Pauvre petite!

Pauvre petite!

-

Documents
45 pages
Lire
Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres

Description

Paul Bourget, né à Amiens le 2 septembre 1852 et mort à Paris le 25 décembre 1935, est un écrivain et essayiste catholique français issu d’une famille originaire d’Ardèche. Extrait : Savoir Louise sur une pente fatale, quel écroulement ! Mais je voulais ignorer encore qui l'y entraînait et surtout à quel degré elle était arrivée. J'en étais là de mes réflexions quand il fallut rentrer dans la vie réelle

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 47
EAN13 9782824712741
Langue Français
Signaler un problème

P A U L BOU RGET
P A U V RE P ET I T E !
BI BEBO O KP A U L BOU RGET
P A U V RE P ET I T E !
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1274-1
BI BEBO OK
w w w .bib eb o ok.comA pr op os de Bib eb o ok :
V ous av ez la certitude , en télé char g e ant un liv r e sur Bib eb o ok.com de
lir e un liv r e de qualité :
Nous app ortons un soin p articulier à la qualité des te xtes, à la mise
en p ag e , à la ty p ographie , à la navig ation à l’intérieur du liv r e , et à la
cohér ence à trav er s toute la colle ction.
Les eb o oks distribués p ar Bib eb o ok sont ré alisés p ar des béné v oles
de l’ Asso ciation de Pr omotion de l’Ecritur e et de la Le ctur e , qui a comme
obje ctif : la promotion de l’écriture et de la lecture, la diffusion, la protection,
la conservation et la restauration de l’écrit.
Aidez nous :
V os p ouv ez nous r ejoindr e et nous aider , sur le site de Bib eb o ok.
hp ://w w w .bib eb o ok.com/joinus
V otr e aide est la bienv enue .
Er r eur s :
Si v ous tr ouv ez des er r eur s dans cee é dition, mer ci de les signaler à :
er r or@bib eb o ok.com
T élé char g er cet eb o ok :
hp ://w w w .bib eb o ok.com/se ar ch/978-2-8247-1274-1Cr e dits
Sour ces :
– Bibliothè que Éle ctr onique du éb e c
Ont contribué à cee é dition :
– Gabriel Cab os
Fontes :
– P hilipp H. Poll
– Christian Spr emb er g
– Manfr e d KleinLicence
Le te xte suivant est une œuv r e du domaine public é dité
sous la licence Cr e ativ es Commons BY -SA
Except where otherwise noted, this work is licensed under
h tt p : / / c r e a ti v e c o m m on s . or g / l i c e n s e s / b y - s a / 3 . 0 /
Lir e la licence
Cee œuv r e est publié e sous la licence CC-BY -SA, ce qui
signifie que v ous p ouv ez lég alement la copier , la r e
distribuer , l’ env o y er à v os amis. V ous êtes d’ailleur s
encourag é à le fair e .
V ous de v ez aribuer l’ o euv r e aux différ ents auteur s, y
compris à Bib eb o ok.Simple histoir e
’  . L foule emplit la vaste église .
La jeune Marié e entr e , des fleur s au fr ont,L Et l’ esp oir des b onheur s p er mis qui lui viendr ont
Ravit son cœur naïf d’un émoi qui la grise .
— Bien des jour s ont p assé depuis cet heur eux jour .
Ride aux baissés, un fiacr e au coin d’un quai s’ar rête ;
Une femme v oilé e en sort, courbant la tête .
L’ A dultèr e r e vient d’un r endez-v ous d’amour .
Entr e l’heur e inno cente et l’heur e criminelle
e de drames se cr ets se sont joués en elle !
el sacrifice a fait ce cœur , s’il r este fier !
C’ est la bien simple histoir e é crite dans ce liv r e ,
Et quand le criminel b onheur p ayé si cher
T e manqua, p auv r e cœur , tu ne pus lui sur viv r e !
Paul Bour g et.
28 mar s 1887.
Ceci n’est point une actualité, quoi qu’on en puisse croire, mais un récit
puisé dans un vieux manuscrit enseveli sous la poussière et oublié dans un
coin de la bibliothèque du château de X. . . Inutile de dire que je ne nommerai
1Pauv r e p etite ! Chapitr e
jamais ce château.
Je ne suis pas une plagiaire : je copie, et si je tais le nom de l’auteur, c’est
que mon vieux manuscrit n’est point signé.
Çà et là, les souris ou quelque autre vermine ont bien effacé ou déchiré
quelques lignes d’écriture, je tâcherai d’y suppléer, et je demande d’avance
pardon au lecteur, si mon imagination n’est pas à la hauteur du reste.
Le commencement, surtout, est un peu vague ; l’auteur a craint sans
doute de se désigner trop clairement ; car il faut avouer, pour être juste, que
bien que ces souvenirs nous soient donnés comme ayant été écrits par une
amie, ils ne sont pas précisément l’œuvre d’une amie !
Mais le silence de la mort qui s’est établi depuis si longtemps sur tous les
personnages dont il va être question, m’autorise à mere ce récit en lumière.
Il est toujours intéressant d’étudier la société du XVIII siècle ( ?), dans sa
vie intime, et de pénétrer ces dehors brillants, qui cachaient si souvent des
plaies effroyables !
Est-ce à dire que nous valons mieux à présent ? Il ne m’appartient pas
de juger. Chacun s’en tire, comme il croit le mieux.
Les cœurs, autrefois, étaient les mêmes, les institutions seules ont changé,
ainsi que les préjugés.
Est-ce donc parce qu’on n’ose regarder en face une statue antique libre
de voiles, qu’on soit plus vertueux ? Allons donc ! Vous tous qui criez tant
après M X. . ., ou M Z. . ., parce que son œil bleu en dit beaucoup, et que
son sourire en demande davantage !. . . laissez là vos belles phrases, ne vous
méfiez pas tant de la race humaine, sans quoi, elle se méfiera de vous, et
pourriez-vous affirmer que vous ne le regreeriez pas ?
Il faut bien être quelque peu sceptique, pour ne pas tomber dans la
naïveté.
n
2CHAP I T RE I
   connaissions-nous Louise et moi ? Je n’ en sais
plus rien, nous nous étions souv ent r encontré es, toutes p etites,D toutes les deux en grand deuil, elle , de son pèr e , moi, de ma mèr e .
Nos g ouv er nantes étaient en r elations, nous avions fini p ar nous p arler ,
nous nous étions plu, puis aimé es, et cee amitié-là , nous ne l’av ons
jamais trahie .
Mon pèr e , plong é dans la douleur que lui avait causé e la mort de ma
mèr e , avait r enoncé à toute espè ce de lux e , et s’ o ccup ait p eu de moi ; il
sortait toujour s seul et ne me p arlait pr esque jamais. T outefois il ne
néglig e ait rien p our mon bien-êtr e et désirait que mon é ducation fût soigné e .
La mèr e de Louise , au contrair e , vite consolé e , ne vivant que p our sa
fille , travaillait à grand-p eine à rétablir une fortune très compr omise à la
mort de son mari.
Nos vies se r essemblaient donc, en somme , quoique p ar des raisons
très différ entes.
3Pauv r e p etite ! Chapitr e I
Nous av ons ainsi p assé notr e pr emièr e enfance , nous cher chant
toujour s et toujour s heur euses de nous r etr ouv er . e de douces heur es se
sont é coulé es à nous confier l’une à l’autr e nos imp ortantes affair es. . .
ces mille riens qui tiennent une si grande place dans les e xistences de dix
à douze ans,. . . que sais-je , une pr omenade pr ojeté e et manqué e , une
leçon plus ou moins bien apprise ! À cet âg e , on ignor e encor e quel chap e au
sie d le mieux, ou quelle r ob e avantag e la tour nur e ; j’av oue p ourtant à ma
honte que Louise a commencé à s’ en douter avant moi ; elle me tr ouvait
jolie , sans doute p ar bienv eillance ; quant à elle , elle de v enait tout
simplement très b elle ; aussi, v er s la fin de sa dix-huitième anné e , elle fit un
mariag e inesp éré , et, c’ est le cas ou jamais de le dir e : p our ses b e aux y eux.
Comme son mari était bien alor s ! Il avait un caractèr e des plus aimables,
une intellig ence au-dessus de la mo y enne , et, av e c cela, une fortune
colossale .
Malheur eusement, il était d’une activité pr esque fébrile que ne p
ouvait supp orter la natur e indolente et p o étique de Louise .
Elle avait cr u l’aimer , comme cela ar riv e tant de fois, hélas ! On se
b er ce d’une esp érance , cr o yant tenir une ré alité !
Comment est-il p ossible , en effet, qu’une infortuné e cré atur e , ne
connaissant du monde que le cer cle r estr eint qui gravite autour d’ elle ,
puisse se fair e une opinion quelconque sur l’homme av e c le quel elle
dev ra p artag er son e xistence ?
Elle entr e dans la vie de ménag e , comme dans un app artement neuf,
duquel elle ne connaît ni les inconvénients, ni les avantag es ; elle ne p eut
v oir la vie qu’à trav er s les illusions dont elle env elopp e son rê v e , et le
pr emier qu’ on lui présente , c’ est le mari qu’ elle accueille , en ayant cr u le
choisir ! Si c’ est un g alant homme , elle a quelque chance de b onheur , sinon
elle sera une victime de plus. ant à l’arait, à la sy mp athie , à l’amour . . .
l’amour surtout qu’ elle doit à p eine connaîtr e de nom, on s’ en pré o ccup e
p eu ; elle ouv rira le liv r e de la vie , en commençant p ar la der nièr e p ag e ,
et ainsi le v oile , dé chiré tout à coup , lui montr era br utalement l’ e xistence
et chassera ces rê v es chéris qu’ elle ne p our ra plus jamais car esser !
Lor sque les pr emier s moments d’amour-pr opr e flaé , de vanité
assouvie fur ent p assés p our Louise , un désenchantement absolu s’ emp ara
de tout son êtr e , ce fut comme un malaise ine xplicable , mais incessant.
4Pauv r e p etite ! Chapitr e I
Notr e intimité , toujour s cr oissante , fit qu’ elle aima, dès le début, à se
confier à moi, me faisant p art de ses impr essions les plus p er sonnelles,
me détaillant, av e c une pré cision quelquefois gênante , toutes les cir
constances qui consacr ent à jamais l’union conjug ale . . .
Moments pré cieux et dé cisifs de l’ e xistence qui sont si souv ent
r emplis d’ang oisses, v oir e même de crainte . . . tr op rar ement hélas ! de
char mes !
— Ma Je anne chérie , me disait-elle , tu sais bien que mon sommeil avait
toujour s été abrité p ar l’ ombr e du ride au de ma mèr e , comme p ar l’aile
d’un b on ang e ; j’avais grandi b er cé e dans son sourir e qui saluait chaque
matin mon ré v eil. . . ce doux sourir e mater nel qui fait cr oir e que la vie est
b onne !. . .
Et v oilà que , tout à coup , ma mèr e disp araît, me liv rant à un homme
av e c le quel, la v eille , on ne me laissait p as causer seule . Alor s je me mis
à tr embler , me r epr o chant ce moment de v ertig e , où, triomphant de mes
hésitations, j’avais laissé entendr e ce mot fatal : « Oui ! je l’accepte p our
ép oux ! »
Oh ! mèr es, que v ous êtes coup ables, v ous qui cachez à v os filles
jusqu’au soup çon de la ré alité !
T e souvient-il de cee foule qui m’a semblé innombrable à la
cérémonie r eligieuse ? Ces chants pieux, l’autel éblouissant, le p arfum eniv rant
de l’ encens et des fleur s !. . . que sais-je ? mes v oiles, ma r ob e blanche . . .
T out ce tr oublant ensemble se dér oulait en ma mémoir e . . . j’étais
marié e . . . du moins p our le monde !
Mais quand ce rê v e d’un jour s’ env ole et que la nuit descend. . . quelle
chute !
J’étais seule dans ma chambr e , et tout en r ep assant en moi-même cee
jour né e , je ne m’ap er ce vais p as que les heur es continuaient à se
succéder . . . quand j’ entendis ma p orte s’ ouv rir , et mon mari p ar ut. . .
— Louise , ar rête-toi, m’é criai-je , je ne sais v raiment si je puis
continuer à t’ entendr e .
— Je t’ en supplie , dit-elle , en me for çant à me rasse oir et à l’é couter ,
il faut que je te raconte , il faut que tu saches, j’ai confiance en toi !. . . T u
n’ es donc plus mon amie ? . . .
— Oh ! si, p auv r e p etite !
5