Observations de blépharoplastie, par le Dr Letenneur,...

Observations de blépharoplastie, par le Dr Letenneur,...

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impr. de Vve Mellinet (Nantes). 1861. In-8° , 11 p..
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Publié le 01 janvier 1861
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Langue Français
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OBSERVATIONS
DE BLÉPHAROPLASTIE
Par le docteur IIETENKEIIK ,
Professeur à l'Ecole de Médecine de Nantes , chirurgien de l'Hôtel-Dieu,
membre correspondant de la Société de chirurgie de Paris, etc.
En publiant des observ^tioiton faveur de la res-
tauration facialègsàr anaplastie,j«^rains de commettre,
aux yeux de quelques leçteurs/un véritable anachro-
nisme. La chirurgie^flottê^parfois, trop facilement
au vent des doctrines opposées, et un quart de siècle
suffit pour voir oublier ou dédaigner ce qui a été en
honneur et proclamé hautement, suivant une formule
consacrée, une des belles conquêtes de la chirurgie
moderne. Tel est, en particulier , le sort de l'auto-
plastie ; on lui accordait, il y a vingt ans à peine,
des pouvoirs illimités, et aujourd'hui on semble vou-
loir la reléguer au dernier plan et on conteste son
utilité. Il est sage de se tenir en garde contre toutes
les exagérations, mais j'aime mieux encore me ran-
ger du côté de ceux qui ont confiance dans la puis-
sance et les progrès de l'art que d'imiter les hommes
trop nombreux aujourd'hui qui se laissent gagner par
la lassitude et le découragement.
Combien nous avons fait dec hemin en arrière
pour que M. Trélat, un homme de progrès, en dé-
montrant, par deux intéressantes observations (19
juillet 1865), les avantages de la staphyloraphie, ait
cru devoir commencer par cette phrase : « C'est une
» question encore très controversée de savoir s'il
» convient de remédier aux fissures du voile et de la
» voûte palatine par la prothèse ou par des opéra-
» tions anaplastiques. Je n'ai, en aucune façon, la
» prétention de trancher ce débat très complexe. »
Je regrette que M. Trélat ait été si modeste ; il
aurait utilement éclairé cette question dont la solu-
tion, moins difficile peut-être qu'on ne paraît le
croire, n'a besoin, pour être trouvée et dmontrée, que
de l'observation attentive des faits et d'une discus-
sion sérieuse.
Je ne veux point entreprendre la tâche devant la-
quelle M. Trélat a hésité; mais qu'il me soit permis
de dire que l'anaplastie et la prothèse sont deux res-
sources précieuses qui ne s'excluent pas et qu'on a
tort d'opposer l'une a l'autre. L'art de la prothèse, qui
a reçu dans ces derniers temps, et spécialement de
M. Preterre, tant de perfectionnement, est un utile
auxiliaire de la chirurgie opératoire, mais il ne doit
intervenir que lorsque celle-ci est impuissante ou in-
suffisante, il ne doit,jamais lui être substitué. Je
n'accepte donc pas la condamnation portée par M.
Preterre coutre la staphyloraphie, et en particulier
dans des circulaires répandues avec trop de profusion
pour qu'elles n'aient pas perdu un peu de leur ca-
ractère scientifique.
Le moment d'ailleurs est mal choisi pour attaquer
la staphyloraphie lorsque l'usage des fils métalliques
vient de rendre cette opération plus simple, plus fa-
cile et plus sûre, et lorsque les travaux de MM. Lan-
gembeck, Baizeau, Ollier, etc., ont étendu le champ
opératoire où se trouvait limitée jusque-là la guéri-
son des divisions du palais dans ses parties osseuses
et membraneuses.
Le but de la chirurgie restauratrice doit être d'i-
miter la nature et de mettre les parties dans des con-
ditions anatomiques et physiologiques qui se rappro-
chent autant que possible de l'état normal. Or, c'est
ce qu'on obtient par la staphyloraphie, et je m'étonne
qu'on puisse préférer à un voile du palais naturel
un appareil métallique ou en caoutchouc , quelque
parfait qu'on puisse le supposer. Cet appareil se dé-
place, se détériore, nécessite des réparations et ne
pourra jamais, quoiqu'on en dise, rendre les mêmes
services que le voile du palais restauré.
On accuse la staphyloraphie de ne pas rendre à la
voix un timbre irréprochable et de ne pas per-
mettre toujours la parfaite prononciation de quel-
ques mots.
Cette accusation peut être portée à plus juste
titre contre les appareils prothétiqûes, même lors-
qu'ils sont parfaitement fabriqués et parfaitement
appliqués.
Les divisions récentes du voile du palais, lorsqu'elles
sont guéries par une opération, ou lorsqu'elles sont
masquées par un appareil, ne causent pas de trou-
bles permanents dans le timbre de la voix et dans la
prononciation. Il en est tout autrement des divisions
congéniales ou très anciennes; il faut alors que les
malades, après l'opération ou quand ils ont eu re-
cours à la prothèse, s'exercent longtemps, soumettent
leur'voile du palais., naturel ou artificiel, aune
longue et pénible éducation ; et même , après tous
ces. efforts , ils n'arrivent pas toujours à un résultat
tout à fait satisfaisant. Il y a d'ailleurs de grandes
différences entre les individus, surtout en raison de
leur première éducation , de leur intelligence et de
leur amour-propre. En tenant compte de tous ces
éléments , la question se simplifie, et la prothèse,
quoique mise au second rang, restera toujours en
grand honneur.
Avec la staphyloraphie on a attaqué, dans ces der-
niers temps, les autres opérations autoplastiques, et
je regrette qu'un de nos maîtres vénérés, M. Velpeau,
dans" la lettre publiée en tête du magnifique ouvrage
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commencé par M. Anger, ait accepté et enregistré en
quelque sorte la déchéance de l'autoplastie. Sans
doute, l'illustre chirurgien de la Charité a voulu cons-
tater une tendance de notre époque et faire de l'his-
toire plutôt qu'exposer ses propres opinions ; mais
ses paroles prouvent, comme je le disais en commen-
çant, qu'en parlant des avantages de l'autoplastie, je
commets presque un anachronisme. Les faits suivants
prouveront cependant si, en face des malades que j'ai
eu à soigner, j'aurais été plus homme de progrès en
m'abstenant qu'en opérant.
Il s'agit, dans ces deux faits, de blépharoplastie.
On a reproché à celte opération de ne donner que
des résultats incomplets et illusoires ; on a dit qu'un
lambeau de peau dépourvu de mobilité ne remplaçait
pas une paupière, que ce lambeau se rétractait,
augmentait la difformité au lieu de la combattre , et
ne servait même plus au bout de quelque temps de
protection au globe de l'oeil. Sans doute, c'est là ce
qu'on observe, lorsque l'opérateur ne calcule pas suffi-
samment la rétraction qui aura lieu dans le pédicule
du lambeau et dans le lambeau lui-même, et lors-
qu'il néglige les moyens qu'on peut opposer à cette
rétraction ; sans doute aussi, et il y a longtemps que
Celse l'a dit , lorsqu'une paupière manque complète-
ment , on ne peut pas la refaire, c'est-à-dire , qu'on
ne peut créer des organes absents, qu'on ne peut fa-
briquer de toutes pièces des cils, des muscles, des
glandes, etc. ; cependant, même dans ces cas, on peut
faire disparaître ou pallier des difformités et protéger
le globe de l'oeil. Parmi les observations que je pour-
rais citer à l'appui de ce que j'avance, je choisis le
fait suivant, qui ne date que de quelques mois.
Le 21 mars 1865, est entré à la salle Saint-Louis
le nommé Salé, âgé de 34 ans, tailleur d'habits, de-
meurant à Beaulieu, département de la Vendée.
Cet homme, à la suite de brûlures de tout le côté
droit du visage , avait perdu la paupière inférieure ;
le bord ciliaire et le cartilage tarse avaient été en-