La Rose malade
1 page
Français

La Rose malade

-

Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres

Description

Eugène Lefébure — Le Parnasse contemporain, IILa Rose maladeUne fois j’aperçus, au fond d'un pêle-mêleDe ronces, de cailloux et de buissons obscurs ...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 81
Langue Français
Eugène LefébureLe Parnasse contemporain, II
La Rose malade
Une fois j’aperçus, au fond d'un pêle-mêle De ronces, de cailloux et de buissons obscurs, Une rose pendue au bout d’un rameau frêle, Qui se mourait, fanée, à l’angle de deux murs.
Elle avait fleuri là sans fraîcheur et sans gloire : Un peu de rouge à peine égayait sa pâleur, Et sa forme indécise, à travers l’ombre noire, Reluisait vaguement comme un spectre de fleur.
Demi-mort, demi-clos, près de la triste rose, Se penchait un bouton par le vent agité : Ils semblaient regarder et chercher quelque chose Et leurs reflets mouvants tachaient l’obscurité.
Le soleil répandait cette splendeur dernière Qui, comme un éclair fixe, illumine les bois ; On sentait s’en aller la vie et la lumière, Quelques rayons, traînaient à la cime des toits.
Et sous les coups du vent les deux corolles blanches, Comme des suppliants qui se tordent les bras, Sans repos, sans espoir, tendaient leurs longues branches Vers l’astre indifférent qui ne les voyait pas.
Moi je pris en pitié cette chose souffrante, Ce silence isolé parmi tant d’êtres sourds, Ce fantôme flétri, cette rose mourante, Vierge encor d'un soleil qu’elle implorait toujours.
Je lui dis : Je te plains, pauvre fleur solitaire, Que rien ne peut guérir ou ne vient consoler, Douleur enracinée au milieu de la terre, Qui ne peux pas marcher et ne peux pas parler.
Ô ma sœur en malheur ! nos âmes sont suivies D’un même désespoir et d’un désir pareil. Un but jamais atteint domine nos deux vies, Et je cherche l’amour comme toi le soleil.