Notice biographique sur l

Notice biographique sur l'abbé Boulle, mort vicaire de Moirans (Isère), 21 mai 1869

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32 pages

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Impr. de Allier (Grenoble). 1869. Boulle. In-16. Pièce.
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Publié le 01 janvier 1869
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Langue Français
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NOTICE BIOGRAPHIQUE
SUR
L'ABBÉ BOULLE
HORT VICAIRE DE MOIRANS (Isère)
21 mai 1869.
ø Suscitabo mill, sacerdolem Me-
lem , qui juxta cor meum, et noimain
meam faciet (1 Reg. 2, 35). »
« Je me susciterai un prêtre fidèle
qui agira selon mon cœur et mon
ame. »
GRENOBLE
IMPRIMERIE DE F. ALLIER PÈRE ET FIL,
Grande-Rue, 8, cour de Chaulnes.
1869
NOTICE BIOGRAPHIQUE
SUR
L'ABBÉ BOULLE
-V*KT VÎKAIRE DE MOIRANS (Isère)
21 mai 1869.
i Suscitabo inihi sacerdotem fide-
km, qui juxta cor meum, et animam
merlin faciet-(i Reg. 2 , 35). >
« Je me susciterai un prêtre fidèle
qui agra selon mon cœur et mon
ime. »
GRENOBLE
IIiPaIMftIE DE F. ALLIER PÈitE ET FILS
(«nmdft-Piup., 8, cour de Cliaulues.
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NOTICE BIOGRAPHIQUE
SUR
L'ABBE BOTJLLE
MORT VICAIRE DE MOIRANS (Isère)
21 mai 1869.
Le 22 mai 1869, la paroisse de Moirans offrait un
spectacle bien émouvant. L'agitation que l'approche
iw àirrtinrr communiquait à toute la France , s'était
calmée tout à coup dans cette commune de notre
patriotique Dauphiné, pour faire place à un recueil-
lement d'une gravité inaccoutumée en pareil jour.
Les ateliers avaient suspendu leurs travaux, les
nombreuses fabriques de la contrée étaient silen-
cieuses, les maisons pour la plupart désertes, car
la population tout entière affiliait au presbytère et à
l'église. Dans cette foule de tout rang et de tout âge
régnait un morne, je devrais dire un religieux si-
lence; on eût dit tout le pays sous l'impression d'une
calamité publique.
Quel était donc l'objet de ce deuil général ?
4
Cette population se pressait autour de la dépoudle..
mortelle d'un jeune prêtre, de M. l'abbé Boulle,
qu'une mort prématurée venait de ravir à l'estime
et à l'affection de tous ceux qui le connaissaient.
M. Boulle avait atteint sa vingt-septième année,
il n'était attaché que depuis deux ans au ministère
paroissial, comme vicaire de Moirans ; et, cependant, -
quels regrets profonds et unanimes il laisse dans tous
les cœurs! Interrogez les habitants qui l'ont vu à
l'œuvre: pas un qui n'ait quelques détails édifiants
à mêler à l'expression de ses regrets. Ce n'est que
pour répondre à de pressantes sollicitations que j'ai
consenti à confier à la plume les quelques lignes qui
suivent. L'abbé Boulle, d'ailleurs, fut un membre
édifiant de la famille sacerdotale, nous lui devo»a^«
un souvenir; il s'est sanctifié par la pratique des
actions ordinaires, son exemple peut servir à tous
d'encouragement et de modèle.
I.
Dès sa première jeunesse, pendant le cours de
ses études au petit séminaire de Grenoble, notre ami
s'était signalé par son esprit de foi et de piété ; déjà.
il semblait préluder à son apostolat futur, en s'effor-
çant de ramener , par les conseils de l'amitié, ceux
de ses condisciples qui s'écartaient du droit chemin.
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Jamais autour de lui n'était prononcée une parole
malsonnante, et toute conversation trop libre cessait
à son arrivée au milieu d'un groupe d'amis; déjà il
passait en faisant le bien. Et, chose rare à cet âge,
il aimait dans la foi, c'est-à-dire par des motifs de
foi et dans les vues de la foi ; « Il n'y a pas d'autre
amitié véritable et sincère, car il aime vraiment son
ami celui qui dans son ami aime Dieu, qui l'aime,
ou parce que Dieu est en lui, ou pour que Dieu soit
en lui (1). » Sa piété lui mérita l'honneur d'être mis
àJ&Jête des congrégations de Saint-Louis-de-Gonza-
gue et de la Sainte-Vierge ; il regarda toute sa vie cet
honneur comme une faveur spéciale du ciel. Maîtres
et condisciples avaient en lui une confiance illimitée;
parfois même ses supérieurs allèrent jusqu'à lui
confier certaines missions d'autant plus délicates
qu'un élève n'en peut comprendre toute la portée.
il s'en acquitta toujours avec désintéressement et
discrétion.
Au grand séminaire, il n'eut qu'à continuer le
perfectionnement des vertus dont il avait, on peut
le dire, commencé l'apprentissage avec la vie. Sa
fidélité à observer les prescriptions les plus minu-
tieuses du règlement le signala aux yeux de tous
comme un modèle, et lui mérita de la part de quel-
ques condisciples le surnom flatteur de Règle vivante.
(1) S. Aug., cité par Mg-- Ginoulhiac, ép. apostol., p. 387.
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Chez lui l'esprit d'obéissance était soutenu p
prit de prière , ses intimes n'ont pas oublié la nlace
aux pieds de l'autel de la Sainte-Vierge, où sa &"a
le ramenait chaque soir, et où, chaque soir, il reve-
nait, dans une dernière prière, confier à Marie §|^
dernière pensée et son repos. Nous ignorons les dé-
tails de sa vie de lévite et d'étudiant en théologie,
aussi bien, n'est-elle pas pour tous une vie de médi-
tation, de prière et de labeur? Voici conomen
s'exprimait à ce sujet son humilité de cœur : « MB~t
mes infidélités, un jour, ô mon Dieu, en parcourant
le monde, vous avez daigné jeter les yeux sur ce mi-
sérable pécheur, et votre miséricorde me prenant
par la main, m'a conduit jusque dans ce sanctuaire
de toutes les vertus; et me voilà au grand sémi-
naire !. mais comment y suis-je entré?. Moi au
grand séminaire, avec toutes mes iniquités, dans
cette maison sainte qui ne doit renfermer que des
saints ! est-ce possible ? Oui, votre grâce , ô mnti
Dieu, m'a conduit là, pour me ranger au nombre
des princes de votre peuple! « Oh! qui est sembla -
it ble au Seigneur notre Dieu? Il habite aux lieux les
<r plus inaccessibles, et ses regards s'abaissent sur ce
« qu'il y a de plus humble au ciel et sur la terre; il
« tire le pauvre de la poussière et l'indigent de son
a: infimité, pour le faire asseoir au rang des prin-
<r ces, des princes de son peuple. » (PS. 112.)
Nous avons été assez heureux pour mettre la main
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sur une page où s'épanche toute sa reconnaissance
pour les bontés de Dieu envers lui; citons encore :
Après avoir rappelé les grâces les plus signalées
dont Dieu s'est plu à le combler durant toute sa vie,
il arrive aux ordres sacrés. « Enfin, la voix de
vos représentants a prononcé. 0 mon Dieu, il faut
faire ce pas redoutable qu'on ne fait qu'une fois.
c'est vous, mon Dieu, qui m'avez donné le courage
,le le franchir, dans cette pensée qu'après tout l'on
ne franchit non plus qu'une fois le seuil de l'éternité,
et que le seigneur Jésus peut faire marcher, tout
comme Pierre, le dernier de ses serviteurs sur les
".Mais, vous m'attendiez à la Noël, pourquoi à
la Noël et non en un autre temps, ô bonté infinie de
mon Dieu? Ah 1 je le comprends; c'est pour que,
renonçant à ma volonté propre, et me soumettant
sans réserve à la vôtre, je pusse vous dire avec l'en-
tant Jésus entrant dans le monde : « Seigneur, voici
« que je viens pour faire votre volonté. Ecce venio,
« ut faciam Deus, voluntatem tuam. » Et vous
prîtes possession de tout mon être ; et votre grâce
remplit mon àme de lumière et de forces; je le sentis,
ô mon Dieu, merci! Oui, merci! 0 Marie, ô ma
mère, et c'était un samedi. qu'est-ce à dire? Vous
vouliez dans votre bonté ineffable, présider à cette
action si grande d'un si misérable pécheur. 0 ma
Mère, merci, je m'en souviendrai toujours, oui
toujours!
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« Et l'année suivante, il fallait rentrer Pl- ittm,-
prêtre!. je ne voulais pas du ministère , je nadnk.
sentais pas de force à tracer mon sillon dans le champ
des âmes, c'était déjà trop pour moi de sni..£)
sentier le plus ignoré dans l'Église. Je vous prieuàm
mon Dieu, de me pardonner, si cette pensée a <IKL
quefois ralenti mon ardeur au travail. En attqj^^
dant, est arrivé le moment terrible de l'ordiiâJiûi^_
Quarante jours de prévoyance plus ou moins "-e
ont préparé un peu ma pauvre âme , puis t .u
ce fameux jour (8 juillet), le jour des jours où fut
consommée en mon âme l'œuvre de la grâce com-
mencée à mon baptême. « Ilœc dies quam fecH
a Dominus. » Oui, c'est là un de ces jours qu'a fait
le Seigneur lui-même, réjouissons-nous et chantons
ce jour de concert avec les anges. « Frirlfcutti" rt
€ lœtemur in ea. »
« Enfin , le 10 juillet, pour la première fois , ce
pauvre pécheur offrait le saint sacrifice dans l'église
où il fut baptisé. La très Sainte-Vierge dominait par-
tout. mon âme était pleine de sa pensée et de ses
souvenirs. Et ce jour là que de grâces pour ma
famille. Mon père, ma mère, mes frères étaient là..
0 bénissez-les encore, ô mon Jésus ! 0 Marie, ô tous
les anges et saints du ciel, soyez loués parce que
vous m'avez aidé à remercier mon Dieu. Peut-être
ce jour aurait-il dû se passer dans une ferveur plus
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I'and!, mais vous me pardonnerez, ô mon Dieu, je
n'ai, il me semble, ni su , ni pu mieux faire.
-.
« 0 mon Dieu, que de faveurs, que de grâces!
0 mon âme, te voilà dans la confusion, car, que dire,
que rendre au Seigneur pour tant de bontés? « Quid
« retriiuam Domino?. » Je le sais, maintenant:
€ Calicem salutaris accipiam. » Oui, je le pren-
drai ce calice qui m'a sauvé, et j'invoquerai votre
nom, Seigneur, et je serai délivré de mes ennemis.
0 mon Dieu, je ne savais ce que je vous disais, au
jour de ma tonsure, par ces paroles : « Dominus
« pars hereditatis mece et calicis mei! D Vous êtes
la part de mon héritage et de mon calice. Aujour-
d'hui, ce calice, le voilà entre mes mains ! 0 bon-
heur 1 que me manque-t-il ? Oui, ô mon Dieu, vous
m'avez rétabli dans mon héritage. Mais ce calice,
quel est-il ? 0 mon Jésus, vous seul en avez l'entière
connaissance ; c'est le vôtre, mais maintenant c'est
aussi le mien ! « Calicis mei. » Mon Dieu , mon
Dieu vos bontés me confondent, je m'arrête. Ce-
pendant , je ne tremble pas, parce que votre grâce
est avec moi. Fort de la toute-puissance de celui qui
est en moi et qui me fortifie, partout où vous irez, ô
Maître, commel'apôtre je veux vous suivre. « Magis-
c ter, sequar te quocumque ieris. » (Math. 8, 19.)
Pendant les quelques mois qu'il passa dans l'en-
seignement, s'il compta un peu trop sur l'empire de
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la patience et de la bonté , s'il lui arriva parfois de
manquer de cette fermeté de parole et de ton qui im-
pose le joug d'une règle et fait accepter l'autorité
d'un maître, il eut souvent la consolation de rétablir
l'ordre et le calme dans son étude, par ces mois dont
personne ne contestera la sincérité : « Mes amis,
si vos espiègleries s'adressent à moi, je ne vous en
veux pas, je mérite bien d'autres humiliations, mais
si elles s'adressent à l'autorité que je représente , je
vous en prie , songez qu'elles peuvent vous rendre
coupables aux yeux de Dieu. » C'est au souvenir
de ces belles paroles, sans doute, qu'un de ces
jeunes indisciplinés, pris d'un beau repentir, disait
un jour : « Nous avons fait de la peine à M. Boulle,
nous avions grand tort, c'est un saint homme; mais
il est trop bon pour être surveillant. - Ah! si
l'âge sans pitié était aussi capable de réflexion que
d'intelligence, ce jeune moraliste aurait senti que
l'excès de la bonté est le défaut des belles âmes , un
de ces défauts rares dont un bon cœur ne se venge
que par l'excès de la reconnaissance. Il eût pleuré
d'émotion en entendant cette autre parole tombée de
la même bouche : « Mon enfant., vous avez com-
munié ce matin, et avec ferveur, je l'ai remarqué;
vous avez pris de bonnes résolutions, sans doute;
ce jour est trop beau pour que la punition vienne
l'assombrir, je vous pardonne ! »
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II.
Tel était l'esprit qui animait notre jeune préfe
d'études, lorsque son évêque l'envoya exercer son
zèle auprès du doyen des archiprêtres de notre dio-
cèse, dans-la paroisse importante où il devait si pré-
maturément finir ses jours. Il eut quelque peine à se
résigner. z Le moyen employé pour m'éloigner a
été un peu dur, écrivait-il à un ami, le sacrifice de
quitter une maison que j'uimais m'a élé bien pénible,
mais j'ai reconnu que j'avais renoncé à ma volonté et
je suis parti ; et me voilà où je ne voulais pas être.
Encore une fois, ô mon Dieu , que votre volonté se
fasse. « Ecce venio ut fuciam, Deus, voluntatem
( tuant. » Dans sa modestie il se croyait sans apti-
tude aux fonctions si délicates du saint ministère, il
était trop jeune, disait-il, mais il ne sut qu'obéir,
et son exemple a prouvé que « ce n'est pas l'âge,
c ce sont les défauts de l'âge qui attirent la décon-
« sidération. Du reste, on n'est plus jeune quand
t on est capable d'être le modèle de tous (1). »
Quelques faits entre mille , recueillis de la bouche
de ceux-là mêmes qui en furent les témoins , vont
nous montrer dans ce jeune prêtre les qualités que
(1) Ep. apost. Loc. cit., p. 97.
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saint Paul demandait à Timothée, malgré sa jeunesse:
« La discrétion dans les paroles, la gravité dans les
relations sociales, h lumière dans la charité, la fer-
meté dans la foi, et l'éclat de la chasteté (1). »
Dès qu'il Uut à l'œuvre, les âmes pieuses recon -
nurent l'homme d'intérieur dans leur nouveau direc-
teur spirituel. S'il n'était pas auprès des malades, on
le trouvait à toute heure chez lui ou à l'église. Il est,
dans une des chapelles de l'église paroissiale, une
place qui sera désormais recherchée de préférence
par ceux qui vont y prier, c'est celle où il allait s'age-
nouiller si souvent lui-même. Caché derrière une
épaisse colonne qui le dérobait à la vue des fidèles,
mais d'où son regard plongeait sur le saint Taber-
nacle, il demeurait là des heures entières quand ses
occupations le lui permettaient. Nul ne le saurait,
sans la louable indiscrétion de quelques familiers
qui l'ont parfois surpris, à cette phce favorit e, le
corps immobile, les traits fixes et moulés, l'œil
attaché sur l'autel comme si, par une échappée de
vue, son regard se fût perdu dans les profondeurs
du ciel. Cependant le Thabor ne lui faisait point
oublier le Calvaire ; chaque jour, à l'heure bénie de
la mort du Sauveur des hommes , on le voyait com-
mencer le chemin de la croix, et rien n'était capable
de le tirer de sa méditation ou de le décider à abré-
(1) It., p. 98.