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Précis pour Claude-Antoine Minary, officier municipal de la commune de Levier... et Geneviève Carnot, dite Carqueline, femme de Jacques-François Maire,... détenus en la maison de justice de Besançon et destinés au tribunal révolutionnaire séant à Paris...

De
14 pages
impr. de Charmet (Besançon). 1796. In-16, 14 p..
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1
PRÉC LS
POUR
Claude-Antoine MINARY, Officier-Municipal
de la Commune de Levier, Diftrift de
Pontarlier , Département du Doubs ;
Et Genevieve CARNOT , dite Carqueline ,
femme de Jacques - François Maire , aufIl
de ladite Commune ,présentement détenus
en la Maison de Justice de Besançon , &
dessinés pour le Tribunal-Révolutionnaire ,
séant à Paris.
V ICTIMES de la cabale ou de l'erreur, les
deux détenus vont être tiaînés au Tribunal-
Révolutionnaire , avec le calme & la sécurité
qui caraaérifent l'innocence. C'est dans ce
fanduaire redoutable aux traîtres, aux faux
freres , où l'honnête Citoyen triomphant de
la calomnie & de l'oppreffian, reconnoît la
justice Nationale,
( Q )
FAITS. 1
Le a5 Prairial dernier , un particulier ncm-
mé Chambart, Marchand roulant, demeurant
à Pontarlier, célibataire & sociétaire avec plu-
fleurs individus qu'il dit être ses freres , entre-
prenant toutes les branches de commerce à la
fois depuis le principe de la révolution ; passa
au village de Levier, accompagné d'un nommé
Odobel, dépo.fant en sa faveur, çopduifant
chacun une voiture. Arrivés aud. lieu de Levier ,
dans une auberge , Chambart plus entrepre-
nant , fît un pari hautement & public, de
renverser avec éclat une croix encore existante
alors dans le cimetière 1 au milieu du village.
L'objet de cette gageure fut de vingt livres.-
En effet, bien-tôt après , ce projet s'exécuta
en présence de plusieurs femmes, spectatrices
dociles & silencieuses. La croix renversée,
Chambart brifa le Chrifl qui y étoit attaché,
en plusieurs pieces , proférant les mots les plus
Scandaleux aux oreilles de ceux que la raison
n'avoit encore pu atteindre. Cette scène se paffe
sans opposition ni contradiétion, à celà près
de quelques murmures échappés tout bas. L'opé-
( 3 )
ration achevée le pari est gagné, 8c alors Cham-
bart avec son compagnon de voyage , repren-
nent leur chemin qu'ils continuent. Mais arrivés
à l'extrémité de l'endroit, ils entendent des.
cris , des huées faites par des femmes & des
enfans. ( Ils eurent dû continuer leur marche ).
Chambart devient furieux, il abandonne sa
voiture, retourne sur ses pas, menace tous
ceux qu'il rencontre, singulierement les femmes
& enfans, qui à son aspect, rentrent dans leurs
foyers. Mais toujours animé il continue & dirige
ses pas julque dans le centre de l'endroit. Là,
redoublant d'efforts , il vomit des imprécations
en tous genres. Il menace hautement de rases
le village , ajoutant qu'il falloit le détruire
par le feu.
Ces dernieres paroles agitent les esprits déjà
échauffés Se excitent une fermentation générale
dans une assemblée de femmes (î), qui ne
pouvant résister à l'impétuosité de leur caractere
bouillant, poursuivent Chambart l'attrapent & le
(1) Cette assemblée étoit de coutume dr avoit
pour objet ce qu'on appelle en terme local, Je.-
commun de la Fromagerie.
( 4 )
frappent. Celui-ci , pour se soustraire à une
fuite sérieuse, dont à son tour il étoit menacé ,
parvient à se dé barrasser. Mais comme la chaleur
du tumulte augmentoit, il court au corps-de^
garde, qu'il prend pour refuge , fous la sur-
veillance & protection des Citoyens patriotes ,
qui étoient alors de garde. Les femmes l'y pour-
suivent & veulent l'en arracher ( i). Minary, offi-
cier municipal ( c'est le détenu ) qui venoit de
faire le recensement du vin, entend du bruit, il
accourt au corps-de-garde, parle à Chambart,
veut le débarrasser en essayant en vain d'écar-
ter la foule. Il fait des repré Tentations, sa voix
se perd dans la multitude. Il fent dès-lors que
ses efforts feront nuls & sans effets. Il craint.
d'ajouter au trouble, il croit que son silence
fera une prudence. Comme c'étoit l'après-dîner
d'un beau jour, il se persuade que tous ses collè-
gues feront aux travaux de la campagne.Il se crcit
seul dans ses fondions, il s'effraye & craint pour
lui - même. D'ailleurs Minary est un de ces
(1) Ce corps-de-garde, tunique de la Commune,
est peu solide, étant construit en planches, et ne
sert que momentanément:
( 5 )
hommes qui ne connoiflentrien en fait d'affaires
& qui ne font en place qu'à raison de leur ci-
rifme 8c de la plus intacte probité.
Revenons à Chambart. Il est au corps-de-
garde: une multitude composée d'environ 3oo
femmes, tourne , s'agite, & veut forcer l'entrée.
Soit crainte, rai son, ou parce que les représenta-
tions deMinary avoient pré valu,l'orage s'appaise,
le tumulte s'éclipse tout doucement.Les citoyens
de garde très-prudens veulent profiter de ce mo-
ment de calme, ils invitent Chambart à sortir &
lui en facilitent les moyens. Celui-ci s'opiniâtre,
refuse constamment en demandant justice ( 1 )-
Bientôt après le tumulte renaît ; le groupe gros-
sit, il se raproche , l'effervescence devient sans
bornes ; les femmes, semblables à des lionnes,
fepreffent, se jetent sur le corps de garde, la por-
te ne peutréfifter. Maîtresses du poste, elles attei-
gnent Chambart par les cheveux, il se débat j
le malheur alloit veuir à son comble lorsque les
Citoyens de garde redoublerent d'effort & de
(i). Ce fait est consigné dans la déposition
â Athanase Gachot.