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Poésies diverses, élégies, odes, chants patriotiques, épîtres, par M. P. Barthélemy

De
174 pages
impr. de N. Collin (Nancy). 1869. In-12, 171 p..
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TûESIES DIVERSES
ÉLÉGIES — ODES -
CHANTS PATRIOTIQUES - ÉPITRES
PAR
M. P- BARTHELEMY
NANCY,
IMPRmiilUK DE- N. COLLIN,
1869.
POÉSIES DIVERSES
ÉLÉGIES — ODES -
CHANTS PATRIOTIQUES - ÉPITRES.
PAR
M-.JP- BARTHELEMY
NANCY,
IMPRIMERIE DE N. COLLIN,
1869.
POÉSIES DIVERSES
NANCY, IMPRIMERIE DE N. COLLIN,
Rue de Guise, 21.
POÉSIES DIVERSES.
LA VEUVE DE SALINS.
Seule, avec mes enfants dont l'aspect me déchire,
J'èrre de tous côtés sans trouver un abri ;
Déjà la nuit s'avance.... A peine je respire....
Je cherche une chaumière, hélas I tout a péri !
Ciel ! quel affreux tableau se déroule à ma vue !
Quel cri de désespoir retentit dans les airs !...
Des torrents de fumée obscurcissent la nue,
Et Salins n'offre plus que l'horreur des déserts.
— 6 -
Où diriger mes pas ? où chercher l'espérance ?
Partout je n'aperçois que des débris fumants...
Dieu, qui vois mon malheur, j'invoque ta puissance;
Je t'en conjure, au moins, prends soin de mes enfants !
Etres infortunés, que demandent vos larmes?
Votre mère ne peut soulager vos douleurs ;
Ah ! ce plaisir pour elle eut toujours tant de charmes !
Elle n'a plus, hélas! qu'à vous donner des pleurs!
Je ne puis résister à leurs cris lamentables;
Leurs bras en suppliant me demandent du pain ;
Et mes yeux inondés de pleurs intarissables,
Leur répondent assez qu'ils gémissent en vain !
Deux fois l'astre du jour a fini sa carrière
Depuis que des passants j'invoque la pitié;
Et le pauvre lui-même, ému de ma prière,
Du pain qu'il a reçu m'apporte la moilié.
0 YOUS, dont les beaux jours s'écoulent sans nuage.
Ecoutez mes accents, partagez mes chagrins :
— 7 —
»
Que votre humanité relevant mon courage,
Console encore un jour la veuve de Salins !
En 1825, un terrible incendie détruisit presque
entièrement la ville de Salins, dans le Jura.
— 8 —
LE TRÉPAS DE ZIZETTE
A Mademoiselle P.T.
Zizetle, ô maZizette ! en vain ma voix t'appelle.,.
Hier encore à ma voix tu te montrais fidèle ;
Aujourd'hui je t'appelle... ô soins trop superflus !
Zizette, ah ! réponds-moi !.,. ne te verrai-je plus ?
Des méchants t'auraient-ils ravie à ma tendresse ?
Dans un piège as-tu vu succomber ton adresse?
A-t-on vengé sur toi quelque nouveau larcin ?
Je ne puis que gémir quel que soit ton destin.
Que j'aimais le brillant de ta riche parure !
Qu'avec plaisir ma main caressait ta fourrure !
Ta grâce et ta douceur m'enchantaient chaque jour ;
Ah ! reviens, ma Zizette, en ton premier séjour !
Mais je soupire en vain ; mes regrets et mes larmes
Contre l'affreux destin sont de trop faibles armes ;
Il te rend pour toujours insensible à ma voix.
Adieu, Zizette, adieu, pour la dernière fois !
— 9 —
LA JEUNE ESCLAVE GRECQUE.
A peine quinze fois j'ai vu le doux printemps
Qu'esclave d'un vainqueur je gémis dans les chaînes !
Je n'ai donc plus d'espoir!... 0 trépas que j'attends,
Toi seul peux terminer mes douloureuses peines.
Mon père, je te vois encore dans les combats,
Tout couvert de ton sang, mourant pour ta patrie.
Fiére de l'imiter, j'armai mon faible bras :
Mais un cruel destin me conserva la vie.
Mes frères sont tombés du haut de nos remparts ;
Des lâches Osmanlis les hordes triomphantes
Ecrasant à l'envi leurs cadavres ôpars,
Souriaient à l'aspect de leurs tètes sanglantes !
Sous un ciel étranger je vais porter mes pleurs !
- 10 -
Fille de PHellénic, aux rives africaines
Je vais servir d'esclave aux femmes des vainqueurs !
Je frémis, et mon sang se glace dans mes veines.
Triste Missolonghi *, toi dont le souvenir
Accable à chaque instant mon âme déchirée,
Sous tes murs abattus que n'ai-je pu mourir,
Et mêler ma poussière à ta cendre sacrée !...
O beau ciel de la Grèce, ô champs de mes aïeux,
Pour toujou/s il faut donc renoncer à vos charmes !
Recevez mes soupirs et mes derniers adieux,
Pour la dernière fois vovez couler mes larmes!
* Prise en 1826 par les Turcs après un siège d'un an.
—11 —
NAPOLÉON Pr AUX INVALIDES.
De l'Océan lointain un nom a retenti ;
Un nom qu'avec respect tout coeur dit et répète
Un nom qui ne sera jamais anéanti,
Car du bronze et du marbre il domine le faîte.
L'entendez-vous ? l'écho
De sa voix le proclame ;
Le pilote et la rame
Disent : Wagram ! Eylau !
Que le signal se donne •!
Les lugubres tambours
Au bronze qui résonne
Ont mêlé leurs tons sourds ;
Comme un torrent qui roule
En flots tumultueux
- 12 -
Se déborde la foule
D'un air majestueux.
Salut, vainqueur d'Arcole !
O toi dont la pa?«fe
Enfantait des guerriers ;
Qui pendant quinze années
Couvris nos destinées
De gloire et de lauriers !
Sur l'aile de la foudre,
Porté comme autrefois,
Viens-tu réduire en poudre
Les trônes et les rois ?
Non : de ce grand héros, de ce foudre de guerre
Il nous reste.... vovez, une urne funéraire !
Reviens, reviens à nous prisonnier d'Albion :
Ta gloire et tes malheurs ont payé ta rançon.
Le voilà donc celui qui donnait les couronnes,
Dont le sceptre d'airain pulvérisait les trônes:
— 13 —
Qui voulait, comme un Dieu, dicter partout des lois;
Que tout front s'inclinât, obéît à sa voix ;
Qui vit contre lui seul l'Europe tout entière,
Et foula sous ses pieds et peuples et barrière.
Le voilà ! mais non plus sur un char triomphant
Comme aux jours d'Austerlitz, d'Esling et deFriedland,
Non plus environné de ces troupeaux d'esclaves
Qui semblaient à genoux mendier des entraves ;
Mais seul, sans appareil, sans faste, sans orgueil,
Il vient nous demander un coin pour son cercueil !....
Oh ! qui l'eût jamais dit, lorsqu'aux jours de ta gloire,
A ton char belliqueux enchaînant la victoire,
Ebranlant l'univers de tes puissantes mains,,
Tu semblais mesurer des pays plus lointains ;
Qui donc eût jamais dit que, banni de la France,
Dont tu voulus toujours l'honneur, l'indépendance,
Du sein de l'Océan, si loin de ton berceau,
Tu viendrais réclamer la faveur d'un tombeau !!
Mais qui pourrait, devant ta majesté muette,
En face de la mort qu'aucun pouvoir n'arrête,
Devant tant de courage et de si grands revers,
En blasphémant ton nom te maudire en ses vers !
- 14 —
Respect à sa mémoire, à son auguste cendre !
Dans les replis du coeur c'est au ciel de descendre :
En martyr courageux, sans plainte, sans courroux,
Nous l'avons vu tomber; ses malheurs l'ont absous.
Entre, noble exilé, reçois de la patrie,
L'accueil qu'elle doit à ton puissant génie ;
Trop longtemps, loin de nous, sur un sol ennemi,
D'un pénible sommeil tu t'étais endormi :
Au milieu des récifs, refoulé par l'orage,
Illustre naufragé, regagne enfin la plage !
Entends-tu ces accents, ces transports généreux
D'un peuple qui toujours te suivit de ses voeux ;
Qui malgré tout le sang exprimé de ses veines,
Admirait ta grandeur sous le poids de ses chaînes ;
Qui se presse en ce jour, avec un saint respect
Autour de ta dépouille, et s'incline à l'aspect
De ce sceptre brisé, de ce muet cortège
Dont le zélé pieux te suit et te protège.
Ah ! puisse cet encens, cet élan de nos coeurs
Consoler ta grande âme au sein de ses douleurs;
D'un trop long abandon adoucir l'amertume,
Et fournir à l'histoire un sublime volume !
- 1S -
Dans la grande cité s'avance le convoi ;
Mais quel vague frisson vient s'emparer de moi !
Quelle voix inconnue a frappé mon oreille,
Et révèle, à mes yeux une étrange merveille ?
De l'auguste colonne, éternel monument,
S'échappe tout-à-coup un solennel accent :
«
Tous ses guerriers s'agitent
Et se lèvent soudain :
Leurs poitrines palpitent
Sous le fer et l'airain :
Les armes retentissent
D'un magique fracas,
Les fiers coursiers hennissent
Comme aux jours des combats.
« Grand empereur qui passes,
« Vois tes vieux compagnons
« Qui, toujours à leurs places,
« Veillent sur leurs canons. »
Aussitôt vers le char, eurs mains se sont tendues ;
Mille voix dans les airs se perdent confondues,
— 16 —
Et de vieux étendards les illustres lambeaux
Forment un diadème au-dessus du héros.
Mais aux regards surpris, bientôt la scène change :
Quel est ce bataillon, cette antique phalange ?
Guerriers tout mutilés, soldats en cheveux blancs,
Malgré le poids de l'âge, ils ont serré leurs rangs :
C'est vous, vieux serviteurs, vénérables athlètes,
Dont le sang tant de fois a scellé nos conquêtes ;
Vous tous nobles débris d'un trophée immortel,
Rassemblez-vous ! c'est lui qui va faire l'appel....
Il vous reconnaît tous ; sur le champ de bataille
Il mêlait votre nom au bruit de la mitraille ;
Excitant votre ardeur ou calmant vos transports,
C'est lui qui vous guidait à travers mille morts !
Soulève ton linceul, empereur magnanime,
Et contemple un instant l'ardeur qui les anime :
Ils proclament ton nom : reconnais-tu ces voix
Qui du Nil au Kremlin ont chanté tes exploits;
Ces fronts cicatrisés et ces mâles poitrines
Que déchirait le plomb, les coups de javelines?
Regarde : celui-ci gravit le Saint-Bernard ;
Celui-là t'a suivi dans l'empire du Czar,
— 17 -
Où bravant les glaçons et la lance ennemie
Il revient, presque seul, mourir dans sa patrie.
Cet autre d'Austerlitz a vu le beau soleil,
Et de ce jour il croit voir encore le réveil,
De ce jour où ta main lui donna l'auréole
Qui sent battre son coeur, l'émeut et le console.
Tous ont suivi, joyeux, ton rapide sentier,
A l'éclair de tes yeux, au vol de ton coursier.
Temple de la valeur où le soldat débile,
Pour prix de ses travaux reçoit un saint asile,
Ouvre-toi !.... Tressaillez d'orgueil et de bonheur.
Braves qui l'attendez ; voici votre Empereur !...
Il se confie à vous ; qui donc serait plus digne
Que vous tous, ses amis, de cet honneur insigne ?
Comme aux jours des combats il comptait sur vos coups,
Pour veiller sur sa cendre il compte encor sur vous.
Oh ! oui, je le comprends ; ces heures d'allégresse
Vous feront oublier bien des jours de détresse.
Aujourd'hui, sans regrets, vous pourrez donc mourir,
Car son ombre entendra votre dernier soupir !
Ramené par nos voeux sur la terre natale
Qu'illustra tant de fois ta marche triomphale,
— 18 —
Repose enfin, grand homme, au sein de la cité
Dont tu vas agrandir encor la majesté.
Oh ! lorsque nos enfants reliront ton histoire,
Tant de faits glorieux transmis à leur mémoire,
Quel noble enthousiasme animera leur front 1
Avec quel noble orgueil ils te célébreront 1
Guidés dans les combats par ta vaillante épée,
Non, jamais leur valeur ne se verra trompée ;
Et s'il le faut un jour, sacré Palladium,
Tu nous feras chanter plus d'un beau Te Deum I
- 19 —
L'AGONIE.
Mon Emma, mon enfant,
Dis-moi, que faut-il faire?
Hélas ! tu souffres tant !
EL ma triste prière
N'attendrit point le ciel....
En vain je le conjure
D'éloigner tant de fiel
De ta bouche si pure;
Il se rit de mes pleurs;
Et mon faible courage,
Sous le poids des douleurs,
Ne sait plus de langage.
Que ta tête est brûlante !
Que ton front est humide 1
Ta poitrine haletante
Chasse un souffle rapide.
Tu me cherches des yeux...
— 20 —
Oh ! me voilà, mon ange !
Dis-moi, serais-tu mieux?...
Oh ! souffre que je range
Tes beaux cheveux si noirs
Tant aimés de ton père,
Qu'il baise tous les soirs
Et qu'adore ta mère !
En vain je veux chasser
La mort qui t'environne :
Elle, sans se lasser,
Effeuillant ta couronne,
Enveloppe ton lit
De ses voiles funèbres;
Tes yeux qu'elle obscurcit
Nagent dans les ténèbres;
Elle te marque au front
Du sceau de sa victime,
Et mes cris ne pourront
Te sauver de l'abîme !
0 mon Dieu, quels combats,
Quelle lutte acharnée
- 21 -
Livre à l'affreux trépas
Cette âme à peine née !
Pour si jeune mourir,
Pour quelques jours de vie
Faut-il donc tant souffrir ?
O Ciel, je t'en supplie,
De sa frêle existence
Ranime le flambeau,
Ou finis sa souffrance
En ouvrant son tombeau !
L'agonie a cessé;
Sur sa bouche mi-close
Un sourire a passé...
La faulx tranche la rose!
22 —
LA FLEUR FLÉTRIE.
Quelle est votre injustice, ô charmante Amélie!
Vous jetez cette fleur parce qu'elle est flétrie.,
Parce qu'elle a vécu de rapides instants,
Qu'elle n'a pu qu"un jour enivrer tous vos sens!
Mais ce matin encore, ornant votre ceinture,
Elle effaçait l'éclat d'une riche parure :
Vous contempliez des yeux ses tissus délicats,
Et pour vous elle avait de ravissants appas.
Un soleil a flétri cette beauté céleste !
De tant d'attraits, hélas ! voilà donc ce qui reste !
Des choses d'ici-bas, ô désolant tableau !
Aujourd'hui, jeune fleur, tout en vous paraît beau ;
Mais sitôt que le temps, sur votre frais visage,
De la triste vieillesse aura tracé l'image,
Si l'on jetait alors un insultant, mépris
Sur ces traits où brillaient les grâces et les ris,
Que diricz-vous, mon Dieu? Quelle amère pensée
Surgirait tout-à-coup dans votre âme brisée !
— 23 —
Oh ! que vous maudiriez, au fond de votre coeur,
Ces ingrats oubliant ces instants de bonheur
Que souvent à vos pieds ils sont goûtés peut-être !
Vous aviez un éclat qui ne peut plus renaître.
Frais bouton, à l'envi, caressé des zéphirs,
Votre charmant tissu excitait leurs désirs ;
Rose aujourd'hui fanée, ils ont fui ce calice
Où naguère ils puisaient l'amour avec délice.
24 —
L'ASSAUT DE SÉBASTOPOL.
Le tambour bat ; le clairon sonne;
En plein soleil, nos fiers soldats
Volent soudain; l'airain qui tonne
Charme leurs coeurs, guide leurs pas.
Monte à l'assaut, bouillant zouave !
Vous, grenadiers et vous, chasseurs,
Impatients de toute entrave,
En avant tous!... soyez vainqueurs !
Pied contre pied, et face à face,
Sur la brèche., Russes, Français
Donnent la mort avec audace,
Ou la reçoivent, sans regrets,
Du canon la voix de tonnerre,
Et de l'obus le sourd éclat,
— 25 —
Aux noms de France et d'Angleterre
Mêlent leur imposant vivat.
Emportés par un beau courage,
Soldats, officiers, généraux,
De leur sang écrivent la page
Où brillent les noms des héros I
Tout disparait dans la tranchée ;
Des vivants tombent sur les mort ;
Et la victoire est arrachée
Sur un mouvant monceau de corps.
Six fois l'attaque recommence ;
Six" fois sur ses remparts sanglants
L'ennemi repoussé s'avance;
Six fois nous culbutons ses rangs.
Il cède; il fuit !... De la victoire,
Superbe czar entends la voix ;
Nous voici sur ton territoire,
Et c'est pour la seconde !
— 26 -
Tu l'as voulu : les cioux propices
Ont favorisé nos efforts ;
Prennent-ils donc sous leurs auspices
Les tyrans parce qu'ils sont forts ?
Flottez,- nobles drapeaux de France,
Sur les murs de Sébastopol !
Dites au monde la vaillance
Des héros qui foulent son sol !
O vous dont les enfants sonL morts pour la patrie,
Puisse un doux souvenir consoler votre coeur !
De l'illustre La Tour vous rappelant la vie,
Vous répondrez aussi : « Tombés au champ d'honneur! »
_ 27
LE SONGE DE NAPOLÉON Ier.
On dit que réveillé par l'éclat d'une bombe,
Un conquérant fameux s'est dressé dans sa tombe :
Il écoute, il regarde, et croit voir dans la nuit,
Au milieu d'un beau ciel, son astre qui reluit.
Le parfum de la poudre a ranimé son âme ;
Il entend du canon la voix qui le proclame ;
Il saisit son épée, assemble ses grognards
Qui paraissent, rangés sous leurs vieux étendards,
Tous ces hommes de fer, dont la mâle poitrine
Saigne encor, sous la croix, des coups de javeline !
Qui suivirent, joyeux, son rapide sentier,
A l'éclair de ses yeux, au vol de son coursier :
« Entendez-vous, amis, le bruit de la mitraille ?
» Qu'on m'amène à l'instant mon cheval de bataille ! »
Alors un grenadier qui, par-delà des mers,
Avait accompagné sa gloire et ses revers,
S'avançant hors des rangs : « Sire, c'est inutile :
— 28 —
» D'autres font la besogne.... Elle n'est pas facile.
» Vous étiez fier de nous, et vous aviez raison ;
» Mais si vous les voyiez manoeuvrer le canon...
» Que diriez-vous alors?... Dormez dans votre gloire,
> Et soyez sans souci du jour de la victoire...
> Le fier Sébastopol nous venge de Moscou ;
» Tout sera remboursé, jusques au dernier sou. »
A ces mots, le héros poussant un doux murmure,
S'endormit de nouveau sous sa pesante armure.
— 29 —
AUX MANES DES LORRAINS MORTS
DEVANT SÉBASTOPOL.
ODE PATRIOTIQUE.
Quand du dernier combat l'heure sera sonnée,
Quand se terminera cette lutte acharnée,
Qui nous couvre à la fois et de gloire et de deuil,
Lorraine, tu pourras le dire avec orgueil :
— Qui plus que moi versa le sang de ses artères ?
Où trouver plus qu'ici d'inconsolables mères ?
Qui paya de son sang un plus large tribut,
Dédaigna plus la mort et son propre salut ?
Que de vierges ont vu les homicides balles
Déchirer sans pitié leurs robes nuptiales !
Chaque jour, des combats le sanglant bulletin
Me montre un de mes fils arraché de mon sein.
L'un périt sur la brèche où sa bouillante audace
- 30 -
Recherche du danger la glorieuse place ;
L'autre dans la tranchée, où le plomb meurtrier
Vient briser sur son front sa branche de laurier ;
Celui-ci, dans les rangs des valeureux zouaves,
Luttant comme un lion, reçoit la mort des braves ;
Celui-là, dont la vie à peine a vu vingt ans,
Avait déjà tenté des assauts de géants :
A la tour Malakoff, effroyable redoute,
Il est percé de coups dans une horrible joute :
Il expire, et son oeil vient mourir sur la croix
Qui brillait sur son frac pour la première fois !
Oh ! qui pourrait citer la liste funéraire
De mes enfants tombés sur la terre étrangère ?
Qui redira les noms de ces jeunes héros,
Sortis de mes cités, du fond de mes hameaux,
Et qui, pour châtier une haute injustice,
Font d'un sang précieux le noble sacrifice ?
De ces hommes, qui, nés la carabine au poing,
Eprouvent des combats l'invincible besoin ?
Un instinct martial circule dans leurs veines ;
Ils naissent tous soldats et vaillants capitaines,
Et dans toute bataille on les a toujours vus
Ou généreux vainqueurs ou glorieux vaincus.
— 31 —
Ils ne reverront plus les champs de la Lorraine,
Et la Meuse et la Meurthe, et sa riante plaine ;
Et toi, riche Moselle, et vous monts de sapins,
Vous ne redirez plus leurs belliqueux refrains !
Que de mères, mon Dieu ! fortes de leur amour,
Dans une douce angoisse attendaient le retour
D'un fils, leur seul orgueil, leur plus douce espérance,
Et subiront, hélas ! une éternelle absence !
Combien ne recevront, après tant de regrets,
Qu'un rameau de laurier, ombragé de cyprès !
Oh ! couronnons de fleurs ces glorieuses lombes
Que creusent tous les jours les boulets et les bombes !
Tandis que nous avons de tranquilles plaisirs,
Que leurs bras courageux nous font de doux loisirs,
Leur pénible labeur ne connaît point de trêve,
Et sans cesse à la main le mousqnet ou le glaive,
Ils ont avec la mort un incessant cartel,
Contre la barbarie un acharné duel.
Allez, nobles enfants, orgueil de la patrie,
Elle n'oubliera pas que vous l'avez servie;
— 32 -
Vos illustres trépas, inscrits sur ses tableaux,
A nos derniers neveux rediront vos travaux.
Ah ! si, répudiant sa molle politique,
Comprimant tout à coup cette lutte tragique,
La Prusse avec l'Autriche eût, d'un commun accord,
Enlevé tout espoir au colosse du Nord,
Peuples et nations se donnant l'accolade,
Entr'eux auraient formé la plus sainte croisade ;
Et, comme un fier coursier dompté par l'aiguillon,
Le Czar tout frémissant eût baissé pavillon.
Capitaines, soldats, généraux de Crimée,
Tombés avec éclat ou morts sans renommée,
Mânes de nos héros par la tombe engloutis,
Vous vivriez encore !... nos voeux seraient remplis.
D'un seul l'ambition a fait tant de victimes !
Ces cris de désespoir, ces deuils ce sont ses crimes.
Mais sur leur beau destin ne versons pas de pleurs ;
Ils ne manqueront pas d'intrépides vengeurs ;
La Lorraine féconde, aux puissantes entrailles,
Enfante des héros pour toutes les batailles ;
- 33 -
Et s'il fallait un jour repousser l'étranger,
On les verrait encore au poste du danger.
Aujourd'hui le palais et le modeste chaume
De gloire et de bravoure ont le même diplôme ;
Nobles titres, achetés sous le feu du canon,
Et qui ne doivent rien à la faveur d'un nom !
Oh ! nous l'emporterons cette orgueilleuse ville
Qui décime nos fils, loin de nous les exile ;
Il faut qu'elle succombe, et que sur ses remparts
Le monde voie enfin flotter nos étendards!
- 34 —
LA SCÈNE DE NOS JOURS.
Cette pièce a été composée et publiée en mars 1827.
Quand jadis Juvénal, armant du fouet sa main,
Plein d'un juste courroux, châtiait le romain,
Ce peuple détrôné, qui, flétri par l'injure,
A l'honneur, aux vertus, s'était montré parjure,
Qu'aurait dit le censeur, s'il nous eût jugés tous
Sur le hideux tableau qu'on retrace de nous ?
S'il voyait tout-à-coup la scène théâtrale,
Oubliant sa noblesse, outrager la morale ?
Ah ! comme il flétrirait, dans sa vive acreté,
L'esprit, le goût, les moeurs d'un siècle trop vanté !
Que de traits déchirants, que de flots d'amertume
Il aurait distilé de sa mordante plume !
Poètes, écrivains, parcourez des sentiers
Où vous puissiez cueillir de plus nobles lauriers.
— 33 -
Cessez de profaner le temple de Thalie,
En couvrant ses autels et de fange et de lie;
En accordant au crime un ignoble succès, ■
En peignant la vertu malheureuse à l'excès ;
Et quand vous nous offrez vos couplets ou vos drames,
Ne forcez pas à fuir et nos filles et nos femmes.
Sans les faire rougir on peut les émouvoir ;
Présentez des tableaux que leurs yeux puissent voir.
Si leur âme frémit des noirs projets du crime,
Conservez-leur l'espoir de sauver la victime ;
Et s'il faut des poignards, s'il faut verser du sang,
Epargnez, quelquefois celui de l'innocent.
« Que veut donc ce censeur, avec son Juvénal,
Qui prétend nous parler d'un ton si doctoral ?
Du langage des Dieux il emprunte le style
Pour nous prêcher à tort une leçon futile.
De son temps il ignore et l'esprit et les moeurs,
Et n'a jamais connu les passions des coeurs.
Du siècle nos écrits sont le tableau fidèle ;
Nous peignons notre époque ; imitez le modèle. »
De grâce épargnez-nous ! épargnez à nos fronts
La honte de rougir d'injurieux affronts.
— 36 —
Quoi ! nous sommes blasés au point que l'infamie,
Les hideuses horreurs, la basse ignominie
Seules pourraient nous plaire et remuer nos sens !
Si les pères sont tels, que seront les enfants ?
Si vous tracez du jour l'effrayante peinture,
Ah 1 déplorons le sort de la race future !
Mais j'en atteste ici la publique pudeur,
En dépit du succès le portrait est menteur.
Non, nous n'approuvons point cet impur assemblage
De crimes inouis, opprobre d'un autre âge ;
Non, nous ne sommes point assez bas descendus
Pour qu'on ose crier : Les Français sont perdus !
Nos yeux savent encor verser de tendres larmes ;
La vertu pour nos coeurs brille de tous ses charmes ;
De nobles sentiments, une belle action
Font naître encore en nous la douce émotion ;
Et ces pleurs, qui, parfois, humectent la paupière,
Développent dans l'âme un germe salutaire
Que l'aspect du poignard, du sang et des forfaits
Etouffe trop souvent et ne nourrit jamais.
Vous, enfants de Thalie, et vous, de Melpomène
Disciples assidus, quant à vos yeux la scène
— 37 —
Est couverte de boue et de sales lambeaux,
Quand des hommes tarés, par de honteux bravos,
Applaudissent l'infâme et dégoûtant Macaire,
Serez-vous étonnés qu'un autre Lacenaire,
D'exemples odieux, profitant avec art,
Nous épouvante encor de ses coups de poignard !...
- 38 —
LE SOUVENIR D'AGLAIE.
(paroles demandées à l'auteur)
Air : Pourquoi me fuir, passagère hirondelle ?
J'agite en vain les cordes de ma lyre ;
En vain je veux célébrer vos attraits ;
Toujours, hélas ! je gémis, je soupire,
Et je ne puis tracer un de vos traits.
Ah ! près de vous, moins sourd à ma prière,
Le Dieu des vers entendrait mes accents ;
Vos doux regards calmeraient sa colère,
Et votre aspect animerait mes chants.
Je chanterais cette grâce naïve,
Cet air empreint d'une tendre langueur,
Ces yeux divins, leur flamme douce et vive,
Je chanterais... mais suspends ton ardeur!
— 39 —
Ne vois-tu pas qu'elle fuit ta présence?
Ton souvenir troublerait son bonheur.
Elle te fuit, et veut, par son absence,
Guérir ton âme en déchirant ton coeur.
Mais je le sens, ce n'est qu'avec la vie
Que je verrai terminer mes tourments ;
Jusqu'à ce jour, souvenir d'Aglaïe,
Trouble à la fois et charme mes intants !
- 40 -
LE JET D'EAU.
Majestueux jet d'eau, qui parais à mes yeux,
Dans ton rapide essor vouloir toucher aux cieux,
Toi dont le front superbe, entouré de feuillage,
De ton onde paisible arrose ce bocage,
Je salue en passant le cristal de tes eaux,
Et veux rêver encore à l'ombre des ormeaux
Qui, formant sur ta tête un long dais de verdure,
Couvrent de leurs rameaux ta source toujours pure.
O spectacle charmant ! d'une étroite prison
Où l'art la tient captive, et comme un pur rayon
Tombant du firmament, l'onde avec violence,
S'élance dans les airs, flore de sa puissance ;
De son tube immobile, en globules brillants,
Elle tombe à regret sur des cailloux bruyants.
Du cours de notre vie, ô trop fidèle image !
Tels s'envolent nos jours, tel s'enfuit le bel âge.
L'homme à peine a vécu que l'inflexible Temps
Se hâte de trancher ses rapides instants ;
Et d'un dernier regard saluant sa patrie,
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On le voit expirer aux portes de la vie.
Encor, si quelquefois, après tant de douleurs,
Son pénible chemin se parsemait de fleurs.
Mais non ; dès sa naissance il prévoit ses alarmes,
Et son premier sourire est obscurci de larmes.
La jeunesse, ce temps que tous nomment heureux,
Lui va-t-elle amener des jours moins douloureux ?
Des grandes passions, c'est la fatale époque,
Et contre la raison, tout l'arme et le provoque,
Se livrant en aveugle à de fougueux plaisirs,
Il immole son coeur à tous ses vains désirs,
Et ne fait qu'augmenter la soif qui le dévore :
Et voilà de nos jours la séduisante aurore !
Sera-ce la vieillesse, au front chauve et hideux,
Qui rendra de ses jours le soir plus lumineux ?
Ah ! déjà je frémis à son affreux cortège ;
Les soucis, les terreurs, la douleur qui l'assiège,
Se pressent sous ses pas et le bras de la mort
Entr'ouvre son tombeau sans qu'il ait vu le port.
Ainsi toujours poussé de rivage en rivage,
Du bonheur qui s'enfuit, l'homme poursuit l'image ;
Mais lassé du désir d'un bien qu'il n'aura pas,
Soupirant, il s'arrête, attendant le trépas.
Tant il est vrai qu'ici, rien ne peut satisfaire
Ni combler notre coeur-: le Ciel seul peut le faire !
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LE BOUCHON.
(Sujet imposé à l'auteur).
Quoi ! sur un bouchon,
Faire une chanson !
C'est très-difficile.
Je prie Apollon
D'être moins hostile.
Ce dieu me répond :
Buveur inhabile,
Laisse le bouchon ;
Chante le flacon ;
C'est bien plus facile.
Certe, il a raison ;
J'aime sa leçon,
Et j'y suis docile.
Silène, dit-on,
Joyeux et mobile,
Sur son cher ànon
— 43 —
Humectait sa bile ;.
Mais à son flacon,
Jamais de bouchon :
C'était inutile...
Un jour, dans Maçon,
Ville de renom,
Un moine tout rond,
Sous sa souquenille,
D'un vase d'argile,
Pressait le bouchon ;
La liqueur pétille.
Sous son capuchon
Il but le flacon,
En chantant Vigile.
L'inspiration
Est dans le flacon,
La verve est facile
Quand le vin est bon.
Thiaucoûrt, Maxéville,
Votre sol fécond,
Donne à l'imbécile
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L'esprit, la raison.
Et jusqu'au plafond
Saute le bouchon
Au gai Malzéville.
Les rimes en on
Naissent à foison ;
Mais de sons en ile,
Pauvre forgeron,
Ma verve est stérile.
Ah ! de ma façon
J'en trouverais mille
Si pour le bouchon
Prenant le flacon,
Je chante et jubile.
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L'ETRE APATHIQUE.
Sans peines, sans douleurs je passe tous mes jours ;
Mes paupières jamais ne se baignent de larmes.
En vain l'astre des cieux arrêterait son cours,
Et des pâles humains les tremblantes alarmes
Annonceraient qu'enfin le monde va périr,
N'ayant jamais aimé ni détesté la vie,
Sans désir ni regret on me verrait mourir.
Je n'ai point à pleurer ni quitter, de patrie.
La gloire n'a jamais, par ses faibles appas,
Aveuglé mon esprit ou captivé mon âme,
Et du puissant amour les violents combats
N'ont pu jeter en moi sa dévorante flamme.
L'amitié, ses soucis, ses craintes, ses douceurs,
N'ont jamais tourmenté ni pu charmer ma vie,
J'ignore la colère et ses pâles fureurs,
Et les émotions, et les traits de l'envie.
N'éprouvant point de joie, insensible au malheur,
La peine ou le plaisir n'agite point mon coeur.
— 46 —
ADIEUX D'UN ÉCOLIER A SES LIVRES.
Adieu ! crayons, papiers !
Adieu, livres, cahiers!
Je veux, et c'est justice,
Suivre mon bon caprice.
Dans la vie, une fois,
Goûtons enfin nos droits.
Non, non; plus de leçon ;
Je déteste la classe •
Je le dis sans façon,
Tout cela me tracasse,
Et depuis trop longtemps
Nuit à mes agréments.
Trop aimable grammaire,
Je vous fais mes adieux ;
Vous aviez pour me plaire
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Un talent malheureux.
Adieu, cacologie,
Adieu, chronologie!
Je vous quitte à regret ;
Vous avez tant d'attrait !
Recevez l'assurance
De ma reconnaissance ;
Oui, vous serez toujours
L'objet de mes amours.
Recois surtout mes larmes,
O livre séducteur,
Toi dont les divins charmes
Ont captivé mon coeur;
O douce arithmétique,
O roman pathétique,
Combien tu me plaisais !
Livre des coeurs sensibles,
Que de pleurs je versais
Sur tes pages pénibles !
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Adieu, mes bons amis !
Je pressens les soucis
Dont je serai la proie;
Mais trop heureux de vous quitter,
Certes, je veux les surmonter,
Et vivre dans la joie.
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UNE JEUNE PILLE A LA VIERGE.
Dans un temple désert, alors que tout sommeille
Du calme des tombeaux,
Une vierge au front pur est là qui seule veille
Pour donner le repos.
Jusqu'aux pieds de la sainte, une humble jeûne fille
Vient porter ses douleurs;
Elle tombe à genoux, et de son oeil qui brille
On voit couler des pleurs.
Les soucis, les chagrins ont pâli ce visage,
Autrefois si joyeux;
Elle élève ses mains vers la céleste image
Où s'adressent ses voeux.
Salut ! vierge chérie ! ô ma belle patronne,
Ecoule mes accents !
2*
- 50 —
C'est en toi que j'espère, adorable madone.
Beaume des coeurs souffrants !
Ma mère va mourir ; je n'ai plus qu'elle au monde ;
Elle est mon seul soutien :
Je te consacrerai ma chevelure blonde,
Mais rends-moi ce doux bien.
Oh ! que son oeil encor renaisse à la lumière
Et brille de bonheur !
Alors je t'aimerai.... comme j'aime ma mère,
Oh ! du fond de mon coeur !
M"e C. S, à l'âge de U ans.