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Prologue et premier acte d'un drame (Février et Juin 1848.) par Léon Chotteau

34 pages
Richel (Paris). 1873. France (1848-1852, 2e République). In-8°. Pièce.
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BIBLIOTHÈQUE DES TRAVAILLEURS
Directeur : Léon CHOTTEAU
ET
FÉVRIER ET JUIN 1848)
Par Léon CHOTTEAU
A L'ASSOCIATION GÉNÉRALE TYPOGRAPHIQUE
19, Rue du Faubourg-Saint-Denis, 19
ET CHEZ RICHEL & Cie, 38, BOULEVARD SÉBASTOPOL
1873
— Tous droits réservés. —
DU MÊME AUTEUR :
En vente chez Richel, boulevard Sébastopol, 38.
La liberté des Théâtres, 1 vol. in-8° 50 c.
En 1865, cet écrit a obtenu la seconde nomination au con-
cours ouvert par l'Académie de Bordeaux.
tes Américains .d'Aujourd'hui 25 c.
Les véritables Républicains 25 c.
On demande une Constitution 15 c.
La Constitution américaine 20 c.
L'Instruction en Amérique 75 c.
En vente chez ARMAND LE CHEVA-
LIER, 61, rue Richelieu :
L'Internationale des Patrons, 1 vol. in-18.... 1 fr. 50
Ce livre est précédé d'une lettre de M. Mundella, membre
du Parlement anglais.
L'auteur propose, sinon une solution à la question sociale,
au moins un remède qui n'est ni la déportation, ni quoi que ce
soit qui touche aux tribunaux et aux baïonnettes.
Voici sa conclusion :
« La bourgeoisie, c'est une civilisation qui dispa-
« raît, c'est le présent qui s'effondre. Si elle refuse de
« se mêler au peuple pour préparer avec lui l'avenir,
« demain la bourgeoisie sera le passé. »
Pour paraître prochainement :'
Les Solutions pratiques, série de 11 brochures
de 36 pages chacune.
Les Hommes d'Amérique : Abraham Lincoln,
— Jefferson Davis, — Andrew Johnson, — William
Henry Seward, — Thaddeus Stevens, — le général
John A. Dix, — le Président Ulysses Sympson
Grant, — le Vice-Président Schuyler Colfax, —
Elihu B. Washburne, — Horace Greeley. — Un
volume de 300 pages.
Suresnes, 1873,
Le Drame, c'est la lutte du prolétariat
contre la bourgeoisie, ou du travail contre le
capital.
Il commence en 1848.
Le 24 février, les travailleurs et les patrons
entrent en scène pour détruire un obstacle en
renversant la monarchie.
Le 24 février n'est qu'un prologue.
Le premier acte se joue en juin.
Le deuxième se déroule du 18 mars 1871
aux journées de mai.
A quand le troisième acte ?
L. c.
24 FÉVRIER 1848
Ce jour-là, un roi, honteux et confus, s'éva-
dait tout à coup des Tuileries et gagnait Dreux,
qu'il devait bientôt quitter pour aller s'embar-
quer au Havre sous un nom d'emprunt.
La veille, Louis-Philippe avait dit à un am-
bassadeur étranger : « Je ne crains rien. Je
suis tellement à cheval, ou, si vous l'aimez
mieux, si bien à califourchon sur mon gou-
vernement, que je ne redoute ni un change-
ment de ministère, ni une désobéissance à mes
volontés. »
Le peuple s'était levé ; et, en quelques
heures, avait vaincu Bugeaud, ce défenseur
du trône qui se vantait d'avoir « gagné vingt
batailles. »
PREMIÈRE PARTIE
AVANT LE COMBAT
CHAPITRE PREMIER
Journée du 21 février
I. — LA RÉFORME ÉLECTORALE
Le 31 jullet 1830, Lafayette embrassa le duc
d'Orléans à une fenêtre de l'Hôtel-de-Ville. On
applaudît.
«Le rôle du peuple était fini : le règne de ,1a
bourgeoisie commençait (1). »
Le vieux général avait voulu confirmer les pa-
roles prononcées par M. Odilon Barrot au nom de
la commission municipale :
« Le duc d'Orléans est la meilleure des Répu-
bliques. »
Cette République ne devait être qu'un escamo-
tage.
Les Français de 48, fils des combattants de 1830,
ne jouissaient pas de leurs droits politiques, et
n'avaient pas la faculté de se réunir pour les re-
vendiquer.
(1) Louis Blanc, Histoire de dix ans.
— 8 —
On ne peut faire, quoi qu'on fasse, que deux
cent mille électeurs soient l'exacte représentation
d'un pays qui compte plus de trente-six millons
d'âmes.
Pour arriver à une régénération sociale, on
réclamait une réforme électorale.
La monarchie de juillet la refusait avec obsti-
nation, et l'on était fatigué d'un régime qui res-
tait stationnaire, alors que la nation marchait.
La coupe était pleine. Le droit de réunion con-
testé fut la goutte qui vint faire déborder le vase.
II. — LE BANQUET Du XIIe ARRONDISSEMENT
Le roi, conseillé et soutenu par l'orgueilleux
Guizot, défend aux citoyens d'organiser ces meet-
ings qui sont Fâme d'un grand peuple. Que doi-
vent faire les citoyens? Vont-ils accepter pure-
ment et simplement la décision du maître? Ils
préfèrent protester, au milieu d'un banquet, con-
tre les fantaisies d'un pouvoir qui semble justifier
ses prétentions par cette devise de l'ancienne mo-
narchie : « Tel est notre bon plaisir. »
Mais comment empêcher ce banquet ? Car il
ne faut pas qu'il ait lieu. Les « excellences»
se réunissent un beau matin et avisent, en ba-
dinant, aux mesures à prendre pour prévenir
toute espèce de manifestation. On n'est pas in-
quiet. D'ailleurs, pourquoi trembler? N'est-on
pas « la justice? » Certes. Au besoin, on sera «la
force. »
La presse officieuse rassure les augures minis-
— 9 —
riels que le spectre rouge pourrait encore effrayer.
Le grave et pesant journal des Débats imprime
ces mots : « Qu'un général fasse sauter par la fe-
nêtre les représentants de la nation! On se sou-
met, on obéit, on applaudit. »
La présidence du banquet avait été offerte à M..
Boissel, députe du XIIe arrondissement, et la vice-
présidence à M. Poupinel, lieutenant-colonel de la
12e légion.
La lettre d'invitation, sur papier rose, était
ainsi conçue :
Monsieur est invité à assister au banquet
de la réforme électorale et parlementaire, qui aura lieu
le mardi, 22 février, à midi précis. — BOISSEL.
Cette invitation est personnelle, et devra être con-
servée pendant toute la durée du banquet.
Dans une réunion préparatoire, on avait décidé
que le banquet serait de mille souscripteurs, et
que le cortège serait formé des députés réformis-
tes et des citoyens gardes nationaux, travailleurs,
étudiants ou électeurs.
La police pouvait intervenir et chercher, au
nom de l'ordre, à causer du désordre ; mais on
préviendrait les mesures répressives en s'abste-
nant de toute démonstration bruyante, en ne pous-
sant aucun cri, pas même celui de : Vive la Ré-
forme !
Lorsque le pouvoir sent que la nation lui
échappe, il s'efforce, par une émeute aussi vite
réprimée que suscitée, à regagner des sympathies
perdues : on ne devait pas fournir à la monarchie
— 10 —
chancelante de 48 l'occasion ou le prétexte de se
raffermir.
On prit donc l'engagement formel de résister,
par tous les moyens possibles, aux provocations
des municipaux et des sergonts de ville.
En même temps, on décida que l'organisation
du banquet serait confiée à une commission com-
posée de : MM. Boissel, Ferdinand de Lasteyrie,
Vavin, députés de Paris ; Recurt, Pagnerre, La-
b élonye, membres du comité central; Gobért, De-
lestre et Bocquet, formant le comité du 12° arron-
dissement.
Plus tard, on y adjoignit le pair de France
d'Alton-Shée.
Le 20 février, on loua un terrain à Chaillot,
non loin de l'Arc-de-Triomphe, rue du Chemin-
de-Versailles, que l'on appela plus tard rue du
Banquet.
On y fit dresser une tente et l'on y disposa des
tables.
Le banquet devait avoir lieu le 22.
Le 19, on avait reçu l'adresse suivante de Cha-
lon-sur-Saône :
« Informés à l'instant même de la manifestation qui
doit avoir lieu à Paris, le 20 du courant, par les dé-
putés de l'opposition et par des citoyens, en faveur
du droit de réunion, les soussignés, commissaires
du banquet réformiste de Chalon-sur-Saône, se trou-
vant dans l'impossibité de recueillir en temps oppor-
tun toutes les adhésions de leurs concitoyens, s'em-
pressent de protester contre, l'arbitraire ministériel,
prétendant dépouiller les citoyens du droit de s'as-
—11 —
sembler paisiblement et sans armes, afin de délibérer
sur les questions qui intéressent la chose publique.
« Forts de l'assentiment de plus de deux mille sous-
cripteurs réunis au banquet de Chalon-sur-Saône, et
ne doutant pas de l'esprit qui anime la grande majo-
rité de la population, ils désirent s'associer à la résis-
tance à toute tentative de confiscation d'un droit aussi
formel, rendant les fauteurs de cet attentat responsa-
bles de toutes ses conséquences. ».
Les députés de l'opposition, invités, avaient ré-
pondu par la lettre suivante :
« Nous avons reçu l'invitation que vous nous avez
fait l'honneur de nous adresser pour le banquet du
12e arrondissement.
« Le droit de réunion politique sans autorisation
ayant été nié par le ministère dans la discussion de
l'adresse, nous voyons dans ce banquet le moyen de
maintenir un droit constitutionnel contre les pré-
tentions de l'arbitraire, et de le faire consacrer défi-
nitivement.
« Nous regardons, dès lors, comme un devoir im-
périeux de nous joindre à la manifestation légale et
pacifique que vous préparez, et d'accepter votre in-
vitation.
« Agréez, etc.
« Ont signé : Abbatucci..., Arago..., Baroche...
Barrot (Odilon)..., Bethmont..., Carnot..., Cré-
mieux..., Drouin de l'Huys..., Dupont (de l'Eure)...,
Garnier-Pagès..., Glais-Bizoin..., Havin..., Lamar-
tine... ', Larabit.,.. Lasteyrie (Ferdinand).... Lavalette
(de la Mayenne)..., Lesseps.. , Manuel..., Marie... »
Ledru-Rollin adhéra ultérieurement.
De leur côté, les jeunes gens des Ecoles avaient
publié une note ainsi conçue :
« Les écoles, fidèles à leurs traditions patriotiques,
— 12 —
donneront leur concours à la protestation solennelle
organisée en faveur du droit de réunion méconnu
par le pouvoir.
«Les écoles sont décidées à apporter dans cette ma-
nifestation le calme, l'esprit d'ordre et la fermeté si
nécessaires a l'accomplissement d'un si grand acte
politique.
« La réunion générale a lieu mardi, place du Pan-
théon,-à l'heure indiquée par les journaux. La co-
lonne d'étudiants prendra place entre deux haies
formées par les gardes nationaux de la 12e légion,
dont le concours est accepté avec reconnaissance. Il
a été-décidé par le comité organisateur que les écoles
auraient dans le cortège une place officielle. »
III — QUE FERA LE GOUVERNEMENT?
Le gouvernement a, pour le soutentr, l'armée
et la garde nationale. Il mange, digère, fait la
bouche en coeur, et répond de l'ordre.
Rien n'a encore troublé sa quiétude. On remar-
que, pourtant, que le ministre de l'intérieur, Du-
châtel, travaille tous les matins avec le roi.
Et puis, on s'aperçoit que le chemin de fer du
Nord amène chaque jour à Paris une effrayante
quantité de biscuits, que l'on répartit entre les
différentes casernes.
Le 20, la sous-commission, spécialement char-
gée de prendre les mesures capables de maintenir
l'ordre dans le cortège, s'était réunie. Il y avait
sept membres présents : MM. Marrast, Perrée,
Merruau, Pagnerre, Biesta, d'Alton-Shée, Havin.
M. Marrast rédigea le programme suivant que
M. Perret prit aussitôt pour un « plan de ba-
— 13 —
taille, » et que la commission générale du ban-
quet ne connut que par les journaux du lende-
main 21:
Manifestation réformiste.
La commission générale, chargée d'organiser le
banquet du 12e arrondissement, croit devoir rappeler
que la manifestation, fixée à demain mardi, a pour
objet de fixer l'exercice légal et pacifique d'un droit
constitutionnel, le droit de réunion politique, sans le-
quel le gouvernement représentatif ne serait qu'une
dérision.
Le ministère ayant déclaré et soutenu à la tribune
que la pratique de ce droit était soumise au bon plai-
sir de la police, les députés de l'opposition, des pairs
de France, d'anciens députés, des membres du con-
seil général, des magistrats, des officiers, sous-offi-
ciers et soldats de la garde nationale, des membres
du comité central, des électeurs de l'opposition, des
rédacteurs des journaux de Paris, ont accepté l'invi-
tation qui leur était faite de prendre part à la mani-
festation, afin de protester, en vertu de la loi, contre
une prétention illégale et arbitraire.
Les députés, les pairs de France et les autres per-
sonnes invitées au banquet s'assembleront mardi
prochain, à onze heures, au lieu ordinaire des réu-
nions de l'opposition parlementaire, place de la Ma-
deleine, n° 2.
Les souscripteurs du banquet, qui font partie de
la garde nationale, sont priés de se réunir devant
l'église de la Madeleine et de former deux haies pa-
rallèles entre lesquelles se placeront les invités. Le
cortège aura en tête les officiers supérieurs de la
2
— 14 —
garde nationale, qui se présenteront pour, se join-
dre à la manifestation; immédiatement après les
invités et les convives, se placera un rang d'officiers
delà garde nationale, et derrière ceux-ci les gardes
nationaux, formés en colonnes, suivant le numéro
des légions; entré la troisième et la quatrième co-
lonne, les jeunes gens des écoles sous la conduite de
commissaires désignas par eux.
Puis les autres gardes nationaux de Paris et de
la banlieue, dans l'ordre désigné plus haut.
Lé cortège partira à onze heures et demie, et se di-
rigera par la place de là Concorde vers le lieu du
banquet.
La commission espère que dans cette occasion tout
homme présent se considérera comme un fonction-
naire chargé de faire respecter l'ordre; elle se confie à
la psésence des gardes nationaux, elle se confie aux
sentiments de la population parisienne, qui veut la
paix publique avec la liberté, et qui sait que, pour
assurer le maintien de ses droits, elle n'a besoien que
d'une démonstration paisible, comme il convient à
une nation intelligente, éclairée, qui a la conscience
de l'autorité irrésistible de sa force morale, et qui est
assurée de faire prévaloir ses voeux légitimes par
l'expression légale et calme dé son opinion:
En France, les gouvernements monarchiques
n'ont jamais brillé par l'intelligence. Ils ont ce-
pendant compris que plus ils parviendraient à créer
de divisions dans les partis hostiles, mieux ils
pourraient triompher de l'opposition.
Louis-Philippe était persuadé que les citoyens
qui réclamaient la réforme ne s'entendraient ja-
mais sur la portée de leurs revendications, et cela
le rassurait beaucoup.
— 15 —
Mais les réformistes allaient-ils s'organiser ?
Si, à propos d'un banquet, on arrivait à enrégi-
menter la population parisienne, que ne pouvaient
manquer de suivre les jeunes gens des écoles et
la garde nationale, c'était fait du gouvernement,
et la Révolution triomphait.
Le 20, à onze heures du soir, M. Duchâtel lit
les épreuves du programme, et, en homme qui
connaît l'esprit du peuple de Paris, il jure que ce
programme n'aura aucun effet sur le public.
Il en a si peu que, le lendemain, le ministère ne
songe plus qu'à organiser la résistance.
Le mouvement était devenu national.
Il ne s'agissait plus d'une de ces questions de
cabinet que les oppositions bien élevées, comme
nous avons le bonheur d'en posséder souvent, ont
la gloire de vider, au moyen de discours panachés
où s'entremêlent les car, les mais, les si et les
que. Un tiers s'était accusé dans le conflit, le
peuple. Le peuple ! c'est-à-dire ce quelqu'un qu'on
appelle tout le monde, qui a plus d'esprit que
Voltaire, plus de bon sens que Franklin, et qu'il
ne faut ni flatter ni dédaigner.
Le fier et hautain Guizot avait dit un jour : « Tous
les gouvernements en France se sont perdus par
l'oubli du peuple.» Louis-Philippe se souviendrait-
t-il que, en dehors de l'opposition et du ministère,
il y avait encore quelque chose dans la nation?
La révolution et la contre-révolution étaient en
présence.
Le droit s'était levé contre l'arbitraire.