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Oeuvres. Les Poèmes populaires. Sois maudit, Bonaparte. Le chant du peuple, en 1870. Les derniers jours de l'Empire. Le coup de l'étrier. Avec une préface et un avant-propos

De
36 pages
impr. de A.-E. Rochette (Paris). 1871. In-8° , 48 p..
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Fernand DÉSAULNÉE
OEUVRES
LES
POÈMES POPULAIRES
SOIS MAUDÎT, BONAPARTE
LE CHANT BU PEUPLE, EN 1878
LES DERNIERS JOURS BB L'EMPSRE
LE tm? Bl L'ÉTRSER
Avec une Préface et un Avant-propos
< Vox populi, voce Dei. »
£> O G eïi't iî xi « si»
PARIS
IMPRIMERIE: A.-:E. ROGHETTE
90. Boule/ard Montparnasse, 90
LES
POÈMES POPULAIRES
i
A MES CHERS CAMARADES,
A MES FRÈRES D'ARMES
DU 10me BATAILLON
DES GARDES NATIONALES PARISIENNES,
EN SOUVENIR DU BASTION.
F««. DÉSAÙLNÉE.
*"
AVANT-PROPOS
AU PASSANT
« — Monsieur ? Monsieur ? là bas.. ? vous qui passez? Eh, l'homme?
Oui vous; Ecoutez-moi, bon Dieu; vous fuyez comme
Si quelque créancier s'acharnait sur vos pas!
Venez donc —■ Mais, Monsieur, je ne vous connais pas.
— Venez toujours, parbleu, nous ferons connaissance.
— Mais. Monsieur... — venez donc, vous dis-je, et du silence!
J'ai trois mots à vous dire ; et, sans aller plus loin,
Tenez, arrêtons-nous, s'il vous plaît, dans ce coin.
Là ! — Mais que de mystère ; y sommes-nous ? — sans doute.
— Eh bien, alors, parlez, Monsieur ; je vous écoute.
— Monsieur, voici : je suis poète — A l'assassin !
— J'ai fait... — Arrière, traître ! — .un volume.. — Coquin!
Que la peste t'étouffe et le diable t'emporte
De venir, effronté, m'arrûter de la sorte,
Pour me confier quoi?., qu'à la lune, pervers,
Tu consacres tes nuits à décocher des vers !
— 10 —
— Mais, Monsieur, cependant.. — loin d'ici, misérable !
À-t-on vu ce pendard, ce fou, cet affreux diable !
— Eh ! monsieur... — laisses-moi ! — Si vous les aviez lus,
Vous penseriez peut-être.. —■ Eh ! que de soins perdus ! —•
... Qu'ils ne méritent pas.. — 11 me casse la tête ! —
... Le singulier dédain.. — Ah ! le maudit poète !
Qu% vous préconcevez... — Eh ! fussent-ils meilleurs
Cent ou cent mille fois que ceux de nos auteurs
Les plus en renommée, on te répète encore
Que l'on n'en a que faire ! — Hélas, je vous implore,
Lisez les ; n'en jugez point avant de les voir —
—- Non, encore une fois, je n'en veux pas. Bonsoir. »
Ainsi ; dans notre siècle, on fait fi des poètes.
Qu'ils soient bons ou mauvais, ce sont de pauvres têtes
A livrer au bourreau, sans juges ni procès,
Qn'on évince d'abord, dont on se moque après.
Eh ! qu'importe à nos gens de bourse ou de finance
Les rêves de l'esprit et de l'intelligence ?
Parlez-nous des plaisirs, des femmes et de l'or :
Peut-être on prendra soin de votre prose. Encor.
Mais nous parler, en vers, de choses inconnues,
De Dieu, de l'amour pur, de la grandeur des nues /
Allons, vous êtes fou ; passez votre chemin ;
Nous avons autre chose à faire pour demain.
Ce sont chimères ! l'or ; voilà la seule chose
Qui nous puisse émouvoir. C'est de la bonne prose !
Mais vos vers ; que Satan vous en torde le cou !
Eh bien soit ! admettons, Messieurs que je sois fou !
Plaignez-moi bonnement; riez de ma folie.
Moi, je ferai des vers jusqu'au bout de ma vie !
• — 11 —
Et voici les premiers que je vous offre, hélas,
Pour voir si parmi vous quelqu'un en fera cas.
C'est un coup du hasard qui n'est pas impossible.
Et tant pis pour les sots qui me prendront pour cible :
Car je serai poète aujourd'hui comme Mer,
Demain comme aujourd'hui, toujours ! et j'en suis fier !
Cette préface n'a qu'un seul but.
De là sa grande brièveté.
Ce but, c'est de bien faire comprendre au
lecteur le caractère des oeuvres que renferme
ce premier fascicule des Poèmes populaires.
Le dit fascicule qui, selon le succès qu'il
pourra obtenir, sera, à des époques indétermi-
nées, suivi de plusieurs autres, se ressent
tout naturellement de la situation d'esprit
paiticuiière dans laquelle s'est vu jeté tout
philosophe doué d'une fibre patriotique.
Chacun des morceaux qui le composent a
été lu plusieurs fois dans des réunions publi
quus et privées. L'accueil favorable dont ils
_ 14 —
ont été l'objet a déterminé leur auteur à les
répandre dans le public, avec le secours de
l'imprimerie.
Le poème portant ce titre : Sots maudit,
Boncq'jarte, a joui particulièrement de la fa-
veur des auditeurs; et les applaudissement.-:;
chaleureux qui lui ont été prodigués auraient
pu donner quelque vanité au poète, si le poète
avait quelque penchant à ce vilain défaut.
Toutefois, que le public ne s'y trompe pas.
L'auteur, en écrivant ce poème, n'a prétendu,
en aucune façon, faire cause commune avec les
tristes spéculateurs qui, depuis la date du 4 Sep-
tembre, ont inondé les voies publiques de publica-
tions écoeurantes,- illustrées ou non, en vers ou
en prose.
Ce n'est point le triste plaisir d'insulter à la
chute d'un pouvoir qui lui a fait prendre la
plume.
Un sentiment d'indignation lui a seul dicté
son oeuvre ; et cette indignation doit être d'au-
tant moins suspecte qu'elle émane d'un homme
trompé dans la confiance et l'espoir dont il avait
honoré la cause Bonapartiste.
A dater de l'affreuse déception de Sedan, Tau-
_ 15 —
teur est devenu républicain ; non pas parceque
la République triomphait ; mais parceque l'Em-
pire s'étant suicidé lui-même d'une aussi mé-
prisable façon, on ne pouvait raisonnablement
pas refuser une sympathie d'honnête homme à
une forme de Gouvernement qui, au rebours,
sortait du tombeau avec une aussi noble simpli-
cité pour accepter l'héritage de dettes et de mal-
heurs légué par l'ennemi le plus lâche et le plus
funeste qu'aient jamais eu les Républicains.
Ce n'est donc pas une pierre d'insulte que je
jette à l'homme de Sedan ; c'est un cri de haine,
tel qu'en peut seul pousser l'honnête coeur qui
découvre combien était méprisable ce qu'il aimait.
Et c'est la crainte que j'ai d'éprouver, une
seconde fois, de la part de tout autre Gouverne-
ment constitutionnel, une semblable déception,
qui est cause que je me suis résolu à accepter, à
défendre, à garantir dans mes écrits comme dans
mes actes, le Gouvernement de la République
honnête et juste qui peut se tromper quelquefois ,
mais qui ne trompe jamais.
FKRNAND DÉ3AULNÉE
S^IÎ^DIT, BONAPARTE!
^' -x\ VA \'?JyÈM'Ei
I
Non, je suis trop loyal pour nier mon passé;
Je fus son partisan, je l'avoue à voix haute,
Et pour que dans mon coeur le respect fasse faute,
Il faut réellement qu'il m'ait beaucoup lassé.
Ce n'est pas en voyant rugir la France entière
Que j'ai forcé la Muse à lui sonner ce glas ;
Frères, en vérité, croyez-en ma colère,
Je n'aurais jamais cru qu'il pût tomber si bas.
Ah ! mon pauvre pays, où trouver dans l'histoire
L'exact équivalent de celte trahison ?
Cet homme sans pitié, sans effroi, sans raison,
T'a bavé sur le coeur et t'a souillé ta gloire !
Devant un tel spectacle, ô France, ô peuple, ô Dieu,
Pour peindre le dégoût tout langage est sans force !
Dans ton fils, dans sa race et par toute ta Corse,
Sois à jamais maudit, Bonaparte neveu !
20
II
Ah ! tu nous coûtes cher, ambitieux vampire !
Tu nous as bien tiré jusqu'au dernier caillot
Notre sang dans lequel s'est noyé ton empire,
Notre sang qu'a vomi ton coeur sec et vieillot.
Plût au ciel que le peuple, un peu moins débonnaire,
Eût, dès le premier jour, sans crainte et sans respect,
Envoyé son vieux coq manger au fond de l'aire
Ton aigle sanguinaire,
Après avoir brisé son oeuf sous le maillet i
Nous amions, d'un seul coup, réglé tous nos vieux comptes
Évité bien des honfes,
Et mangé notre pain, dépourvu d'acreté,
Au soleil de la Liberté !
Mais non, tu vins t'asseoir au banquet, sur un trône
Mendié, puis conquis sans pudeur et sans droits
Tu vins faire le beau pour avoir cette aumône
Et l'on vit ton front jaune
Suer de vanité sur la pourpre des Rois.
Devant un tel spectacle, ô France, ô peuple, ô Dieu,
Pour peindre le dégoût tout langage est sans force :
Dans ton fils, dans sa race et par toute ta Corse,
Sois à jamais maudit, Bonaparte neveu !
— 21
III
Mais aussi, franchement, frères, qui pouvait croire
Que ce Napoléon fût si plat et si vil,
Qu'il e ût si peu nourri son coeur clans son exil
Et qu'il nous eût valu ce terrible déboire ?
Le temps a l'ait couler... combien ? - - quarante jours ;
Et cela fut assez pour tuer le prestige
De ce prince taré qu'on ne sait quel vertige
Nous faisait acclamer au son de vingt tambours.
Il a tramé son nom dans le sang et la fange ;
Il a fait pis encore ; il a, ce vieux bouffon,
11 a tué l'honneur de la sainte phalange
Que couvrait son drapeau qui n'est plus qu'un torchon.
Il a — Dieu l'a souffert ! — il a fait pis encore ;
Il a, cet Empereur misérable et fatal,
Brisé le piédestal
Où gémit sous l'airain l'aïeul qu'il déshonore.
Celui-là, s'il versait le sang des Citoyens,
Nous le payait en gloire; et par tous les moyens,
Et dans tous les combats, respectant sa couronne,
Exposait bravement sa vie et sa personne.
Il brisait son épée et ne la rendait pas !
Pourquoi, vous, son neveu, l'avez-vous mis si bas ?
Si bas qu'en son tombeau, dans son oeil sans paupière,
La mort a du permettre un éclair de colère ;