Le Musicien renversé
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Variétés historiques et littéraires, Tome VIIILe musicien renversé.16261Le Musicien renversé .Je sçay maintenant par usageQue la fortune en ses revers,Et par ces roulements divers,Abaisse les plus grands courages.2J’estois demy soleil en F… ,Demy principe de clarté ;Ores on m’en void escarté3Pour un peu trop d’outre-cuidance .Toute la cour à ma paroleChangeoit d’avis et de dessein ;Plus triste qu’un poignard au sein,Le Roy me donne une bricolle,Bricolle qui me met en passePour jamais plus ne revenir,Au bien duquel le souvenirTous malheurs mille fois surpasse.J’etois dispensateur des vies,Des valeureux soulagement ;On me punit pour seulementL’avoir de volonté ravie !Que la fortune est inconstante !Que ses mouvements sont puissants !Que ses changements sont cuisans,Quand ils arrivent outre attente !4Arre abas aujourd’hui, dit-elle,Arre abas de cette amitié,Qui, t’appellant chère moitié,Ne verra jamais sa pareille.Mille carresses et complaisances5Les P. mesmes te faisoient :Car ceux-là qui te desplaisoientSortoient bien-tost hors de cadence.De peur qu’elle ne se relie,Ores te faut depossederDe ce que tu peux posseder,Parquoy elle estoit plus unie.En rage, remply de cholere,6Voy maintenant S… ,Cote infortune tu soufraysPar son envie traversière.Que si, luy dy-je alors, la ParqueQui trame le fil de tes joursN’en arreste bien-tost le cours,Je te feray passer la barque.7Le R. est une epinetteDont je gouvernois les accors ...

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Variétés historiques et littéraires, Tome VIII Le musicien renversé. 1626
1 Le Musicien renversé.
Je sçay maintenant par usage Que la fortune en ses revers, Et par ces roulements divers, Abaisse les plus grands courages.
2 J’estois demy soleil en F…, Demy principe de clarté ; Ores on m’en void escarté 3 Pour un peu trop d’outre-cuidance.
Toute la cour à ma parole Changeoit d’avis et de dessein ; Plus triste qu’un poignard au sein, Le Roy me donne une bricolle,
Bricolle qui me met en passe Pour jamais plus ne revenir, Au bien duquel le souvenir Tous malheurs mille fois surpasse.
J’etois dispensateur des vies, Des valeureux soulagement ; On me punit pour seulement L’avoir de volonté ravie !
Que la fortune est inconstante ! Que ses mouvements sont puissants ! Que ses changements sont cuisans, Quand ils arrivent outre attente !
4 Arre abasaujourd’hui, dit-elle, Arre abas de cette amitié, Qui, t’appellant chère moitié, Ne verra jamais sa pareille.
Mille carresses et complaisances 5 Les P.mesmes te faisoient : Car ceux-là qui te desplaisoient Sortoient bien-tost hors de cadence.
De peur qu’elle ne se relie, Ores te faut deposseder De ce que tu peux posseder, Parquoy elle estoit plus unie.
En rage, remply de cholere, 6 Voy maintenant S…, Cote infortune tu soufrays Par son envie traversière.
Que si, luy dy-je alors, la Parque Qui trame le fil de tes jours N’en arreste bien-tost le cours, Je te feray passer la barque.
7 Le R.est une epinette
Dont je gouvernois les accors ; 8 J’avois eu la clef par le cors Qui me fait maintenant faillette.
Si j’eusse bien sceu la musique, Pour accorder cet instrument Et ne chanter si hautement, Chacun ne me feroit la nique.
C’est des tons divers l’ignorance, Et du moyen de s’en servir, Qui fait maintenant asservir Mon cœur, mon bras et ma vaillance.
Celuy qui donne la mesure Cogneut mon ton trop elevé : Tu n’a pas, dit-il, espreuvé Que vaut en musique cesure.
Que si quelqu’un par aventure Entre en ma place en ce concert, Qu’il sache que le tenor sert, Et seul est exempt de cesure.
Que s’il veut toucher l’espinette, Il faut cognoistre les ressorts, Et n’imiter pas les efforts De quelque eclatante trompette.
Car c’est irriter la fortune, Ceste implacable deité, Tousjours diverse à l’unité, En diversité tousjours une.
1. Cette pièce, très rare, à ce point que nous n’avons jamais vu que l’exemplaire qui nous a servi pour la copie, est relative à la disgrâce de l’un des favoris de Louis XIII, qui, nous le ferons voir, doit être Barradas. Nous avons suivi le texte avec la plus grande exactitude, en regrettant de n’y pas mettre partout la clarté. 2. France. me 3. C’est, en effet, ce qui avoit perdu Barradas. « J’ai, écrit Malherbe, ouï dire à Mla princesse de Conti qu’elle avoit vu qu’un jour le roi, par caresse, lui jeta quelques gouttes d’eau de naffe au visage dans la chambre de la reine. Il se mit dans une telle colère qu’il sauta sur les mains du roi, lui arracha le petit pot où etoit l’eau…, et le lui cassa à ses pieds. » Malherbe ajoute : « Ce n’est pas là l’action d’un homme qui vouloit mourir dans la faveur. » (Lettre à Peiresc, 19 décembre 1626.) Sa disgrâce, encore une fois, et ce qu’on lit ici le confirme, ne dut pas avoir une autre raison. Ce qu’on trouve raconté dans leMenagiana, l’histoire du chapeau de Louis XIII tombé par terre, et sur lequel pisse le cheval de Barradas, ce qui met le roi dans une furieuse colère et cause par suite le renvoi du favori, me paroît être une invention. (Menagiana, 1715, in-8, t. 1, p. 254.) On trouve dans Tallemant, édit. in-12, t. 3, p. 66, d’autres preuves de l’orgueil impudent de Barradas. Sa faveur n’avoit pas duré plus de six mois ; on en fit le proverbefortune de Barradas, pour dire une courte fortune. (Amelot de la Houssaye,Mémoires histor., t. 2, p. e 12 ; voy. aussiColl. Petitotsérie, t. 49, p. 42, 43.), 2 4. Il y a certainement un jeu de mots ici sur le nom de Barradas. 5. Les princes. 6. Quel est le nom qui correspond à cette initiale ? je ne sais. Peut-être est-ceSimon, mais il ne suffit pas à la mesure. En y ajoutantRouvray ouRouvroy, on a le vers complet, et la rime est à peu près suffisante. On se trouve aussi d’accord avec l’histoire. C’est en effet Simon de Rouvroy, ou, comme l’appelle Malherbe, lesieur Simon, qui fut le successeur de Barradas dans les bonnes grâces de Louis XIII. V. laLettre à Peiresc
citée tout-à-l’heure. Il y gagna de pouvoircanonisernom, comme on disoit, et de son s’appeler Saint-Simon, puis de devenir duc et pair, titre dont fut si fier son fils, l’auteur des fameuxMémoires. V. Tallemant, édit. in-12, t. 3, p. 65 ; Amelot de La Houssaye, Mémoires, t. 2, p. 12. Le père et le fils, celui-ci surtout, eurent beau faire sonner haut leur naissance, on n’y croyoit pas. « Cette famille, dit Mathieu Marais, qui n’est pas bien ancienne, et qui se pique d’une noblesse fausse, a bien besoin d’honneurs. » (Journal de Marais, Revue rétrosp., 30 nov. 1836, p. 194.) 7. Royaume. 8. N’y a-t-il pas là une allusion, sinon à la manière dont Barradas s’étoit mis en crédit, du moins à la cause si bizarre de la fortune de Saint-Simon. « Le roi, selon Tallemant (ibid.), prit amitié pour lui parce qu’il rapportoit toujours des nouvelles certaines de la chasse, ne tourmentoit pas trop les chevaux, et parce que, lorsqu’il portoit en uncor, il ne bavoit pas trop dedans. »
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