Observations de la Chambre du commerce de Normandie, sur le traité de commerce entre la France et l

Observations de la Chambre du commerce de Normandie, sur le traité de commerce entre la France et l'Angleterre ([Reprod.])

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Français
115 pages

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[s.n.] (Rouen). 1788. France -- Commerce extérieur -- Angleterre (GB) -- Ouvrages avant 1800. 2 microfiches ; 105*148 mm.
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Publié le 01 janvier 1788
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OBSERVATIONS
V DE
LA CHAMBRE DU COMMERCE
DE NORMANDIE,
Su r le Traité de Commerce entre la
France & V Angleterre.
̃(«̃)
a
OBSERVATIONS
DE
LA CHAMBRE OU COMMERCE
DE NORMANDIE,
Sur le Traité de Commerce entre la Franc.
& t Angleterre.
LA négociation la plus importante & la
plus difficile eft fans doute celle d'un
Traité de Commerce avPc une Nation voi-
fine ou éloignée. La difficulté redouble lôrf-
que cette Nation par fa pofitibn fon ca-
raâere diftindif, Se fon fyfiême politique,
cfb néce(Tai rement en rivalité de Puiflancc
& de Commerce lorfque les deux Nations
Contractantes ont chacune une activité, une
(O
ïnduftrie des richeffes & une tendance
prefqu'égale vers la célébrité & la fUpé,
riorité.
C'ert fous ce point de vue que la Cham-
bre du Commerce de Normandie, a côn-
sidéré le Traité de Commerce entre la Fran-
ce & l'Angleterre. On ne peut atfez ana-
lyfer dans toutes fes par ties ce monument
célèbre & qui fera époque chez les deux
Nations. Il a fallu des connoiffances bien
affermies pour embraffer tous les rapports
de ces deux Puifiances & indiquer les in-
térêts réciproques qui peuvent cimenter leur
union.
L'efpoir d'en faire le gage d'une paix
durable étoit bien digne du cœur de Louis
XVI & fans doute Henri IV voulut
unir par un pareil nœud les deux Na-
r tions, lorfque M. de Sully fut obligé de perdre
quelque temps les Finances de vue pour
aller en Angleterre traiter une négociation
de Commerce: dans fes inftrudions, il eut
(3)
a
ordre de repréfenter que l'inégalité du trai-
tement entre les deux peuples privoit la
France' des avantages d'une correspondance
mutuelle. I! ne paroîc pas que la bonne vo-
lonté d'Henri IV ait produit alors aucun
bon effet mais il n'eft pas hors de propos
de connoltre à cette occafion l'antiquité
des maximes ou du fyftême de nos rivaux*
Les nombreux 'traités de paix qui jufqu'1
nos jours ont fuivi nos fréquentes guerres
avec l'Angleterre ont fucceflïvement donné
lieu à de vaines tentatives pour établir
entre les deux Nations un commerce d'une
utilité réciproque & durable.
Nous devons croire que les Minières
éclairée qui ont enfin négocié & conclu
le Traité de Commerce avec l'Angleterre,
avoient long temps médité cet important
travail pour s'aflurer refpeâivement les avan-
tages que les deux Nacions contractantes
ont dû s'en promettre.
Les diverfes corporations des Négociants 9
des Fabricants de l'Angleterre ont été
confuîtées par leur Gouvernement & en-
tenJues par la Chambre des Communes fur
.les articles dt ce Traité c'eft à la majo-
rité de leurs voix qu'il doit fon exigence.
Oxi verra dans la fuite de ces Obfervations,
avec quelles précautions ils en ont fait dif-
traire les o'. jets qui pourroient nuire au
Commerce de la Nation. L'énergie & l'in-
dut1rie des Anglois font toujours guidées
par la cor.noiflanee la plus éclairée de leurs
vrais intérêts & aiguillonnées par le plus
puiflant mobile des amcs fortes & p,ttricti-
ques la gloire nationale.
Les Chambres de Commerce les Manu-
factures de France n'ont été inftruires de
ce Traité que lorfqu'il a été confommé
alarmées du tort que notre négoce & notre
induftrie pouvoient éprouver de la concur-
rence des Manufactures Angloifes quel-
ques-unes d'entr'elles ont ofé porter des
repréfentations au pied du trône eltes
étoient infpirées par la jufle cor.fiance en
a 3
la bonté paternelle de notre augufte Mo-!
narque, jaloux de conferver au commerce
de fon Royaume la profpérité donc il jouit,
& la célébrité qu'il mérire.
La fandion donnée par le Roi au Traité
de Commerce avec l'Angleterre impofoic
:la Chambre de Normande de ne pas
précipiter fon opinion fur les effL-cs qu'oa
pouvoit en éprouver dans la Province elle
a cru devoir prélimimirement s'iuflruire de.
l'état achiel & de l'état préCumé poMible
des Manufactures fe procurer
des tableaux rai tonnés & comparatifs dts
objets qui pourroient entrer en concurren-
ce avec les produits de l'induftrie Norman-
de c'ell ainfi qu'elle s'eft flattée d'indiquer
avec connoiflance les Manufadures qui touf.,
friront de cette rivalité fi leurs efforts
pour la combattre ne font pis fècourus
celles dont on peut accroître le fuccès par
les moyens ingénieux que les Angtnis ont
adoptés celles enfin donc les réCuIrnts fe,
trouveroieot dans une teile difpropoiuon
<o.
qu'il feroit'impoflible de parvenir à les ba*
lancer.
Pour obtenir ces utiles renfeignements &
ces comparaifons néceffaires la Chambre
a jugé indifpenfable d'envoyer en Angleterre
une ou deux perfonnes verfées-éans la con-
noiffance des Manufactures de la Province
& de la langue Angloife elle a fait parc
de fes difpofitions $ M. de Villedeuil, alors
Intendant de la Généralité dont elle a re-
çu les encouragements les plus flatteurs en
conféqueace elle a choifi pour cette mif-
lîon deux Négociants de Rouen qu'elle a
jugé capables de la remplir.
Depuis ce voyage la Chambre a cru de-
voir inviter encore l'un d'eux de faire en
Normandie dans les différents lieux de
grande fabrication une tournée pareille à
celle qu'il venoit de faire chez nos voifins.
C'eft d'après les journeaux de ces deux
Négociants & leurs réflexions judicieuses,
que la Chambre a rédigé ce Mémoire, elle
(7)
a 4
le préfente accompagné d'un tableau qui
réuni aux rapprochements & aux détails
dans lefquels elle va entrer peut concou-
rir à faire porter un jugement fur la fitua-
tion réciproque des Manufactures des deux
Royaumes & faire connoître quelles font,
en Normandie les branches d'indullrie qui
ont le plus befoin des encouragements &
de la protedion du Gouvernement pour y
rétablir l'équilibre.
Mais pendant que nous nous livrons à ce
travail dont nos voudrions hâter la con-
dufion pour ne pas retarder en faveur de
nos Manufactures les fecours qu'il peut
obtenir les alarmes du Commerce s'ac-
croiflent tous les jours & deviennent des
maux réels par la vente la plus aûive de
tous les articles des Manufactures Angtoi-
fes qui peuvent entrer en concurrence avec
ceux de nos fabriques. Il n'eft aucun arti-
cle de confommation habituelle dont l'An-
gleterre n'ait déjà approvifionné & comblé
tous les magafins de la France Se parti-
çu'iéremcnt ceux de cette Province le plus
grand nombre de ces articles donne aux
Anglais une prépondérance encore plus vic-
torieufe que celle que nous a\ions annoncée
dans notre premier appercu.
Il eil affligeant de veir les Fabricants
qui fouffrtnt de cette r va'iré déjà dimi-
nuer fucceffiverrent le nombre de leurs ou-
vricrs & des Manufactures intcreflanies cé-
der, d'une antre manier* à ce fléau en
fubflituant 3 la vente d s articles de leurs
propres a.telicrs celle des articles Anglois
qu'ils font venir dans l'état de fabrication
ou ils peuvent être établis en Angleterre à
meilleur marché, n'ayant à recevoir qu'une
derniere main.
Ces marchandifes étrangères reçoivent
9*infi de nos Fabricants les apprêts conve-
nables à leur confommarion elles font re-
v^rues de Uuts noms, de leurs marques»
& débitées comme marchandifes Françoi-
fes; & on fent aiiément combien il résulte de
cette difpofition un préjudice notable aux
matières premières de notre fol & à no-
ire induftrie populaire.
On fe tromperoit beaucoup, fi pir fuitç
de la confiance que l'on a donnée aux opi-
nions qui onc,,infliié en faveur du Traité
de Commerce avec l* Angttterre on Je re-
pofoit fur les reflburces de notre fol &
de notre agriculture.
la. Nous avons aujourd'hui .l'expérience
que l'Angleterre n'a point depuis l'exécu-
tion du Traité de Commerce, augmenté la
confommation qu'elle failoit ci-devant de
nos vins cit objet étoit cependant pré-
fente comme devant opérer une grande com-
pensation & faire rentrer en France le nu-
méraire immenfe que doivent nous enlever les
articles de fabrication Angloife dont nous
femmes inondés.
L'Abondance des productions en An-
gleterre, la perfedion de l'agriculture
Vextellente exploitation des mines., con-
( io)
courent autant au bon marché de la fa-
brication que rinduftrie ,• êc f\ en Fran-
ce on peut, en peu d'années acquérir tous
les moyens que les Anglois ont d'abréger &
de fimplifier leur main-d'œuvre & dont
nous allons donner connoiflance l'intervalle
ordinaire d'une paix entre les deux Puif-
fances, ne fuffit pas pour perfedionner
notre agriculture multiplier & améliorer
la race de nos moutons étendre & per-
fectionner l'exploitation de nos mines
nous regretterons fans doute qu'on ait
compté, autant qu'on paraît l'avoir fait
fur les reflburccs du fol & de l'agriculture
en France.
Les Anglols ont bien fenti que nos efforts
dans cette partie ne pouvoient être que
d'un effet lent & tardif & il eft à crain-
dre qu'après avoir joui de tous les avantages
inefpérés dont la Paix & le Traité de Com-
merce les auront comblé ils narrèrent
par une guerre l'effet que pourroit enfin
produire la follicitude du Gowernemenf:
( Il )
pour fouilraire la Nation à cette terrible
concurrence.
Cependant Fadmîniflration qui a confom-
mé ce Traité a porté fans doute toutes
fes efpérances fur cette révolution fi lente
& fi éventuelle elle a cru devoir enfin
éveiller notre induftrie, en admettant, dans
nos propres foyers la concurrence de la
Nation la plus induflrieufe. L'Agriculture
& les Manufactures de lat Normandie n'a-
voient pas befoin d'un flimulant aufli vio-
lent les fources de fa population les ri-
cheifes du fol & de Pinduftrie fe prêtent
dans cette Province de mutuelles forces
& l'expérience du paffé faifoit allez con-
noîrrc ce qu'on pouvoit attendre pour l'a-
venir, dans l'ordre naturel des chofes.
Mais ne différons pas plus long-temps
les rapprochements & les détails qui peu-
vent nous guider fur les encouragements
& îes fecours nécenaires pour prévenir les
maux que nous annonçons & pour y re-
( I»)
j On peut cerner qu'il fe fabrique dans
la feule Généralité de Rouen année com-
mune au moins cinq cents mille pieces
de toiles & toileries qui peuvent être éva-
luées, fortant de la main du Fabricant
de 4.3 à 5o millions par l'examen de la
nature des matieres premières & des difft-
rentes opérations qu'elles fubiflçnt & celui
des profits du Commerce on fe perfuade
que les deux tiers de cette valeur totale
font réfervés aux différentes fortes de main-
d'oeuvre de fabrique & aux profits des
Marchands & Négociants.
Les lainages de la Généralité de Rouen,
fans y comprendre la bonneterie & la cha-
pelerie, en y réuniffant feulement Jes dra-
peries & autres étoffes de Louviers d'El-
beuf de Rouen de Darnetal Andely
Evreux & autres Villes de la Généralité
peuvent être eflimés année commune à
une fabrication au moins de 34 mille pie-
ces, dont l'évaluation totale au prix de
la consommation peut être porti; à ^o
f «J>
millions l'examen de la nature de la ma*
tiere première des différentes opérations
de fabrique celui des profits du Comme:
ce, préfente un partage à peu près égal
de ce produit de 20 millions c'eft-à-dire
que la moitié eft la valeur de la matière
premiere & l'autre moitié eft réfervée à
la main-d'œuvre & au profit des Fabri-
cants Marchands & 'Négociants,
La bonneterie en coton à Rouen eft
une des fabriques les plus confidérables en
ce genre & en peut ajouter des meilleu-
res. On peut eilimer qu'il fe fait dans
Rouen & fes Fauxbourgs environ
douzaines de paires de bas ou bonnets de
cc:on.
On calcule que la fabrication de cet ar-
ticle dans les campagnes des environs peut
donner également douzaines de pai-
res de bas & on peut en évaluer le pro-
duit total de 1600000 à 2 millions an-
née commune dont ies deux tiers doivent
(H>
être confidérés comme main-d'œuvre &
profit pour cette Ville & fes campagnes.
Les autres branches d'induftrie de la
Ville de Rouen & de la Généralité of-
frent encore des atteliers nombreux tels
que la badeflamerie en laine, la rubanne-
rie, les tanneries, les faïanceries, les for-
ges, fonderies rafineries lamineries &c.
& nous eftimons que leur produit réuni
à ceux que nous avons préfenté ci-deffus
peut s'évaluer de 81 90 millions, année
commune dont la moitié au moins rette
annuellement dans la Généralité pour payer
la main d'œuvre fes profits & ceux des
agents, en grand & en détail de cette
immenfe fabrication de cette précieufe
induftrie fource féconde & toujours re-
naiffante du numéraire qui dans cette Pro-
vince, donne une valeur fi utile au pro-
duit de fon ici & qui eft d'un fecours
fi indifpenfable pour le paiement des fom-
mes immcnfes qu'elle verfc annuellement
dans le tréfor du Roi & auxquelles il
(M)
faut un fi long-temps & un fi grand circuit
pour revenir dans la Proviuee 1
Cet apperçu général fuffiroit fans doute,
pour rendre fenfible l'effet inévitable de la
concurrence des articles de fabrication An-
gloife, lorfqu'ils fourniroient à la confom-
mation du Royaume feulement en partage
avec les articles de notre propre induftrie
mais ce partage eft déjà devenu une préfé-
rence, & on ne peut pas fe difiïmuler qu'il
diminuera fuccefïivement dans cette Gé-
néralité le retour du numéraire que no-
tre agriculture y recevra une moindre va-
leur de fes produits & que la perception
des impôts y deviendra plus difficile con-
fidérations qui ne font pas indifférentes
dans la circonfiance aduelle & que nous
préfentons plus particulièrement dignes de
toute l'attention de l'Affemblée provinciale.
La Ville de Rouen en une des plus di-
gnes des regar ds' bienfaifants du Souverain;
fes nombrcufes Manufa&ures & celles de
Tableau
d'échan-
tillons
François
& An-
glois, tla
F°. ici.
au F°.
inclulivc-
ment.
( iO
.fes environs les nombreux artéliers da
pays de Caux qui en dépendent font con-
facrés à des objets d'utilité première & ab-
folument générale par cerre raifon même,
ils excitent plus l'envie & font plus ex-
pofés à la rivalité de l'induflrie étrangu-e
il importe donc à leur intérêt particulier,
comme à celui de la Nation qu'ils ne per-
dent pas la profpérité qu'ils fe font acqui-
fe. La nouvelle émulation dont ils vont
avoir befoin pour foutenir une concurren-
ce redoutable réclame non feulement
une protedion générale mais des bienfaits
Infants & aduels. La Chambre cfl inquiète
de l'effet immédiat de l'invafion des coton-
nades Angloife dont la pei feâion des ap-
prêts & le mérite de la filature réunis
au bon marché leur a dtj1 procuré un im-
menfe débit. Un coup d'oeil fur je folio
du Tableau & fur les Carres refptdives
d'échant Ions de Man.htfler & de ceux
imités dans les Faiinbourp Saint Sever de
Rouen démontrtra le délavantage de ce!
dernier
( 17)
b
dernier atelier cependant ,1'exfflence de
plufieurs familles, l'aliment d'un grand nom-
bre d'ouvriers des deux fexes dépendent
des travaux & de la continuité des fuccès
que cet établifrement moderne dû au zele
de feu M. Holker avoit obtenu avant la
concurrence.
Telle foit la confiance qu'on pourroit
avoir dans les efforts d'un peuple laborieux
& dans les reftburces l'activité & le zete
patriotique des Négociants de Rouen nous
devons au moins craindre pendant l'hiver
prochain l'effet du premier choc de lz riva-
lité Angloife. P:us de 40 mille ouvriers
compris dans les murs & la Banlieue de
Rouen lorfqu'ils manquent de travail
manquent auffi-tôt de pa;n les nombreux
Métiers du pays de Caux fans occupation
n'offrent plus de reffources pour ceux qu'ils
entretiennent & notamment pendant la fai-
fon rigoureufe où les champs ne réclament
point de bras les plus modérés ne pour-
roient voir de falut que dans l'expatriation
( i8)
& ce malheur eft bien à redouter. Le peu de
fortune de nos maîtres Fabricants en géné-
ral, ne leur permet de continuer leurs en-
treprifes qu'en proportion du débouché. La
munificence du Gouvernement peut donc
feule prévenir cette crife funefle par des
primes qui encouragent la fabrication &
préparent un avenir plus heureux par des
avances graruices & des prix d'encourage-
ment aux Entrepreneurs des méchaniques
des prix d'encouragement aux artifans regni-
coles ou étrangers qui pourront les exécuter.
Les jennys ou infloiments à filer depuis
2o jufqu'à 80 fils remplacent en Angle-
terre, jufques dans les Villages, les rouets
fimples & leur concurrence aidée par
celle de grands mou!ins de filature y onc
décidé l'économie & la perfedion des étoffes
Angloifes. Lorfque nous pondérons autli
généralement qu'en Angleterre des moyens
aufli ingénieux il faut efpérer que l'énergie
l'adivité Normande le goût créateur
qui préfide à la variété de fes deffins &
b 2.
la follicitude du Gouvernement, pour aflurei?
des débouchés aux fruits de notre travail
feront le refie.
Nous inftilerons particulièrement fur les
refrources des méchaniques Angloifes, parce
que cette nation doic en grande partie la
fupériorité de fa main d'œuvre à l'ufage de
fes méchaniques dans toutes les opérations
où elles ont femblé praticables. En Angle-
terre, un courant d'eau fait par fon im-
pulfion agir en même-temps des machines à
décarder à dégroffir & à réduire par degré
le coton à la ténuité néceflaire pour l'adapter
à la filature dont l'opération, fe fait par
autres machines que le même courant
d'eau fait mouvoir. Nous avons appris avec
plaifir que dans la colle&ion des méchani-
ques faites à Paris par ordre du Confeil
il en exifte une très parfaite en ce gerife
mais il eft très prenant de les multiplitr
& de les mettre en ufage. Cette tentative
difpendieufe vient d'être entreprife à Louviers
avec affez de fuccès pour ne pas faire re-rer-
( io )
eer fes avances qui y ont été faites mais
quoique cette utile entreprife foit fuivie par
des Négociants & des Manufacturiers riches
& éclairés, il devient très-important que le
Gouvernement François daigne encourager
fpécialement les premiers efforts de cette
induftric & fe prêter aux difpofitions
néceffaircs peur en anurer le fuccès.
Nous nous réuniffons fur cet objet au
vœu du Mémoire que les Intéreffés ont don-
né à M. le Contrôleur général il présente
les demandes les mieux motivées l'inflruc-
tion la plus fatisfaifante fur cette entrepri-
fe à laquelle ces Meüieurs ont donné leur
temps leur zele & des fonds aflez confidé-
rables.
Nous ne nous diflimulons pas que nous
devons répondre aux objedions qu'on pour-
rait faire d'après l'opinion qui a long-
temps régné f:n France que plus nos Manu-
fadures occupoient d'ouvriers plus elles
itoient utiles que l'on ne devoit pas trop
( il )
M
chercher a fimplifier les différentes opéra-
tions des fabriques qu'il ne convenoit pas
de faire faire à un feul ce qui pouvoit eo
faire fubfifter vingt. Nous ne nous étonnonc
pas d'après ce principe fi on a moins
cherché en France qu'en Angleterre à en-
courager les arts qui pouvoient diminuer le
nombre des ouvriers employés à chaque
opération fi même on a cherché à les
éloigner.
les Angîois ont vu la même chofe d'une
maniere abfolument oppofée ils ont penfé
que dans une Nation riche & d'une grande
agriculture. la main-d'oeuvre devoit erre
chère; que fans une industrie particuliere
ieurs Manufactures ne pourroient lutter avec
cel!es des pays où l'argent n'eft pas fi abon,.
dant qu'ils n'avoienc d'autre moyen de con-
ferver l'avantage de leur côté qu'en faifant
faire à un feul les opérations qui en açcu-
poient plufieurs qu'ils craindroient mal-
propos qu'une partie de leurs ouvriers
reftâç fans travail que s'ils pQuvQieat ea
fimplifiant leurs opérations baifler ]g prix
de leurs étoffes ils en augmenteroient infini-
ment les débouchés & la consommation
qu'enfin le produit de leurs Manufactures fe
confommeroit dans l'étranger ou dans leur
propre pays que dans le premier cas ils
n'auroient la préférence qu'autant qu'ils ven-
droient à meilleur marché que dans le le-
cond, ce feroit une injuflice de ne pas em-
ployer tous les moyens qui pourroient les
mettre à portée d'établir par leur propre
induflrie & fans avoir recours à l'étranger
au prix le plus modéré poffible les chofes
agréables utiles ou néceflaires à leurs con-
citoyens,
Nous eftimons que ces confédérations fi
raifonnablcs & fi perfuafives peuvent t
depuis plufieurs années s'adapter à la fitua-
tion de la France mais plus particulière-
ment à celle de cette Province eu égard à
l'accroiffemcnt fucceffif du prix de la main-
d'œuvre mais il n'y a pas de doute que le
Traité de Commerce avec l'Angleterre n'en
(.2J)
faire aujourd'hui pour nous des vérités inv
périeufes qui détruifent vi&orieufement toutes
les objections qu'on pourroit nous faire con-
tre notre opinion & les moyens que nous
préfentons pour fimplifier & abréger la main-
d'œuvre en France.
Les poteries & faïances Françoifes ne peu-
vent éviter un préjudice notable le bas prix
du charbon de terre permet aux Anglois
d'établir ces articles à z5 pour cent au-detfous
de ceux fabriqués en France. Les faïanceries
de Rouen confervenr encore le débouché &
la préférence qu'elles ont obtenu depuis long-
temps dans nos Colonises mais elles y auront
néanmoins à combattre la rivalité étrangere
pour certains ouvrages & ne pourront pas
la foutenir pour la conformation intérieure
du Royaume la faïancerie Angljoife n'étant
tariféé qu'à pour cent de fa valeur il en
e(l déja arrivé à Rouen des cargaisons confï-
dérables, & comme il eft à préfuraer qu'il en
eft de même dans les autres Ports les faïan-
ces de Rouen & en général celles de Fran-
( H )
ce font privées d'un débit néceflaire pour en
aflurcr la profpérité cette branche de fabri-
cation nourrit à Rouen un nombre confidérd-
ble d'ouvrïers.
Les douzaines de paires de bas ou
bonnets de coton qui fe fabriquent dans Ia
Ville de Rouen fes Fauxbourgs & les Cam-
pagnes des environs, font le produit de
métiers. Depuis trois mois on eftime qu'il
y a feulement à Rouen plus de cent métiers
vacants, & on ne fait point de doute que,
fous un court délai il n'y en ait un plus grand
nombre Les Marchands de Rouen & du
dehors s'approvisionnent dans les magafins
Anglois qui ont fait entrer, depuis le Traité,
plus de douzaines de paires de bas &
bonnets de coton.
Cette concurrence doit nuire beaucoup
aux fabriques de Troyes, qui font fort éten-
dues dans cet articles.
Roueu dans Con intérieur Si fes Faux-
bourgs préfente aufli des atteliers confidé-
rables en lainages peu de draps des rati-
nes, des efpagnolectes croifées & litfes &
des flanelles. On peut évaluer cette fabrica-
tion à ?8oo pieces les rapprochements que
nous ferons des articles Anglois avec ceux
de Darnetal pourront s'appliquer aux laina-
ges de Rouen.
Nous nous propofons de mettre fuccefïï-
vement en oppofition dans nos Obfervations
& nos détails les Villes & Cantons de notre
Province qui réunifient une grande Induftrie
& les Provinces & les Villes de l'Angleterre
les plus célebres par leurs Manufactures.
Manchefler eft pour l'Angleterre ce que
Rouen eti pour la France l'immenfe fabri-
cation des étoffes de coton l'induftrie des
Manufadures leur adivité la reffource r
de leurs méchaniques les mettent en état
d'établir chez nous plufieurs articles avec
Io & i$ pour cent d'économie. Les moyens
qu'ils emploient pour que l'ouvrier ne man-
Tableau
du Fo.
ier. au
F°. 5 in-
clufive-
ment.
( *O
que jamais de travail leurs projets déja
réalifés pour accorder des récompenfes à
tous ceux qui leur apportent des talents &
des découvertes tout attefte la richefle des
Maîtres Fabricants & la follicitude du Gou.
vernement pour entretenir & favorifer l'in-
duftrie. L'émulation de Manchefter eft dans
fa jeunelfe elle a joint au defir d'apprendre,
celui de perfectionner & elle voit déja fon
attention laborieufe jouir des plus brillants
fuccès.
Les Campagnes de Manchefler toute la
Province de Lancaftre Kendal & fes envi-
rons font remplis de méchantques pour la
préparation & la filature des matieres, pour
la tiflure d'étoffes en couleur en blanc à
teindre imprimer ou apprêter & pour le
blanchiment la teinture l'impreflion ou
l'apprêt de ces mêmes étoffes. En général
leurs étoffes, leurs toiles font plus fines, d'une
filature plus égale plus belles enfin que les
nôtres cependant elles font à plus bas prix
ce qui provient du fecours de ces méchoui-
ques à carder & à filer le coton d'une
exécution parfaite & très-expéditive & du
moindre prix que les Anglois mettent aux
avances qu'ils font toujours difpofés à faire
pour la perfedion de leur fabrication.
A l'aide de tous ces moyens; réunis on
fe flatte à Manchefte/ d'égaler bientôt les
Moulines des Indes. Le plus haut prix
de celles qu'on y a fabriquées jufqu'à pré-
fent n'excède cependant point huit fchel-
lings ou dix francs la verge ( i ) mais il
s'en fait fi confidérablement qu'on ofe l'éva-
luer à 5oo mille livres tournois par femaine.
Quoiqu'il foit permis de douter de la réalité
de cette aflertion on eil effrayé de l'immen-
fe débouché que les Anglois ont fu fe pro-
curer de cet article d'autant plus qu'on aflu-
re que les magafins de la Compagnie conte-
noient, il y a quelques mois, pour 80 millions
de mouffelines des Indes.
( 1 ) La verge Angloife a environ un pouce de
plus que trois quarts d'aune de France.
(xS)
les Anglois ont fu fingulierement per-
fectionner les métiers à bas & de maniere à
rendre en même-temps leurs opérations
plus parfaites & bien plus expéditives. Nous
avons connoiffance qu'on eft parvenu, à grand
frais à leur en enlever quelques-uns qui ont
été introduits en France qu'ils y font bien
connus. Il s'efl méme formé une entreprife
pour en établir un attclier mais la concur-
rence que le Traité de Commerce a fait
çaître a forcé d'abandonner cet effai vrai-
ment patriotique, & on ne pourra à cet égard
faire de nouvelles tentatives que très-difficile-
ment, & après avoir fimplifié & amélioré
notre filature & en avoir diminué le prix
en multipliant & facilitant les méchaniques
dont nous avons déja défigné 1'ufage.
En attendant les campagnes de Manchef-
ter toute la Province de Lancaftre va s'enri-
chir de la confommation énorme qui lui eft
ouverte en France pour toutes fes étoffes de
coter. comme pour les bas & bonnets de
coton au -rand préjudice de notre induftrie
(a?)
dans cette branche de fabrication qui pour
la badefhmerie en coton feule occupe en
France i^ooo métiers.
La fabrique des petites toiles tout fil
à carreaux, dires gingas & fils d'épreuve,
eu aujourd'hui trcs-répandue dsns toutes
les campagnes de Manchefler & il n'elfc
pas indifférent de favoir que les Anglois.
lorfqu'ils voulurent établir cette fabrique
chez eux furent contrariés par la difficulté
de l'imitation & fur-tout par celle de
l'égalité du prix mais qu'ils levèrent bien-
tôt tous les obftacles, en accordant une
gratification de cinq fcellings par piece 5c
qu'en peu de temps pour une feule expé-
dition de flotte de Cadix ils furent en
état d'y en envoyer 30 mille pieces.
Quant aux guinées imitées à Manchefler
il manque à leur affortiment quelques ef-
peces que nous fabriquons ils établirent
les leurs à meilleur marché que nous ce-
pendant les Nègres préfèrent les nôtres qui,
mêlangécs de diverfes couleurs brillantes
flattent plus leur goût mais cet avantage
nous fera bientôt enlevé puisqu'ils ont nos
échantillons & que plufieurs de nos Tein-
turiers en rouge des Indes tentés par leurs
offres font déjà panes en Angleterre.
Nous ne connoiffons aux Anglois pour
leurs Manufactures de toiles d'autres inven-
tions, pour fimplifier le travail que la navette
volante & le moulin à lin parce que la natu-
re des fibres du lin ne fe prêtent point à
l'application des machines à fier Se à car-
der mais on aflure qu'ils ont trouvé par
des moulins à eau le moyen de tüfer plu-
fleurs pieces de toiles à la fois fur les mé-
mes métiers.
Les toiles en Ecoffe & en Irlande font
un des principaux objets de fabrique de ces
deux Royaumes; jufqu'à ces derniers temps,
le grand blanc (k le bas prix des toiles
d'Irlande leur ont obtenu toute préféren-
ce en Angleterre; mais depuis que les An-
glois fe font particuliérement appliqués à
( JI )
déterminer les Ecoffois à de grandes entre-
prifes d'agriculture & d'induftrie ceux-ci
en fabriquent une plus grande quantité qu'ils
ne faifoient précédemment, & d'une quali-
té égale à celle d'Irlande.
La France, & particulièrement cette Pro-
cince, doivent s'effrayer de l'émulation de
ces deux peuples qui développent une in-
duflrie nouvelle dont la main-d'oeuvre eft
à très-bas prix ou les ouvriers vivent prin-
cipalement de pommes de terre ou de fa-
rine d'avoine délayée dans de l'eau & dont
les efforts reçoivent fans doute l'encou-
ragement le plus puiffant, par le nouveau
débouché que leur Gouvernement leur a
ouvert en France.
Il fe fabrique à Manchefler & dans fes
environs ainfi qu'à Rouen beaucoup de
toiles fil & coton ou fiamoife toutes les
chaînes de fil font d'Irlande ou d'Allema-
gne, & y font importées par la voix d'Ham-
bourg; mais elles n'ont ni la confiftance
( V- )
tri le nerf de celles de Bafle-Normandîe,
On attire que les Anglois en ont bientôt
connu la fupériorité & que déjà ils achè-
tent à Condé-fur-Noireau & dans fes envi-
rons, ces chaînes de fil fi préférées & fi
préférables à celles d'Allemagne.
Il eft défavantsgeux fans doute aux
fabriques de cette Province de ne pouvoir
s'attirer l'emploi exclufif de ces fils aux-
quels elles doivent encore quelque fupério-
rité mais d'un autre côté on peut dire
que le lin filé & en chaînes doit être con-
fidéré déjà comme un objet qui laine dans
le Royaume, outre le produit de la culture,
celui d'une main-d'œuvre réelle. Le Gou-
vernement Anglois paroît avoir envif1gé cet
article fous ce point de vue puifque dans i
fon tarif îl en' a taxé les droits d'entrée 1
un taux excefïif il a préfumé fans doute,
que nos lins filés & préparés pourroient
devenir pour nous d'une exportation très-
étendue & très-utile, au préjudice de leur
culture en cette production & de la pre-
mière
(il)
c
niiere main-d'œuvre qu'elle reçoit pour être
filée & préparée ainfi nos Fabricants ont
moins à craindre à cet égard la rivalité des
acheteurs Anglois.
Tout le travail préparatoire du coton
pour en faciliter la filature, & lui com-
muniquer les couleurs convenables auxtiflus*
exige des exficcarions tantôt graduées tan-
tôt rapides & le bas prix du combufti-
ble donne à cet égard, fur nous, un grand
avantage aux Anglois. Le charbon de terre
ne coûte aux habitants de Manchefter que
neuf fchellings ou onze livres cinq fols tour-
nois, le tonneau' pefant 2000 liv qui noua
revient à Rouen de q7 à o liv.
Nous avons préfenté cl-deflus un léger
2pperçu de l'immenfe & très-inréreflante
fabrication des lainages dans cette Généra-
lité. Nous allons entrer dans quelques dé-
tails. Nous les étendrons fur les lainages
plus groffiers qui fe fabriquent dans cette
Province, & nous ferons également fuccé-
«ter en opposition les détails que nous
avons réuni fur l'induilrie Angloife daos
cette partie.
Louviers mérite d'être au rang des Vil-
les de Manufactures les plus intéreffantes
du Royaume. Nous ne déterminerons pas
fi ces draps font à leur dernier degré de
bonté. Tout eft bien fans doute pour
cetee Manufacture puifq\ie la confomma-
tion de les draps etl immenfe. Le Fabri-
cant femble s'éveiller chaque jour avec un
defIin nouveau. Malgré l'adivité de chaque
attelicr, cette fabrique ne peut fuffire à la
demande nation24e.
Les Anglois font forcés de rendre juftice
à la beauté de ces draps ainfi qu'à ceux
d'Abbeville & de Sedan. Ils ne peuvent fe
diflïmuler qu'ils font plus doux que les leurs,
& que les couleurs en font plus vives &
plus féduifantes mais nous ne pouvons pas
efpérer d'en vendre en Angleterre. 'Les An-
g-lois fait par efprit de patriotiûnc fori
C A
par ta convenance réelle de îeuf génté de!
fabrication pour la nature de leur climat
préferent leurs draps extrêmement foulés &
de couleurs très. (ombres; parce que la fu-
mée du charbon de terre, combinée avec
l'humidité de l'athmofphere, dépote une,
poulfiere gratte qui en imprégnant le tifîu
pourroit altérer facilement nos couleurs vi-
ves, mais peu folides. Quoi qu'il en foit^
dans ce moment la concurrence Angloife
en France, ne peut pas être bien nuifible
aux Manufactures de Louviers Sedan &
AbbeviHe mais comme les Anglois tirent^
ainfi que nous des laines d'Efpagne dès
qu'ils croiront utile à leurs intérêts d'eat
compofer leurs chaînes & leurs trames ils
poliront atteindre à la beauté de nos draps
de Louviers,
On eflime que Louviers fabrique annuel-
lement 4400 pieces de drap.
Il n'exifte dans la Ville d'Evreux que
trois fabriques dont deux font fins vigueur.
Cette Ville paroifiant deflinée par la nature
à toutes fortes d'établiffements il eft éton-
nant que l'industrie n'ait pu encore s'y fixer.
La premiere eft en ratines & draps de
c;nq quarts de large à l'imitation de celle
1 des Andely mais elle manque du plus in-
dif^enfable aliment celui de l'argent. Le
Sieur Ribouleau qui en' étoit le chef &
dont l'adivité & l'intelligence fuppléoient à
beaucoup de moyens n'eft plus. Les efforts
de ceux qui lui fuccedent auroient tous les
fuccès que peuvent mériter le travail afîidu
& la bonne conduite, s'ils avoient des fonds
plus considérables. Sans ce fecours nécef-
faire leur fabrique languira toujours & n?
pourra profiter des avantages que lui offre
une population nombreufe pauvre & fans
autre refiburec. Des Négociants de Rouen
ont offert à M. de Villedeuil lGrfqu'il étoit
Intendant de cette Ville, de prêter à cette
Manufacture à fimple intérêt la même fom-
me que le Gouvernement voudroit bien lui
(37)
c 3
avancer, en lui promettant une infpeâioa
vigilante & éclairée fur fes travaux.
La féconde fabrique eft en coutils fa-
çon de Bruxelles & s'accroît fenfiblement
par l'intelligence de ceux qui la dirigent.
Leur exemple devroit encourager leurs con-
citoyens aifés que l'on voit à regret vé-
géter dans une ina&ion auffi contraire 3
leurs intérêts qu'à ceux de leur pays. Sans
doute quelques encouragements propofés
par le Gouvernement les engageroient à
fortir de cette léthargie.
La troifieme fabrique, exiftante à Evreux,
confite en draps faits avec les bouts &
les dérhets de laines qui s'emploient à Lou-
viers. Llle préfente un nouveau talent &
une reflburce d'économie jusqu'ici incon-
nuc. On conçoit à peine qu'avec des reftes
de laines qui à l'œil n'offrent que des dé-
bris inutiles, on ait pu former des draps
d'un bon ufage. La Chambre a cru devoir
eh placer des échantillons au FI. du
(
Tableau
9
Tableau pour faire connottre les titres dç
cette fabrique à la protedion du Gouver-
nement.
1 Elbeuf fabrique annuellement mille
pièces environ de draps & étoffes de lai-
ne. Les fabriques de cette Ville offrent
au premier afped un état de profpérité
qui (¿duit; mais elles n'ont pas la reflburce
de trouver comme les fabriques An-loi..
fes du même genre d'excellentes laines
imion2les à bon compte & propres
leur fabrication. Nous elpmons que dans
les draps ordinaircs de cinq quarts de lar-
ge, & du prix de 15 16 la. l'aune, les
fabriques d'Elbeuf ne pourront fourenir la
concurrence des draps de Lccds appelle^
draps de Briflol qui, dans la même laife
ne coûtent pis c liv. tournois l'aune. Les
Fabricants d'Elbeuf ent plus de confiance
dans leurs draperies plus fines mais pour
peu qu'ils négligence les moyens d'en mode-
rer les prix celle des Anglois qui en ap-
prochept déjà, beaucoup par la qualité le?
r 59 5
ct
fupplanteront dans les marchés de i'Euco*
pc, & même en France.
La Chambre du Commerce de Norman-
die eftime qu'elle ne peut aflez attirer l'at-
tention du Gouvernement fur les draperies
Cette branche importante de l'induftrie de
cette Province efl un ohjec principal de
fes exportations. Elbeuf a fait de tout temps
des expéditioris considérables dans l'écran..
ger elles paroifTent fe rallentir. La Cham-
bre du Commerce fe permet de propofer,
comme une difpofition très- efficace &
d'une compenfation très-rai fonnable qu'une
partie des droits qui fe percevront fur les
draperies & lainages Anglois foit converr
tie en primes en faveur des draperies
Ijinr.ges de la Province qui s'exporteront
à l'Ecranger.
Darnetal efl un Bourg aux portes de
?touen qui fabrique annuellement environ
pieces de draps, ratines efpagaolçr
3 flanelles fans y comprendre les cou^
(4<>)
vertures; la plupart ont de la fupériorité
fur beaucoup de marchandifes Anglo:fes
analogues; mais le bas prix de ces dernie-
res, foutenus encore par des avantages
locaux & déterminés rendra leur concur-
rence funefte.
Déjà la perte du Canada avoit caufé un
préjudice notable à Darnetal prefqu'en
̃pofleffion exclufive de fournir les grottes
couvertures & autres lainages convenables
à la traite avec les fauvages cependant
il s'en établit peu à peu un commerce in.
terlope confidérable par les Iües de Jcr-
fey & Guernefey qui ranimera les tra-
vaux mais depuis que les Anglois fe font
déterminés à cet emploi de leurs laines les
plus groffieres, ce débouché paroît obftrué
pour jamais.
Nous ne pouvons trop remettre fous nos
yeux l'avantage que les Anglois auront
fur toutes nos Manufactures de lainage qui
emploient plus particuliêrement, comme le
fait Darnetal la laine de France. La dif-
proportion dans le prix & la qualité de
notre laine comparée à la laine Angloi-
fe, eut telle que cette inégalité feule pou-
voit faire rejetter l'idée du Traité de Com-
merce, entre la France & l'Angleterre
aux conditions qu'il a été paffé. C'eft avec
la laine du pays c'eft avec les lainages
ordinaires que le peuple s'habille; cette fa-
brication qui fournie à une confommation
immense eft réellement celle qu'on peut
appeller induftrie populaire & celle qui
en outre favorife fi efficacement la multi..
plication & l'amélioration de nos moutons.
Pour altérer ce moyen fi étendu d'af-
furer la fubfiftance à un peuple immenfe
pour admettre dans cette pariie la rivalité
d'une nation qui de tout temps a fondé fa
gloire & fa richefle fur la beauté & l'abon-
dance de fes troupeaux & la bonté de fes
laines il a fallu des confidérations bien
décifyes, des compenfations bien éviden-
(4O
Les Fabricants de Darnetat font ceux
qui, cédant aux circonftances pourroient
être plus particulièrement portés à fubftituer
aux articles de leurs propres atteliers les
articles Anglois qu'ils feroient venir dans
l'état de premiere fabrication parce qu'en
leur donnant les apprêts & la derniere main,
à moindre frais qu'on ne le peut en An-
gleterre, ils pourroient les établir à plus
bas prix dans leur état de perfedion 5c
alors ils r:iiniroient prefdu'én entier b
bénéfice du bon marché à l'avantage de h
beauté de la laine Angloife mais il eft
évident que le réfultat de cette difpofition,
pour la France feroit d'encourager de plus
en plus l'éducation des troupeaux en Au-
gleterre d'y entretenir une grande ftlatu.e
& beaucoup d'ouvriers. Nous nous fomtr.es
étendus fur ces objets parce que nos ob-
fervations à l'égard de Darnetal font les
mêmes que celles que l'on peut faire fous
tous les rapports dans les circonflances
aduelles pour les Manufactures de Rouen
Beauvais Amiens, Lille & Rheiras.
La réputation ancienne de la Manufac-
ture des Anicly a fouffêrt pendant un long
intervalle; fon travail a été fufpendu mais
depuis trois ans cette fabrique s'eft rétablie,
& a acquis une confifiance facisfaifante
par les efforts réunis & les foins éclairés
dequelques Négociants de Rouen, & quel-
ques Fabricints d'Elbeuf. Cette fabrique eft
plus connue par fes ratines, & aucun ar-
ticle de ce genre en Angleterre ne peur en
fourenir le parallele mais elle fait auffi de
fort beaux draps & des étoffes de laine
appellées Cazimir à l'imitation du Cazimir
Anglois dont elles ne peuvent foutenir la
concurrence. Avant le Traité, le Cazimir
Ai'glois paflbit en France par contrebande,
& à raifon de ce qu'il y étoit plus rare
il s'y tenoit plus cher maintenant qu'il
peur entrer librement tous les magafins de
Paris & des autres Villes du Royaume en
regorgent Outre qu'il s'y établit à bien meil-
leur compte que le Cazimir François la
gualiré en eft plus parfaite il cil d'un grain
plus égal 4c moins fuiet à s'engraifTer.
Tableau
FO. i4.
<4*)
Tableau.
il.
Pendant trente années la Manufadure de
Vire a joui de l'état le plus floriffant. On
y a fabriqué jufqu'à pieces de drap
par ai, maintenant elle eft bien déchue
elle produit à peine Sooo pieces dont la
majeure partie eft colportée par les Fabri-
cants mêmes, dans les foires de Baffe-Nor..
mandie & Bretagne.
Une des caufes de ce dépériflement en:,
fans doute, le progrès rapide du luxe en
France. L'Amérique feptcntiïonale il en:
vrai a consommé de ces draps pendant !.a
guerre; mais à l'ouverture de la paix, les
Anglois fe font préfentés avec la fupério-
rite vidorieufe de leurs draps qui fabri-
qués avec leur économie ordinaire & avec
leur laine nationale, ferônt toujours d'une
meilleure qualité & à plus doux prix que
les nôtres jufqu'à ce que nous ayons per-
fectionné la rare de nos moutons & ob-
tenu des toifons de grands poids & de lai-
nes longues. Les échantillons préfentés font
des plus beaux que faffent quelques f abri-