Talion

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Victor Hugo — L'Année terribleTalion VI Quoi ! parce que Vinoy, parce que Billioray Sont dans le faux, il sied que tout soit hors du vrai ! Il faut tuer Duval puisqu'on tua Lecomte ! A ce raisonnement vous trouvez votre compte, Et cet autre ...

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Langue Français
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 VI
Victor HugoL'Année terrible Talion
Quoi ! parce que Vinoy, parce que Billioray Sont dans le faux, il sied que tout soit hors du vrai ! Il faut tuer Duval puisqu'on tua Lecomte ! A ce raisonnement vous trouvez votre compte, Et cet autre argument vous parait sans rival : Il faut tuer Bonjean puisqu'on tua Duval ! On méprisait l'affreux talion ; on l'estime. Vil chez Moise, il est chez Rigault légitime. On voue au meurtre un culte ; on laisse de côté Ce qu'on glorifiait si haut, loi, liberté ; On prêche un nouveau dogme, on se fait néophyte De tous les attentats hideux dont on profite. Talion ! pour le peuple ici, là pour le roi. Vous arrêtez Chaudey, j'emprisonne Lockroy. Ah ! vous êtes inepte, eh bien, je suis stupide. Ah ! vous niez le droit, eh bien, je le lapide !
Quoi ! parce que Ferré, parce que Galifet Versent le sang, je dois, moi, commettre un forfait ! On brûle un pont, je brûle une bibliothèque. On tue un colonel, je tue un archevêque ; On tue un archevêque, eh bien, moi, je tuerai N'importe qui, le plus de gens que je pourrai. Quoi ! parce qu'un gredin fait fusiller un homme, J'en fais arquebuser trois cents, et ce qu'on nomme Meurtre chez lui sera bonne action chez moi ! Dent pour dent. Par l'horreur je réplique à l'effroi. Vous frappez la patrie, eh bien, moi, je l'achève ! Ah ! vous lui faites, vous, l'effet d'un mauvais rêve, Eh bien, moi, je lui vais donner le cauchemar. Vous êtes Erostrate, eh bien, je suis Omar !
O joute monstrueuse ? effroyables escrimes ! Avec des malfaiteurs se battre à coups de crimes ! Ils ont sabré, frappons ! ils ont volé, pillons ! Semons leur infamie en nos propres sillons. Quoi ! notre oeuvre et la leur germeront pêle-mêle ! Ensemble à la même auge, à la même gamelle, Abjects, nous mangerons le même opprobre, tous ! O ciel ! et l'on verra sortir d'eux et de nous Une épaisseur de honte horrible sur la France ! Nos attentats auront assez de transparence Pour qu'on voie au travers nos principes déçus, La clémence dessous, l'assassinat dessus ! Nous, copier ces gueux, faire un échafaudage De notre banditisme avec leur brigandage, De sorte que l'histoire un jour dise : Ombre et mort ! Qui donc avait raison et qui donc avait tort ? Sur notre propre droit verser tant de mensonge Et tant d'iniquité que tout n'est plus qu'un songe ! Les principes, qui sont dans l'âme des sommets, S'effacent, et comment fera-t-on désormais Pour parler de progrès, d'équité, de justice ? Leur naufrage suffit pour que tout s'engloutisse. Témérités sans nom ! le bien au mal mêlé ! On voit couler, du haut de l'azur étoilé, Un sang céleste après ces lâches hardiesses. Blesser les vérités, c'est blesser les déesses.