Salomé - Variations : les danses de feu et de glace de Manoel Pimenta

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Texte, traduction et présentation de poèmes latins sur Salomé

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Ajouté le 05 janvier 2017
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EAN13 978-2-9559460
Langue Français
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PHILIPPE GUILLAUT
SALOMEVARIATIONS : LES DANSES DE FEU ET DE GLACE DE MANOEL PIMENTA
Verdegasi Nitiobrigensis MMXVI
Ce livre électronique est placé sous Licence Creative Com-monsPaternité, pas d'utilisation commerciale, pas de modi-fication.
ISBN 978-2-9559460-0-8
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Illustration de couverture :lettrine duDe Anima, Memoria et remi-niscentia, Somno et vigilia, Insomniis, & Divinatione per somnum, de Themistius Euphrades Paphlago, Venise, 1542
Le texte latin suit l’édition de 1622:Emmanuelis Pimenta Scalabi-tani S. I. Presbyteri, Eborensis Academiae quondam Praefecti Poematumtomus I (Bibliothèque Nationale du Portugal)
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Manoel Pimenta, né à Santarem en 1542, mort à Evora vers 1603, est entré dans la Compagnie de Jésus vers 1558. Il a occupé la chaire de Littératureaux universités d’Evora et de Coïmbra. Une partie de ses poèmes latins,Christus, est publiée en 1622. Ce cycle d’épigrammes et d’élégies est divisé en onze livres, les quatre premiers consacrés à la naissance et aux enfances du Christ, le cinquième à sa Passion, les six derniers à son triomphe.
Philippe Guillaut, ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, major de l’agrégation de Lettres classiques, après des travaux de recherche en Sorbonne sous la direction de Philippe Sellier et de Pierre Brunel, a enseigné notamment aux universités de Bordeaux IIIMontaigne et Bordeaux IVMontesquieu. Lau-réat du prix Infini 2010, il a également publié des textes de fic-tion aux éditions Calmann-Lévy, Argemmios, Griffe d’encre et Parchemins & Traverses.
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AVANT-PROPOS
anoel Pimenta : une silhouette presque effacée de-poèteMnéolatin, jésuite portugais, professeur de littérature aux puis sa mort, aux alentours de 1603, et la publication d’une partie de ses œuvres, en 1622. Abondant universités d’Evora et de Coimbra: voilàpour l’épitaphe. Mais au bord du caveau scellé par l’indifférence des siècles, un frêle fantôme semble encore danser : au livre septième de sonChris-tusvaste et sage contemplation d’icônes compassées –au dé-tour d’une célébration de Jean Baptiste, le Précurseurvoici notre pieux auteur rivé, comme saisi d’obsession poétique, à cet obscur détail de l’Ecriture, à cette poupée pâlotte que les Evangiles expédient en deux mots : la petite danseuse Salomé. eut-être rôda-t-il à ses heures perdues dans les tavernes conPtent l’éternelle histoire du désir et de la vengeance. Peut-et les embarcadères où les danses lascives, mêlées d’Inde, d’Afrique et de Brésil, toujours changeantes, ra-être même, aventurier en sa jeunesse, aborda-t-il à ces pays de rêve et de corruption : pays de nudités, étrangement dorées, qui au moindre geste paraissent danser. Ou bien ne quitta-t-il jamais sa cellule de docte, immergé dans l’océan des livres –ne levant les yeux qu’un instant, à la césure d’un hexamètre, sur les longs figements de sang (là-bas, au Couchant, au bord des mondes) d’un soleil cou coupé, posé sur le miroir d’argent, le miroir dansant d’un autre océan?
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ar dès que la Vision s’offre à lui, ce pas de deux du Feu C et de la Glace, du Stupre et du Sacré, de la Grâce et du Meurtresiècles avant Flaubert, Mallarmé, La- trois forgue, Huysmans–, il cesse de faire œuvre d’édification, de tranquille dévotion, ou de virtuosité érudite : déferle un ballet obsessionnel de cris et d’images, variations musicales et choré-graphiques autour d’une énigme dansante, aveuglante, fasci-nante. A la danse volcanique du banquet d’Hérode répond son écho cristallin, dans un paysage de neiges et d’eaux mortelles. Et les deux têtes tranchées se retrouvent, par-delà climats, exé-crations et assomptions, unies sur le même plat d’argent.our tenter de dire ce tourbillon, sans doute opaque à P lui-même, il a ces pauvres mots pleins de poussière, usés par tant de médicastres, d’avocassiers et de curail-lons. Une langue exténuée : ce vieux Latin. Ce chemin défoncé, plein d’ornières, où la pensée menace toujours de s’embourber dans les lieux communs. Et pourtant, double résurrection : au moment où vient l’habiter ce spectre de Danseuse, l’idiome moribond se relève, et rassemble tous ses prestiges ; et de nou-veau, dans ce palais d’orient et sur ces glaces du nord, résonne, incomparable, la poésie latine : hermétique, elliptique, chao-tique, frissonnante des rumeurs enfouies depuis la fondation du monde, gorgée de toute la sensualité païenne et lustrée par l’eau vive de transcendance. Cette langue adamantine oùex-trême concentration, absolue diffraction, une densité des sièclesle sens se fait abîme et labyrinthe.Legenda: ces choses, toutes impies, ténébreuses et troublantes qu’elles soient,sont devant être dites. Si « le langage est la légende qui montre » (Hei-degger), comment mieux dire cet indéfinissable qui envoûte qu’en cette langue de l’ailleurs, du jadis, qui hante obscurément et double d’ombre notre parole quotidienne – langue elle-même faite légende ?
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es grands Mythes s’écoulent à la manière du fleuve Ltrompeur de Pimenta : figés en apparence seulement, ils ne cessent de spiraler secrètement en leur fond, de se ramifier en d’incompréhensibles deltas, de se précipiter sans pourquoi en d’irrépressibles chutes. Le poète portugais, arra-ché subitement à la rive sereine de la dévotion, roulé dans les flux d’images et d’archétypes,laisse éclater ses épigrammes en magnifiques cataractes maniéristes, pleines d’écume et de furie puis un instant, Salomé glisse aux côtés de sa sœur en noyade et en égarement, l’Ophélie du poète anglais. Après les traduc-tions inédites des poèmes de Pimenta, seront transcrits, à dé-faut d’une inaccessible source, un amont évident –l’historien médiéval Nicéphore Callisteet deux splendides avalsOscar Wilde et Guillaume Apollinaire.
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In Herodiadem puellam Saltatricem  Exécrations : la Jouvencelle Hérodienne,  Danseuse  I mplicat assiliens dum Nympha volubilis orbes, I  Attonitus Pater est, attonitusque comes. Plus incompositos quo deformatur in actus,
Hoc formosa magis creditur esse patri.
Respondet generi saltatrix nata, parenti
Quae magis infami foeda per acta placet.
Nil ab adulterio poterat, nisi turpe, creari :
Fructus adulterii, non nisi turpis, erit.
Quo magis Herodes natam videt absque pudore,
Plus natam attonitus credidit esse suam.
In qua si minimi vidisset signa pudoris,
Diceret ; Hujus ego non pater, alter erit.
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 I ssaut de Fouettésla Nymphe volte et virecerclée Ad’Entrelacs, Sidéré le Pèresidérée l’Assistance.
Plus dégénère la Danseen Figures déréglées
Père.
Plus splendidel’Eblouissement –qui frappe le
Au chant du Sangs’accouple filiale Danse
l’immonde Pavane s’abouche –au Prurit infectde son Père.
L’Adultère –rien ne procréequ’Abjection
Fruit d’adultère –ne saurait êtrequ’Abject.
Plus Hérode contemplede sa Fillela Dépravation
 Sidéré de Désiril la reconnaîttoujours plus Sienne.
Mais si en elleil eût entrevuinfime trace de Candeur :
 « Moi, son Père ?Oh que non !à d’autres je la laisse! »
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II altat, et insultat casto male casta pudori : S  Turpius insiliit, cum petit ausa caput. Quo magis, abjecto saltat vesana pudore,
Saltibus attonito plus placet illa Patri.
Si non saltaret tam turpiter ante parentem,
Vix natam Herodes crederet esse suam.
Quae se sic versat sine fronte, infamis adulter,
Non est alterius, nata puella tua est.
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 II a Danse :son Branle impurpiétine pure Candeur : S  la foule aux piedsl’Effrénée –plus ignoble encore quand guigne une Tête.
Sa Gigue d’hystérie –ses Gicluressur défunte Candeur
peur !
Ses Reins ondulent :enfle le PèreEmoi et Stu-
Danse crapuleuseofferte à son Géniteursans quoi
Hérode à peinepour saFille l’eût prise.
Qu’ainsi se contorsionne –fait fi de Décencenon, répu-gnant Adultère
Pas de doutela Fille est bien de toi.
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