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Pensées politiques et religieuses, suivies de deux poésies sur les pélerinages à Notre-Dame de Lourdes et du Grozeau, par A. de Merle,...

De
111 pages
impr. de F. Seguin (Avignon). 1873. In-12, 113 p..
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PENSÉES
POLITIQUES ET RELIGIEUSES
SUIVIES DE
DEUX POÉSIES
SUR LES PÈLERINAGES
A NOTRE-DAME DE LOURDES ET DU GROZEAU
Par A. DE MERLE
Ancien Conseiller Général de Vaucl-use.
Ceux qui votent l'impôt doivent
ètre imposés eux-mêmes. — M.
Toute nation qui renverse la
religion se renverse elle-mème,
PLATON.
Octobre, 1873.
AVIGNON
TYP. DE F. SEGUIN AINÉ, RUE BOUQUERIE, 13
1873
PENSÉES
POLITIQUES ET RELIGIEUSES
SUIVIES DE
DEUX POÉSIES
SUR LES PÈLERINAGES
A NOTRE-DAME DE LOURDES ET DU GROZEAU
Par A. DE MERLE
Ancien Conseiller Général de Vaucluse.
Ceux qui votent l'impôt doivent
être imposés eux-mêmes. — M.
Toute nation qui renverse la
religion se renverse elle-même.
PLATON.
Octobre, 1873.
AVIGNON
TYP. DE F. SEGUIN AINÉ, RUE BOUQUERIE, 13
1873
1874
PENSÉES
POLITIQUES ET RELIGIEUSES.
LA PRESSE
L'art do l'imprimerie, que quinze villes se sont dis-
puté l'honneur d'avoir inventé, cet art si utile qui fait
la gloire des Gutenberg, des Faust, des Schoeffer et
qui peut rendre les plus grands services à la société,
en propageant les saines pensées comme les précieu-
ses conquêtes de l'esprit humain, ne renferme-t-il pas
à la fois le bien et le mal, et peut-on dire qu'il ait pro-
duit jusqu'à ce jour, dans le journalisme notamment,
ou dans certaines brochures, les heureux effets qu'on
devait en attendre ?
La triste réalité, dans ce milieu des nouvelles cou-
ches sociales, où ne brille point sans doute le progrès
des lumières et où l'ambition désordonnée , que ne
justifie aucun mérite, cherche sans cesse son point
d'appui, n'en proclame-t-elle pas au contraire les dé-
plorables résultats ? Et la cause des troubles profonds
et subversifs qui se révèlent, de nos jours, dans les
idées comme dans les actes d'un trop grand nombre
d'individus, n'est-elle point dans ces journaux déma-
gogiques malheureusement trop répandus, dont les
titres pompeux et séduisants , toujours contredits par
les doctrines, suffisent à fasciner les naïfs, les pervers
ou les ignorants, et dont la funeste influence est faci-
- 6 -
litée par l'explosion sans frein des passions humai-
nes ?
Les bons journaux, c'est-à-dire ceux qui ont puisé
leur sève vigoureuse dans les vérités fondamentales,
dans les leçons de l'expérience, dans les riches tradi-
dions des siècles et dont la lecture no peut que déve-
lopper ou fortifier la probité politique et les meilleurs
sentiments que Dieu a placés dans le coeur de l'hom-
me, sont-ils recherchés, sont-ils lus par ces esprits ja-
loux, voués à une injuste méfiance contre les principes
éternels do la sagesse , par ceux-là surtout qui sont,
plongés dans l'athéisme, dans les ténèbres d'une fana-
tique et présomptueuse ignorance où ne brille souvent
que l'éclat d'une infernale cupidité, par ces hommes
enfin qui rêvent la ruine de la civilisation ?
Pendant que les bons citoyens, dont le jugement a
été formé a l'école de la droite raison et des vertus ci-
viques, ne dédaignent point (après s'être nourris des
enseignements de la presse conservatrice et pour dis-
tinguer de plus en plus, par le choc des idées, le juste
de l'injuste) de porter leur attention sur ces journaux
qui propagent des théories absurdes ou destructives
de tout ordre social, ne voit-on pas les faux républi-
cains, on général, dans leur antipathie bien prononcée
pour la libre discussion et dans leur prétendue infailli-
bilité, repousser avec mépris, sans daigner même les
lire, toutes les feuilles réputées conservatrices ?
Arrière ! disent-ils (eux les apôtres de cette liberté
de la presse qu'ils ont tant revendiquée), arrière tous
ces organes empoisonnés par le souffle monarchique
ou réactionnaire !
Et plongeant aussitôt leurs regards pleins de haine
et d'envie dans ce gouffre des plus détestables pas-
sions où s'agite convulsivement le journalisme révo-
— 7 -
lutionnairc, au profit des ambitieux qui exploitent
tous les vices, ils se hâtent de se repaître, avec une
cynique gloutonnerie, de ces élucubrations fétides qui
flattent leurs instincts, pour les répandre ensuite avec
une fiévreuse obstination jusque dans ces demeures où
fleurit encore, au milieu du calme des champs et loin
des luttes des partis, le règne de la paix, du travail et
de l'honnêteté !
Leur présomption n'a d'égale que leur ignorance
oisive ou leur férocité ! aussi ne cessent-ils de s'ad-
mirer et de se contempler comme des Preux dans l'or-
dre des progrès de l'humanité comme les seuls dépo-
sitaires des vérités politiques, en un mot, comme les
futurs régénérateurs de la société !
Que devient donc, dans cette situation, la salutaire
influence des bons journaux ce contre-poids des mau-
vaises doctrines) pour ces individus dont le jugement'
est faussé ou perverti par de funestes penchants et l'ap-
pat des écrits dangereux ? Et ne faut-il pas se résigner
dès lors, quelque pénible que soit cette vérité, à re-
connaître que la France (comme ce champ couvert de
ronces et d'épines qui ne peut faire fructifier la bonne
semence) n'est pas encore assez dépouillée de l'esprit
du mal, quoiqu'elle ait sur le front l'auréole du génie,
pour jouir avantageusement de la liberté de la presse?
Le devoir des hommes d'ordre, dans la crise que tra-
verse notre malheureux pays, est donc, au lieu de se
retrancher dans une périlleuse inertie, de propager
sans cesse, par tous les moyens, les bons écrits ; celui
des législateurs et des magistrats est de procurer à nos
enfants cette instruction solide et profondément mo-
rale qui seule peut assurer, pour l'avenir, le repos et
la prospérité de notre chère Patrie, de veiller sans re-
lâche sur les excès de la presse pour les combattre ou
- 8 -
les réprimer et de préserver ainsi nos populations,
dont le coeur est naturellement bon et impressionna-
ble, des mortelles atteintes de l'hypocrisie révolution-
naire, cette lèpre ou gangrène sociale qui a principa-
lement sa source dans les utopies, dans les convoitises
criminelles et surtout dans le terrible fléau de l'athéis-
me !
Que les sages et vrais amis de l'humanité, dirons-
nous en finissant, veuillent bien proclamer, dans tou-
tes les occasions, autour d'eux, que la liberté s'anni-
hile elle-même et qu'elle fait des esclaves et des tyrans,
chaque fois qu'elle enfante l'athéisme (doctrine funeste
et destructive, a dit la Harpe, qui dessèche l'âme et
l'endurcit, tarit une des sources de la sensibilité, brise
le plus grand appui de la morale, arrache au malheur
sa consolation, à la vertu son immortalité, glace le
coeur du juste en lui ôtant un témoin et un ami et ne
rend justice qu'au méchant qu'elle anéantit ! )
DEUX QUESTIONS
SUR LE
SUFFRAGE UNIVERSEL
Celui qui vote l'impôt doit être imposé
lui-même.
Ruit Trajanus, fiunt urceoli !
Le suffrage universel est-il un principe ?
Non, il n'est qu'un expédient !
Un principe est une vérité fondamentale, immuable,
consacrée par l'expérience ou la raison, et contre
laquelle viennent se briser tous les sophismes, tous
les paradoxes et toutes les passions intéressées à la
nier !
Le suffrage universel ne nous persuaderait jamais,
par exemple, malgré la plus écrasante majorité, que
deux et deux font cinq, que la nuit se montre en plein
midi, que la couleur blanche et la couleur bleue sont
rouges ; et d'ailleurs ne se contredit-il pas trop facile-
ment lui-même, en nous donnant aujourd'hui l'Em-
pire ou la Royauté, demain la République ? aujourd'hui
l'ordre, la liberté , la véritable fraternité , demain
l'anarchie, le despotisme , la guerre civile !
- 10 -
Doit-on recourir à lui pour avoir le règne de la jus-
tice sur la terre ?
Non! car il tient dans son essence le triomphe pos-
sible de l'erreur sur la vérité, des plus détestables
passions sur les plus beaux mouvements de l'âme,
qui sont : le culte de Dieu, les vertus civiques ,
l'amour de la famille, du travail et de l'économie !
Alphonse Karr a dit, et nous savons tous, que dans
le mécanisme du suffrage universel, deux fainéants
l'emportent sur un homme laborieux, doux ignorants
sur un savant, deux intempérants sur un homme
sobre, deux soldats sur un maréchal de France, deux
coquins sur un honnête homme ! Que deviendrait
donc la société, si le paresseux, et l'ignorant, l'ivro-
gne, et l'abruti, l'homme pervers, et l'égoïste, parmi
ceux qui ne possèdent rien, si les prodigues qui ont
dévoré leur patrimoine, si les descendants de ceux qui
recevaient jadis deux francs pour favoriser les Jaco-
bins, pouvaient au moyen du suffrage et au nom de
l'égalité (coupable chimère), déposséder à leur profit
celui qui, par son travail opiniâtre, son intelligence,
ses privations, sa probité, son esprit de sage écono-
mie, ou bien par le travail de ses ascendants et bien-
faiteurs, se trouve légitimement en possession de la
propriété ?...
Dans ce cas, tout stimulant au travail étant anéanti,
le commerce, l'industrie, l'agriculture, les sciences et
les arts n'auraient-ils pas fait leur temps ? et des lors
la société ne serait elle pas en proie a la misère gé-
nérale la plus affreuse comme au despotisme le plus
cruel et le plus tyrannique ?
L. P. Ségur ( un républicain non suspect, celui-là)
a dit, dans ses pensées politiques, à la fin du dernier
siècle :
- 11 —
« Lorsque les hommes sont sans propriété, l'état
« de nature existe ; ils vivent sans loi et ne recon-
« naissent de droit que celui du plus fort ; l'état social
« existe dès que les hommes possèdent des propriétés,
« et se donnent des lois pour en garantir la posses-
« sion contre ceux qui n'en ont pas.
« L'état social, dans son origine, n'est donc qu'une
« banque de propriétaires.
« Dans l'état social, les hommes sans propriété se
« trouvant dans une infériorité qui les blesse, tendent
« constamment à revenir à l'état de nature qui com-
« porte seul une égalité absolue.
« Les propriétaires, étant les seuls directement inté-
« ressés à s'opposer au retour à l'état de nature, doi-
« vent seuls avoir le droit de faire les lois de l'état
« social.
« Il faudrait supposer aux non-propriétaires beau-
« coup de vertus et de lumières pour croire qu'ils
« voteraient des lois conservatrices des propriétés
« qu'ils n'ont pas, et qu'ils s'opposeraient aux mouve-
« monts, aux révolutions qui leur en font espérer ;
« l'ordre ne leur permet que le fruit lent de l'indus-
« trie ; le désordre leur offre les jouissances rapides
« de la conquête.
« Les propriétaires, ayant seuls un intérêt évident et
« perpétuel à empêcher le désordre et à maintenir la
« tranquillité, sont les seuls qui puissent faire des lois
« sages.
« A peu d'exceptions près, ils sont les seuls qui
« puissent recevoir assez de lumière ; par l'éducation
« pour bien dictinguer le juste de l'injuste, l'utile du
« nuisible.
« Etant intéressés à faire des lois qui garantissent
« la liberté et la sûreté de tous, les propriétaires, en
— 12 -
« travaillant pour eux, travaillent forcément pour le
" non-propriétaire.
« Car tous les hommes, dans l'état social, doivent
« jouir des mêmes droits civils ; voilà l'égalité civile,
« la seule juste, la seule imprescriptible, la seule né-
« cessaire et la seule possible.
« L'égalité politique est une chimère absolue, un
« rêve funeste ; si vous l'admettez, les non-proprié-
« taires étant les plus nombreux, les plus ignorants.
« les moins intéressés à l'ordre, la majorité sera pour
« le désordre et la minorité pour l'ordre, la liberté
« sera détruite par l'anarchie, l'état de nature rempla-
« cera l'état social.
« En donnant les droits politiques aux propriétaires
« seuls, loin de décourager les non-propriétaires, vous
« excitez leur émulation, vous aiguillonnez leur in-
« dustrie et vous punissez l'inconduite et la paresse.
« Le propriétaire qui perd sa propriété perd ses droits
« politiques ; celui qui, par son travail, gagne une
« propriété acquiert les droits politiques ; c'est une
« règle juste ; elle est égale pour tous.
« L'inégalité politique, ainsi définie, est mère de
« l'industrie et conservatrice de l'ordre et de la liberté;
« l'égalité politique ou le système du sans-culottisme
« produit toujours l anarchie et l'esclavage.
« Le despotisme est le repos de l'anarchie.
« Ceux qui, dans un pays, détruisent les priviléges
« et l'inégalité de naissance, établissent la liberté ;
« mais ceux qui ne laissent pas subsister l'inégalité
« politique en faveur des propriétaires, détruisent la
« liberté et y substituent l'anarchie.
« Celui qui possède une portion de territoire est
« citoyen ; tout autre est habitant.
« Les habitants qui sont dans l'indépendance, qui
— 13 —
« savent lire et qui payent une contribution quelcon-
« que peuvent jouir du droit d'élire ; mais ils doivent
« être tenus de n'élire que des citoyens, que des pro-
« priétaires.
« Sans cette condition, comment s'assurer qu'ils
« n'éliront pas des hommes disposés, par intérêt et
« par ignorance, à faire des lois contraires à l'exis-
« tence de la cité, au maintien des propriétés.
« Quand on veut faire une révolution, le prétendu
« patriote est l'homme ardent ; quand on veut faire
« une constitution , le patriote est l'homme sage,
" Dans l'élection des représentants du peuple, on de-
« vrait regarder l'âge de trente ans comme une condi-
« tion nécessaire, et la qualité de père de famille
« comme une raison de préférence.
« L'âge mûr doit proposer les lois, la vieillesse doit
« les sanctionner, la jeunesse doit les défendre et les
« exécuter. »
Il résulte de ces pensées si profondes, comme de la
plus vulgaire clairvoyance, que le suffrage universel,
tel qu'il est aujourd'hui pratiqué dans notre malheu-
reux pays, sans contrôle sérieux ou loyal de la part de
certaines municipalités, « sans autre guide que celui
des clubs, » sans garantie contre les envieux, les am-
bitieux et les déclassés (suffrage dont ne voudraient
certes point la République Suisse et celle des États-
Unis) conduit fatalement, d'abîme en abîme, « la
France laborieuse et honnête, la France valeureuse et
éclairée à une mort lente mais certaine, » pour le plus
grand bonheur des radicaux, des socialistes, commu-
nards, démagogues et communistes, qui, pires que ces
grands carnassiers d'outre Rhin dont le plus ardent
désir est de se repaître de son cadavre, l'accompa-
gneraient triomphalement à sa dernière demeure, en
- 14 —
compagnie de tous les lâches ou poltrons qui les redou-
tent, au milieu dos flammes du pétrole, au bruit de la
fusillade et au cirant de la Marseillaise ?
Vous tous qui comprenez la sainte liberté, hommes
honnêtes de toutes les opinions, de toutes les profes-
sions, do tous les âges, de toutes les sectes, vous qui
formez le parti conservateur, aidez-vous, le ciel vous
aidera ; renoncez à vos méfiances, à vos haines per-
sonnelles, à vos divisions, uaisez vous, pour éviter
cette épouvantable catastrophe, dans un élan commun
d'amour pour la patrie, déjà trop mutilée, et deman-
dez à vos dignes représentants qu'ils veuillent bien,
avant de restaurer et d'embellir le premier étage de
l'édifice social, consolider sa base qui craque de toutes
parts, en votant au plus tôt une loi électorale, qui
puisse permettre à la grande nation de se relever et
d'être encore la première dans le monde !
Quoiqu'il y ait des honnêtes gens, parmi ceux qui ne
sont point imposés, et des hommes sages dans la pre-
mière jeunesse, demandez comme modification à la
loi électorale et comme condition pour l'électorat, dix
ou quinze francs d'impôt foncier, 23 ans d'âge, deux
ans de domicile dans la commune, plus le vote obli-
gatoire, et pour l'éligible, cinquante francs au moins
de contribution foncière, 30 ans d'âge et deux ans de
domicile réel dans la commune ou le département.
Si des changements de cette nature, qui no peuvent
« être qu'approuvés de tous ceux qui ont le goût du
« travail, » no sont pas bientôt apportés à la loi qui
nous régit, craignez dans un avenir plus ou moins
prochain, sous le souffle dévastateur des fausses doc-
trines qui exaltent jusqu'au délire, dans les clubs et
dans une certaine presse, les mauvaises passions plus
faciles à exciter qu'à combattre, craignez à la fois
— 15 -
l'anarchie la plus hideuse, l'athéisme le plus subversif
et le plus cruel, les nouveaux disciples des Marat, des
Robespierre, plus féroces que leurs maîtres, les enne-
mis et les égorgeurs de la France qui nous menacent
tous, et qui comptent avec bonheur les instants que
vous perdez.
Le temps presse, le danger est grand ! puissent nos
députés, quand il en est temps encore, se souvenir de
Montesquieu , mettre de côté tout préjugé, toute
crainte, et faisant droit à nos supplications, nous ren-
dre notre chère patrie puissante par son organisation
calme, prospère et respectée ; le salut est entre leurs
mains, qu'ils nous sauvent !!!
L'ÉGALITÉ.
Que de rêves ou mirages trompeurs s'incarnent, avec
ce mot magique, dans les esprits troublés ou affolés
de nos jours ! Que de convoitises coupables s'abritent
derrière ce mot comme autant d'oiseaux de proie, prêts
à fondre sur la société qu'ils guettent avec des yeux
sinistres ! que de crimes ont été commis et se prépa-
rent sans doute, en son nom, si la civilisation ne par-
vient à triompher du scepticisme anti-religieux de no-
tre époque : C'est avec ce mot que les fainéants, les
ambitieux et les déclassés ébranlent l'édifice social
jusque dans ses fondements ; c'est avec ce levier qu'ils
le renversent pour s'élever ensuite sur ses ruines
amoncelées et faire la conquête rapide des jouissances
et des gros traitements !
De môme que Saturne dévorait ses enfants, selon sa
promesse, pour occuper le pouvoir souverain, de même
ces pourfendeurs de civilisation sont prêts à engloutir
sciemment, dans les profondeurs pestilentielles de leur
atroce cupidité, cet enfant mort-né qu'ils appellent
l'égalité.
L'égalité civile ne suffit plus à ces voraces du pro-
grès, de ce progrès qui marche avec la rapidité et à la,
façon des crustacés qu'on nomme écrevisses !
L'égalité devant la loi, l'admission de tous les méri-
tes et de toutes les capacités aux emplois et aux dis-
— 17 -
tinctions, la faculté pour tous sans exception d'arriver
à la propriété par le travail physique ou intellectuel,
ne peuvent les satisfaire; ils rêvent une égalité bien
autrement complète, une égalité absolue !
Ils veulent violenter Dieu lui-même et le courber
sous le joug do leur volonté !
Donner l'intelligence à ceux qui n'en ont point,
l'ouïe aux sourds, la vue aux aveugles, une taille svel-
te, gracieuse et élancée aux rachitiques, la vigueur
aux constitutions débiles, la tempérance aux ivrognes,
l'amour du travail aux paresseux, l'esprit d'économie
aux prodigues, la douceur et la bonté aux méchants,
la probité aux coquins, est pour eux l'affaire d'un ins-
tant ?
Nous avons beau dire que, pour le triomphe de cette
égalité absolue, nous ne sommes pas tous « nés acro-
bates ou jongleurs, escamoteurs, saltimbanques, dan-
seurs de corde ou charlatans » ; n'importe ! nous de-
vons d'avance nous résigner ; on parviendra à vaincre
les résistances, à forcer la nature ; nous finirons,
grâce au génie des niveleurs, par être de vrais prodi-
ges ! nous posséderons tous l'art culinaire au même
degré, un appétit de Gargantua ; nous serons tous ton-
neliers et francs-buveurs ! L'égalité fora de tous les
hommes des cafetiers, des cabaretiers, maîtres d'hôtel,
garçons de table, confiseurs et pâtissiers, et, chose plus
remarquable encore, nous dînerons tous ensemble,
« sans entr'acte, les garçons de service et les cuisiniers
compris », (ce qui ne nuira nullement à la qualité des
mets comme aux exigences légitimes des convives les
plus difficiles ! Ne serons-nous pas tous propriétaires ?
Nous ne possèderons chacun, il est vrai, que quelques
mètres de « terrain dont plus de la moitié » sera occu-
pée par des sentiers ou des voies charretières : les
- 18 -
charmes n'y trouveront pas leur place, mais les houes,
les fourches, les pèles et les rateaux pourront y faire
« au moins deux fois leur évolution ! les oies, les din-
des » y trouveront largement leur nourriture et les ré-
coltes en seront très-abondantes !
Chaque citoyen, sous le règne de l'égalité, aura dans
son fonds, « sans empiéter sur celui du voisin, » de
vastes et gros pâturages, des forêts magnifiques pro-
duisant beaucoup de glands pour les besoins de la so-
ciété ainsi organisée, et, dans ce nouvel Eden , l'en-
grais ne fera jamais défaut, car les boeufs, les ânes et
les mulets très-nombreux, dans les écuries construites
sur le beau et même modèle, ne vivront que d'avoine
et de biscuits ! O Dieu, quel bon temps ! ! !
Nos poches uniformes, de même étoffe et de même
couleur que nos habits, regorgeront d'or et de mon-
naie ! semblables « aux cinq sous légendaires » qui se
renouvellaient sans cesse dans le gousset du Juif er-
rant, notre or et notre monnaie ne diminueront ja-
mais !
Lorsque l'un de nous voudra vider une chope, tous
les autres, au même instant, présenteront leurs lèvres
vermeilles à la coupe enchanteresse, dont la précieuse
boisson ne tarira point et se maintiendra toujours au
niveau égalitaire ! Les volailles truffées, les bécasses
se renouvelleront constamment sur toutes les tables
pour le bonheur de nos estomacs, comme au temps des
fées, et nous réunirons alors au teint le plus rubi-
cond l'avantage d'être potelés comme des quartiers de
lard !
Plus de malades parmi nous ; plus de guerre parmi
les peuples ; plus de détrousseurs et de coupe-jarrets ;
plus de crimes ! Ne serons-nous pas tous médecins et.
pharmaciens, tous généraux ou maréchaux, tous jurés,
- 19 -
juges ou magistrats, tous gendarmes ? Lorsqu'il y au-
ra lieu de réparer ou reconstruire un édifice, on verra
sortir de la boîte égalitaire tous les enfants d'Adam
transformés en architectes, maçons, manouvriers, char-
pentiers, forgerons, ébénistes et menuisiers ! Nous
frapperons tous, à coups redoublés et en mesure, sur
les blocs de pierre, sur le banc de l'atelier et sur l'en-
clume, au milieu d'un tapage infernal « qui nous ré-
jouira tous également. »
Enfin nous exercerons et nous occuperons tour à
tour, au même moment et au même degré, toutes les
professions et positions sociales, depuis l'orfévrerie
jusqu'à la bijouterie, depuis Tityre jusqu'à la Diane
chasseresse, depuis les Grâces jusqu'aux Gyclopes, de-
puis les Bacchantes jusqu'à Minerve, depuis la mani-
pulation du papyrus jusqu'à l'invention de Montgol-
fier !
Les problèmes les plus difficiles, les théorèmes les
plus compliqués seront résolus instantanément sur le
plateau de la balance égalitaire, « même par les ci-
devant idiots ! »
Et ainsi de suite. Nous aurons ainsi atteint, sous le
drapeau de l'égalité, le dernier terme de la fraternité,
du progrès et de la civilisation.
LA LIBERTE.
Un ancien poëte avait composé trois vers en trois
jours ! A votre place, lui dit un ami, j'en aurais écrit
trois cents ! Oui, répondit Euripide, mais ils n'auraient
duré que trois jours !
Devrait-elle ma prose ne durer que trois minutes, je
ne puis m'empêcher d'user, un moment, de ma dix
millionième partie de la souveraineté populaire, pour
jeter, au milieu des tempêtes qui tourmentent l'hori-
zon, le faible écho de ma voix sur ces grands mots de
liberté, d'égalité, de fraternité que les prétendus répu-
blicains ne cessent de faire retentir de toutes parts,
dans la plaine, dans les monts et les vallées, parmi la
foudre et les éclairs , comme la subrime devise
inventée par eux, de la régénération sociale, et qu'ils
pratiquent cependant à la façon des Tartufe et des
Marat !
Liberté, Égalité, Fraternité !
Oh ! que celle devise est belle
Et féconde en moralité !
Dans son union éternelle,
L'auguste et sainte Trinité
La fonda pour l'humanité !
La Liberté nous vient du Père ;
Le fils meurt pour l'Égalité
Et, comme un noeud qui les resserre,
L'esprit d'amour lègue à la terre
La plus tendre Fraternité !
- 21 —
Les faux républicains de nos jours sont tellement
ingénieux que, s'ils avaient vécu au temps de l'hono-
rable et célèbre colonel Petit, ils auraient trouvé des
truffes, même sur le radeau de la Méduse , ils auraient
pu aussi, au siècle de Molière, se faire prêter de l'or
par Harpagon !
Ils renouvellent en effet, chaque jour, devant nos
yeux ébahis, le prodige étrange de se faire applaudir,
encenser et adorer, par un public peu lettré passionné
ou ignorant, comme les vrais dispensateurs de la
liberté, les ennemis les plus naturels de tout despo-
tisme, de toute tyrannie !
C'est à l'oeuvre qu'on apprécie les ouvriers ; jugeons-
les donc un peu par leurs actes et non par leurs dis-
cours :
S'agit-il de la liberté de conscience, de la plus sainte
des libertés ?
Voyez comme ils la traitent à Grenoble, à Nantes,
dans leurs réunions et dans leurs clubs ! Rappelez-
vous les églises profanées et souillées pendant la com-
mune de Paris, comme au temps de Robespierre !
Liberté de prier? Ils vous jettent à la face et vous
décochent comme autant de traits gracieux, les épi-
thètes fraternelles de caffards, cagots, calotins, bedeaux,
sacristains, etc. Ils ont oublié, dans les cabarets, les
clubs et mille autres lieux, que le Christ, dont ils mau-
dissent vainement le culte, est le fondateur divin de la
vraie liberté !
Liberté pour la famille d'élever ses enfants ? Ils pro-
clament hautement l'odieux projet d'étouffer un des
plus beaux sentiments que Dieu ait placés dans le
coeur de l'homme, l'amour paternel et maternel, et
d'arracher violemment à la famille (cette fraction in-
dispensable de ce tout grandiose qui compose solidai
22 —
rement la grande famille humaine) tous les enfants
pour les confier, sous leur unique tutelle, à cet être col-
lectif qu'ils appellent l'État ! Après avoir insulté Dieu
dans ses temples, au nom de la matière divinisée, ils
veulent encore le bannir de l'école !
Liberté d'aller et de venir ? Eux seuls ont le droit
de provoquer et de tenir, sur tous les points de la
France, des réunions publiques soi-disant privées el
d'insulter, de huer et de lapider ceux qui, n'étant point
leurs coreligionnaires, font sans, bruit, à l'instar du
brave général Cathelineau, de simples visites à leurs
amis !
Liberté de penser et d'écrire ? Ils menacent de la
corde, de la guillotine et des plus mauvais traitements
au moins les réactionneires et les aristocrates, même
les plus pacifiques, qui, n'ayant pas la faiblesse de se
taire, ne pensent pas et n'écrivent pas comme eux pour la
république radicale et débraillée !
Liberté de travailler ? Ils se ruent avec acharnement
sur ceux de leurs frères qui ne veulent point saigner
à blanc les malheureux patrons, c'est-à-dire les tra-
vailleurs qui sont parvenus, par leurs rudes labeurs,
leur intelligence, leurs privations et leurs économies,
à l'honorable position de chefs d'atelier ou d'indus-
trie !
Liberté de posséder ? Ils rêvent le màt de cocagne
où seraient suspendues les défroques des propriétaires
(fruits de longs et pénibles travaux) !
Liberté individuelle ? Ceux qui refusent de s'asso-
cier à leurs sataniques projets sont menacés de cer-
tains traitements hygiéniques bien connus dans cer-
tains lieux plus ou moins cellulaires, à l'instar de ceux
si gracieusement octroyés aux Darboy, aux Bonjean,
aux Lecomte, etc.
- 23 -
Liberté de voyager ? Les faux républicains ne peu-
vent voir, sans haine sauvage et sans coupable envie,
ces équipages des riches qui profitent du produit de
leur travail ou de celui de leurs auteurs ; ils jalousent
même les voitures des plus simples bourgeois, oubliant
que les riches et les bourgeois ne dînent qu'une fois, et
qu'ils font vivre, par le produit de leurs terres ou leurs
dépenses de luxe, des milliers d'ouvriers et d'innom-
brables familles !
Liberté de se vêtir ? Pourquoi sont-ils furieux, en
présence des toilettes plus ou moins luxueuses qui
s'étalent à leurs yeux ?
Devraient-ils ignorer, qu'avant d'être portées, elles
ont subi les métamorphoses de l'art et de l'industrie
sous la main de plusieurs millions d'ouvriers qu'elles
ont largement rémunérés ou enrichis?
Liberté de vivre et de mourir? Ils n'admettent
point la liberté de vivre et de mourir chrétiennement,
mais ils veulent imposer la nécessité de vivre et de
mourir laïquemcnt, c'est-à-dire cyniquement et sans
croyance.
Liberté et égalité devant la loi? La loi ne doit
jamais leur être appliquée, si ce n'est pour les pro-
téger lorsqu'ils prévariquent : mais elle doit toujours
être impitoyable, suivant leurs fantaisies contre tous
ceux qui ont l'audace d'être conservateurs ou hommes
d'ordre ; elle doit même les condamner sans preuve et
sans les entendre, le tout, au nom de la liberté et de
la fraternité des peuples !
Liberté électorale ? Quelques individus se disant
délégués du peuple, forment des comités, et, malgré
leur haine bien connue pour les candidatures officiel-
les, imposent aux moutons de Panurge des candidats
avec mandat impératif.
- 24 -
Au jour du vote, les moutons, devenus des loups,
épouvantent les électeurs indépendants et pacifiques
pour les éloigner du scrutin !
C'est ainsi que ces fervents régénérateurs de la
société parviennent, en terrorisant, flattant et trom-
pant les masses peu instruites ou ignorantes et affa-
mées de bien-être, à se poser comme les véritables
maîtres de la liberté dans notre chère et malheureuse
France.
Leurs chefs qui, en matière de désintéressement,
de patriotisme, de courage et de dévoùment, ne seront,
jamais des Cincinnatus, des Fabricius ou des Decius, se
font pourtant adorer, au nom de l'égalité, comme des
Dieux, dans l'Olympe Républicain !
O liberté, que de crimes et de folies on commet en
ton nom !
LES MAIRES.
L'élection des maires par les conseils municipaux,
dans les communes au-dessous do 20,000 âmes, et
l'obligation pour le pouvoir exécutif de choisir ces
magistrats parmi les élus de la cité, dans les villes
d'une population supérieure, constituent sous le régime
du suffrage universel (sans limites), qui préside à nos
destinées, une des principales causes d'affaiblissement,
de décadence et de dissolution pour notre malheu-
reuse patrie ; et, si la véritable liberté pouvait périr,
au milieu d'un peuple fier et généreux, c'est de l'orga-
nisation municipale actuelle, comme des progrès du
matérialisme, qu'elle recevrait le coup mortel !
Tout en affirmant le respect qu'exige la loi sur
cette matière, tant qu'elle n'est pas légalement modi-
fiée (attendu d'ailleurs qu'elle a été dictée par une
inspiration libérale) ne peut-on pas se permettre d'en
faire ressortir les inconvénients ?
Le plus grave de tout est, sans contredit, celui qui
sape en ses fondements, l'unité du pouvoir exécutif
dans l'exercice de ses devoirs légitimes :
Qu'on se rassure ! il ne s'agit point ici de défendre
l'omnipotence du pouvoir central, relativement aux
affaires exclusivement communales, qui nécessitent la
décentralisation dans tout pays libre et bien organisé,
mais bien cette unité indispensable à l'exécution des
2
- 26 -
lois d'intérêt général, qui seule peut donner assez de
cohésion au mécanisme gouvernemental pour le
rendre fort et respecté.
Nous entendons proclamer chaque jour, et nous
lisons ces grands mots : « République une et indivi-
sible ! »
Ne dirait-on pas que la logique, « ennuyée de sa
longue existence, qu'elle sait éternelle, » veut pour se
distraire un moment et se jouer de la mobilité fié-
vreuse de certains hommes, livrer sa place par déri-
sion aux erreurs et aux contradictions les plus mani-
festes ?
Que voyons-nous, en effet, dans ce pays désolé, scindé
et divisé qu'on appelle la France ?
Presque autant de Républiques provisoires que de
communes !
Ici, la mairie fait exécuter les ordres ministériels,
qui ont pour but de faire respecter la loi ; là, certains
magistrats municipaux s'empressent de faire passer
ces mêmes ordres sous leurs fourches caudines,
selon leur bon plaisir et pour être agréables à leurs
chers électeurs dont la force numérique les protége
suffisamment contre les justes sévérités du gouverne-
ment.
Dans telle commune, les maires élus obligent les
agents qui émargent au budget communal, à exercer
sans relâche, le flair à pleins naseaux et, au besoin, les
poursuites les plus rigoureuses contre les moindres
délits ayant la moindre odeur conservatrice et à se
montrer insensibles, sourds ou aveugles devant les
infractions les plus scandaleuses et les plus dégoû-
tantes de la démagogie en fureur ou en goguettes !
Dans telle autre, les honnêtes gens ne peuvent pa-
raître en public sans recevoir des insultes ou des pro-
— 27 —
vocations de la part des amis ou protégés de l'autorité
locale.
On a vu certain maire, en 1871, faire afficher l'offi-
ciel de l'infâme Commune de Paris, dans le cadre ou
tableau destiné aux publications de mariages, pour
unir sans doute dans une étreinte fraternelle les exé-
crables assassins des otages avec les héroïques et glo-
rieux défenseurs de la loi !
On en a vu, encore, escamoter par un de ces tours
de prestidigitation, si familiers aux adeptes de la déma-
gogie, les bulletins de Versailles qui arrivaient chaque
jour, pour rassurer les hommes d'ordre !
Dans tel village, le chef de la municipalité est un
des plus instruits, des plus honnêtes et des plus dignes
parmi les sages de la commune qui sont les plus nom-
breux ; il est plein de déférence envers les lois, qu'il
fait énergiquement respecter ; il est en un mot le père
de ses administrés ! Pénétré de cette incontestable
vérité qu'il n'existe pas de peuple sans croyance reli-
gieuse, il protége, comme son conseil, dans l'école
communale, cette instruction « qui a Dieu pour prin-
cipe et pour fin de toutes choses », et il prépare ainsi
à la patrie, dans la sphère de ses attributions, des
hommes sages, pleins de cet esprit de patriotisme et
de sacrifice « qui fait les grandes nations ! »
Dans tel autre, au contraire, c'est le plus ignorant,
le plus exalté, le plus fanatique démagogue de la loca
lité, « ne reconnaissant d'autre autorité que la sienne; »
ego sum lex !
Emporté par je ne sais quel vent impétueux du suf-
frage universel et par ce prétendu progrès qui ren-
verse tout sur son passage, « même ses admirateurs, »
il se précipite dans la maison d'école avec un courage
digne de ces esprits rebelles qui furent autrefois châ-
- 28 -
tiés dans le ciel, saisit d'un poignet vigoureux l'image
de celui qui tient l'univers entre ses mains, « et la
portant à bras tendus, » dans sa force herculéenne, la
jette par la porte, malgré les protestations d'un
grand nombre de familles, pour qu'elle aille se faire
adorer dans les cabarets, au fond d'une bouteille de
gros bleu, d'absinthe ou d'alcool ! Quis ut ego, dit-il,
« qui est semblable à moi ! » et, s'enflant aussitôt
comme ces reptiles de l'ordre des batraciens dont nous"
parle Lafontaine, il prendrait bientôt, s'il ne subissait
leur sort, dans son enthousiasme pour la liberté, les
proportions effrayantes des Néron et des Caligula.
Dire que l'on a vu des maires étaler des emblèmes
séditieux et porter ainsi, « en riant dans leur barbe, »
un coupable défi au pouvoir central, au nom du suf-
frage universel, serait chose superflue!
Et la liberté, ce radieux soleil destiné à éclairer le
monde de ses douces lueurs, cet astre roi que les
nuages amoncelés et gros d'orages dans l'horizon
politique voilent sans cesse à nos regards, pourra-t-
elle jamais réchauffer la France de ses rayons bien-
faisants dans cette atmosphère glacée que le souffle
dissolvant de certaines municipalités élues rend insup-
portable ou mortelle dans un grand nombre de loca-
lités ?
Dans ces lieux, où règne le plus souvent la tyrannie
de l'incapacité, que deviennent en effet les droits les
plus respectables des minorités ?
Ne sont-ils pas exposés à être méconnus et ne sont-
ils pas souvent foulés aux pieds par ces magistrats
municipaux, qui, pour se maintenir au pouvoir, subis-
sent le mandat impératif et sont eux-mêmes une cause
de discorde dans leurs communes ?
Le baptême municipal, administré par l'élection,
- 29 -
a-t-il le don de créer les vertus civiques et cet esprit
d'impartialité qui doit faire de ces magistrats de véri-
tables pères de famille ? et le maire énergique et cons-
ciencieux qui voudrait résister au torrent sans frein
des passions électorales, dans notre siècle affreusement
troublé, ne serait-il pas entraîné et submergé dans ce
gouffre incommensurable qu'on appelle le fleuve popu-
laire ?
Où est donc, d'après ce qui précède, la République
une et indivisible ? où est donc la liberté ? et quel
remède apporter au mal rongeur qui dévore notre
chère France ? Doit-on le chercher dans la suspen-
sion, la révocation d'un maire, d'un adjoint, dans la
dissolution au besoin d'un conseil municipal ? mais ce
serait se précipiter selon la parole récente d'un homme
éminent, « de Carybde en Scylla !» ; et n'y a-t-il pas
dès lors urgence à modifier la législation actuelle ou
à revenir purement et simplement, « après avoir
épuré le suffrage universel, à cette loi qui attribuait
jadis au pouvoir exécutif le droit de choisir les fonc-
tionnaires municipaux soit, dans la commune, soit
parmi les élus de la cité !
L'expérience de nos pères à ce sujet n'est-elle pas
digne de notre respect, et Florian n'aurait-il plus le
sens commun dans sa fable de la carpe et des carpil-
lons ?
Il est certain qu'aucun gouvernement ne peut-être
assez fort pour empêcher ou vaincre l'anarchie s'il
n'est armé légalement du droit de choisir librement
les municipalités ou bien d'enlever aux maires, dans
le cas où il ne serait point dérogé au mode actuel de
nomination, « les attributions exécutives ou judiciaires
pour les confier à des hommes spéciaux dans chaque
localité !
— 30 —
Le maire, « dans le premier cas, ne serait plus un
obstacle à l'action gouvernementale et ne pouvant,
dans « le second » s'occuper que des affaires d'intérêt
purement communal, ne pourrait plus nous donner
le triste spectacle des luttes politiques dans sa juridic-
tion !
Que Dieu vienne en aide à la France et nous donne
enfin par les institutions de son choix, le règne d'un
pouvoir fort et de la véritable liberté !
UNE SECTE.
L'homme a-t-il été créé entièrement libre sur la
terre ? n'est-il pas l'esclave-né de ses passions, de ses
besoins matériels, de ses devoirs envers ses sembla-
bles ? ne subit-il pas, par convenance ou par raison, le
fardeau plus ou moins lourd des exigences sociales ?
quel est celui qui peut se dire indépendant dans le sens
absolu du mot ? qu'il montre son visage et vous lui
prouverez, cher lecteur, que si son corps est soumis
aux lois de la physiologie, son âme appartient au Créa-
teur ?
Avant la venue du Christ, un homme célèbre qui
avait fondé l'académie d'Athènes, Platon, disciple de
Socrate, s'était écrié : « Toute nation qui renverse la
« religion, se renverse elle-même. »
Xénophon, philosophe érudit et respecté, avait re-
connu et proclamé que les nations, qui s'étaient distin-
guées par le culte des dieux et par la sagesse, « étaient
« celles qui avaient été les plus prospères et qui avaient
« eu la plus longue durée. »
Inutile de signaler ici tous les écrivains et penseurs
profonds qui ont consacré cette éclatante vérité, dans
les temps anciens ; empruntons sur ce point quelques
pensées seulement au 17e et au 18e siècles.
L'auteur des provinciales, si je ne me trompe, a
dit : « Un peu de science éloigne quelquefois de Dieu,
« mais beaucoup de science y ramène ! »
- 32 —
Voltaire, cet ennemi acharné du Christianisme, n'à-
t-il pas dit à son tour : « S'il n'y avait pas un Dieu, il
« faudrait l'inventer dans l'intérêt de la société ! Je
« ne voudrais pas, a-t-il ajouté, être gouverné par des
« athées, j'aurais peur d'être broyé par eux dans un
« mortier ! »
Ne troublerons-nous pas les mânes de tous ces pen-
seurs, et ne se dresseront-ils pas d'indignation, si nous
faisons suivre leurs paroles, pour l'édification des li-
bres-penseurs et tripoteurs d'athéisme de nos jours,
de celles prononcées le 7 prairial, an II, devant la Con-
vention, par un homme dont le nom sera toujours un
objet d'horreur et d'exécration pour la postérité, par-
le sanguinaire dieu lui-même de l'école révolution-
naire contemporaine : qu'ils nous pardonnent ce rap-
prochement dans l'intérêt de la cause que nous défen-
dons.
« On a essayé, dit Robespierre, de dépraver la mo-
« rale publique et d'éteindre les sentiments généreux
« dont se compose l'amour de la liberté et de la pa-
« trie, en bannissant de la République le bon sens, la
« vertu et la divinité.
« De quel droit, disait-il dans un discours aux Jaco-
« bins, en parlant des orgies infâmes qui avaient souillé
« les temples consacrés au Seigneur, de quel droit des
« hommes inconnus jusqu'ici dans la carrière de la
« Révolution viendraient-ils chercher, au milieu des
« événements, les moyens d'usurper une fausse popu-
« larité, d'entraîner les patriotes même à de fausses
« mesures et de jeter parmi nous le trouble et la dis-
« corde ? de quel droit voudraient-ils troubler la li-
« berté des cultes, au nom de la liberté, et attaquer le
« fanatisme par un fanatisme nouveau ? de quel droit
« feraient-ils dégénérer les hommages solennels ren-
- 33 -
« dus à la vérité pure en des farces éternelles et ridi-
« cules ? Pourquoi leur permettrait-on de se jouer
« ainsi de la dignité du peuple et d'attacher le grelot
« de la folie au scepticisme même de la philosophie ? »
Avons-nous besoin de ces citations pour combattre
les manifestations athées des libres-penseurs ? Ne sa-
vons nous pas que notre chère France a été grande,
puissante et respectée, tant qu'elle a été fidèle à la foi
de ses pères, à cette foi qui est la véritable science
du patriotisme des vertus civiques et de la véritable
liberté ?
Pouvons-nous oublier que, chaque fois qu'elle a
cessé de se réchauffer à son foyer bienfaisant, la déesse
Raison l'a souillée des excès les plus criminels et l'a
couverte de ruines en la faisant descendre du rang des
nations civilisées ?
N'est-ce pas la croyance en Dieu, la récompense
qu'elle fait espérer pour les nobles actions, l'esprit de
sacrifice qu'elle impose, qui ont fait les héros et les
martyrs ?
Et les zouaves pontificaux, et les valeureux soldats
des Charette, des Cathelineau, les guerriers héroïques
de Reischoffen, de Forbach, etc., tous ces hommes qui
se faisaient tuer par patriotisme sous le commande-
ment de leurs dignes officiers; et les Frères de la doc-
trine chrétienne qui bravaient courageusement la
mort, comme les soeurs de charité, pour relever les
cadavres et soigner les blessés, est-ce la libre-pensée
ou la foi chrétienne qui excitait leur glorieux enthou-
siasme ?
L'expérience nous prouve que c'est encore la croyance
en Dieu et la religion chrétienne qui nous appren-
nent à supporter avec résignation toutes les adversités
et tous les maux inévitables qui affligeront l'humanité
jusqu'à la fin des temps.
- 31 -
C'est cette croyance, cette religion qui, après avoir
affranchi les hommes de l'esclavage le plus dégradant,
a répandu sur eux le doux rayonnement de la civili-
sation, en adoucissant en général les moeurs et les ca-
ractères. — Celui qui ne craint pas Dieu ne suit pas
son précepte : « aime ton prochain comme toi-même ;
ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on
te fit à toi-même ! »
Celui qui ne craint pas Dieu méprise son comman-
dement : « le bien d'autrui tu ne prendras ni retien-
dras à ton escient » ; il est enclin, dès lors, à subir le
joug de ses mauvais instincts, à être égoïste, cruel et
dangereux pour la société ; il ne pense qu'à briser tous
les obstacles pour satisfaire ses plaisirs matériels. Quels
sont les enfants qui respectent le mieux leurs parents ?
les trouve-t-on parmi les libres-penseurs ou parmi
ceux qui pratiquent le commandement du Seigneur :
« Père et mère honoreras afin que tu vives longue-
ment. » — A quelle école appartiennent ceux qui
abandonnent les joies véritables et le bonheur du foyer
paternel, où leur enfance a reçu des soins si dévoués,
pour vivre constamment, non dans le travail source
unique du bien-être matériel, mais dans les cabarets,
les cafés, les salles de jeu, et les clubs ?
A quelle secte appartiennent ceux qui veulent chas-
ser Dieu de nos écoles, au nom de la liberté de cons-
cience, et font des efforts odieux pour enlever aux pè-
res de famille le droit sacré de faire élever leurs en-
fants dans la crainte du Tout-Puissant ?
Et ceux qui insultent ou provoquent nos vaillants
officiers, nos braves soldats, ainsi que les gendar-
mes défenseurs de la société ; ceux qui insultent
des hommes dont tout le crime est, pour la plu-
part, de posséder un bien-être relatif péniblement
— 35 —
acquis ou transmis par héritage ; ceux qui, au nom de
la liberté, voudraient imposer aux autres la plus exé-
crable tyrannie, d'où viennent-ils donc ?
D'où viennent-ils encore ces hommes qui ne respec-
tent ni lois, ni autorités, et qui voudraient nous faire
vivre à l'état de nature ?
Quelle qualification donner à ces démocrates qui,
après avoir stigmatisé les gros traitements sous l'Em-
pire, se les sont appropriés par surprise, le 4 septem-
bre, et les ont trouvés à peine suffisants pour leur ca-
pacité et leur appétit ?
De quels antres sortent-ils ces démagogues, ces com-
munards, ces pétroleurs, ces assassins des otages, tous
ces êtres criminels, qui rêvent la destruction de la so-
ciété, tous ces insensés ou pervers qui ne cessent de
faire entendre avec d'affreux hurlements, à l'adresse
des hommes d'ordre, les chants que la Révolution
hurlait pendant la Terreur ?
Sont-ils Français ceux qui, voyant l'antique valeur
française vaincue par des forces trois fois supérieures
et notre chère Patrie écrasée sous le poids de la dou-
leur et de la rançon, osent chanter à pleins poumons
que « le jour de gloire est arrivé » ?
Citerons-nous, en terminant cette triste nomencla-
ture, les misérables, qui, mettant de côté toute rete-
nue, toute pudeur, trouveraient sans doute trop lentes
les formalités d'un partage régulier de nos terres, et
préféreraient de beaucoup un pillage prompt et ra-
pide ?
Et comme si cette sinistre situation n'était pas suffi-
sante pour hâter la décadence de la France, voici ve-
nir la secte nouvelle des libres-penseurs, dont les chefs
athées, dévorés par l'orgueil et l'ambition, conduisent
l'ignorance, en compagnie des plus mauvais instincts,
— 36 -
à des manifestations qui ont pour but ou pour résul-
tat de généraliser l'irréligion et de permettre aux
égoïstes de s'emparer du pouvoir et des places.
La secte de la soi-disant libre-pensée se distingue
par un odieux fanatisme ; elle renverse les notions ac-
quises par tous les siècles, du juste et de l'injuste. Les
entrepreneurs de cette secte ne se bornent pas à recru-
ter des compagnons pour leur scepticisme anti-reli-
gieux, ils mendient même, d'après ce qu'on assure,
des enterrements civils et offrent des primes de cinq
francs et au-dessous à des familles pauvres pour
qu'elles leur permettent de détourner du chemin de
l'Église des cadavres de petits enfants.
Impuissants, par leurs doctrines politiques et par
leurs divisions, à fonder l'édifice où trônerait leur
orgueilleuse ambition, les révolutionnaires de nos
jours ont découvert la libre-pensée comme un moyen
ingénieux de tout détruire, de tout renverser, en épou-
vantant ou flattant les masses indécises, en leur im-
posant l'athéisme ou le doute par do brutales subtili-
tés, et en arrachant ainsi violemment de leur âme
tout sentiment du devoir avec la certitude consolante
de l'immortalité.
PROJETS CONSTITUTIONNELS
ET
UNION DES CONSERVATEURS.
Nous avons reproduit dernièrement , dans une
feuille (1) qui veut bien nous honorer de la plus gra-
cieuse hospitalité, les saines pensées émises, à la fin
du dernier siècle, par un républicain incontesté L. P.
Ségur, « contre le suffrage universel. » Nous croyons
qu'il y a aujourd'hui opportunité ( en présence des
projets constitutionnels, qui doivent faire l'objet des
délibérations de l'Assemblée nationale, et en nous pla-
çant sur le terrain de la République « provisoire »
comme sur celui du suffrage sagement réglementé )
de faire revivre, par la publicité, les pensées de cet
écrivain sur la nécessité de deux chambres et sur le
mode de nomination du pouvoir exécutif !
« L'âge mur doit proposer les lois, « dit Ségur ; »
» la vieillesse doit les sanctionner ; la jeunesse doit les
» défendre et les exécuter.
» Une seule chambre n'est bonne que pour faire des
» révolutions : rien n'y arrête la précipitation que
» causent les passions, l'esprit de parti et l'éloquence :
» une faction finit par la dominer, un tyran n'y ren-
» contre d'obstacle qu'au premier pas.
(1) Le journal L'ordre et la liberté.
— 38 -
» Il faut deux chambres : la première doit créer et
» proposer ; la seconde doit méditer, refuser ou sanc-
» tionner : un troisième pouvoir doit exécuter ; alors
» vous donnez au corps social l'intelligence, la raison
» et la force ; sans ces trois facultés séparées , il est
» sans vie ou sans organisation.
» Le Sénat devrait être composé de pères de famille
» de cinquante ans, déjà connus et respectés comme
» administrateurs, militaires ou négociateurs.
» Ce sénat devrait être le tribunal suprême chargé
« de juger les crimes d'État, sur l'accusation de l'As-
« semblée des représentants.
» Tout autre tribunal ne pouvant jouir de la même
» considération que ce conseil de vieillards, sera né-
» cessairement trop faible pour n'être pas influencé
» par un accusateur aussi puissant que l'Assemblée
» des représentants.
» Tout tribunal influencé est dépendant; sans indé-
» pendance, le pouvoir judiciaire n'existe pas ; il de-
« vient pouvoir révolutionnaire.
» Les deux Chambres ne doivent avoir aucune fonc-
» tion administrative, elles ne peuvent être que sur-
» veillantes du pouvoir exécutif; l'une doit être jury
» d'accusation , et l'autre tribunal pour juger les
» membres chargés de ce pouvoir, lorsqu'ils prévari-
» quent.
» La liberté s'éteint, le despotisme naît, lorsque le
» pouvoir exécutif fait des lois et lorsque le pouvoir
» législatif administre.
» Le pouvoir exécutif dépendant des lois et indé-
» pendant des législateurs doit être remis entre peu
» de mains, car il faut qu'il soit aussi rapide que la
» législation doit être lente.
» Trois membres, cinq tout au plus, paraissent de-
- 39 -
» voir composer ce conseil suprême ; mais il lui faut
» un président; sans ce chef, point d'unité; sans uni-
» té, la République, en proie aux factions, ne peut
» avoir d'existence solide.
" Toute place qui n'est pas sagement remplie par la
» loi est promptement prise par la tyrannie.
» Si le pouvoir exécutif est nommé par les deux
» Chambres, hors de leur sein, il n'aura jamais assez
» de force, de quelques barrières étroites que la cons-
» titution l'entoure ; s'il est élu par le peuple, il sera
» toujours en rivalité et en égalité avec le pouvoir lé-
» gislatif; il paraît donc nécessaire que les deux Cham-
» bres le choisissent dans leur sein.
» Pour terminer une révolution, il faut rejeter tous
» les moyens de troubles et prendre tous ceux qui mè-
» nent à l'union.
» Les rouages d'une machine politique ne sauraient
» être trop simples : les administrations du départe-
» ment et un agent par localité, nommés par le pou-
» voir exécutif et agréés par le Sénat, devraient suffire
» et remplacer l'établissement anarchique de 44 mille
» communes, trois mille cantons et cinq cents dis-
» tricts. Le pouvoir exécutif doit avoir toutes ces admi-
» nistrations dans sa dépendance. Les deux Chambres,
» ayant le droit d'accorder ou de refuser les impôts,
» d'accuser et de juger le pouvoir exécutif, suffisent
» pour rassurer tout esprit raisonnable sur la crainte
» de l'abus de sa force.
» En faisant une constitution, il faut oublier qu'on
» a fait une révolution et se souvenir que tout ce
» qu'une méfiance puérile ôte au gouvernement est
» donné à l'anarchie. »
Sauf quelques modifications et une définition plus
exacte de la responsabilité ministérielle, les pensées
— 40 —
qui précèdent paraissent applicables, dans leur ensem-
ble (la loi électorale étant réformée) « au régime de
République provisoire » que notre malheureuse France
déchirée par les partis semble condamnée à subir,
jusqu'au jour de la libération de notre sol, et en atten-
dant qu'il plaise à Dieu d'éclairer tous les coeurs pro-
bes et patriotiques sur la nécessité de l'union pour le
triomphe définitif « des principes connus », de la véri-
table liberté et de la conservation sociale.
Cette union, est pour le salut commun d'autant plus
indispensable que les Huns et les Vandales du XIXe
siècle ne descendent pas, comme ceux du IVe et du Ve,
des contrées asiatiques ou des régions septentrionales
de l'Europe, et qu'ils sont au contraire installés, en
armée démagogique, dans les forteresses de toutes les
convoitises réunies, au centre de notre partie du globe
et au coeur même de la France.
Oui ! la phalange des faux républicains , des com-
munards, qui s'est recrutée parmi les envieux , les
athées, les fainéants et les déclassés, parmi les ivro-
gnes, les ignares, les méchants et les despotes de bas
étage, marche en colonnes compactes (sous le com-
mandement des ambitieux qui exploitent l'ignorance
et tous les vices) à la conquête de ce qui nous reste
encore de civilisation, pour l'engloutir à jamais dans
l'abîme incommensurable de la barbarie la plus hi-
deuse et la plus féroce !
Oui ! les capitaines qui la commandent poussent le
cri formidable de guerre sociale, en montrant sur le
drapeau de la fausse liberté et des plus mauvais ins-
tincts, « les mots magiques de la Revendication des
droits du peuple ! »
Oui ! une partie de la population bonne et généreuse
se laisse tromper et entraîner par des utopies subver-
— 41 -
sives dont elle ne sait mesurer ni la cause ni les dé-
sastreuses conséquences !
Oui ! il y a des coupables, et ce sont ces faux phi-
lantropes, ces nouveaux charlatants qui, pour vendre
plus facilement leurs drogues politiques, à grand prix,
promettent de guérir tous les maux, « même les incu-
rables, et font miroiter », en même temps, « un bon-
heur imaginaire » aux yeux avides d'une foule égarée,
pour l'exciter au renversement de tout ce qui fait obs-
tacle à leur orgueil et à leur ambition, sauf à la lais-
ser ensuite, comme toujours en cas d'insuccès, se dé-
battre sans assistance, au milieu d'épouvantables rui-
nes, dans le désespoir de la plus cruelle déception.
Oui enfin ! législateurs, hommes d'ordre, quel que
soit votre parti, vous n'avez pas de temps à perdre
pour défendre la société civilisée contre cette horde
de sauvages, qui vondraient la ramener à l'état de na-
ture.
A la déclaration « de guerre et des prétendus droits »
dont il s'agit, repondez, avec une législation vigou-
reuse, par le régime forcé de la paix et « par une dé-
claration solennelle des devoirs » dont la pratique ré-
ciproque, parmi les hommes, peut seule permettre de
trouver « la véritable déclaration de leurs droits ! »
LA SITUATION.
Toutes les fois que la France est dans une situation
critique ou sur le point de périr dans l'abîme creusé
par l'impiété et le cynisme révolutionnaires, cette no-
ble nation, dont le caractère est d'une sublime éner-
gie, sait montrer à l'univers, malgré l'état de prostra-
tion qui paraît l'envelopper de toutes parts, qu'elle a
puisé, dans les sources vives de cette morale chré-
tienne qui élève et fortifie les coeurs, assez de force et
de puissance pour sortir triomphante des terribles
épreuves qu'elle traverse !
L'histoire nous dit que le Dieu des Clotilde, des
Jeanne d'Arc et des St Louis ne l'abandonne jamais,
lorsqu'elle invoque sa protection contre le danger ,
contre ses défaillances ou ses erreurs !
Les prières publiques qui sont pour les faux répu-
blicains, les libres-penseurs et les démagogues de nos
jours un objet de dérision et de sinistre mépris, ces
prières dont la République suisse et celle des États-
Unis nous donnent pourtant l'exemple, contribueront,
n'en doutons pas, à éclairer de plus en plus nos dignes
représentants de cette lueur céleste qui seule peut per-
mettre de conduire sûrement au port, au milieu des
ténèbres et dans une mer bouleversée par tous « les
éléments de » l'enfer, ce vaisseau (vieille image) dont
ils tiennent le gouvernail et qui porte notre chère
France !
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Parmi les trente six millions de passagers qui font
la traversée sur ce gigantesque navire, les plus sages
et les plus nombreux sont unanimement d'avis de faire
voile, pour éviter un affreux naufrage et le manque
de vivres, vers l'île bienfaisante de l'Union, et de ga-
gner ensuite, après ravitaillement, la terre des Rois,
cette région fertile et enchantée que nos pères ont été
si heureux d'habiter, pendant plus de quatorze siècles,
de glorieuse mémoire, et que les fils irrespectueux ont
eu l'imprudence de déserter pour courir aux aventu-
res. Certains hommes, dignes de respect dans leurs
loyales illusions, pensent qu'il est prudent d'aborder
l'île de la République conservatrice ; les plus témérai-
res enfin et les plus dangereux, croyant s'imposer par
le nombre (qu'ils placent bien au-dessus du savoir et
du mérite) et ne se distinguant la plupart que par leurs
cris, veulent naviguer vers la terre commune de la
République une, indivisible et sociale !
On voit dans leurs rangs les sectes les plus variées
et les plus disparates, depuis l'étendard rouge tendre
jusqu'à celui du plus vif écarlate.
Leurs théories ou doctrines sur la direction à don-
ner à cette arche sacrée qui porte dans ses flancs la
grande nation avec toutes les richesses de son génie,
de son agriculture et de son commerce, sont tellement
variées que si leurs chefs se prêtent mutuellement as-
sistance pour arracher le gouvernail aux hommes ex-
périmentés qui, pour vaincre la tempête, suivent les
vents reconnus favorables, sous la protection de l'in-
comparable Pilote que respectent les mers, ce n'est
que pour s'entre-déchirer ensuite,au jour du triomphe
(s'il arrive) au milieu d'un épouvantable cataclysme !
Peu leur importe que cette lutte impie et fratricide
ébranle le navire et le fasse craquer de toutes parts,
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au risque de l'engloutir à jamais dans le gouffre li-
quide; peu leur importe de fouler aux pieds la volonté
de l'équipage qui a choisi les timoniers et le pilote
parmi les plus capables et les plus sages, ils n'en pous-
sent pas moins, au service de la criminelle violence
qu'ils veulent imposer, des hourras formidables et
sauvages qui, répandant au loin la terreur, s'harmo-
nisent trop bien avec la fureur des flots.
Dans leur cortége qui s'agite et bouillonne, comme
la mer en courroux, on voit derrière les passagers au
panache tricolore, dont l'antipathie, pour les visages
couverts du masque de la fraternité, est bien connue
■et dont l'idéal respectable est de relâcher dans l'île de
la République conservatrice. On voit s'avancer « un
bouillant parleur , élégamment vêtu , artistement
chaussé, aux gants et au plumet rouges, à l'oeil ardent,
au geste impératif saccadé, » un chef enfin de la pre-
mière secte, venant réclamer, avec l'aplomb superbe
d'un novice, la direction du navire pour le conduire
vers les sites pittoresques où fleurit, parmi les horreurs
d'une nature bouleversée, « la République commune
et progressive » avec toutes les odeurs de l'égalité et
de la fraternité !
Il a su jadis, lorsque les passagers, dans une ren-
contre terrible avec un vaisseau ennemi et dans une
grande détresse, couraient les plus grands dangers, il
a su, usurpant par surprise le pouvoir de l'équipage,
administrer, dans son inexpérience et sa vigueur phé-
noménales, un tel choc au malheureux navire de la
France, qu'épouvanté lui-même et oubliant tous les
siens, il s'est précipité avec sa ceinture de sauvetage
dans une chaloupe tenue en réserve pour gagner au
lointain les sites enchanteurs où s'épanouit, non loin
de la Guadiana parmi les orangers, les palmiers et les
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grappes vermeilles de Murcie, la fière Andalouse à
l'oeil de feu !
Revenu sur le pont, depuis qu'un calme relatif a
succédé à la fureur des éléments et à la panique géné-
rale, encouragé d'ailleurs par les applaudissements
frénétiques de ses adeptes comme par l'inertie ou l'in-
concevable apathie de ceux qu'il tint, un jour, suspen-
dus dans l'abîme, il est plein d'ambition et de témérité
et se dispose, nouveau Gargantua, à ne faire qu'une
bouchée do tous ces hommes, selon lui, arriérés, pré-
tendus sages ou conservateurs qui tiennent le gouver-
nail !
Derrière lui, marche un furibond citoyen d'un ordre
plus élevé dans la hiérarchie sociale, fièrement coiffé
d'un panache à faire pâlir tous les plumets écarlates
connus jusque là, partisan plus accentué de cette ré-
gion dite sociale où brillent du plus vif éclat, pour le
triomphe des têtes avinées, les incendies et les fusil-
lades fraternelles : « vêtu simplement d'une redingote
« usée, ne portant ni brodequin, ni gants, ni jabot, »
mais fort d'estoc et de taille, il s'apprête à perforer de
part en part le Gentleman qui précède, pour s'empa-
rer du timon, dès que ce dernier aura conquis et di-
géré son royal festin !
Nos yeux de plus en plus étonnés et ahuris aperçoi-
vent plus loin la tête ornée d'un bonnet rouge (sang
de boeuf) et n'ayant pour tout vêlement « qu'une longue
blouse, » un des plus rudes champions des idées com-
munardes : fort de son ignorance, de ses convoitises,
de sa paresse et de son orgueil, il tient soigneusement
cachée dans les plis ondulés de cette blouse bleue (que
savent honorer les bons et honnêtes ouvriers) une
énorme massue pour assommer avec sa vigueur athlé-
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tique et réduire, en capilotade, qu'il destine aux re-
quins, la charpente charnue du frère à redingote !
Enfin, nous voyons au dernier rang (monstrum hor-
rendum, informe, ingens) le nec plus ultra de la folie
furieuse révolutionnaire, le dieu le plus élevé, au nom
de l'égalité, dans l'Olympe des cataclysmes sociaux,
entouré de tous les vices, de tous les abrutissements
amoncelés et de tous les éléments de l'enfer, suintant,
par tous les pores, les fétides odeurs de la décomposi-
tion et vomissant de toutes parts le poison, le fer et le
feu !
« A demi-nu, couvert de haillons » qu'il doit à la
paresse, à l'ivrognerie et à la prodigalité la plus dé-
sordonnée, il est le représentant de tous les commu-
nismes et socialismes réunis : C'est lui, c'est cet hom-
me perfectionné par le matérialisme, qui devrait avoir
le dernier mot de cette épouvantable tragédie humai-
ne, pour être ensuite écartelé par ses adeptes prêts à
se dévorer plus tard entre eux jusqu'au dernier, si ce-
lui qui tient l'univers entre ses mains et dont le scep-
tre ne peut être brisé par ces pygmées microscopiques
de ce petit point perdu dans l'immensité, qu'on nom-
me le globe terrestre, n'envoyait bientôt au secours de
l'équipage un Pilote suprême, maître sur tous les
maîtres, pour dompter ou calmer la fureur des flots
et pour sauver le navire !