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Ni trop ni trop peu. Nouveau cours primaire de grammaire française par M. Bartoli,... Préceptes

De
179 pages
E. Ollagnier (Bastia). 1873. In-16, 176 p..
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NI TROP NI TROP PEU
I
-o-o.D
NOUVEAU ouns PRIMAIRE
DE
GRAMMAIRE FRANÇAISE
- PAR
M. B-IARTOLI
Inspecteur de* 1 Iiîst-Hicticta primaire
PRÉCEPTES J;
*
BASTIA
EUGÈNE OLLAGNIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR
1873
©
NI TROP NI TROP PEU
NOUVEAU COURS PRIMAIRE
DE
GRAMMAIRE FRANCAISE
PAiL
9AR - 1
1
Inspefr dfe lliM-ucIrigA primaire
PRÉCEPTES
BASTIA
EUGÈNE OLLAGNIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR
1873
TOUS DROITS RÉSERVÉS
PRÉFACE
Quel ouvrage @ de Grammaire doit-on mettre entre les mains
de la généralité des élèves des écoles primaires ?
Une expérience de plus de 20 ans, soit dans la direction
d'une école, soit dans l'inspection d'écoles dirigées par d'au-
tres, me permet, je crois, de répondre àla question ci-dessus.
Les élèves qui fréquentent les écoles primaires, surtout les
écoles rurales, n'ont pas le temps d'étudier la Grammaire dans
tous ses détails, ni de s'occuper des subtilités grammatica-
les ; il ne leur faut pas, par conséquent, un livre de Gram-
maire trop détaillé ou trop volumineux. Convient-il alors
de leur mettre entre les mains un livre qui, en quelques pa-
ges, leur permette de connaître les éléments de la langue ? Je
serais volontiers de cet avis ; mais il faut compter avec l'âge
et le degré de développement de l'intelligence des enfants,
et une grammaire trop succincte, un squelette de grammaire,
en un mot, n'est pas ce qui leur convient : car en voulant
trop simplifier, on obtient le résultat contraire. Force est
donc de prendre un moyen terme.: voilà pourquoi je donne
à la Grammaire que je publie aujourd'hui, le titre : NI TROP
NI TROP PEU, dans l'espérance de justifier ce titre en résu-
mant, dans cet ouvrage, l'essentiel, c'est-à-dire tout ce qu'il
faut pour que, en sortant de l'école, après un, deux ou trois
ans d'étude de la Grammaire, chaque enfant soit en état
de connaître suffisamment sa langue.
Les @ règles du langage sont déjà posées, il ne s'agit donc
pas d'en établir de nouvelles, mais plutôt de les formuler
d'une manière claire, précise autant que possible, et à la por-
tée des élèves : c'est ce que j'ai essayé de faire.
Après l'étude de la première et de la deuxième partie de
ma Grammaire, l'enfant connaît les espèces de mots et les
principales règles d'accord, irpeut écrire assez correctement.
La troisième partie qui complète la première, sera abordée
par les élèves séjournant plus longtemps sur les bancs de
l'école. Les autres élèves, moins heureux sous le rapport de
la fréquentation, pourront, à l'aide de mon ouvrage, étudier
d'eux-mêmes plus tard, ce qu'ils n'ont pas eu le temps de
voir, alors qu'ils avaient un maître. C'est de cette manière et
dans cette intention que j'ai disposé les parties demontravail.
Ma manière de procéder est celle-ci :
1° Un exemple; i' Une explication amenant à la règle à
établir ou à la définition à donner ; 3° Cette définition ou
cette règle.
De cette façon, l'enfant aperçoit à l'avance le précepte
qu'on veut lui enseigner ; il lui semble en lisant ou en en-
tendant la définition ou la règle qu'on lui donne, retrouver
ses propres idées ; et ces idées, pour ainsi dire, son œuvre,
il les retiendra d'une manière durable.
Je n'ai toutefois suivi cet ordre, en général, que pour la
première partie ; pour les deux autres, les élèves ayant
déjà acquis un certain degré d'instruction et leur intelligence
étant plus développée, n'ont plus besoin de la même méthode.
Les exercices d'application (compris dans un volume à
part) correspondent à toutes les définitions, règles et excep-
tions de la Grammaire, et, de plus, ils présentent presque
tous un précepte de morale ou d'hygiène, un principe d'agri-
culture ou une notion utile.
Dans la Grammaire et dans les Exercices, je n'ai pas
perdu de vue ce principe que, en enseignant l'orthographe
des mots et leur arrangement dans la phrase, il faut aussi en
enseigner la signification, ce qui est d une bien autre impor-
tance. La connaissance de la valeur et de la signification des
mots et des phrases ne prédomine-t-elle pas, en effet, la
connaissance des règles de la syntaxe et de la Grammaire ?
Je n'ai pu, cependant, qu'indiquer la voie ; les maîtres feront
le reste. L'habitude qu'ils ont de l'enseignement, la connais-
sance qu'ils possèdent des dispositions de leurs élèves et
de la manière dont ils saisissent les explications, leur mon-
treront là où il faut insister et là où il faut passer.
Simplifier et faciliter la tâche déjà lourde des maîtres,
enlever, autant que possible, à l'étude de la Grammaire, par
des exercices intéressants et utiles, ce qu'elle a, en général,
pour les élèves de rebutant et de fastidieux ; apprendre aux
enfants, non-seulement les principes de la Grammaire, mais
les préparer à la connaissance de la langue, par l'étude de la
signification des mots ; et, tout en leur enseignant la langue,
leur donner, par les exemples et les exercices, des con-
naissances utiles : tel a été le but que je me suis proposé »
L'ai-je atteint? L'accueil que les instituteurs et les insti-
tutrices feront à mon ouvrage me le prouvera.
■ j
p
PRÉCEPTES
PREMIÈRE PARTIE
Notions Préliminaires
1. - a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, 1, m, n,
o, p, q, r, s, t, u, v, x, y, z : voilà les vingt-
cinq lettres de l'alphabet français.
2. — Ces lettres se divisent en deux caté-
gories :
1° Les lettres qui représentent les sons, et qu'on
appelle voyelles ;
20 Les lettres qui représentent les articula-
tions, et qu'on nomme consonnes.
3. — Les voyelles sont au nombre de six; les
voici : a, e, i, o, u, y,.
4. — Les consonnes sont au nombre de dix-
neuf : b, c, d, f, g, h, j, k, 1, m, n, p, q, r,
s, t, v, x, z.
5. — Une ou plusieurs lettres qui se pronon-
cent par une seule émission de voix, forment
une syllabe. Le mot amidon présente trois sylla-
bes a-mi-don.
6. — Ces syllabes sont déterminées par les
voyelles. Il y a dans un mot autant de syllabes
qu'il y a de voyelles simples ou de groupes
6 NOTIONS PRÉLIMINAIRES
de voyelles, appelés voyelles composées ou
diphtongues (1).
7. — Une ou plusieurs syllabes réunies ex-
primant une idée, composent un mot : Dieu.
8. — Un assemblage de mots offrant un sens
complet, forme une phrase : Dieu est juste et
bon.
9. — Avec une ou plusieurs phrases correctes
on exprime une idée, une pensée, un discours,
et c'est là le but de la GRAMMAIRE : Il y a un
Dieu ; tout nous le dit. C'est lui qui a fait tout ce
qui est ; sans lui rien n'eût vu le jour.
REMARQUES
10. - La voyelle e se présente souvent modi-
fiée par des accents, d'où trois sortes d'e :
1° L'e muet dont le son est presque nul,
comme dans âme, vue, visage. Il n'est jamais
surmonté d'un accent.
2° L'é fermé, qui se prononce en desserrant à
peine les dents, comme dans vérité, café, panier.
Ordinairement l'e fermé est surmonté d'un ac-
cent aigu dont voici la forme (é).
3° L'è ouvert, qui pour être prononcé exige
que l'on ouvre la bouche, comme dans procès,
(1 ) On donne le nom de diphtongue à l'assemblage de deux
voyelles qu'on prononce en faisant entendre d'une seule émis-
sion de voix, le son de deux voyelles, comme io dans fiole, ieu
dans Dieu, ien dans bien, ui dans lui; ou bien qui ne forment,
dans la prononciation, qu'un seul son qui n'est ni l'un ni l'au-
tre des voyelles qui le composent, comme ai dans lait, oi dans
foi, au dans taux, ou dans tout.
NOTIONS PRÉLIMINAIRES 7
règne, objet. Beaucoup d'è ouverts sont marqués
de l'accent grave (è).
h. - Il y a un troisième accent e.), l'accent
circonflexe, qui se place sur les voyelles
longues, c'est-à-dire celles sur lesquelles on
appuie quelque temps lorsqu'on les prononce :
aumône, conquête, âne, épître, flûte.
Les autres voyelles sont appelées brèves.
12. — La voyelle i prend quelquefois la forme
suivante y, appelée i grec. L'y a deux valeurs
selon la place qu'il occupe dans le mot. S'il est
au commencement ou à la fin d'un mot, il se
prononce comme ri simple : yeux, dandy. S'il
est dans le corps du mot, il a encore la valeur
d'un i, après une consonne : pyramide; mais il
a la valeur de deux i, entre deux voyelles : crayon.
13. — La lettre h n'est pour ainsi dire, ni une
voyelle, parce qu'elle ne représente pas un son, -
ni une consonne , parce qu'elle ne forme pas
une articulation, c'est seulement une aspira-
tion, tantôt insensible comme dans héritage, et
appelée h muette; tantôt exigeant un effort de la
gorge, comme dans honte; elle est appelée h
aspirée.
Dans le premier cas, c'est-à-dire lorsqu'elle
est muette, la lettre h n'empêche pas la liaison
de la voyelle qui la suit avec la syllabe qui la
précède; tandis que lorsqu'elle est aspirée, la
liaison disparait pour laisser le mot isolé, c'est
à-dire séparé du précédent. Ainsi on dit la honte
et non pas l'honte.
8 NOTIONS PRÉLIMINAIRES
SIGNES ORTHOGRAPHIQUES
14. - Outre les accents que nous connais-
sons déjà, il y a d'autres signes, appelés
orthographiques, qui sont d'un fréquent usage
et qu'il est indispensable de connaître. Ce sont :
15. — L'apostrophe ('), petit signe qui tient la
place d'une voyelle supprimée, comme dans
l'agneau, l'économie, l'homme, qui sont écrits
pour le agneau, la économie, le homme.
16. — La cédille (0), petit signe qu'on place
sous le c devant a, o, u, pour en adoucir le
son, c'est-à-dire pour indiquer que le c doit
prendre le son de l's, comme dans garçon, com-
merçant, gerçure.
17. — Le tréma ("), signe formé d'un double
point placé sur les voyelles e, i, u, pour les
détacher de la voyelle qui les précède dans le
même mot : ciguë, Noël, maïs, Esaü. Pronon-
cez cigu-e, No-èl, ma-is, Esa-u.
18. — Le trait d'union (-), petit trait qui lie
les parties d'un mot composé.
Exemple ; passe-partout, chou-fleur, dix-huit.
19. - La parenthèse ( ), double crochet ser-
vant à enfermer dans la phrase quelques mots
qui, sans être indispensables, sont utiles à la
clarté de la pensée :
Le bonheur (s'il est vrai qu'il existe ici-bas),
Par combien de douleur ne l'achetons-nous pas !
20. — Pour parler ou pour écrire la langue
française, on emploie des mots d'espèces diffé-
rentes : les uns changent de forme pour servir
NOTIONS PRÉLIMINAIRES 9
aux diverses expressions de la pensée, les au-
tres restent invariables. Considérés de cette
manière, tous les mots sans exception, se ran-
gent dans deux grandes divisions : 1° LES MOTS
VARIABLES ; 2° LES MOTS INVARIABLES.
21. — Les mots VARIABLES , c'est-à-dire ceux
dont la terminaison peut changer, sont au nom-
bre de quatre : le nom, l'adjectif, le pronom et
le verbe.
22. — Les mots INVARIABLES, c'est-à-dire
ceux dont la finale ou terminaison ne change
jamais dans l'orthographe ; ils sont pareille-
ment au nombre de quatre : la préposition,
l'adverbe, la conjonction et l'interjection.
23. — Il y a donc en tout huit parties du
discours (1).
(4) Beaucoup de grammairiens établissent en français dix
espèces de mots : le nom, l'article, l'adjectif, le pronom, le
verbe, le participe, la préposition, l'adverbe, la conjonction
et l'interjection. D'autres n'en comptent que neuf, en suppri-
mant, les uns l'article, pour en faire un adjectif déterminatif,
les autres le participe, pour lui conserver, selon la valeur du
mot, sa place dans le verbe dont il fait partie, ou le considé-
rer comme un adjectif dont il a la valeur et la fonction. Nous
supprimons, nous, l'article et le participe comme parties dis-
tinctes du discours : c'est pourquoi nous ne donnons que huit
espèces de mots.
10 DU NOM
PREMIÈRE SECTION
MOTS VARIABLES
CHAPITRE P' ,
LE NOM
24. - Cet ENFANT donne de l'HERBE à son
MOUTON (1).
Que désigne le mot enfant 9 R. Une personne.
- — herbe ? R. Une chose.
- - mouton ? R. Un animal.
Les mots enfant, herbe, mouton étant les
termes dont nous nous servons pour désigner,
pour nommer les êtres dont nous parlons sont
des noms.
Le NOM ou SUBSTANTIF est un mot qni sert à
désigner une personne, un animal ou une chose.
25. — CHARLES est un ENFANT sage.
Charles et enfant sont des noms ; mais Le pre-
mier convient-il à tous les enfants ? R. Non. Et
le second? R. Oui. Donc il y a deux espèces
de noms : les noms qui conviennent à tous les
êtres de la même espèce, et qu'on appelle
NOMS COMMUNS :
homme, femme, ville, hameau, plumer crayon;
et les noms qui représentent plus particulière-
(4) Le maître écrira ou fera écrire au tableau noir cette
phrase ainsi que toutes celles qu'il voudra expliquer.
DU NOM 11
ment une personne ou une chose et qu'on
appelle NOMS PROPRES :
Joseph, Marie, Paris, France, le Rhin, les Cévennes
26. — Cet ENFANT est la JOIE de sa MÈRE.
Le mot enfant exprime-t-il un être que nous
puissions voir, toucher, c'est-à-dire qui tombe
sous nos sens? R. Oui. Il exprime donc une
chose matérielle : c'est un nom physique.
Le mot joie exprime-t-il une chose qui tom-
be sous nos sens ? R. Non. Il exprime alors
une chose spirituelle, c'est-à-dire une chose
dont nous ne pouvons avoir connaissance que
par notre entendement, notre intelligence : c'est
un nom métaphysique.
Le mot mère exprime un être physique.
27. — Les noms se divisent donc en noms
physiques et en noms métaphysiques ou moraux.
28. — On appelle noms physiques ceux qui ex-
priment des choses matérielles, ou qui tom-
bent sous nos sens : livre, maison, cheval.
29. — On appelle noms métaphysiques ceux
qui représentent des choses spirituelles, c'est-
à-dire des choses que nous ne pouvons saisir
que par notre intelligence : vérité, mensonge,
pontificat.
DU GENRE
30. — L'homme et la femme sont bien de la
même espèce, mais sont-ils du même genre?
L'homme est le mâle, la femme est la femelle.
De là une distinction à faire entre les êtres (1)
mâles et les êtres femelles.
(1) On donne le nom d'être à tout ce qui existe, que ce soit
une personne, un animal ou une chose.
12 DU NOM
3 1. — Il y a donc deux genres : le MASCULIN
et le FÉMININ.
32. - Le MASCULIN s'applique aux hommes et
aux animaux mâles : père, cousin, lion, chat.
33. — Le FÉMININ s'applique aux femmes et
aux animaux femelles : mère, cousine, lionne,
chatte.
34 — Il y a cependant des noms qui n'ont pas
de sexe, c'est-à-dire qui ne sont ni mâles ni
femelles, mais que l'usage a classés arbitraire-
ment dans l'un des deux genres. Ainsi palais,
fleuve, chemin ont été faits du genre masculin,
tandis que maison, rivière, route ont été faits du
genre féminin.
35. — On reconnaît qu'un nom est du genre
masculin quand on peut mettre devant lui un ou
le. Par exemple, mouton, arbre, chandelier sont
du genre masculin, parce qu'on peut dire le mou-
ton, un arbre, le chandelier. Un nom est du gen-
re féminin lorsqu'on peut placer devant lui la ou
une. Brebis, branche, lampe sont du féminin, par-
ce qu'on peut dire la brebis, une branche, la lampe.
36. — Assez souvent, dans les noms de per-
sonnes ou d'animaux, celui qui représente un
être femelle n'a aucune ressemblance, quant à
la forme, avec celui qui représente l'être mâle.
Ainsi le féminin de cheval est jument, celui de
coq est poule.
37. — Mais il y en a d'autres qui forment leur
féminin d'une manière à peu près régulière, par
le changement de la terminaison ; ce sont ceux qui
indiquent la profession exercée par une personne
berger, instituteur, préfet,
bergère, institutrice, préfette.
DU NOM 13
C'est plutôt par l'usage que par les règles qu'on
apprend la formation du féminin dans les noms.
DU NOMBRE.
38. — Cet enfant conduit quatre, moutons.
Les mots enfant, moutons sont des noms. Le
premier (enfant) indique-t-il qu'on parle d'un ou
de plusieurs enfants ? R. Il indique qu'il n'y a
qu'un enfant. '- Le second (moutons) indique-
t-il qu'il y a un ou plusieurs moutons ? R. Il in-
dique qu'il y en a plusieurs.
39. — De ce qu'un nom peut représenter un ou
plusieurs êtres, il résulte qu'il y a, en gram-
maire, deux nombres : un et plusieurs, ou le sin-
gulier et le pluriel.
40. — Le SINGULIER désigne donc une seule
personne, un seul objet : un soldat, une porte, le
clocher.
4 1. — Le PLURIEL désigne plusieurs person-
nes, plusieurs choses réunies : des soldats, des
portes, des clochers.
FORMATION DU PLURIEL DANS LES NOMS.
42. — Votre frère a un mouton.
Vos frères ont cent moutons.
Dans les deux exemples ci-dessus les mots
frère, frères, mouton, moutons sont des noms.
Dans le premier, ils indiquent un seul frère,
un seul mouton ; c'est, par conséquent, le sin-
gulier.
Dans le second, ils marquent plusieurs frères,
plusieurs moutons; c'est le pluriel.
14 DU NOM
Sont-ils écrits de la même manière ?
R. Oui ; seulement, dans le second exemple,
les mots frères, moutons ont de plus un s à la fin.
Pourquoi ? Parce qu'ils sont au pluriel.
43. — Donc, en général, on forme le pluriel
d'un nom en ajoutant un s à la fin de son singulier.
le prêtre, un chat, une fenêtre
les prêtres, les chats, six fenêtres.
Nota. — Par anticipation, nous disons que le
pluriel de le, la est les, et celui de un, une est des.
44. — EXCEPTIONS. — Mais tous les noms ne
suivent pas cette règle. Ainsi : 1° Quand un nom
est terminé au singulier par s, x, z, on n'ajoute
rien pour le pluriel :
un palais, la noix, un nez
trois palais, les noix, des nez.
45. — 2°. Les noms terminés au singulier par
au(l), eu, forment leur pluriel par l'addition d'unx
un chapeau, le noyau le neveu, un jeu
cinq chapeaux, les noyaux les neveux des jeux
46. — 3° .Sept seulement de tous les noms ter-
minés en ou prennent un x au pluriel : bijou,
caillou, chou, genou, hibou, joujou, pou; tous les
autres suivent la règle générale, c'est-à-dire
prennent un s au pluriel :
un fou le trou
des fous les trous
47. — 4°. La plupart des noms terminés au
(<) A l'exception d'une quinzaine, tous les noms tsrminés
au singulier par au prennent un e devant cette finale.
DU NOM 15
singulier par al changent au pluriel cette finale
en aux
un cheval le tribunal
quatre chevaux les tribunaux
Bal, carnaval, régal et quelques autres en bien
petit nombre, parmi lesquels figurent les noms
d'animaux, font au pluriel des bals, des carnavals,
des régals.
48. — 5° Les noms suivants terminés par ail
au singulier, font leur pluriel en aux :
bail, corail, émail, soupirail, travail"
baux, coraux, émaux, soupiraux, travaux.
Les autres font leur pluriel par un s :
éventail, gouvernail, portail
éventails, gouvernails, portails
ail fait ails ou aulx.
49. — 6° Les noms aïeul, ciel, œil font presque
toujours au pluriel aïeux, cieux, yeux.
Cependant aïeul fait aïeuls lorsqu'il s'agit non
de ceux qui ont vécu dans les temps passés et
dont on descend, mais seulement des grands-
pères. Le féminin est alors aïeule.
50. —On fait de même le pluriel de ciel, c'est-
à-dire qu'on dit ciels lorsqu'il s'agit de climat,
ou de la partie supérieure d'un lit, d'une car-
rière, d'un tableau.
Œil fait œils toutes les fois qu'il pourrait y
avoir équivoque : des œils-de-bœufs (petites
lucarnes).
16 DE L'ADJECTIF
CHAPITRE II
L'ADJECTIF
51. — CE PETIT enfant donne de l'herbe TENDRE
à SON JEUNE mouton.
Dans cette phrase, les mots enfant, herbe,
mouton'sont des noms parce qu'ils désignent,
le premier, une personne, le second, une chose,
le troisième, un animal. Mais le nom enfant est
accompagné du mot petit qui exprime une qua-
lité que l'on attribue à enfant ; le nom herbe est
accompagné du mot tendre qui exprime une
qualité que l'on attribue à herbe, le nom mouton
est'accompagné du mot jeune qui exprime une
qualité que l'on attribue à mouton : ces trois
mots petit, tendre, jeune, qui marquent des
qualités, sont des ADJECTIFS ; la Grammaire les
appelle ainsi :
Dans la même phrase, le nom enfant -est
accompagné, outre de l'adjectif petit, d'un autre
mot : ce, qui n'exprime pas précisément une qua-
lité, mais qui se joint au nom pour le détermi-
ner, c'est-à-dire pour y ajouter une idée parti-
culière d'indication ; le nom mouton est accom-
pagné du mot son qui détermine mouton en y
ajoutant une idée de possession.
Les adjectifs petit, tendre, jeune se joignent
aux noms enfant, herbe, mouton, pour en expri-
mer des qualités ; et les adjectifs ce, son se joi-
DE L'ADJECTIF 17
2
gnent aux noms enfant, mouton, pour en déter-
miner la signification. De là, deux sortes d'adjec-
tifs : les adjectifs qualificatifs et les adjectifs
déterminatifs.
52 — L'adjectif donc est un mot qui se joint à
un nom pour le qualifier ou pour le déterminer,
c'est-à-dire pour en exprimer les modifications.
Adjectifs Qualificatifs.
53 — L'adjectif qualificatif s'ajoute à un nom
pour en marquer la qualité :
homme prudent
prudent est un adjectif qualificatif parce qu'il
exprime une qualité de homme.
54 — Du reste, on reconnaît qu'un mot est
adjectif qualificatif quand on peut y joindre l'un
des mots personne ou chose : méchant, détestable
sont des adjectifs parce qu'on peut dire personne
méchante, chose détestable.
55 — Les qualités qu'expriment les adjectifs
peuvent être bonnes ou mauvaises. Il y en a aussi
d'indifférentes, mais qui peuvent, selon le sens
de la phrase, devenir bonnes ou mauvaises :
gracieux, savoureux, utile expriment des qualités
BONNES
indiscret, lâche, vénimeux expriment des qualités
MAUVAISES
blanc, velu, intérieur expriment des qualités gé-
néralement INDIFFÉRENTES.
56 — Les oreilles de l'éléphant sont LONGUES,
LARGES et ÉPAISSES.
Dans cette phrase, les mots longues, larges,
18 DE L'ADJECTIF
épaisses exprimant des qualités qui se rapportent
aux oreilles de l'éléphant, sont des adjectifs qua-
lificatifs. Les qualités que ces adjectifs expri-
ment tombent-elles sous nos sens ? Oui ; on peut,
en effet, voir que les oreilles sont longues, larges,
épaisses : voilà des qualités physiques ou maté-
rielles.
L'éléphant est un animal INTELLIGENT, DOCILE,
GÉNÉREUX.
Les qualités exprimées par les adjectifs intel-
ligent, docile, généreux tombent-elles sous nos
sens ? Non ; mais nous pouvons les percevoir
par notre entendement : voilà des qualités mé-
taphysiques ou morales.
Les adjectifs qualificatifs peuvent donc se di-
viser en adjectifs exprimant des qualités PHYSI-
QUES et en adjectifs exprimant des qualités MO-
RALES.
FORMATION DU FÉMININ DANS LES ADJECTIFS
57. — L'homme prudent,
La femme prudente.
Les mots prudent, prudente expriment, dans
les deux exemples ci-dessus,des qualités que l'on
attribue à homme et à femme ; ce sont, par con-
séquent, des adjectifs. Mais le second se distin-
gue du premier en ce qu'il a un e muet à la fin.
Cet e muet est la marque distinctive du féminin
dans les adjectifs.
Donc, On forme le féminin dans les adjectifs en
ajoutant un E muet à l'adjectif masculin.
Voilà la régie générale ; mais cette règle souffre
des exceptions. Ainsi:
DE L'ADJECTIF 19
58. — 10 Lorsqu'un adjectif masculin est déjà
terminé par un e muet, il ne change pas au
féminin :
le roi pacifique, un chemin large,
la reine pacifique, une route large.
59. — 20 Les adjectifs terminés par el, eil, on,
en, et, forment leur féminin en doublant la der-
nière consonne et en y ajoutant un e muet.
éternel, vermeil, bon, païen, net
éternelle, vermeille, bonne, païenne, nette.
Cependant complet, concret, discret, inquiet, re-
plet, secret ne doublent pas la consonne, mais
elle est remplacée par un accent grave sur l'è
précédent, et font : complète, concrète, discrète,
inquiète, replète, secrète.
60. — Forment de cette manière leur féminin
les adjectifs terminés par er :
entier, entière ; fier, fière.
61. - Il y a d'autres adjectifs qui font leur
féminin en doublant leur dernière consonne et
en l'accompagnant d'un e muet:
bas, épais, gros, gras, las,
basse, épaisse, grosse, grasse, lasse.
nul, gentil, paysan, sot.
nulle, gentille, paysanne, sotte.
exprès, profès qui font leur féminin de la même
manière ; seulement ils perdent au féminin l'ac-
cent grave : expresse, professe.
62. — 3° Les adjectifs qui se terminent au
masculin par /, changent, pour le féminin, cet
f en ve :
captif, bref, neuf.
captive, brève, neuve
20 DE L'ADJECTIF
63. — 4° Les adjectifs terminés par x font leur
féminin par le changement de l'x en se :
prodigieux, jaloux
prodigieuse, jalouse.
Cependant doux, faux, roux, préfix,
font douce, fausse, rousse, préfixe.
64. — 5° Les adjectifs en eur font, pour la plu-
part, leur féminin en euse :
boudeur, boudeuse; grondeur, grondeuse.
D'autres, et ce sont ceux dont la terminaison est
en teur, font leur féminin en trice :
protecteur, protectrice ; accusateur, accusatrice.
Ceux qui sont terminés en érieur forment leur
féminin en suivant la règle générale, c'est-à-dire
en ajoutant un e muet:
supérieur, supérieure ; inférieur, inférieure.
Il en est de même de majeur, mineur, meilleur,
qui font majeure, mineure, meilleure
vengeur, pécheur, enchanteur
font vengeresse, pécheresse, enchanteresse.
65. — 6° Il y a des adjectifs dont la formation
féminine est irrégulière :
beau, nouveau, fou, mou, vieux,
leur féminin est
belle, nouvelle, folle, molle, vieille.
Sans doute parce que ces adjectifs font aussi
au masculin, mais devant un nom commençant
par une voyelle ou une h muette, bel, nouvel, fol,
mol, vieil.
blanc, franc, sec, frais
font blanche, franche, sèche, fraîche.
caduc, turc, grec, public,
DE L'ADJECTIF 21
dont le féminin est
caduque, turque, grecque, publique.
long, oblong, bénin, malin,
font longue, oblongue, bénigne, maligne.
favori, coi, tiers,
font favorite, coite, tierce.
66. — 7° Enfin, ne changent pas au féminin les
adjectifs qui expriment des états exercés d'ha-
bitude par des hommes :
auteur, docteur, littérateur, professeur ;
Comme aussi les adjectifs suivants :
artisan, partisan, dispos, fat, grognon, témoin.
FORMATION DU PLURIEL DANS LES ADJECTIFS
67. — En général, le pluriel des adjectifs se
fait comme dans les noms, en ajoutant un s au
singulier :
l'enfant intelligent ; un prêtre charitable;
les enfants intelligents ; des prêtres charitables.
EXCEPTIONS :
68. — 1° Les adjectifs qui, déjà, sont terminés
au singulier par un s ou bien par un x, s'écri-
vent de la même manière au pluriel :
le livre mauvais; un homme heureux
les livres mauvais; des hommes heureux
69. — 2° Les adjectifs en al changent, pour le
pluriel, cette finale en cm# :
le bien communal; un décret impérial
les biens communaux; des décrets impériaux
Mais d'autres, qui sont peu employés au mas-
culin pluriel, prennent un s au pluriel, comme
22 DE L'ADJECTIF
fatal, final, frugal, pascal, glacial, naval, etc.
qui font
fatals, finals, frugals, pascals, glacials, navals.
70. — 3° Les trois adjectifs en eau : beau, ju-
meau, nouveau prennent un x au pluriel : beaux
jumeaux, nouveaux.
RÈGLE D'ACCORD DES ADJECTIFS
71.— Par lui-même, l'adjectif n'a ni genre, ni
nombre; seulement, il adopte le genre et le
nombre pour mieux marquer les rapports qu'il
a avec le nom qu'il qualifie et qu'il détermine :
mon petit frère, ma petite sœur,
mes petits frères, mes petites sœurs.
72. — Si l'adjectif se rapporte à plusieurs
noms de même genre, il adopte le genre de ces
noms et, de plus, se met au pluriel :
le fils et le - cousin sains t 7 t d, .t
le fill t l e corps et a esrprit,
la e e a cousne sanes
73. — Si l'adjectif qualifie des noms dont l'un
soit masculin et l'autre du féminin, il s'écrit au
masculin tout en se mettant au pluriel.
Mais alors on a soin de mettre, autant que
possible, le nom masculin le dernier, lorsque
l'adjectif aune terminaison différente pour cha-
que genre :
J'ai vu votre cousine et votre cousin germains.
REMARQUE.
74. — Il arrive quelquefois que l'adjectif qua-
lificatif joue le rôle du nom : c'est lorsqu'il re-
présente une personne ou une chose, il est
alors précédé d'un déterminatif :
DE L'ADJECTIF 23
Le bruit est pour le FAT, la plainte est pour le SOT
75. — Mais, à son tour, le nom peut devenir ad-
jectif, et c'est lorsqu'il exprime la qualité, l'état:
Le premier qui fut ROI dans notre pays se trou-
va en face d'hommes libres.
Adjectifs déterminatifs.
76. — Les ADJECTIFS DÉTERMINATIFS sont ceux
qui s'ajoutent au nom pour exprimer, non des
qualités, mais des modifications dans la signi-
fication, c'est-à-dire pour préciser le sens du
nom en y ajoutant une idée de possession,
d'indication, etc.
77. — Il y en a de cinq sortes : 1° l'article,
2° les adjectifs démonstratifs, 3° les adjectifs pos-
sessifs, 4° les adjectifs numéraux et 5° les adjectifs
indéfinis.
I. — L'ARTICLE.
78. — L'ARTICLE est de tous les déterminatifs
celui qui est du plus fréquent usage. Il a pour
propriété d'indiquer le genre et le nombre des noms
qu'il détermine.
79. — L'article se présente sous plusieurs
formes :
le pour le masculin singulier
la pour le féminin singulier
les pour le pluriel des deux genres :
LE sage ne se laisse ni emporter par LA prospé-
rité, ni abattre par LES malheurs.
80. — Lorsqu'il adopte l'une des trois formes
ci-dessus, il est appelé article simple.
18. — L'article subit deux modifications :
24 DE L'ADJECTIF
82. — 1° Le, la supportent une suppression
lorsqu'ils précèdent un nom commençant par
une voyelle (1) ou une h muette; la voyelle de
l'article disparait alors et est remplacée par l'a-
postrophe (').
On dit et l'on écrit :
l'enfant pour le enfant, l'habit pour le habit,
l'aumône pour la aumône, l'humanité pour la hu-
manité.
Dans ce cas, il y a ÉLISION et l'article est dit
ÉLIDÉ.
83. — 2° L'article se présente sous les formes
suivantes, lorsqu'il est combiné avec l'un des
mots invariables à, de :
au pour à le, du pour de le,
aux pour à les, des pour de les.
Il y a alors CONTRACTION et l'article est dit
COMPOSÉ OU CONTRACTÉ.
84. — La contraction n'a pas lieu devant un
mot commençant par une voyelle ou une h
muette. Ainsi on dit :
La place DU marché pour DE LE marché.
Mais on ne dit pas :
Tu viens DU hôpital
Il donne AU indigent.
parce que dans ces deux derniers exemples les
(1) L'élision n'a pas lieu cependant devant certains noms,
comme le yatacan, le yacht, le onze.
DE L'ADJECTIF 25
noms commencent par une voyelle ou par une
h muette.
85. — La contraction n'a pas lieu pour le fé-
minin singulier. Mais pour le pluriel, elle a tou-
jours lieu, aussi bien au masculin qu'au fémi-
nin, et devant n'importe quelle lettre :
Le royaume DES cieux, la délicatesse DES femmes,
Donnez AUX pauvres, faites la guerre AUX hannetons.
II. — ADJECTIFS DÉMONSTRATIFS
86. - Les ADJECTIFS DÉMONSTRATIFS sont
ceux qui déterminent les noms en les indiquant,
en les montrant aux yeux.
Ils sont peu nombreux :
ce, cet pour le sing. masc., CE bâton, CET abricot
cette pour le sing. fém., CETTE lampe
ces pour le plur. des deux genres, CES crayons,
CES plumes.
87. — REMARQUE. — Ce, cet sont employés
tous les deux pour le masculin singulier ; mais
le premier se place devant un mot, nom ou ad-
jectif commençant par une consonne ou une h
aspirée :
CE poirier, CE hameau,
CE petit enfant, CE hardi guerrier,
tandis que l'autre précède un mot, nom ou
adjectif, commençant par une voyelle ou une
h muette:
CET arrosoir, CET habit
CET injuste soupçon, CET honnête employé.
26 DE L'ADJECTIF
III. — ADJECTIFS POSSESSIFS
88. - Les ADJECTIFS POSSESSIFS déterminent
les noms en marquant la possession de la per-
sonne ou de la chose dont on parle.
Ces adjectifs tout en se rapportant à l'objet
possesseur, s'accordent en genre et en nombre
avec l'objet possédé:
J'aime MA mère
Ma est l'adjectif possessif; l'objet possesseur
est je, première personne ; l'objet possédé est
mère, féminin singulier ; c'est pourquoi ma est
du féminin singulier.
89. — Les adjectifs possessifs sont:
SINGULIER PLURIEL
------------- -
MASCULIN FÉMININ DES DEUX GENRES
mon ma - mes
ton ta tes
son sa ses
des 2 genres
notre nos
votre vos
leur leurs
90. — REMARQUE. — Au lieu de ma, ta, sa on
emploie mon, ton, son devant une voyelle ou une
h muette.
On dit : TON' affection, SON humeur
Et non : TA affection, SA humeur
Cela tient à un motif d'euphonie. En effet, ta
affection, sa humeur seraient des locutions dé-
sagréables à l'oreille.
DE L'ADJECTIF 27
IV. — ADJECTIFS NUMÉRAUX
91. — Les ADJECTIFS NUMÉRAUX sont ceux qui
déterminent le nom en y ajoutant une idée de
nombre ou d'ordre.
92. — Ils se divisent en deux sortes : adjec-
tifs numéraux cardinaux et adjectifs numéraux
ordinaux.
93. — Les adjectifs numéraux cardinaux expri-
ment le nombre, la quantité. Ce sont : un, deux,
trois, quatre, cinq,. dix,. vingt,. cent,. etc.
94. — Les adjectifs numéraux ordinaux mar-
quent l'ordre, le rang, ce sont : premier, deu-
xième, ou second, troisième., vingtième., cen-
tième., etc. et un, deux, trois, quatre, vingt.,
cent, etc. lorsqu'ils sont mis pour unième, deu-
xième, vingtième, centième, etc.
95. — Les adjectifs numéraux ont presque
tous la même forme pour le masculin que pour
le féminin. Il n'y a que un, premier et second
qui prennent un e muet lorsqu'ils déterminent
un nom féminin :
un, une; premier, premièrè ; second, seconde.
V. — ADJECTIFS INDÉFINIS
96. - Les ADJECTIFS INDÉFINIS sont ceux qui
déterminent le nom, mais en présentant l'idée
de ce nom d'une manière vague, générale.
Dans cette phrase, donnez-moi un livre QUEL-
CONQUE, quelconque détermine bien le mot livre,
mais on ne sait pas précisément de quel livre
on parle.
28 DE L'ADJECTIF
97. — Voici les adjectifs indéfinis :
SINGULIER PLURIEL
- --- -- - -
Masculin Féminin Masculin Féminin
nul nulle nuls (1 ) nulles
aucun aucune aucuns (4) aucunes
certain certaine certains certaines
tout toute tous toutes
quel quelle quels quelles
maint mainte maints maintes
Des deux genres Des deux genres
même mêmes
autre autres
quelque quelques
chaque »
quelconque »
» plusieurs.
CHAPITRE III.
LE PRONOM
98. - DIEU peut tout, DIEU voit tout, DIEU sait
tout, DIEU lit au fond de notre cœur.
Dans cette phrase, le même mot Dieu se pré-
sente quatre fois. Cette répétition trop fréquente
du même nom n'ajoute rien à la clarté, elle nuit
au contraire à l'harmonie. Pour rendre la phra-
(4) Aucun et nul ne prennent toutefois le pluriel qu'autant
quils déterminent des noms qui n'ont pas de singulier, com-
me funérailles pleurs, sévices.
Exemple : Les étrangers ne furent dans ce pays l'objet D'AUCUNS
SÉVICES.
DU PRONOM 29
se plus harmonieuse et lui donner la précision
et la correction nécessaires, il n'y a qu'à rem-
placer le nom Dieu par le mot il, excepté la
première fois et dire :
Dieu voit tout, IL peut tout, IL sait tout, IL lit
au fond de notre cœur.
Le JPRONOM donc, son appellation du reste
l'indique, s'emploie pour le nom, c'est-à-dire pour
en tenir la place.
99. — On compte cinq sortes de pronoms :
1° les pronoms personnels, 2° les pronoms dé-
monstratifs, 3° les pronoms possessifs, 4° les pro-
noms relatifs, 5° les pronoms indéfinis.
I — PRONOMS PERSONNELS
100. - Les PRONOMS PERSONNELS sont ceux
qui désignent plus spécialement les personnes.
10 1. — Il y a trois personnes :
La première est celle qui parle. Les pronoms
qui la représentent sont :
je, me, moi, pour le singulier,
nous pour le pluriel.
La seconde est celle à qui l'on parle. Les pro-
noms qui la représentent sont :
tu, te, toi, pour le singulier,
vous, pour le pluriel.
Vous est employé bien souvent pour le sin-
gulier ; c'est alors une formule de politesse.
La troisième est celle de qui l'on parle. Ses
pronoms sont :
30 DU PRONOM
SINGULIER PLURIEL
--- -- -- -
Masculin Féminin Masculin Féminin
il, le elle, la ils, eux elles
pour les deux genres pour les deux genres
lui, soi les, leur
pour les deux genres et les deux nombres
se, en, y.
REMARQUES
102. — Me, te, se, nous, vous s'emploient tan-
tôt pour moi, toi, lui ou eux, nous, vous.
Le maître ME punit, tandis qu'il TE récompense,
c'est-à-dire
Le maître punit MOI, tandis qu'il récompense TOI.
Nous NOUS tourmentons
c'est-à-dire
Nous tourmentons NOUS.
Vous vous étonnez de mon silence,
c'est-à-dire
Vous étonnez vous.
et tantôt pour à moi, à toi, à soi, à nous, à vous.
Il TE donnera des fruits,
c'est-à-dire
Il donnera A TOI.
Vous M'achetâtes alors un livre,
c'est-à-dire
Vous achetâtes A MOI un livre.
103. — Le, la s'emploient toujours pour lui,
elle.
Je LE salue, tu LA complimentes,
c'est-à-dire
Je salue LUI, tu complimentes ELLE.
104. — Lui, leur s'emploient toujours pour à
lui, à eux, à elle, à elles.
DU PRONOM 31
Il LUI parle ; tu LEUR donnes des fleurs,
c'est-à-dire
Il parle A LUI ; tu donnes A EUX des fleurs.
105. — En s'emploie pour de lui, d'elle, d'eux,
d'elle, de cela.
Je lui offris des fruits, il EN goûta,
c'est-à-dire
Il goûta d'EUX, DE CELA, DES FRUITS.
Vous parlez de votre frère ; on EN est content,
c'est-à-dire
on est content DE LUI
106. — Y s'emploie pour à lui, à elle, à eux, à
elles, à cela.
Cette condition est bien dure; mais je m'y soumets
c'est-à-dire
je me soumets A ELLE, A CELA, A CETTE CONDITION.
107. - Les pronoms le, la, les ont la même
forme que les articles le, la, les ; mais il est très-
facile de les distinguer. Les articles précèdent
toujours les noms : LE père, LA mère, LES enfants;
les pronoms personnels accompagnent toujours
un verbe : nous LE cherchons ; nous LES avons
rencontrés; je LA conduis à la messe.
108. — Le pronom leur se distingue de l'adj ec-
tif leur, en ce sens que le premier accompagne
toujours le verbe et ne prend jamais d's; tandis
que le second précède le nom et s'accorde en
nombre avec le nom qu'il détermine :
Les élèves vont revenir, je LEUR remettrai LEURS
livres.
Le premier leur est un pronom parce qu'il
accompagne le verbe, l'autre est un adjectif pos-
sessif parce qu'il accompagne le nom. De plus,
parce que ce nom est au pluriel, l'adjectif l'est
également.
32 DU PRONOM
ACCORD DES PRONOMS PERSONNELS
109. — Les pronoms personnels il, elle, ils,
elles s'accordent en personne et en nombre avec
le nom dont ils tiennent la place.
Cette robe est jolie, mais ELLE coûte beaucoup
d'argent.
Voici des fruits, mais ILS sont verts.
Dans le premier exemple, le pronom elle est à
la troisième personne du féminin singulier, par-
ce que le nom robe qu'il remplace est du fémi-
nin singulier et à la troisième personne.
Dans le second exemple, le pronom ils est au
masculin pluriel, troisième personne, parce que
fruits dont il tient la place est à la troisième
personne du masculin pluriel.
Les noms sont toujours de la troisième per-
sonne.
II. — PRONOMS DÉMONSTRATIFS
110. — Les PRONOMS DÉMONSTRATIFS sont ceux
qui indiquent, qui montrent les personnes ou les
choses désignées par les noms dont ils tiennent
la place.
1 Il. - Voici ces pronoms :
SINGULIER PLURIEL
- --- --- --.
Masculin Féminin Masculin Féminin
celui celle ceux celles
celui-ci celle-ci ceux-ci celles-ci
celui-là celle-là ceux-la celles-là
ce
ceci
cela
DU PRONOM 33
3
CELUI qui aime Dieu observe ses commandements.
— Cette plume est CELLE que je VOUS ai donnée.-
Nous donnerons des récompenses à CEUX et à CEL-
LES qui auront bien travaillé.
112. — Celui-ci, celle-ci, ceux-ci, celles-ci, ceci
s'emploient pour montrer les personnes ou les
choses les plus rapprochées de la personne qui
parle ou les personnes et les choses qu'on a
nommées en dernier lieu ; et celui-là, celle-là,
ceux-là, celles-là, cela pour montrer les person-
nes ou les choses les plus éloignées ou dont on
a parlé en premier lieu :
De ces deux livres, CELUI-CI (le plus rapproché)
est à vous, CELUI-LA (le plus éloigné) m'appartient.
Ceçi est bon, cela est mauvais.
11 3.— OBSERVATION. — Le pronom cela ne prend jamais
l'accent grave comme les pronoms qui se composent de
l'adverbe là et des pronoms celui, celle, ceux, celles.
III. -PRONOMS POSSESSIFS.
114. - Les PRONOMS POSSESSIFS sont ceux qui
marquent la possession par quelqu'un de la per-
sonne ou de la chose qu'ils représentent. Ils
correspondent aux trois personnes :
115 SINGULIER PLURIEL
-------- -------
Masculin Féminin Masculin Féminin
4,1 pers. le mien la mienne les miens les miennes
Sing. 2e - le tien la tienne les tiens les tiennes
3e — le sien la sienne les siens les siennes
des deux genres
111" pers. le nôtre la nôtre les nôtres
P~u?*. 2° — le vôtre la vôtre les vôtres
3° — le leur la leur les leurs
34 DU PRONOM
J'ai perdu mon canif; a-t-il retrouvé LE SIEN ?
Gardez vos livres, ils gardent LES LEURS.
116. — Il n'y a qu'une remarque à faire sur les
pronoms possessifs, celle qui porte sur le nôtre,
le vôtre. Ces pronoms prennent l'accent circon-
flexe sur l'ô, ce qui, outre leur signification et
l'article qui les précède, les distingue des adjec-
tifs possessifs notre, votre.
Monsieur, avez-vous vu votre père ? Nous avons
rencontré LE NÔTRE.
IV. — PRONOMS RELATIFS.
117. — Les PRONOMS RELATIFS, appelés aussi
conjonctifs, sont ceux qui servent à joindre les
membres de phrase qu'ils commencent, au
nom ou au pronom précédent auquel ils se
rapportent.
118. — Le mot que le pronom relatif rempla-
ce s'appelle antécédent.
J'aime les enfants QUI obéissent à leurs parents.
Qui est le pronom relatif ; il a pour antécédent
enfants.
119. - Les pronoms relatifs sont :
qui, que, quoi, dont, où, lequel, laquelle, lesquels,
lesquelles.
Les quatre derniers peuvent être précédés
des mots de, à (appelés prépositions) ; on ob-
tient alors :
duquel, auquel, pour le masculin singulier
de laquelle, à laquelle, pour le féminin Í sin £ ®?uHer
desquels, auxquels, pour le masculin pluriel
desquelles, auxquelles, pour le féminin j P
120. -Qui, que, quoi servent quelquefois à in-
DU PRONOM 35
.terroger. On les appelle alors pronoms interro-
gatifs. La phrase qu'ils commencent se termine
toujours par un point d'interrogation (?).
Qui a créé le monde ? - QUE faites-vous là 9— -
A QUOI pensez-vous ?
i V. — PRONOMS INDÉFINIS.
121. — Les PRONOMS INDÉFINIS sont ceux qui
servent à désigner d'une manière vague, géné-
rale, indéterminée, les personnes et les choses
dont ils tiennent la place.
NUL ne songe à lui porter secours.
122. — Voici ces pronoms :
On (1), quiconque, certain, autre, autrui, per-
sonne, rien : ils sont du masculin singulier.
chacun qui fait chacune,
tout, quelqu'un, l'un, l'autre, l'un et l'autre qui
adoptent les deux genres et les deux nombres.
123. - Il y a certains pronoms indéfinis qui
peuvent, à première vue, être confondus avec
certains adjectifs indéfinis, ayant la même for-
me Mais il est facile de les distinguer : les
pronoms indéfinis tiennent la place des noms,
tandis que les adjectifs les accompagnent.
Dans la phrase suivante : AUCUN élève n'a fait
aujourd'hui ma satisfaction; mais AUCUN cepen-
dant n'a été puni, le premier aucun est adjectif
indéfini : il accompagne un nom ; le second est
pronom indéfini : il tient la place du nom élève.
On peut en dire autant de autre, certain, nul
et tel.
(1) Le pronom on est précédé quelquefois de la lettre eu-
phonique V. Cela peut avoir lieu lorsque le pronom se trouve
après les mots et, si, ou.
36 DU VERBE
CHAPITRE IV.
LE VERBE
124 - La vieillesse EST respectable.
Quel est, dans cette phrase, le mot essentiel,
c'est-à-dire le mot sans lequel la pensée ne peut
être exprimée ? C'est est, qui, en effet, lie l'idée
exprimée par l'adjectif respectable à l'idée expri-
mée par le nom vieillesse, c'est-à-dire qui indi-
que que la dernière idée est attribuée à la pre-
mière. Ce mot essentiel est s'appelle VERBE.
Le rossignol CHANTE
Qu'indique ici le mot chante? Il indique que
l'idée exprimée par le mot chante est faite par
le nom rossignol. Ce mot chante s'appelle aussi
VERBE.
Le VERBE, donc, est le mot qui exprime ce qui
est, ce que l'on fait; en d'autres termes, l'existence
ou l'action.
125 — Un moyen mécanique pour reconnaître
si un mot est un verbe, c'est de voir si l'on peut
placer devant lui les pronoms personnels je, tu,
il ou elle, nous, vous, ils ou elles. Parler, siffler,
finir sont des verbes parce qu'on peut dire : je
parle, nous parlons; tu siffles, vous sifflez; il finit,
ils finissent. Ces pronoms changent la désinence
ou terminaison du mot devant lequel ils sont
placés.
126 — Tous les mots que l'on nomme verbes
ne sont réellement des verbes que parce qu'ils
DU VERBE 37
sont formés de la combinaison du verbe être,
qui est le verbe unique , et d'un adjectif ou at-
tribut. Ainsi chanter, cultiver équivalent à être
chantant, être cultivetnt ; je demande, il admire sont
pour je suis demandant, il est admirant.
127. — Le verbe être, employé seul, s'appelle
verbe SUBSTANTIF ; tous les autres. sont appelés
verbes ADJECTIFS OU ATTRIBUTIFS.
128. -11 convient, avant d'aller plus loin, d'ap-
prendre à conj uguer les verbes, du moins aux
trois grandes époques.
La durée, le temps se divise en trois grandes
époques : le PRÉSENT ou maintenant, le PASSÉ
ou hier, le FUTUR OU temps avenir ou demain.
129. CONJUGAISON
VERBE ÊTRE
OU SUBSTANTIF
VERBE ADJECTIF
OU ATTRIBUTIF
Maintenant ou temps présent
Je suis Je cultive
Tu es > complaisant Tu cultives
Il est ) Il cultive
Nous sommes 1 Nous cultivons
Vous êtes j complaisants Vous cultivez
Ils sont ] Ils cultivent
OBSERVATION. — L'adjectif se met au féminin s'il se
rapporte à un nom ou à un pronom féminin, et au pluriel
s'il se rapporte à un nom ou à un pronom pluriel : il est
complaisant ou elle est complaisante ; ils sont complaisants ou
elles sont complaisantes.
38 DU VERBE
Hier ou temps passé
J'ai été j J'ai cultivé
Tu as été ! sage Tu as cultivé
Il a été il a cultivé
Nous avons été t Nous avons cultivé
Vous avez été j sages Vous avez cultivé
Ils ont été 1 Us ont cultivé
Demain ou temps avenir ou futur
Je serai 1 Je cultiverai
Tu seras J docile - Tu cultiveras
Il sera , Il cultivera
Nous serons j Nous cultiverons
Vous serez { dociles Vous cultiverez
Ils seront J Ils cultiveront
SUJET DU VERBE
130. — Pierre est sage.
Le verbe est est. Qai est-ce qui est la cause
de ce verbe, c'est-à-dire quel est l'être ou l'ob-
jet dont le verbe exprime l'existence ? C'est
Pierre. Le mot Pierre est ce que. l'on appelle le
sujet du verbe.
Louise étudie
Le verbe est étudie. Qui est-ce qui fait l'action
exprimée par étudie ? C'est Louise. Louise est le
sujet du verbe.
Donc, le sujet c'est la cause du verbe, c'est-à-
dire la personne ou la chose qui est ou qui fait ce
qu'exprime le verbe.
131. — Le sujet est ordinairement exprimé par
un nom, ANNA aime sa mère; bien souvent par
un pronom, ELLE plaint les malheureux ; quel-
quefois par un infinitif (1), CONTENTER ses pct-
rents fait son bonheur.
(1) On reviendra sur le suj et exprimé par un infinitif, lors-
que les élèves connaîtront les conjugaisons.
DU VERBE 39
132. — On trouve le sujet du verbe en faisant
avec ce verbe la question QUI est-ce qui, si l'on
suppose que le sujet puisse être un nom de
personne, et Qu'est-ce qui pour un nom de chose :
Bernard remportera des prix.
La paresse amène l'indigence.
Qui est-ce qui remportera des prix ? Bernard.
Qu'est-ce qui amène l'indigence ? La paresse.
Bernard, la paresse qui répondent aux ques-
tions faites avec les verbes dont on veut recon-
naître les sujets, sont les sujets de ces verbes.
133. — Le sujet n'est pas toujours placé avant
le verbe.
La chasse et la pêche occupent tout le temps que
ne réclame pas de lui le champ.
Le verbe occupent a son sujet chasse et pêche
avant, mais le verbe réclame l'a après ; ce sujet
est champ.
ACCORD DU VERBE AVEC SON SUJET
134. — Le verbe s'accorde en nombre et en
personne avec son sujet :
Je chante les louanges du Seigneur.
Le verbe chante est à la première personne du
singulier parce que son sujet je est un pronom
de la première personne du singulier.
Vous arroserez souvent vos prairies.
Le verbe arroserez est à la deuxième person-
ne du pluriel parce que son sujet vous est un
pronom de la deuxième personne du pluriel.
135. — Quand l'action exprimée par le verbe
est faite par plusieurs personnes, le verbe se
met au pluriel :
40 DU VERBE
Le père et la mère ACCOMPAGNENT leurs enfants:
à l'école.
Le verbe accompagnent est à la troisième per-
sonne du pluriel parce que le père et la mère,
sujets, sont de la troisième personne et que les
deux forment un pluriel.
136. — Si les sujets sont de différentes per-
sonnes, il faut que le verbe soit au pluriel, mais
au pluriel de la personne qui a la priorité : la
première a la priorité sur les autres, et la se-
conde sur la troisième.
Toi et LUI IREZ lui apporter cette triste nouvelle.
Vous et MOI SORTIRONS bientôt de ce lieu.
Dans le premier exemple, irez est au pluriel
parce qu'il a pour sujet toi et lui, il est à la
deuxième personne, parce que des deux pro-
noms formant le sujet, l'un est à la deuxième
personne, tandis que l'autre est à la troisième:
la seconde a la priorité sur la troisième.
Dans l'autre exemple, le verbe est au pluriel
et à la première personne parce que des deux
sujets l'un est à la première personne.
137. - REMARQUE. - La politesse française
exige que celui qui parle se nomme le dernier.
COMPLEMENT DU VERBE
138.- L'âne porte son FARDEAU.
Dans cette phrase, les mots l'âne porte expri-
ment déjà une idée, mais cette idée a besoin
d'être complétée ; elle l'est par son fardeau, qui
devient ainsi le complément de porte.
Le COMPLÉMENT OU RÉGIME est donc le mot ou
les mots qui se trouvent sous la dépendance du
verbe et qui en complètent le sens, la signification.
DU VERBE 41
I 39. — Il y a trois sortes de compléments : le
complément direct, le complément indirect, et
le complément circonstanciel.
140. - Le Complément direct est celui dont le
rapport s'établit directement, c'est-à-dire sans le
secours d'aucun autre mot. On le trouve en fai-
sant avec le verbe la question Qui ? s'il s'agit de
personne, et Quoi ? s'il s'agit de choses.
1° Un fils respecte son père.
2° Le maire adrninistre la cornrnune.
Un fils respecte qui ? Réponse, son père ; son
père est le complément direct de respecte, dont
un fils est le sujet.
Le maire administre quoi ? Réponse, la com-
mune; la commune est le complément direct du
verbe administre dont le sujet est le Maire.
141. —REMARQUE. — Le complément direct
peut être un ou plusieurs noms, l'un des pro-
noms le, la, les, que, et même l'un des pronoms
me, moi, te, toi, se, soi, nous, vous, lorsque le
rapport de l'un de ceux-ci a lieu sans le secours
de la préposition à, c'est-à-dire lorsqu'ils sont
employés pour moi, toi, lui, etc.
142. - Le Complément indirect est celui dont
le rapport n'est exprimé qu'indirectement, c'est-
à-dire qu'à l'aide d'un des mots invariables à,
de, qu'on appelle prépositions.
On trouve le complément indirect en faisant
l'une des questions à qui ? de qui ? pour les
personnes, et à quoi ? de quoi ? pour les choses :
J'écris à ma sœur'.
J'écris à qui? Réponse, à ma sœur ; à ma sœur
est le complément indirect de j'écris.
42 DU VERBE
La chaux provient de la pierre calcaire.
La chaux provient de quoi ? de la pierre cal-
caire; de la pierre calcaire est le complément
indirect de provient.
143. — REMARQUE. Le complément indirect
peut être un ou plusieurs noms précédés d'une
préposition (à, de), oul'un des pronoms lui, leur,
dont, en, y, ou encore l'un des pronoms me, moi,
te, toi, se, soi, nous, vous, lorsqu'ils sont em-
ployés pour à'moi, à toi, à lui, etc.
144. — Le complément circonstanciel est celui
qui modifie le verbe en y ajoutant une circons-
tance, c'est-à-dire une idée de temps, de lieu,
de cause, etc. Il répond à une foule de ques-
tions, dans le genre de celles-ci : quand ? où P
comment ? pourquoi ? etc.
Le boulanger cuit le pain DANS LE FOUR.
Le boulanger cuit le pain où? dans le four.
Dans le four ajoutant au verbe cuit une idée de
lieu, est un complément circonstanciel.
MODIFICATIONS DU VERBE
145. — De tous les mots variables, le verbe
est celui qui subit le plus grand nombre de
changements quant à la forme et à la terminai-
son. Ainsi, je parle, vous parlez, tu as parlé, ils
ont parlé, je parlerai, nous parlerons, etc., don-
nent une idée de la multitude des changements
que peut subir le verbe. Ces divers changements
s'appellent les modifications du verbe.
146. — Elles sont au nombre de quatre : LE
NOMBRE, LA PERSONNE, LE MODE, LE TEMPS.
DU VERBE 43
Le Nombre.
147. — Il y a deux nombres, aussi bien dans
les verbes que dans les noms : le SINGULIER et
le PLURIEL.
Le sujet est-il au singulier? le verbe doit être
au singulier : je chante, tu sautes, il regarde.
Le sujet est-il au pluriel ? le verbe doit être
au pluriel : nous chantons, vous sautez, ils re-
gardent.
La Personne.
148.-Nous avons dit, en parlant des pronoms,
qu'il y a trois personnes, lesquelles adoptent
les deux nombres :
1re pers. je, pour le singulier : je parle
ire pers t nous, pour le pluriel : nous parlons.
2e pers l tu, pour le singulier : tu parles.
ae pers. 1 vous, pour le pluriel : vous parlez.
i il, elle, pour le sing. : il ou elle parle.
oe pers. ils, elles, pour le plur. : ilsouellesparlent.
Un nom singulier marque la- troisième per-
sonne du singulier : ton fils parle.
Un nom pluriel ou plusieurs noms au singu-
lier marquent la troisième personne du pluriel :
tes fils parlent, ton cousin et ton neveu chantent.
Le Mode.
149. - Les verbes peuvent de différentes ma-
nières présenter à l'esprit l'existence ou l'action
qu'ils expriment. Ainsi
150. — 1° SOIGNER les animaux et les PANSER
chaque jour préviennent les maladies.
44 DU VERBE
Ici, soigner et panser expriment l'action d'une 1
manière générale et sans que le nombre et la'
personne soient désignés : c'est le mode INFI-
NITIF.
151. — 2° JE SOIGNE les animaux et JE LES
PANSE chaque jour, afin de prévenir les maladies.
Il est évident qu'ici je soigne et je pansé indi-
quent que l'action se fait d'une manière certaine,
absolue : c'est le mode INDICATIF.
152. -3° Vous SOIGNERIEZ les animaux et
vous les panseriez chaque jour; si vous vouliez
prévenir les maladies.
Dans cette phrase, l'action exprimée par les
verbes vous soigneriez et vous panseriez est mo-
difiée par la condition exprimée par le dernier
membre de la phrase, si vous vouliez prévenir
les maladies: c'est le CONDITIONNEL.
153. — 4° SOIGNEZ les animaux, PANSEZ-LES
chaque jour : vous préviendrez les maladies:
Soignez et pansez expriment une idée d'exhor-
tation, de commandement ; de là le nom de
IMPÉRATIF.
I 54. — 50 Il faut QU'IL SOIGNE ses animaux et
QU'IL les PANSE chaque jour, pour prévenir les
maladies.
Les verbes soigne et panse sont ici sous la
dépendance du verbe il faut auxquels ils sont
joints par le mot invariable que, appelé Conjonc-
tion : c'est pour cette raison qne ce mode est
appelé SUBJONCTIF.
155. — EN RÉSUMÉ: il y a cinq modes — ou
manières de présenter l'action marquée par le
verbe :
DU VERBE 45
1° l'Infinitif, qui exprime l'action d'une ma-
nière vague, générale et sans que le nombre et
la personne soient désignés;
2° l'Indicatif, qui exprime que l'action se fait, a
été faite ou se fera d'une manière certaine, ab-
solue ;
3° le Conditionnel, qui exprime que l'action se
ferait ou aurait été faite moyennant une condi-
tion ;
4° Y Impératif, qui exprime l'action avec exhor-
tation, commandement ;
5° le Subjonctif, qui exprime ùne action dé-
pendante d'une autre, exprimée par un verbe
auquel est joint, par le mot invariable que, le
verbe employé au subjonctif.
Le Temps.
156. - Le temps indique à quelle partie de la
durée correspond l'action du verbe.
157. — Nous avons déjà dit (§ 128) qu'il se
divise en trois grandes époques : le Présent, le
Passé, le Futur.
Le Présent se rapporte à l'instant de la parole ;
Le Passé — à ce qui a déjà eu lieu ;
Le Futur — à ce qui est à venir.
J'ARROSE, J'AI ARROSÉ et J'ARROSERAI encore
mes fleurs.
J'arrose exprime le PRÉSENT, j'ai arrosé, le
PASSÉ ; j'arroserai, le FUTUR.
1 58.—LePRÉSENT, qui exprime que la chose se
fait au moment où l'on parle, ou bien que cette
action est habituelle, ne saurait admettre de
subdivisions; il n'a, par conséquent, qu'un
temps.
46 DU VERBE
IL PARLE, JE L'ÉCOUTE, TU CHANTE S toujours.
Il n'en est pas de même du PASSÉ. Ainsi :
159. — 1° J'ARROSAIS mon jardin lorsque votre
frère est venu.
J'arrosais exprime un temps passé, mais ce
passé est modifié, c'est-à-dire qu'il reste incom-
plet par l'action exprimée par lorsque votre frère
est venu. Ce temps, en conséquence, s'appelle
IMPARFAIT.
160. — 2° J'ARROSAI mon jardin hier à cinq
heures.
J'arrosai exprime également un temps passé,
mais l'action a eu lieu dans un temps qui est
entièrement passé, hier : c'est donc un passé
complet, c'est-à-dire le PASSÉ DÉFINI.
161. — 3° J'AI ARROSÉ mon jardin, ce matin,
comme je L'AI ARROSÉ, hier.
J'ai arrosé exprime, dans les deux cas, un
temps passé, mais, comme on le voit, l'action a
eu lieu hier, temps complétement écoulé, et elle
a eu lieu aussi ce matin, temps non encore
complétement terminé, puisqu'on se trouve dans
la même journée. Il y a donc plus d'étendue
et c'est moins déterminé ; c'est pourquoi ce
temps a été appelé PASSÉ INDÉFINI.
1 62. - 4° Quand J'EUS ARROSÉ mon jardin, je
montai dans ma chambre.
J'eus arrosé exprime un temps passé, mais
l'action qu'il exprime précède immédiatement
une autre action, je montai dans ma chambre.
Elle est donc antérieure à cette dernière : de là
la dénomination de PASSÉ ANTÉRIEUR.
163. — 50 Il y avait longtemps que J'AVAIS AR-
ROSÉ mon jardin quand vous êtes arrivé.
DU VERBE 47
J'avais arrosé exprime également un temps
passé par rapport à l'action exprimée par quand
vous êtes arrivé. Mais, à la différence du passé
antérieur, cette action j'avais arrosé peut avoir
précédé d'un temps plus ou moins long l'action
de quand vous êtes arrivé. C'est pour cette raison
que ce temps s'appelle PLUS-QUE-PARFAIT.
164. — En résumé :
1° l'Imparfait présente l'action comme se fai-
sant en même temps qu'une autre, mais égale-
ment passée ;
2° le Passé défini exprime une action faite dans
un temps complétement écoulé ;
3° le Passé indéfini exprime une action faite
dans un temps passé, qu'il soit déterminé ou
non ;
4° Le Passé antérieur exprime une action pas-
sée, mais suivie immédiatement d'une autre
action passée ;
5° le Plus-que-parfait exprime une action pas-
sée, antérieure à une autre qu'elle précède de
loin ou de près.
165. — Le FUTUR a deux temps :
1° Le futur simple qui exprime une action à
venir, c'est-à-dire une action postérieure au
moment de la parole :
J'ARROSERAI demain mon jardin.
166. — 2° Le futur antérieur exprimant une
action qui n'est pas encore faite, mais qui le
sera avant une autre également à faire :
J'AURAI ARROSÉ mon jardin, avant votre retour.
167. — Le mode indicatif adopte les huit temps
que nous venons de définir ; quant aux autres
48 DU VERBE
modes, ils ont un ou plusieurs temps, mais avec ;
des formes différentes pour chaque mode.
168. - Les temps des verbes se présentent:
sous deux formes différentes: la forme simpte,
c'est-à-dire celle où, à part le pronom, il n'y a
qu'un seul mot : porter, je porte, tu portais, ill
porta, nous porterons, vous porteriez, etc ; et lcL
forme composée, c'est-à-dire celle où entrent l'un
des temps du verbe avoir ou du verbe être et
un participe passé : j'ai donné, tu eus donné, il
avait donné, etc.
Il y a donc, quant à la forme, deux sortes de
temps : les TEMPS SIMPLES et les TEMPS COM-
POSÉS.
169. - Conjuguer un verbe, c'est l'écrire ou
le réciter dans toute son étendue, c'est-à-dire
avec tous les changements qu'il comporte, soit
dans la personne, soit dans le nombre, soit dans
le temps ou dans le mode.
170. - Il y a quatre conjugaisons: elles se
distinguent par la terminaison du présent de
l'infinitif :
la première est terminée en er comme porter
la deuxième - en ir comme finir
la troisième - en oir comme recevoir
la quatrième — en re comme rendre
171. — Il y a, en outre, la conjugaison du
verbe avoir et celle du verbe être. Ces deux
verbes sont appelés verbes auxiliaires parce
qu'ils aident à conj uguer les autres.
172. — Mais avant de passer à la manière de
conjuguer les verbes, il est bon de connaître
les parties constitutives du verbe, c'est-à-dire
le radical et la terminaison.