Pendant une maladie

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Victor Hugo — Les Chansons des rues et des boisPendant une maladie II On dit que je suis fort malade, Ami ; j'ai déjà ...

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 II
On dit que je suis fort malade, Ami ; j'ai déjà l'oeil terni ; Je sens la sinistre accolade Du squelette de l'infini.
Victor HugoLes Chansons des rues et des bois
Sitôt levé, je me recouche ; Et je suis comme si j'avais De la terre au fond de la bouche ; Je trouve le souffle mauvais.
Comme une voile entrant au havre, Je frissonne ; mes pas sont lents, J'ai froid ; la forme du cadavre, Morne, apparaît sous mes draps blancs.
Mes mains sont en vain réchauffées ; Ma chair comme la neige fond ; Je sens sur mon front des bouffées De quelque chose de profond.
Est-ce le vent de l'ombre obscure ? Ce vent qui sur Jésus passa ! Est-ce le grand Rien d'Épicure, Ou le grand Tout de Spinosa ?
Les médecins s'en vont moroses ; On parle bas autour de moi, Et tout penche, et même les choses Ont l'attitude de l'effroi.
Perdu ! voilà ce qu'on murmure. Tout mon corps vacille, et je sens Se déclouer la sombre armure De ma raison et de mes sens.
Je vois l'immense instant suprême Dans les ténèbres arriver. L'astre pâle au fond du ciel blême Dessine son vague lever.
L'heure réelle, ou décevante, Dresse son front mystérieux. Ne crois pas que je m'épouvante ; J'ai toujours été curieux.
Mon âme se change en prunelle ; Ma raison sonde Dieu voilé ; Je tâte la porte éternelle, Et j'essaie à la nuit ma clé.
C'est Dieu que le fossoyeur creuse ; Mourir, c'est l'heure de savoir ; Je dis à la mort : Vieille ouvreuse, Je viens voir le spectacle noir.
Pendant une maladie