Notice sur le comte Charles d

Notice sur le comte Charles d'Argy : colonel de la Légion romaine / par M. l'abbé Besson

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impr. de J. Jacquin (Besançon). 1870. Argy, Charles d'. 8 p. ; In-8°.
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Ajouté le 01 janvier 1870
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NOTICE
suit
LE COMTE CHARLES D'ARGY,
COLONEL DE LA LÉGION ROMAINE,
PAR M. L'ABBÉ BESSON.
BESANÇON,
IMPRIMERIE ET LITHOGRAPHIE DE J. JACQUIN,
(jiande-Rup, 14,a 1» Vieille-lntondance
1870. » )
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La vie et la mort du colonel d'Argy sont pour ses amis d'un cher en-
tretien, pour ses soldats d'un utile exemple. J'écris ces pages avec les
notes que ses officiers ont laissées, avec les vives impressions que j'ai
ressenties dans la cérémonie de ses obsèques, avec les regrets de l'Eglise
universelle réunis à ceux de l'armée pontificale et de l'armée française.
Rien ne m'appartient dans cette notice. Les nobles traits et les mots tou-
chants sont du défunt, les réflexions qui les accompagnent sont de ses
compagnons d'armes, devenus aujourd'hui ses admirateurs.
Le comte Charles d'Argy, né en 1805, à Malmy-lez-Vandresse, dans les
Ardennes, descendait d'une des familles les plus distinguées de la Cham-
pagne, dont les alliances sont avec les Coucy, les d'Escordal, les d'Ambly.
Il était né soldat et le rêve de son enfance était de porter les armes. Cette
vocation se développa encore au collége de Charleville, où il fit ses études.
Il en sortit pour s'engager à dix-huit ans dans la garde royale, et mit tout
son honneur de gentilhomme au rude apprentissage du métier qu'il ai-
mait. L'expédition d'Espagne fut sa première guerre ; il en revint sergent
et continua à mériter les moindres grades à force de bravoure et de ser-
vices. Adjudant sous-officier à la prise d'Alger, la révolution de 1830, qui
fit licencier la garde royale, ne le détourna pas de sa carrière. Il trouvait
en Algérie, dans cette terre magnifique dont les Bourbons faisaient pré-
sent à la France en partant pour l'exil, un nouvel aliment à sa noble pas-
sion pour la guerre et à l'ardente curiosité de sa jeunesse. Là se dévelop-
pèrent les grandes qualités de son caractère martial et de son cœur
généreux. A mesure qu'il s'éloignait du soldat par le grade, il s'en rap-
prochait par la bonté. Chaque avancement lui donnait plus d'enfants à
aimer, en lui donnant plus d'hommes à conduire; son cœur s'agrandissait
avec saposition, et en arrivant à la tête d'un régiment, il se trouva, comme
naturellement et sans effort, l'idole , ou pour mieux dire le père de tout
le monde. Son surnom était conquis d'avance : on l'appela de suite le bon
colonel. Ce grade, qui couronna sa carrière, était le prix longtemps attendu
et souvent mérité des services rendus et du sang versé pour la France. Il
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avait fait l'expédition de Kabylie sous le maréchal Randon, il fit celle
d'Italie sous les ordres du maréchal Niel, et ce fut sur le champ de bataille
de Solferino qu'il gagna ses deux épaulettes et son régiment.
Le 53e de ligne lui échut en partage. Il résolut d'en faire un régiment
modèle, et il y réussit. Les connaissances spéciales qu'il possédait étaient
de celles qui donnent du prestige et qui ajoutent encore aux dons de la
nature. D'une taille élevée, d'une force athlétique, d'une adresse surpre-
nante, il relevait et faisait valoir toutes ces qualités par une physionomie
franche, ouverte, pleine d'intelligence et d'expression. Sa mémoire était
merveilleuse; il connaissait le nom, le pays, les états de services de tous
ses soldats, et on les eût retrouvés dans sa tête, disons mieux, dans son
cœur, aussi bien que sur les contrôles. Son activité surprenante ne pou-
vait souffrir le repos ni pour lui-même ni pour les autres. Il savait par sa
propre expérience, sinon par l'histoire, qu'il faut tenir toujoursJes troupes
en haleine, et que le meilleur moyen de terminer rapidement et sûrement
la guerre, c'est d'avoir des hommes qui sachent en supporter les fatigues
aussi bien que les coups. De là son goût si prononcé pour les promenades
militaires et les exercices du corps. L'étude assidue et raisonnée de la
gymnastique était sa passion en temps de paix. Il avait obtenu, dans l'in-
tervalle de ses différentes campagnes, de l'appliquer à l'école normale de
Joinville, dont il fut le créateur. Il en transporta le goût et les pratiques
dans son régiment, se mit à la tète de toutes les expériences, paya
d'exemple et fit admirer en mille rencontres sa force et son agilité. Il
assurait par là la santé du soldat et lui donnait le moyen d'échapper
plus facilement à la corruption de l'oisiveté et de l'ennui. D'un accès
facile, d'un commerce charmant, vrai gentilhomme par le caractère et
les traditions, il charma tout le monde, dans toutes les villes où il tint
garnison. La ville de Besançon garde de lui un souvenir tout particulier,
parce qu'il y remit en honneur le noble jeu de l'arc, non-seulement parmi
les officiers, mais parmi les bourgeois. La loyauté de son caractère, l'en-
train et la verve de sa conversation, l'affable simplicité de ses manières,
lui valurent partout les plus honorables amitiés. Il était de ces hommes
qui se font aimer au premier abord, dont on ne se sépare jamais sans
éprouver une sorte de déchirement, et qui laissent après eux d'ineffaçables
regrets.
Quand l'âge de la retraite fut arrivé pour lui, le colonel d'Argy ne fit,
pour ainsi dire, que changer de régiment, ou plutôt le nouveau régiment
qu'il adopta était vraiment le sien, car il l'avait créé sous lea auspices
de la France et pour le service du saint-père. Entre tous les braves offi-