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Les Flèches d'or

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BnF collection ebooks - "À Théophile Gautier - Malgré les vieux clichés des rêveurs poitrinaires, Qui crachent leurs poumons au fond des grands journaux, Et content aux bourgeois, leurs lecteurs ordinaires, Que la Muse n'est plus, et que vents et tonnerres, Ont fait un peu de cendre avec ses nobles os, Pleins de joie et d'orgueil, nous marchons, et la plaine, Ondule sous le vent de nos belles chansons; Le rossignol écoute et retient son haleine..."


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À propos deBnF collection ebooks
BnF collection ebooksest éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.
Fruit d’une sélection fine réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF par un comité éditorial composé de ses plus grands experts et d’éditeurs,BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés.
Morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse, tous les genres y sont représentés.
Éditée dans la meilleure qualité possible eu égard au caractère patrimonial de ces fonds, conservés depuis de nombreuses années par la BnF, les ebooks de BnF collection sont proposés dans le format ePub, un format ouvert standardisé, pour rendre les livres accessibles au plus grand nombre sur tous les supports de lecture.
À mon cher et illustre maître LECONTE DE L’ISLE CE LIVRE EST DÉDIÉ. À. G.
ÀThéophile Gautier
Malgré les vieux clichés des rêveurs poitrinaires Qui crachent leurs poumons au fond des grands journaux Et content aux bourgeois, leurs lecteurs ordinaires, Que la Muse n’est plus, et que vents et tonnerres Ont fait un peu de cendre avec ses nobles os,
Pleins de joie et d’orgueil, nous marchons, et la plaine Ondule sous le vent de nos belles chansons ; Le rossignol écoute et retient son haleine, Ô mon maître ! et toujours le fantôme d’Hélène, Radieux, nous conduit vers de clairs horizons.
Les fleurs que nous cueillons ne sont pas éphémères ; Comme les aloès elles durent cent ans, Et nous trouvons du miel dans les coupes amères, Car nous savons donner un corps à nos Chimères Et sculpter nos héros dans les blocs résistants.
Nous passons, méprisant les niaises atteintes Des envieux braquant sur nous leurs gros yeux ronds. Nos pas, dans les rochers, ont creusé leurs empreintes, C’est bien du sang des dieux que nos veines sont teintes Et le laurier sacre fait un nimbe à nos fronts.
Ses cheveux ruisselant sur son épaule fière, La Muse auguste est là, folle d’amour, ouvrant Ses bras nus arrosés de vie et de lumière, Avec l’air martial d’une jeune guerrière Aspirant les accords du clairon enivrant.
Le soleil amoureux éclaire sa poitrine Blanche sous les ardeurs des rayons embrasés, Pendant qu’une lueur charmante et purpurine Caresse tendrement l’aile de sa narine Et sa lèvre hautaine aux terribles baisers.
Nous seuls avons le droit de toucher sa ceinture Et les voiles flottants sur son beau corps épars ; Les autres, écrasés par sa haute stature, Tremblent, sachant qu’elle est pour eux cruelle et dure, Et qu’elle peut lutter avec les léopards !
Comme elle est jeune et forte, elle veut, quand on l’aime, La force et la jeunesse au cœur de ses amants, Et crache son mépris à la figure blême De celui qui n’a pas, jusqu’au fond du ciel même, Volé d’abord le feu sur les autels fumants.
Par les âpres déserts que la flamme calcine, Par les noies forêts où les fauves ont peur, Où dort dans les poisons la vipère assassine,
Par les pôles perdus où la glace dessine Ses aiguilles sans fin sur un fond de vapeur,
Elle veut que l’on aille au-devant des épreuves, Et baise sur le front le vainqueur obstiné Qui, cherchant à frayer, au loin, des routes neuves, S’est livré, confiant, au hasard des grands fleuves Et revient glorieux d’un monde nouveau-né !
Comme vous, autrefois, vers les rives lointaines, Ô maître ! nous partons, jaloux d’entendre aussi La foudre se mêler aux chansons des fontaines, Et de fouler avec nos semelles hautaines Les flots de l’Océan sous nos pas adouci.
Nous sommes bien vos fils, ô lutteurs athlétiques, Qui couriez sans faillir aux combats renaissants, Amants libres et forts des vierges romantiques, Qui saviez émouvoir les roches granitiques Par l’accord mâle et fier de vos nobles accents !
CELUIque les lions ont nourri de leurs moelles Se rappelle pour nous le chant d’Éviradnus ; Véronique apparaît, blanche dans ses grandes voiles, Atta-Troll lourdement danse sous les étoiles, Et la mer apaisée enfante encore Vénus !
Et lorsque nous aurons fait nos moissons complètes, Poètes de vingt ans, frères qui sommes nés Dans un temps glorieux pour la Muse, et de fêtes, Nous nous inclinerons devant les grands poètes Qui marchent devant nous, et qui sont nos aînés,
Nous souvenant toujours d’avoir bien en mémoire Que l’admiration est le fait des grands cœurs, Et que nous sommes vus par le Maître de gloire Qui, du fond de l’exil, domine notre histoire Et protège nos fronts, de son laurier vainqueur !
Nocturne
À ÉMILE DESCHAMPS
Vous reviendrez, belles ombres galantes, Dans ces bosquets par vous charmés encor ; Laissant traîner vos robes opulentes, Vous reviendrez dans ce rare décor.
Elle courra la folle mascarade Des grands seigneurs tout enfiévrés d’amour, Et nous aurons des vers de Benserade Pour vos beaux yeux qui sont couleur de jour.
Vos grâces, là ; se trouveront chez elles. Les verts gazons vous seront un tapis, Et vous ferez encor battre des ailes Aux Cupidons sur les sphinx accroupis.
Les éventails dans vos mains tant baisées, Rafraîchiront l’air enflammé du soir, Et les Sylvains dans les branches croisées Se glisseront afin de vous mieux voir.
Vous reviendrez, ô nobles Dorimènes ! Et les marquis, en vous pressant la main, Vous nommeront tendrement inhumaines, Vous leur direz en riant :«À demain !»
Loin des bassins où le cygne se mire, Dans les recoins du bois abandonnés, Les preux, jaloux des faveurs des Thémire, Se couperont la gorge en gens bien nés.
Vous reviendrez par un beau clair de lune, Quand auront fui du parc majestueux, Humiliés par leur troupe importune, Tous ces bourgeois fous et tumultueux ;
À l’heure auguste où le rossignol chante, Où passe Hécate en un char de vapeur, Où, s’appuyant sur son urne penchante, La Nymphe songe au beau Faune trompeur ;
À l’heure où court la chasse fantastique D’Hérodiade au fond du noir ravin, Quand Faust éveille, avec le monde antique, La grande Hélène au visage divin.
Et les amants de la douce féerie, Qui vous suivront aux taillis toujours frais, Dans leur chanson mollement attendrie Raconteront ce Walpurgis français.
(Versailles.)
Roman comique
Ô comédienne ! Molière, Le grand vagabond du bel art, Eût fait de vous son écolière Sur les chemins pleins de hasard.
Il vous eût donné le sourire, Le charme et la grâce des pleurs, L’âme tendre qui se déchire Par l’amour et par les douleurs.
Il vous eût donne cette fièvre Qui suit les courageux travaux. Ne voit-on pas, sur votre lèvre, Causer Shakspeare et Marivaux ?
Mais à quoi bon ces dons ? Les fées, Dès votre berceau triomphant, D’avoine folle et d’or coiffées, Vous avaient prise pour enfant.
Et, quand vous souleviez vos langes, En agitant vos petits bras, Vous entendiez déjà les anges De l’amour vous parler tout bas !
I