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Peut-on être plus royaliste que le Roi ? par M. Le Sage ["sic"]

De
36 pages
L.-G. Michaud (Paris). 1815. In-8° , 39 p..
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PEUT-ON ÊTRE
PLUS ROYALISTE
QUE LE ROI?
PAR Mr. LE SAGE.
A PARIS,
L.G MlCHAUD, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
RUE DES BONS-ENFAKTS, N°. 34»
M. DCCC. XV.
PEUT-ON ÊTRE
PLUS ROYALISTE
QUE LE ROI?
LES circonstances où nous nous trouvons,
offrent ira problême dont la solution ne sera
pas difficile; c'est de savoir si on peut être
plus royaliste que le Roi.
Les gouvernements ne sont pas institués pour
l'avantage des gouvernants, mais pour la sûreté
extérieure et intérieure des gouvernés. « Le
» berger est pour le troupeau et non le trou-
» peau pour le berger (I) ».
Sans doute cette proposition paraîtra libé-
rale, et ceux dont je vais combattre le système
ne peuvent refuser de l'admettre.
Il en résulte que le pouvoir exécutif doit
avoir assez de force pour défendre l'état contre
toute, agression étrangère, et l'autorité néces-
(1) Proverbe oriental.
(6)
saire pour comprimer les factions intérieures;
lui refuser cette force, ce serait vouloir per-
mettre à un voisin ambitieux de s'emparer de
tout ou d'une partie du territoire, ou à des
conjurés de renverser le gouvernement établi.
De là je tire la conséquence que si ce gou-
vernement n'avait point par la constitution
cette force et cette autorité nécessaires, il
faudrait les lui donner; et à plus forte raison
ce gouvernement ne peut-il ni en céder une
portion, ni refuser d'en faire un usage légitime,
parceque non-seulement il se nuirait à lui-.
même, mais il nuirait aux intérêts de ceux
qu'il est chargé de défendre contre toute inva-
sion extérieure, et de protéger contre les fac-
tions; de l'intérieur souvent bien plus dange-
reuses que les tentatives de l'étranger.
Si le chef du gouvernement, par un excès
de bonté, refuse de prendre en main le glaive
de la justice, il est certain que les gouvernés
ont le droit de représentation, et qu'ils peuvent
lui dire; «Vous êtes investi d'une puissance
» suffisante pour comprimer l'anarchie qui
» déborde de toutes parts. Là, nous sommes
» menacés par des soldats parjures; ici, des
» niveleurs turbulents lèvent une tête auda-
» cieuse : partout on voit de vils intrigants
» qui n'ont jamais porté que la livrée du crime.
(7)
» Licenciez les soldats rebelles ; formez une
» armée d'hommes fidèles et dévoués ; réduisez
» au. silence les factieux, et que lés intrigants
» cessent de trouver dans nos dissensions des
» moyens d'augmenter leur fortune ou leur
» autorité; l'abandon que vous faites de la
» vôtre est nuisible, à vous qui nous gouver-
» nez , et plus encore à nous qui sommés gou-
» vernés. Cette autorité n'appartient pas à
» vous seul, elle n'a pas été remise dans vos
» mains pour vous seul, c'est dans notre intérêt
» et pour nous protéger que vous devez en
» faire usage ».
Ces réflexions s'adaptent à toute espèce de
gouvernement. Supposons maintenant qu'il
soit monarchique et héréditaire, mais tempéré
par une constitution qui en détermine les pou-
voirs ; supposons que le monarque réunisse aux
■qualités de Titus et d'Antonin, les connais-
sances de Marc-Aurèle; mais supposons aussi
qu'après vingt-cinq années de' crimes et d'er-
reurs lui et son peuple aient pardonné, oublié
même, les uns et les autres ; que pour prix de
ce pardon trop généreux peut-être, des fac-
tieux aient ourdi la trame la plus noire, que
lé trône, à peine restauré, se soit écroulé une
seconde fois, que le peuple ait été là première
victime de cette terrible catastrophe. Supposons
( 8 )
enfin que la main puissante de la provi-
dence soit encore venue rétablir le trône et que
le monarque, dont la bonté est inépuisable,
soit encore, prêt à pardonner.
C'est alors qu'il sera permis de représenter
à ce monarque,avec respect, mais avec force,
que la punition des coupables ne lui appar-
tient pas, qu'elle appartient à ses sujets , parce
que l'impunité entraînerait une nouvelle re-
chute , qu'ils ont comme lui intérêt à éviter.
C'est dans ce sens, ou dans de pareilles cir-
constances, qu'on doit être plus royaliste que
le roi , si par un excès de vertu le Roi n'était
pas assez royaliste, c'est-à-dire, s'il ne se servait
pas avec assez de fermeté et de vigueur de son
pouvoir royal.
Quelles sont maintenant les justes consé-
quences de cette première vérité? C'est d'abord
qu'on peut examiner si le Roi est assez roya-
liste, ou s'il fait du, pouvoir qui lui est confié
un usage tel que l'état n'ait plus rien à craindre
des rébelles, des traîtres et des factieux qui
ont renversé le trône, subjugé la nation , et
qui ont appelé sur la France le double fléau
de la guerre; civile et de la guerre étrangère.
Le Roi est-il assez royaliste ? C'est donc la
première question que nous devons faire? Oui,
si nous lisons les proclamations datées de
(9)
Gand ; non, si nous lisons : les circulaires
du miuistre de la justice et de celui de
la police, et bien moins encore si nous lisons
les rapports mensongers que l'on attribue à
celui-ci; non, si on ne laisse pas, ou plutôt
si on ne donne pas aux tribunaux la force
nécessaire pour poursuivre les auteurs et les
complices, connus de la rébellion du mois de
Mars ; non, si on conserve en place tous ceux
qui, sans avoir été les instruments immédiats
et directs de l'usurpation de Buonaparte , en
ont au inoins été et les apologistes et les sou-
tiens ; non , enfin, si, par une condescen-
dance dont la cause et le but sont également
ignorés, le monarque étend le pardon au-delà
des bornes de la prudence, et s'il abandonne
les fidèles sujets qui lui ont montré un dé-
vouement sans bornes.
Le Roi , dans ses proclamations de Gand,
a solennellement promis que les méchants se-
raient punis et les bons, récompensés, « et
» Louis n'a jamais promis en vain. L'Europe
» le sait. »
Cependant ne craignons pas de le dire,
depuis l'entrée du Roi à Paris tout ce qui se
passe annonce, de la part du ministère actuel,
une tendance à l'oubli, un chemin au pardon
général ; que dis-je, une préférence assez mai-
( 10)
quée pour ceux mêmes qui ont été les parti-
sants de Buonaparte et les instruments plus on
moins directs de ses délirantes fureurs.
Une pareille conduite blesse la morale, l'im-
punité du crime fait le désespoir de la vertu.
Si cette maxime est vraie en généra!, elle l'est
plus encore, dans les circonstances actuelles.
En effet, qu'après le retour inespéré des
Bourbons, en 1814, le Roi ait jugé à propos
de jeter un voile sur vingt-cinq années d'er-
reurs et de crimes , cela se conçoit, et la
nation peut s'enorgueillir d'avoir sanctionné
la bienfaisante amnistie portée par le prince.
Les motifs de cette clémence , juste alors,
si on lui eût prudemment assigné des bornes,
ne seraient pas difficiles à justifier; mais on ne
s'est pas contenté d'un pardon qui, le 1er avril
1814, aurait satisfait le voeu des révolution-
naires. On les a laissés au milieu de leurs
honneurs ; que dis je, on les a comblés de nou-
veaux bienfaits. Les uns ont continué à oc-
cuper les emplois les plus lucratifs , les autres
ont été promus à des gracies plus élevés ;
ceux même qui étaient connus pour les
plus chauds partisans du féroce Buonaparte,
n'ont pas éprouvé la moindre contrariété. Ce
qui devait arriver, ce qui avait été prévu par
des gens sages est arrivé; le, Roi n'a fait que
( II)
des ingrats, des traîtres. Ces hommes mépri-
sables n'ont même pas tous eu la prudence
d'attendre le retour de l'usurpateur pour se
démasquer !
iL y a une énorme différence entre ne pas
punir le crime et accorder sa confiance au
criminel. La nation applaudissait au pardon ,
mais elle voyait avec peine toutes les admi-
nistrations entre les mains des révolutionnaires;
les plus hautes places étaient occupées par
des révolutionnaires, et des révolutionnaires
encore exerçaient les emplois les plus subal-
ternes; cela était poussé au point, que si un
homme pur se présentait, on commençait par
lui demander s'il avait été quelque chose pen-
dant la république , pendant le régime impérial.
La réponse négative était un refus (i). Toutes
lès portes se fermaient aux royalistes pour
s'ouvrir devant les gens qui avaient partagé
les idées libérales de la révolution , et qui s'é-
taient enrichis de ses libéralités.
L'emploi qu'on a continué de faire des mé6
chants et l'oubli où on a laissé les bons, ont
amené la révolution du mois de mars 1815
(I) Ceci rappelle la question proposée par les libéraux de
1795 et de 1794 : Qu'as-tu fait pour être pendu ?
( 12 )
Que de maux il était facile de prévoir, que
de malheurs on pouvait éviter ? il n'y avait
qu'à le vouloir; mais la trahison empêchait
la vérité de parvenir jusqu'au trône ; elle con-
duisait la voiture qui transporta le Roi à
Lille (I) , elle ouvrait et fermait à volonté les
portes de ce dernier refuge du trop confiant
monarque, et ce n'est qu'à Gand qu'il a connu
toute la profondeur du crime, qu'il a pu son-
der l'abîme de la scélératesse.
Sans doute pendant son séjour dans un pays
où la vérité conserve encore des autels, il aura
reconnu que des personnes qui prenaient un
nouveau masque à chaque nouvelle révolution,
ne méritaient ni sa confiance ni celle de son
peuple; et il nous disait : « Je punirai les mé-
chants et je récompenserai les bons ».
Le retour du Roi paraissait devoir être le
signal de la punition des coupables : on s'at-
tendait à voir chasser de toutes les adminis-
trations, à voir éliminer de toutes les places
les partisans de l'usurpateur. Riche de l'expé-
rience du passé, il est facile de prévoir et sou-
vent même de maîtriser l'avenir. Mais le fruit
qu'on devait recueillir de l'expérience est déjà
perdu ; on voit de nouveau le crime impuni,
(I) Voyez le Rapport de M. de Châteaubriaut.
( 13 )
j'ai presque dit récompensé ! La fidélité est
oubliée, et le peuple obéit presque partout à
ceux qui le faisaient obéir sous le tyran qu'il
déteste.
Une pareille modération après une aussi
cruelle récidive est aussi' scandaleuse qu'elle
est nuisible aux intérêts du Roi et de l'état.
Elle est scandaleuse, parce qu'on ne peut
pas voir sans surprise et sans indignation, un
traître ou un rébelle, jouir de la confiance
du gouvernement, parce que désormais le
crime, certain de l'impunité, pourra tout oser.
Nuisible, parce que les bons, oubliés une
seconde fois, ne montreraient peut-être plus
la même chaleur, si la monarchie était encore
en danger.
Dira-t-on que les jacobins et les buonapar-
tistes se rallieront enfin aux amis de l'ordre et
de la monarchie, et qu'ils s'y rallieront de bonne
foi? nous avons pour preuve deleur bonne foi fu-
ture , leur bonne foi passée. Eh ! qui peut croire
des gens élevés depuis cinq lustres à l'école'
du mensonge? il y a un an, ils nous disaient
qu'ils étaient sincèrement attachés à la royauté:
nous avons vu quel, cas ils faisaient de leurs
promesses, et quelle foi nous devions y a jouter.
Il y aurait donc au moins de l'imprudence à
(14)
laisser en place ceux qui ne manqueraient pas
d'abuser des fonctions qui leur sont confiées,
pour favoriser une faction. Ce que je dis ne
s'applique pas seulement aux postes les plus
élevés de l'administration ; il n'est pas indiffé-
rent que les émplois les plus subalternes soient
occupés par d'honnêtes gens bu par des révolu-
tionnaires : tel peut accélérer ou retarder le
paiement des impôts dans un moment difficile;
tel autre peut vexer pour rendre odieuse une
perception faite au nom du Roi; celui-ci peut
abuser du secret des lettres, ou retarder une
correspondance essentielle; celui-là, favoriser
la fraude; les méchants savent profiter de tout
pour faire réussir leurs projets, et ils ont trop
habilement et trop heureusement profité de
tous leurs moyens, lors du retour de Buona-
parte.
Au reste, le gouvernement n'aurait pas
même à s'occuper des détails: il peut être cer-
tain que lorsque les chefs de chaque adminis-
tration l ui seront dévoués, ceux-ci n'emploieront
en sous-ordre que des hommes qui mériteront
la confiance.
Cette réforme salutaire, commandée par la
prudence, procurerait un double avantage; en
même temps, qu'elle serait la bien douce puni-
( 15 )
tion des coupables, elle faciliterait la récom-
pense de ceux qui sont dévoués au Roi, et.dont
la plupart ont été ruinés pour sa cause (I).
Elle serait agréable au peuple ; il est depuis
vingt-cinq ans fatigué de voir ceux qui ont fait
la révolution toujours profiter de la révolution.
Il verrait avec déplaisir les mêmes individus
profiter encore des événements qui devaient
an moins entraîner leur chute ; et il ne faut pas
s'y tromper : si le peuple est composé d'indivi-
dus ignorants, la masse voit juste quand elle
n'est pas égarée; et dans ce sens on ne peut
qu'admirer la justesse de ce, proverbe de l'Ecri-
ture : la voix du peuple est la voix de Dieu.
J'oserai dire que le Roi est obligé de faire ce
qui peut être agréable au peuple quand cela est
compatible avec la justice et la dignité de sa
couronne ; et je suis convaincu que ce serait
mal connaître son coeur que de croire qu'il n'y
soit pas disposé.
Louis XVIII se ressouvient des pleurs répan-
(I) On ne manquera pas d'observer que ce sont des roya-
listes ruinés qui convoitent les emplois que des hommes de la
révolution conservent depuis plus de vingt ans. Ce ne serait,
après tout, qu'un désir bien légitimé; mais les propriétaires qui
n'ont pas besoin d'emplois, mais les artisans qui ne pourraient
pas les occuper, forment aussi hautement les mêmes voeux.
( 16 )
dus sur ses pas lorsqu'il à quitté la France :
l'enthousiasme qu'excite son retour est tel que
chaque province, chaque ville, chaque ha-
meau se disputent l'honneur du dévouement ;
c'est à qui fera le plus de démonstrations ; la
plus pauvre commune a son luxe pour témoi-
gner sa joie.
Les bras étaient paralysés pour le tyran, le
souverain légitime leur a rendu toute leur
force.
La conscription faisait fuir dans les bois., et
c'est du gré de leurs parents que les jeunes gens
s'enrôlent à l'envi sous la bannière des lys (I).
Un peuplé si essentiellement bon, si essen-
tiellement juste, a lui-même des droits à la jus-
tice du monarque. Doit-il donc en coûter tantà'
son coeur pour punir les méchants et récom-
penser les bons ?
Mais à côté de moi j'entends un vieux révo-
lutionnaire dire que ceci est une véritable
réaction,que le Roi et lé peuple ne veulent pas
de réactions. Sans doute notre interlocuteur a
ses motifs pour en parler ainsi; mais n'abusons
pas des mots, ce n'est pas une réaction que nous
(I) Je dois cependant à la vérité de dire que le zèle s'est re-
froidi, et je ne trouve de cause de ce refroidissement que dans
le système que j'ai entrepris de combattre.
(17)
dèmandous ; nous demandons moins encore que
l'on puisse se faire justice par soi-même : c'est
en provoquant l'action des lois qu'on évitera
plus sûrement l'exercice des vengeances par-
ticulières.
Nous demandons la punition des méchants,
mais c'est une punition légale, et d'après une
conviction légalement acquise.
Le grand nombre de coupables, nous le
savons, assure l'impunité à la plupart d'entre
eux; mais autant il y aurait d'impolitique à
vouloir mettre sur la même ligne la prévarica-
tion de Soult et les vociférations d'un grenadier,
la trahison de Labédoyère, et la rebellion d'un
tambour ; autant aussi il y aurait d'inconve-
nance à trop resserrer l'action de la loi.
En effet la justice est insultée chaque fois
qu'on prend un moyen indirect pour éluder sa
vengeance. C'est néanmoins ce qu'on vient de
faire, en dressant une liste fort incomplète de
quelques grands coupables presque tous en
fuite, tandis qu'on insinue d'un autre côté
que ce sont là les bornes tracées à la vindicte
publique.
C'est dire aux magistrats, qui en sont char-
gés, qu'ils ne peuvent plus chercher d'autres
coupables ; c'est une amnistie cachée, bien autre-
2