leur dédain, un charme h leur sourire!
Prions pour tous les grands : et si dans notre cœur
Avec l'abaissement l'orgueil reste vainqueur,
Et ne nous permet point de nous joindre à la foule
Qui, la nuit et le jour, à leurs palais refoule,
Du moins sans nous hâter de passer jugement,
Aimons et respectons dans notre isolement !t
Aimons et respectons ce que Dieu nous impose.
Que notre conscience en paix toujours repose,
Et quand d'un pâle soir s'éteindra le flambeau,
Que celui qui viendra nous descendre au tombeau
De nos pères encor regardant la devise
Avec leur écusson d'âge en orc transmise,
Comme un dépôt sacré jusqu'au dernier défunt,
Lise : Intacti vivunl, intacti percunt!
~I.
lie l%rganu0.
( S'il y a ici une xtexdttitmie de nom, c'est le narrateur de 1,1
Ii'gmdc <|ui la prend sur lui, et non pas moi.)
fRBMliMfl PARTIE.
II.
VlUftltAVI* fltailOff.
—» v»
l i ritrc liaintimiih ril, *nl (iprni'ti'Urr itiiitxilii mil
Pendant une villégiatura à Castellamare, je fi" la con -
naissance d'un prêtre de l'endroit, qui me prit en grande
affection. Il adopta mes goûts; il fuma avec moi; il devint
marcheur, parce que je le suis moi-même, il fut de toutes
mes excursions. Il tomba malade d'une fluxion de poi-
trine (les fluxions de poitrine n'entrent pas du tout dans
mes goûts, il faut s'entendre), il tomba malade d'une
fluxion de poitrine a il prétendit que c'était de refroidis-
sement à la suite d'un ecrmon. et ne voulut jamais avouer
le véritable motif qui avait mis ses jours en danger.
Quand, avec ma famille, j'allais le visiter dans sa pitto-
resque demeure, il avait toujours en réserve pour ma
femme quelque chose d'aimable, et pour mes enfants, à
mon grand déplaisir, quelques unes de cr" douces rriall-
dises dont le comblaient ses pénitente» du rouvent ",Isin.
— m —
Cet homme n'était pas un homme ordinaire : il était
doué d'une Imagination ardente, il avait beaucoup étudié,
beaucoup voyagé, 11 n'y a point dans toutes les Calabres
et les Abruzzes, une ruine dont il ne connût l'origine, et
il avait à sa disposition une foule de légendes.
Il aimait beaucoup les légendes. C'était, selon lui, des
tables pleines de sens, auxquelles on avait tort de ne point
faire attention. « Donnez-moi toutes les légendes d'un
pays, me disait-il souvent, et je me charge, à leur simple
examen, d'y retracer l'histoire. »
Un soir, à la suite d'une longue tournée dans les envi*
ions, nous étions assis sur sa terrasse, près d'une table
garnie de verres et d'une carafe pleine d'orangeade : il
me parla ainsi :
« Mon ami, nous avons dernièrement visité bien des
« choses qui ont paru exciter vivement votre attention,
« entre autres le château en ruine au pied duquel s'al-
ft longe Castellamare, le vieux couvent, et enfin le Gar-
« ganus, aujourd'hui appelé mont Saint-Ange, la plus
« sombre et la plus haute de nos montagnes, placée
« comme une sentinelle perdue entre les Abruzzes et les
Ii Calabres, et qui porte à son sommet les débris d'une
« étrange habitation. Je vais vous raconter la vieille his-
« toire qui se De à tous ces lieux. Elle leur donnera b vos
Il yeux une nouvelle couleur ; libre à vous de tirer en-
le suite vos conclusions. »
Je le priai de me raconter cette histoire.
Mon hôte complaisant remplit sa pipe, humecta ses
lèvres et son gosier d'un demi-verre d'orangeade, el
commença en ces termes :
M -
Aux flancs d'une des montagnes qui dominent la vallée
de Gragnano se trouvait une cabane : c'était par une
nuit orageuse. Carluccio le vigneron, dont la veste de
velours en lambeaux, l'écharpe déchirée et la cravate en
désordre attestaient une rixe récente, où il n'avait pas eu
le dessus, était assis en silence sur un escabeau, dans
l'intérieur de la cabane. SI tête, couverte de cheveux
noirs, où découlait un sang caillé, semblait courbée sous
le poids de la douleur et de pensées IInilttel, et restait
cachée chtre ses mains. KnOn il se Ion, regarda autour
do lui d'un œil égaré, puis fermant ses deux poings, et
avec une expression terrible, il fit plusieurs fois le tour
de la cabane, et sa voix sourde gronda avec le tonnerre:
« Maudit! cent fois maudit soit le moment où mon père
« et ma mère m'ont engendré! Pourquoi Dieu, en me
Il faisant nattre dans une condition misérable, n'a-t-il pas
« pétri en moi une âme misérable, dont l'instinct est la
CI flatterie, rampant comme un vil animal qui lèche la
Il main de son maître et de son bourreau ! »
Il s'arrêta devant uir niche, où la Madone, éclairée
par un cierge, était représentée avec un sourire. Il la re-
garda quelque temps, puis il l'apostropha en ces mots,
pleins d'amertume :
CI 0 Madone, tu es la mère de tous les chrétiens, et
Il cependant tu n'as pas eu pitié de moi !
« Tu as vu le pauvre vigneron, demi-nu, exposé aux
« ardeurs du soleil, courbé vers la terre, la remuer avec
CI un fer lourd et tranchant, et lui arracher les aliments
Il d'une pénible existence ! Tu as vu le vassal aux pieds
« de son seigneur, criant miséricorde, et lui demandant
-
- la grâce de no point le laisser, lui et sa famille, mourir
du faimt Tu rail vu poursuivi jusque dans sa cabane,
maltraité, battu, dépouillé du fruit de ses labeurs, et
cependant tu n'as pas eu pitié de moi!
« Jusqu'ici je t'ai toujours donné les prémices de mes
vignes; tu as été mon seul refuge, la confidente de
• toutes mes douleurs! j'ai veillé durant les longues nuits.
après le travail de mes jours! Je suis resté devant toi,
« la face contre terre; je t'ai implorée, je t'ti demandé
« vengeance, et cependant tu n'as pas eu pitié de moi!
le Pendant des mois entiers, j'ai épié ce beau seigneur
•• de Castello-a-Mare ; j'ai essayé de tromper ses serviteurs,
« de m'introduire dans sa forteresse crénelée et ceinte
Il de fossés ; je me suis caché sous le feuillage de ses
parcs, attendant son passage comme une panthère
< prête la s'élancer sur sa proie ! et toujours je l'ai vu
environné de ses gardes armés de poignards, passer
tranquille et froid, et promener autour de lui son re-
If gard insultant ! Et cependant tu n'as pas eu pitié de
If moi!
« Tu n'as pas eu pitié de moi ! J'ai travaillé en vain,
Il j'ai souffert en vain, je t'ai implorée en vain! J'ai été
« insulté sous tes yeux, et tu m'as laissé battre ! Et tu
« rie r - Oh! ton rire est une nouvelle insulte! —Mais
« qui donc aura pitié de moi? »
11 était bien coupable le vigneron qui parlait de la
sorte ! et vous verrel comme il en fut puni.
A peine avait-il achevé ses blasphèmes, que son atten-
tion s'arrêta sur un nouveau tableau, un tableau vivant.
A l'autre extrémité de la cabane, une jeune femme, au
Xt -.,
profil régulier et pur, aux cheveux noirs, divisés sur le
front, et rattachés en arrière dans leur profusion, calme,
belle et pieuse, une madone aussi, était assise, penchée
sur un enfant qu'elle allaitait.
Il regarda la mère, puis l'enfant ; pour la première
fois il en remarqua toute la beauté : c'était une aliel
Une pensée atroce lui vint; il se mit à marcher à
grands pas, puis se posant encore en contemplation de-
vant sa fille, sa figure se contracta, et sur ses lèvres passa
on rire de l'enfer 1
CI Peut-être, fit-il d'une voix sépulcrale, peut-être en-
< nn trouverai-je quelqu'un qui aura pitié de moi! »
le Souris à ton père! » dit la douce jeune femme en
n'adressant à son enfant. L'innocente créature se tourna
vers lui en riant, et lui tendit ses petits bras. Mais le père
s'élança hors de la cabane, et sans répondre aux cris qui
l'appelaient en suppliant, il disparut dans l'obscurité pro-
fonde, et la voix gémissante se perdit dans les bruits de
l'orage.
J'interrompis ici le narrateur. « Si je ne me trompe, le
merveilleux va commencer. Ne ferions-nous pas mieux
de descendre dans votre cabinet d'anatomie, dont l'ap-
Il parence est si lugubre que mes enfants n'ont Jamais
« voulu y entrer? Là les impressions se communiqueront
à l'âme plus profondes, et j'y ferai mieux connaissance
!. avec une émotion nouvelle, celle de la peur. »
— Il Non, mon ami ! Si vous voulez m'en croire, res-
tons sur cette terrasse. D'ici nous a)W'irovons ION finis
- Ili -
« qui oui servi du scène aux événements de la légende,
« et nous nous trouvons précisément au dessus du vieux
« château abandonné, qui a légué son nom à la ville ac-
« tuellcment florissante. D'ailleurs le ciel se couvre de
ta nuages, la nuit tombe 1 dans l'obscurité les objets se re-
« vêtent d'une forme solennelle, et nous tâcherons de voir
« errer sur les ruines, des revenants t.,.. Je reprends donc
mon récit : »
La montagne du Garganus était alors en mauvais re-
nom; 011 en racontait des choses étranges; la terreur
qu'elle Inspirait avait fait un désert de la vallée voisine:
des troupeaux entiers avaient été enlevés ou ne sait com-
ment; on recommandait surtout aux jeunes filles d'éviter
le Garganus ! et dans tous les environs, quand les enfants
étaient méchante, on les faisait taire en les menaçant du
Garganus!
Dans un enfoncement de la montagne, au milieu d'une
forêt de châtaigniers, se trouvait une caverne, et la tradi-
tion racontait qu'elle était hantée par un esprit mauvais,
en rapport avec le diable. C'est vers cette caverne que,
seul, au milieu de lu nuit, se dirigea le vindicatif vigneron.
Arrivé à la forêt des châtaigniers, il s'y enfonça au ha-
sard. Bientôt une faible lumière attira son attention ; il
s'en approcha, et se trouva tout près de la caverne : il
entra. Ce qu'il vit aurait pu le frapper de terreur; mais
il avait soif de vengeance, il n'hésita point. Il s'avança au
milieu de l'enceinte, Il s'y arrêta debout. Trois têtes de
morts étaient scellées aux voûtes de l'antre; la lumière
sortait de l'orbite jadis habitée par un œil ; elle sortait des
— 37 -
4
narines, d'entre les dents, et donnait à ces lampes fantas-
tiques une apparence de vie menaçante. Tourné vers la
porte, un squelette, penché en avant et les bras étendus,
semblait prêt à courir pour saisir l'intrus et l'étouffer
dans une étreinte ! Un hibou, empaillé et perché dans
l'ombre, tenait fixé sur lui son regard immobile !
t, Ilais, mon cher abbé! dis-je en interrompant de
« nouveau le narrateur, je répète que comme illustration
« à votre histoire, nous serions mieux dans votre cabinet
« d'anatomic. Il
Il ne m'entendit pas, et continua, emporté par son
sujet :
Les murs étaient couverts de signes mystérieux où l'ima-
gination se perdait en affreuses conjectures. Des fioles et
tics vases de toute forme, de toute couleur, confondus
avec des livres et des instruments géométriques, ajou-
taient, par leur désordre, à l'effet de cette scène. Un pe-
tit vieillard, en face duquel le vigneron s'arrêta debout,
tenait ses coudes appuyés sur une sorte de table, sa tête,
couverte d'un turban, sur une de ses mains, et il était
absorbé dans une profonde méditation. Comme tous les
magiciens, il portait une longue robe, à sa ceinture les
signes du zodiaque, et à la main laissée libre, sa baguette.
Sur chacune de ses épaules, un chat noir était accroupi,
et autour de l'un de ses bras, jouait et se tordait un ser-
pent blanc ! de ceux qu'on rencontre quelquefois dans le
sud de l'Italie, si redouté de nos chevriers, et dont la mor-
sure est mortelle !
- - lm -
Le vigneron frappa du pied, fit entendre un murmure
rauque, et attira l'attention du magicien qui fixa sur lui
ses petits yeux gris, puis lui dit :
« Vigneron Carluccio t le marché que tu veux con-
Il dure est au dessus de mes forces. Ma science se borne
Il à la connaissance du passé, du présent et de l'avenir. '—
Il Alors, dites-moi, serai-je vengé t à - e Oui, il y a quel-
Il qu'un plus puissant que moi, que je te ferai voir; mais
« pour cela il te faut de la hardiesse et de la résolution. »
Il — Le désir de la vengeance en donne ! Je suis prêt à
Il tout — Alors tu seras servi suivant ton désir. »
Le magicien alla chercher un trépied, le remplit de
charbon, posa sa baguette entre les dents d'une des trois
têtes de morts, l'en retira brûlante, et communiqua la
nomme au charbon du trépied. Il prit du sel dans un
vase, il y mêla plusieurs liqueurs qu'il versa de ses fioles ;
et sur la table il posa un gros livre à côté d'un maillet de
fer. —« Maintenant tout est prêt! Suis-moi, Carluccio t »
Le petit vieillard frappa le mur de sa baguette. Une porte
s'ouvrit. —" Entre! et, pendant mes évocations, ne laisse
« pas échapper un seul mot. Le moindre bruit me trou-
« blerait et dissiperait l'effet du charme t » Il referma la
porte, et le vigneron se trouva seul au milieu des té-
nèbres.
Ce qui se passa dans la chambre où était resté le ma-
gicien, je ne saurais trop vous le dire; mais je sais que,
dans l'autre, Carluccio le vigneron attendit, avec anxiété
et tremblement, l'issue de ces incantations. Une sueur
froide lui baigna le front ; Il retint son haleine. Il enten-
dit des paroles étranges, et le bruit du maillet frappant
- :«> —
sur la table. Il resta immobile, la paupière horriblement
contractée, le regard perdu, plongeant dans le vide !
Au troisième coup de marteau, un point lumineux lui
apparut dans la distance. Peu -It peu la lueur grandit, gran-
dit. Elle prit une forme. Elle se dessina en un long vête-
ment rougeatre. Une tête sortit du vêtement : puis des
mains, puis des pieds ; et l'apparition s'avança, s'avança en
grandissant toujours, droit à Carluccio, s'arrêta en face de
lui, le regarda d'un œil Axe, et dit : « Me voilà ! Il
— « C'est vous qui êtes Satan ?
— « Oui t. Carluccio t je sais ce qui t'amène ici ; ce.
Il pendant parle, je répondrai.
— « Je veux être vengé ! Long-temps j'ai cherché l'oc-
Il casion du joindre mon ennemi seul à seul, de lui plonger
« mon poignard dans le cœur. de me repattre de ses der-
•• nières palpitations, de le voir se rouler et se tordre à
Il mes pieds. Mais cette nuit une autre pensée m'est ve-
Il nue : je ne veux plus d'une vengeance commune qui ne
Il me procurerait qu'un quart d'heure de jouissance. Je
41 veux qu'elle dure, qu'elle soit de tous les instants ! Le
Il baron de Rivolo, mon ennemi, a une femme ainsi que
Il moi, Il a un garçon à peu près de l'âge de ma fille ;
« les conditions à cet égard sont les mêmes. Voici ce que
« je demande : Qu'il devienne le misérable vigneron de
Il Gragnano, et moi le matire souverain de Castfllo-a-
Il Mare!
— « Carlucclo! tes prétentions sont ambitieuses ! Pour
<• leur accomplissement quel prix oiïies-tu ?
- 41 Ma fille!
-- Il Corps Pt âme ?
— 40 -
— « Son corps, oui ! son Ame, non ! A toi de la souiller
« et de la conquérir si tu peux.
— CI Tu ne me fais point la bonne part. N'importe ! je
CI consens. Le corps de la fille, et l'ame du père t »
Satan tira un parchemin de dessous son vêtement, Il
s'ouvrit la veine, il en ouvrit une à Carluccio, et, avec
leur sang confondu, Il écrivit de sa griffe les clauses du
contrat, le signa, le fit signer à Carluccio, replia le par-
chemin et disparut. Quand le vigneron rentra a la cabane,
il était grand jour.
A cet endroit de son récit le bon abbé fit une pause,
but fi petites gorgées un verre d'orangeade, et, après s'ftre
remis en haleine, il reprit en ces termes:
BIVIIÉH1 VâRHB-
nidiâiftA.
Depuis l'entrevue de la caverne, dix ans s'étaient écou-
lés. La cabane de Gragnano et la baronnie de Castello-a-
Mare avaient changé de propriétaires. Le baron deRivolo
s'était fait détester de ses vassaux ; le baron Spavento
était mille fois plus cruel encore. Mais Il est dans le cœur
de l'homme d'oublier vite, même les bienfaits, quand la
- 41 -
4.
mémoire n'est pas tenue en éveil par l'espoir de nouveaux
bienfaits. Le peu de bonnes actions qui avaient échappé,
comme par mégarde, à la nature capricieuse de l'ancien
seigneur, restèrent sans écho. On ne parla qu'avec
aigreur de son caractère violent; bientôt on n'en paria
plus du tout. Et comme il y a toujours des flatteurs prêts
à encenser le pouvoir, quelles que soient les mains qui le
tiennent, Castello-a-Mare continua d'être le centre où ve-
naient affluer tous les hommages, et le nouveau seigneur
fit taire la haine par le prestige de son rayonnement.
Il ne put dore toutes les bouches cependant. Dans les
hameaux voisins circulaient des bruits sourds, et une
vieille femme, qui avait assisté aux derniers moments de
la baronne Spavento, morte dans les sentiments d'une
piété angélique, racontait à voix basse une conversation
que cette dernière avait eue avec son époux, et des cho-
ses qui faisaient frissonner : que souvent au milieu de la
nuit, quand grondait la tempête, elle avait vu le baron
sortir du château, a'eiever de. terre, et, de compagnie
avec d'étranges figures, traverser les airs dans la direc-
tion du Garganus.
et tous ces bruits circulaient vagues parmi le peuple.
Mais ce qui était évident pour tous, c'était le caractère
sombre du nouveau seigneur. Chaque jour ses yeux deve-
naient plus caves, sa maigreur et sa pâleur plus elraYlo-
tes. Des rides précoces sillonnèrent son front, ses che-
veux blanchirent 1 Souvent, au milieu de ses gardes, il
s'arrêtait frappé de stupeur. Son regard semblait nser un
être invisible à tout autre, ses lèvres tremblaient et mur-
muraient des paroicf incohérentes. Tout à coup, au mi-
- tt -
lieu d'un festin, il tressaillait, et la coupe tombait de ses
main. Il était en proie à l'insomnie, et quand, parfois, la
nature, plus forte, le faisait succomber au sommeil, d'af-
freux cauchemars le prenaient à la gorge, et il s'élançait
debout, baigné d'une sueur froide, avec des cris étouffés.
Jamais il n'allait à la messe : quand Il voyait devant lui
une croix ou une Image de saint, il faisait un long détour
pour les éviter. Un jour, après le dimanche des Rameaux,
le curé falunt sa tournée pour bénir, suivant l'usage, les
maisons de ses paroissiens, entra au château ; et comme il
en aspergeait l'intérieur avec le buis sacré, une goutte
d'eau bénite tomba sur le front du châtelain. Soudain il
jeta un cri de douleur, l'eau bouillonna comme sur un
fer ardent, et s'exhala en une vapeur bleuâtre,
Dans le même château, à côté de cette figure lugubre
s'en dessinait une autre, dont le contraste était complet.
III fille du baron, alors Agée de quatorze ans, unissait en
sa personne tous les trésors d'un cœur candide et aimant,
à tous les charmes d'une précoce beauté. Son front lim-
pide, couronné d'un bandeau de cheveux lustrés, sa peau
blanche et transparente, ses grands yeux noirs, veloutés
et ombragés sous de longs cils, ses traits délicate et pure-
ment dessinés, tout, dans cette figure, s'harmonisait avec
le sentiment de la mélancolie, et quand on la contemplait,
on sentait nattre en soi des émotions d'une incomparable
douceur. Sa mère, en mourant, l'avait placée sous la pro-
tection de saint Michel, et depuis ce temps, elle avait
pris le nom de Michaëla.
- 43 -
De bonne heure elle avait montré les signes d'une fer-
vente piété, et l'abbesse du couvent où elle avait fait sa
première communion avait conçu pour elle une affec-
tion tendre. Michalla passait avec elle une partie de ses
journées, et la bonne abbesse lui avait enseigné la vertu
des simples, et plusieurs secrets pour soulager les ma-
lades. Elles combinaient ensemble des œuvres de charité,
et tous les malheureux que secourait l'une devenaient pour
l'autre un objet d'intérêt et de sollicitude.
ta baron, par une de ces bizarreries inexplicables dans
son caractère, ne cherchait point à troubler cesloupcM
entrevues; le pèt* impie n'interdisait point à sa fille ses
pieux exercices. Et chez lui ce n'était point le résultat
d'une froide indifférence, car dans ses moments d'abs-
traction, souvent il murmurait le nom de aUchaell, et son
œil, en se fixant sur elle, exprimait, avec la terreur, un
sentiment d'amour !
Un jour, l'abbesse dit à Michaëla : « Mon enfant, je veux
Il vous conduire aujourd'hui dans un lieu que vous n'avez
pas encore visité: c'est à une cabane de vigneron, dans
« la vallée de Gragnanos vous y verrez jusqu'où peuvent
< aller les misères de ce monde. » MichaOla consentit
avec joie; elle chargea sa mule de simples et d'aliments,
et les deux amies se dirigèrent vers la vallée
— <- Sa mule! m'écriai- je alors, oh! oh! Castella-
mare, à cette époque, était donc déjà la patrie des mules
et dos AnH t compagnons funestes qu'il faut enfourcher le
jour bon gré mal gré, musiciens diaboliques qui vous fout
- ,u--
damner la nuit de leurs charivaris discordant! J'ai pris
toute la race en haine. Chaque fois que Je rencontre de
ces gros rentiers a la face rubiconde et paresseuse, collés
sur leur âne, les deux jambes traînantes, il me semble
voir passer une bête à six pattes t Tenez, j'ai justement
dans ma poche quelques vers qui ont été composés dans
un moment d'insomnie, en réponse à leurs abominables
concerts. Ils sont écrits en français : je ne sais pas si vous
comprenez cette langue. Dans tous les cas. avec votre
agrément, je vais vous les déclamer.
— « Quelle sortie à propos de la mule de Michaëla !
convenez franchement, mon cher monsieur, que vous
avez été bien heureux de vous accrocher ii cette occaston,
et que si vous n'aviez point entrevu là une opportunité
qui dût vous conduire à l'exhibition de vos vers, vous
n'auriez pas exhalé tant d'indignation contre de pauvres
innocentes bêtes, qui ont la voix un peu forte, il est vrai,
mais qui, en définitive, peuvent être très utiles dans nos
pays de montagnes. Allons, mon fils, ne vous en défen-
dez pas, tous vos confrères sont de même; si pour vos
vers vous étiez sans amour, vous seriez hors de la nature,
vous ne seriez pas poête!. Je vous écoute. »
A ces mots, mon vénérable ami posa sa pipe sur la table,
plaça son tricorne très avant sur son front, croisa ses bras,
puis ses jambes, laissa tomber son regard Indécis dans la
direction de ses souliers à boudes, et enfin prit toute l'atti-
tude d'une silencieuse résignation.
J'étais un peu offensé de la remarque de mon ami.
J'aurais bien voulu faire quelque énergique protestation;
mais, en somme, le voyant disposé la m'entendre, je pro-
— 43 -
Mal du moment, et, tirant de ma poche une feuille pliée
en quatre, je l'ouvris, et je lus d'un ton ferme et ex-
pressif, en imitant de mon mieux les moelleuses inflexions
de voix de mes héros que, par intervalle, on entendait
braire à l'entour :
mo diaav .aa.
L 'BAlno. viltaneggiato eome ~siolto,
nulnratio etM IJOö sla l'essere plA .preMo,
vole ed abblello.
(III DOftOTU.)
1
Vive, vive Castellamare,
Vive sa gent de Ciuccialés
Qui vous renverse, et puis dit : Gare!
Par ses chemins durs et pelés t
Oh ! vivent à jamais ses ânes.
Qui vont trottant en caravanes,
En vous caressant le tympan t
Han! han !. Rit hant bit haut bil hanl
II
Car ici l'espèce pullule,
Et la mode, dans ses décrets,
Vous la prescrit pour vêhicule.
Honte à l'homme aux puissants jarrets !
- M» -
Il doit, avec 118 forte trempe,
Sur un âne affronter la crampe
Sous peine d'être mis au ban :
Han! han t. 1111 han! hi 1 liant liit han!
III
Charles douse (voir la chronique).
Entendant ronfler les boulets,
Criait : « Corbleu ! cette musique
Il Sera la mienne désormais! »
Moi j'ai dit, ne pouvant mieux faire :
l' Bon t désormais j'entendrai braire,
Il Braire avec ce bruit d'ouragan :
<• Hant han !. Hi! han! hi! han! hi! han! ••
IV
« Pour la volupté des oreilles
Il Nulle musique, croyez-moi,
fi N'a des vibrations pareilles
« Et ne provoque tant d'émoi. -
fi Une autre fois, votre heureux hôte,
Il Anet, je reviendrai sans faute,
« Pour entendre six mois de l'an :
« Hant han t. Hi!han! hi! haut hit han! »
v
L'harmonie a le privilège
De suspendre bien des méfaits :
Elle adoucit l'ame et l'allége,
Miraculeux sont ses effets.
— 47 —
Et vers son but, Je vous assure,
La voix d'un âne va plus sûre
Que les sermons d'un capolan !
Han! han t. Hi! han! hi! han! hi! haut
VI
- « Vous connaissez bien la baronne,»
Murmure quelqu'un à mi-voix,
Il Eh bien! mon cher, quand minuit sonne,
« Dans le sentier qui mène au bois. Il
En ce moment court par derrière
Un âne 1 et, comme le tonnerre,
Sa voix étouffe le cancan :
Hant han t. Hi! han! hit hanlhil han 1
vu
- « 0 toi, mon ange et mon Idole III
Dit à sa belle un vil trompeur,
le Oh! seulement une parole,
« Et rien n'égale mon bonheur! »
Prête à dire un fatal : JE T'AIME !
La vierge rentre en elle-même.
A ses talons braie un Satan :
Hant han !. Hi ! han! hi ! han t hi 1 han !
vin
Voyez ce mécontent farouche,
Il croit parler à son ami;
Des mots sinistres de sa bouche
Sont déjà sortis à demi,
- 48 -
Quand, ~flairant l'air avec extase,
Un âne vient couper la phrase
Et sauver l'homme du carcan :
Han! han t. Ii. HII han! hi! han! hit han!
tx
Que des musiciens d'élite
Aient été payés autrefois,
Au Louvre, où 1 insomnie habite,
Pour endormir un de nos rois,
Plus utiles, nos virtuoses
Vous préservent, sur toutes choses,
Du sommeil—portrait du néant!
Han! han!. Hi! han! hit han! hi! han!
x
Car si, le jour, la sérénade
Qui, partout, pas à pas, vous suit,
Est toujours de la promenade,
C'est bien autre chose la nuit,
Quand les peureux, dans les ténèbres,
Pour chasser des pensers funèbres,
Vont répondant à Pierre, à Jean :
liant han !. Hi! han! hit han! hi! han!
, XI
Orphée, au dire de la fable,
Exhalait des accords si doux,
Qu'émus à sa voix délectable
On a vu danser des cailloux.
— 49 —
a
Oh! tout simple cela me semble.
Car voici ma maison qui tremble
Sous le pouvoir du talisman t
Han! han!. hi! han! hi! han! hi! han!
XII
Mais je sens que l'instinct me gagne,
Par ma foil dans ce pays-ci,
Avec la gent qui m'accompagne,
Je suis heureux d'être âne aussi!
il faut, ma verve est impotente,
Que désormais Je me contente
De clamer comme un gros Titan :
Han 1 han !. Hit han! hi! han! hi! han!
XIII
De plus, l'ami, lorsque l'automne
Mettra fin aux plaisirs des champs,
Que rien alors ne vous étonne
SI, tout plein encor de ces chants,
Avec fracas je vous aborde,
Et, commençant un long exorde
Je crie en mon premier élan :
Han! han !. Hi! han! hl! han! hi! han!
XIV
Puisque les impressions fortes
Surnagent au déclin des jours,
Alors, des ânes par cohortes
Sous mes yeux passeront toujours ;
— 50 —
Et je verrai dans les nuages
Galopper ces Oérca images,
Comme les guerriers d'Ossian :
Han! han!. Hi! han! hi! han! hit han!
Quand j'eus fini, il me sembla voir un léger sourire sur
les lèvres de mon ami ; et, sans attendre qu'il eat formulé
une opinion :
— « Maintenant, lui dis-je, puisque vous avez goûté
mes ânes de Castellamare. vous ne serez pas fâché que je
vous donne mon ânier, ou, comme vous l'appelez dans votre
patois, CiUttitlll. Les uns ne vont jamais sans l'autre.
Le voici :
mit atm
Clt.
le ~Ciuccialé de Castellamare.
Viimtrupfdantr putrem ftnnltu qunlll unguis ramptmt.
(Vmn.)
1
Un ruban rose a sa veste,
Un bouquet à son chapeau,
On le voyait svelte et leste
Attendre au pied du coteau,
- 51 -
Et sitôt le crépuscule
D'une main flattant sa mule
Dont le dos est tout sellé,
Flattant les passants d'un rire,
Sans cesse on l'entendait dire :
« Mes seigneurs! le Clucelalé 1
Il
« Salut à leurs seigneuries!
Il Vont-elles à la forêt 7
« Qu'elles voient mes écuries ! —
« Voilât voilà ! je suis prêt! —
« A chaque riche qui passe
Il Je dis, mais à voix bien basse,
« Dans mon dévoûment zélé :
Gardez-vous de mes confrères
« Aux paroles mensongères!
<• C'est moi le vrai Ciucelolèl
III
Il C'est moi qui porte au SAINT-ANGE (6),
« Où l'on voit des revenants.
« Pour mon Asine phalange
« J'ai de nombreux lieutenants.
« Je lance des caravanes
l' Partout où sans mol, pied d'ânes
1.0 Gargtnu», aprèa la victoire de l'arrhange sur le diable, l'th li-
nom de Saint-Michel, ou mont Saint«Ange.
- 52 -
« Ne serait jamais allé 1
« Excellences ! J'ai des mules
« Pour l'allure sans émules!
ft Croyez-en le Ciuccialé !
IV
« Dans l'état des Deux Siciles
Il Vous n'en rencontrerez pas,
Il Sous leurs charges difficiles,
« Qui trottent d'un meilleur pas. -
« J'en ai pour toutes les tailles.
« Voyez donc! pour les batailles
fi Ceci n'est-il pas moulét -
« Cela semble haridelle :
Il C'est une vraie hirondelle !
» Croyez-en le Ciuccialé.
v
Il Gnor mio! par les sept plaies!
La haut ne montez pas seul !
« Au fond des châtaigneraies
« L'imprudent trouve un linceul t
« Gnor caro ! prenez ma mule 1
« Je sais d'un pauvre incrédule
« Qui sur les monts est allé,
« Faisant fi de mon étable,
« Une histoire lamentable!
« Croyez-en le Ciuccialé.
— 53 -
s.
VI
Au seuil de Castellamare
Avec des braiments surgi,
Au milieu du tintamore,
Ainsi parlait don Luigi,
Don Luigi le vrai modèle
De tout Ciuccialé fidèle
Qui dans ce monde ait parlé.
Il pariait, parlait sans cesse,
Tant—qu'on avait la sagesse
D'en croire le Ciuccialé.
vu
Sous la voix des quadrupèdes
On débattait haut le prix
Où de l'étable et des aides
Le pour-boire allait compris.
« VA BIBN r » Et cette parole,
Avec une cabriole
Où le pacte était ICCUé,
Livrait sans plus de formules
Au touriste, avec les mules
laines du Ciuccialé.
vin
Luigi vers toute sa gloire
Arrivait ou ce moment.