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Quelques réflexions sur les droits au trône de Portugal

55 pages
Delaforest (Paris). 1829. 1 vol. (56 p.) ; in-8.
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r
QUELQUES REFLEXIONS
son
LES DROITS AU TRÔNE
DE PORTUGAL.
IMPRIMERIE DE PIHAN DELAFOREST (MORÏNYAL),
RUE DES EOKS-F.JiFANS, K". 3.Í
p
QUELQUES REFLEXIONS
SUR
!
LES DROITS AU TRONE
DE PORTUGAL.
PARIS.
DELAFOREST, LIBRAIRE, PLACE DE LA COURSE,
KUK DKS F1LLLS SAIST TIIOMAS , B°. '-.
1829.
QUELQUES REFLEXIONS
SUR
LES DROITS AU TRÔNE
DE PORTUGAL.
LE monstre qu'on appelait, dans le siècle
passé, au nom de philosophie, et qui, en mi-
nant les bases de la société, avait préparé le
bouleversement de tous les États, -n'a été dé-
voilé, et reconnu par les peuples, qu'après avoir
précipité la France, son berceau, dans un abîme
horrible, et menacé le monde d'en faire le tour.
C'est alors qu'une immense majorité dans tous
les peuples, s'est soulevée contre lui : la sagesse
et la fermeté des souverains, en dirigeant la
marche de la contre-révolution, l'ont conduite
à la victoire, et le monstre a péri.
C'est en vain que depuis 1815, époque à la-
quelle il avait succombé devant les principes de
la lègitimitê et de la justice, il a encore essayé,
de temps en temps, de relever quelques-unes de
6
ses mille têtes : la même sagesse, la même fer-
meté des souverains, qui avaient refuse, en
i8i5 , de transiger avec lui, l'ont encore étouffé
en 1817, 1823 et Ith5; car les souverains ont
senti qu'il fallait ou l'anéantir ou sen laisser
dévorer.
Qu'y a-t-il de plus glorieux dans les annales
de l'histoire française ou dans celles de l'empire
autrichien, que la guerre de l'une de ces puis-
sances en Espagne, et celle de l'autre en Italie t
lorsque, sans aucun objet d'ambition ni d'inté-
rêt, et en faisant au contraire d'immenses sacri-
fices au bien général de la société humaine, elles
allèrent rendre deux des plus beaux pays du
monde à l'empire salutaire de l'ordre et de la
loi ? -
La Russie et la Prusse ont également maintenu
les principes proclamés par cette alliance, si jus-
tement appelée sainte alliance, et aucune des
puissances alliées n'en ayant jamais dévié un seul
moment, elles ont, pendant quinze ans, veillé
sur la tranquillité de l'Europe, et grâces à leur
fermeté, nous y voyons fleurir partout l'indus-
trie, le commerce, les arts, les sciences; quoi-
que puissent en dire les soi-disant philosophes,
les partisans effrénés de la révolution et de l'a-
narchie. v
Il paraîtrait donc que l'empire des démago-
7
gues est fini,- que les germes de l'irréligion, de
Fini moralité et de la fureur révolutionnaire,
inséparables les uns des autres, sont étouffés, et
que le repos du monde est, pour de longues
années, assuré; si l'un des plus beaux royaumes
du monde civilisé ne se trouvait pas fournir des
motifs de crainte et de doute sur la solidité et
l'invariabilité des principes qui ont jusqu'ici réé-
gné dans les cabinets d'Europe.
Comment un prince appelé au trône de ses an-
cêtres par les lois fondamentales de son royaume,
par sa naissance et par son peuple ; un prince
qui, en y montant, arrache encore une dernière
tète à l'hydre révolutionnaire, et se déclare fran-
chement pour les principes de la sainte-alliance,
qu'il commence par soutenir vigoureusement;
comment un tel prince peut - il devenir Fobjet
d'urne question de légitimité? comment peut-il
fournir aux rois, ses frères, le moindre motif de
se refuser à le reconnaître comme tel?
Et voilà cependant ce que les amis de l'ordre
social voient en tremblant ; voilà ce que la fac-
tion 1 révolutionnaire de tous les pays regarde
en triomphant. Un roi! un roi légitime ! protec-
teur des lois anciennes, ennemi des démagogues
- et du jacobinisme, et qui, malgré tous ces ti-
tres à la vénération des peuples, à la sympathie
des souverains, n'est point encore reconnu par
8
les autres rois! Comme si le Portugal devait être
a
le pays de l'Europe où les puissances alliées se
proposassent de prouver, pour la première fois,
que leurs principes sont susceptibles d'excep-
tions, et que l'influence de la faction révolu-
tionnaire pourra désormais les en éloigner quel-
quefois !
Pour constater que cette crainte n'est pas dé-
pourvue de fondement, l'on n'a qu'à examiner
les faits historiques des dernières années de la
monarchie portugaise : et lorsqu'on, y trouvera
que le titre de souverain légitime n'est disputé
à S. M. le roi Don Miguel que par les factieux
de ce pays, tandis que tous les bons Portugais,
les amis de l'ordre et des lois, s'efforcent de dé-
fendre le droit indubitable de leur prince; lors-
qu'en même temps l'on voit que les hommes qui
crient en faveur des prétentions de Don Pedro,
dans tous les pays du monde, sont partisans de
la même faction; comment se défendra-t-on de
la crainte que leur pernicieuse influence ne soit
cause du retard que les cabinets mettent à re-
connaître le roi légitime du Portugal?
Est-ce que le cri de légitimité, dans la bouche
des partisans-de tout ce qui est illégitime, pour-
rait en imposer au monde? Certes c'est un- phé-
nomène que ce cri! mais, que signifie-t-il? Ni
plus ni moins que ceux que jadis ils poussaient
9
dans leur férocité extrême : et si, en 1829, ce'\
n'est plus à la lanterne, à l'égalité, à la mort
aux tyrans, qu'ils en appellent, comme en 1792,
leur mot d'ordre d'aujourd'hui ne cache pour-
tant pas mieux leurs véritables intentions : leur
hypocrisie est trop manifeste pour qu'on puisse
s'y méprendre; et soit qu'on les voie en bonnets,
rouges, rangés autour de l'échafaud des rois;
soit qu'on Jes voie, l'encensoir à la main, se
prosterner devant une idole, qu'ils tâchent de
tromper aussi, l'on sait que leur but est toujours
le même : l'anarchie, tantôt sous le nom de ré-
publique, tantôt sous celui de constitution !
Cependant, comme les événemens ont con-
tribué aussi à propager dans le monde la fausse.
idée que les factieux travaillent tant à y répan-
dre sur la question de droit, suscitée en Portu-
gal ; et comme cette question est de la dernière
importance, nous nous proposons de l'examiner
fincore ; quoique des investigateurs bien plus ha-
biles l'aient déjà si souvent illustrée, et que nous
sentions ne pouvoir ajouter que peu de choses à.
çe qu'on a déjà mieux dit en sa défense. Après cet,
examen de la question de droit a priori, nous
nous occuperons des événemens qui peuvent
avoir contribué à la dénaturer, et finalement des
moyens que les factieux ont employés et em-
ploient pour donner à leur cause l'apparence de
leT.
la loyauté, et pour gagner la bienveillance des-
souverains et des peuples, qu'ils s'efforcent de
tromper par leurs déclamations et le-urs so-
phismes.
D'abord il faudra déterminer la signification
précise du mot légitimité dans son application à
la succession des maisons régnantes. 1
Il est évidént que la théorie générale des suc-
cessions ab intestat sert aussi de base à la succes-
sion légitime des rois. Mais comme cette théorie
est, pour les sujets, modifiée par la législation de
chaque État, ainsi l'est-elle pareillement dans son
application aux familles" régnantes, par les lois
qui, dans chaque- monarchie, règlent et fixent la
succession au trône. Ces lois sont appelées lois
fondamentales de la monarchie : elles ont pour
les princes la même force que le Code civil a
pour les particuliers; elles sont invariables et
imprescriptibles.
La légitimité d'une succession au trône dé-
pendra éonc de la loi fondamentale de la monar-
chie. Personne n'a jamais mis cette vérité en
doute; personne n'a jamais prétendu qu'une
princesse ne pourrait être reine légitime d'An-
gleterre ou de Portugal, parce que les lois fon-
damentales de ces royaumes permettent la suc-
cession des femmes au trône y et personne ne
prétendra jamais que la même chose ait lieu en
II
France, ou la loi salique exclut les femmes dé
la succession.
Ce qui est vrai pour la règle, est vrai aussi
pour les exceptions^ et si la loi fondamentale
d'une monarchie indiquait des cas où l'héritier
présomptif de la couronne dut perdre son droit
à la succession, cette loi aurait pour le prince
en question la même force qu'aurait pour un
particulier une disposition du Code civil, par
laquelle il dut perdre, en de certains cas, un hé-
ritage qui, d'après la règle. générale du même
Code, lui eût été assuré.
Voyons à présent l'application de ces principes
au cas donné dUJoyaume portugais.
Il existe, en ce royaume une loi fondamentale
qui y détermine la succession au trône ( loi dont
/même ceux qui voudraient l'anéantir n'osent pas
nier l'existence) ;-cette loi a pour objet principal
d'empêcher qu'aucun étranger ne puisse jamais,
soas quelque prétexte que ce soit, aspirer à la
couronne de ce pays.
- Les législateurs qui ont fait cette loi, ont été
tellement jaloux de la nationalité des souverains
portugais, qu'ils ont exclu de la succession jus-
qu'aux princesses héritières, qui épouseraient un
prince étranger (bien qu'un tel prince ne de-
viendrait pas, en vertu de son mariage, roi ré-
gnant du. Portugal). Enfin, la tendance de la
12
loi de Lamego est extrêmement claire; personne
ne saurait en douter, et cependant la mauvaise
foi des révolutionnaires,. qui n'a pas osé disputer
l'existence de cette loi, a essayé plusieurs fois de
l'expliquer de manière à lui supposer un autre
esprit que celui d'éloigner à jamais tout étranger
dii trône portugais. Ils prétendent que, comme
la loi n'a spécifié qu'un cas d'exclusion, celui du
mariage d'une princesse portugaise avec un étran-
ger, aussi n'est-elle applicable qu'à ce seul cas.
Mais c'est là la plus grande inconséquence qu'on
ait jamais voulu attribuer à l'esprit d'une loi.
Comment! la loi fondamentale du royaume dér-
fend le mariage des princesses avec des princes-
étrangers , afin quaucun étranger ne puisse ve-
nir régner sur les Portugais; et la même loi per-
mettrait qu'un étranger y régnât par tout autre
moyen que celui d'un mariage? La supposition
est on ne peut pas plus absurde; elle serait in-
compréhensible, si l'on n'avait pas vu tant d'au-
tres sophismes et de faussetés, epfantés par la
même faction. Mais, en cette occasion, il paraît
que sa propre mauvaise foi la trahit. D'où vient
cette chaleur des révolutionnaires à disputer à la
loi fondamentale de leur patrie l'esprit d'exclu-
sion' pour les étrangers? Nous ne sommes pas
encore arrivés à la question de savoir si leur idole,
l'empereur D. Pedro, est ou n'est pas étranger a a
13
Portugal ; mais ce zèle de ses partisans à disputer
l'esprit de la loi qui doit le priver de la suc-
cession t si réellement il se trouve être étranger,
ce zèle ne prouve-t-il pas qu'ils reconnaissent
eux-mêmes que l'empereur indépendant du Bré-
sil n'est plus qu'un prince étranger au Portu-
gal? Cependant ne nous occupons plus de ce
qui se passe dans l'intérieur de leur conscience,
ni de ce qlle leur faux zèle en laisse quelque-
fois paraître : examinons nous-mêmes si l'em-
pereur D. Pedro est ou n'est pas étranger àu
Portugal, et s"il s'est mis lui-même, ou non,
sous l'atteinte précise de la loi fondamentale de
ce royaume.
Don Pedro, fils aîné de S. M. le feu roi don
Jean VI, né en Portugal, était sans, aucun doute
l'héritier légitime de la couronne portugaise.
La loi fondamentale de la monarchie ne pou-
vait donc être applieable à ce prince, que dans
le cas qu'il se constituât lui-même étranger, et
que par conséquent il se mît volontairement sous
l'atteinte de ladite loi.
Serait-il nécessaire de récapituler ici les pre-
miers principes du droit public, d'a près lesquels le
citoyen d'un Etat devient étranger à sa patrie et y
perd tous ses droits dès qu'il se fait naturaliser dans
Wfc autre Etat, qu'il y accepte des places, ou en
porte les armes sans la permission expresse de son
14
souverain? Tout le monde sait trop bien qu'on
peut être né dans un pays et lui devenir étran-
ger par trop de voies, pour qu'il soit nécessaire
de les spécifier toutes. « Mais ceci ne regarde que
les particuliers j quelle est donc la loi qui prive
un prince de ses droits pour cause d'expatria-
tion ? » A cela, nous répondons que c'est la même
loi qui en prive le particulier; car, ainsi que
celui-ci, le prince aussi est sujet jusqu'au mo-
ment où il monte sur le trône ; et ce qu'il a perdu
étant sujet en sa patrie, de quel droit le rede-
manderait-il, fût-il devenu souverain de dix
monarchies étrangères? Ceci s'entendrait donc
même dans le cas où aucune loi fondamentale
n'existerait dans un royaume pour en régler la
„ succession.
Mais peut-être demandera-t-on une loi qui
détermine quand et comment le prince hérédi-
taire d'une monarchie devra être considérécomme
expatrié , avant de lui appliquer celle qui doit le
priver de ses droits.
S'il y a des pays qui possèdent des lois positives
-pour un cas pareil, c'est assez singulier; car quel
est le législateur qui puisse prévoir ou s'imaginer
qu'un jour l'héritier d'un trône voudra lui-même
s'expatrier ou se rendre coupable au point d'être
considéré comme expatrié? Il paraît donc impos-
sible que dans la théorie générale du droit pu-
45
blic il y ait des dispositions pour marquer les cas
où un prince héritier drune couronne devra être
regardé comme étranger à sa patrie. Ce qui est
contre la nature des choses en général ne saurait
être prévu par la loi : voilà pourquoi les Romains
n'en avaient point contre le parricide, et voilà
pourquoi l'action d'un prince qui , contre son
propre intérêt, sa gloire et tout ce qu'il y a de
plus sacré au monde , devient l'ennemi de sa pa-
trie et déchire 4a monarchie qui devait un jour
être son héritage , ne saurait être prévue par les
hommes, ni, par conséquent, être qualifiée par
leurs codes. Mais, parce qu'il n'y a pas de loi
écrite pour déclarer étranger un prince devenu
traître à sa patrie, n'y aurait-il pas non plus de
loi naturelle qui le condamnât ? Le cri de la na-
ture ne sjelève—t—il pas contre de pareils forfaits,
comme contre le parricide ? A-t-on besoin de
tribunaux, de savans, ni de codes ,'pour obtenir
un jugement contre un prince qui emploie l'épée
que la Providence lui a confiée pour défendre sa
patrie, à lui porter lui-même des coups mortels ?
Ou n'est-ce pas la voix unanime de tous les peu-
ples qui prononce ce jugement sans autre appel
ilue celui dont la source se trouve dans le cœur
de tout ce qui porte figure humaine , depuis le
citoyen du monde policé jusqu'au sauvage habi-
tant de&Jorêts et des déserts ?
16
Qu'on se rappelle les cris unanimes de toute
l'Europe lors de la révolution du prince D. Pedro
contre son père , son roi et sa patrie, et l'on verra
que ce tableau de l'indignation uni verselle qulex-
cite un prince traître à sa propre patrie n'est
pas exagéré.
Mais qu'avait fait D. Pedro pour exciter contre
lui cette indignation, même dans les pays les plus
éloignés du Portugal ? Voyons les faits historiques,
et si nous nous sentons forcés à reconnaître la
justice de la voix qui le condamnait alors, et qui,
d'un bout du monde à l'autre, le déclarait étran-
ger à sa patrie; pourrons-nous nous empêcher
de le regarder encore comme tel? et pourra-
t-on nous faire accroire que de tous les peuples
celui qui y était le plus intéressé, que les PorLu-
gais aient seuls contemplé avec indifférence la
conduite du prince héréditaire de la monarchie ;
qu'ils ne l'aient pas désigné depuis lors , non
seulement comme étranger , mais aussi comme
ennemi de leur patrie ; qu'ils n'aient pas voulu
lui appliquer leur loi fondamentale, et qu'ils
n'eussent pas préféré d'avoir pour roi un prince
réellement étranger à celui qui, né en Portugal,
s'était rendu si indigne du nom de fils de la pa-
trie !
Le feu roi D. Juan VI, se voyant obligé, pour
rétablir la tranquillité de son royaume en Europe,
17
2
qui alors se trouvait GÎT proie à t anarchie; d'y
retourner lui-même, chargea l'héritier de la mo-
narchie, le prince royal D. Pedro, de veiller à
la tranquillité de ses magnifiques possessions dans
l'autre hémisphère. A peine le roi eut-il quitté le
Brésil, que le prince son lieutenant commença à
lui désobéir, en prenant pour prétexte la révo-
lution portugaise, qui , disait-il, tenait le roi
enchaîné. Mais la révolution du Portugal suc-
combe devant le maître légitime ; D. Pedro n'a
plus de prétexte pour désobéir à son père. Re-
tournera-t-il à l'obéissance et à ses devoirs ? Point
du tout ! Le princes-lieutenant, se trouvant déjà
en pleine révolution contre son roi et son père,
y persiste , déclare l'indépendance de la colqnie
qu'il devait garder, déchire la monarchie dont il
était héritier, arrache à son père le plus beau
fleuron de sa couronne, à sa patrie la plus belle
colonie du monde, en prend le titre fastueux
d'empereur, et jurant une haine implacable à son
pays natal, finit par lui faire une guerre à ou,
trance (i), guerre sanglante et ruineuse pour
Tune et l'autre moitié de la monarchie.
Voilà des faits que le plus acharné révolution-
(1) Devise de D. Pedro : a L'indépendance ou la
mort. »
i8
fraire ne saurait uier ; et qui est-ce qui, après les
avoir contemplés, ne se sent pas contraint à
avouer que D. Pedro , en se faisant l'ennemi de
sa patrie , lui est à jamais devenu étranger ;
-qu'il le serait et qu'il y aurait perdu tous ses droits,
-quand même il n'y eût pas en Portugal des lois
fondamentales qui l'atteignissent? C'est là le ju-
gement que le monde entier avait porté contre
D., Pedro ; c'est celui que tous les Portugais ont
confirmé, proclamé dans le temps de leurs souf-
frances, et celui enfin que la loi naturelle dictera
toujours en de semblables cas , sans que les
hommes aient besoin pour cela de Pinsérer dans
leurs codes.
Mais, il y a plus : supposons pendant un instant
que les faits historiques que nous venons de citer
soient faux, où que les conséquences que nous en
avons tirées soient erronées, ou qu'il n'y ait pas
de loi naturelle, ou que le jugement des peuples
né soit d'aucune valeur : supposons qu'on nous
demande-d'établir d'une manière entièrement ju-
ridique , sans raisonner, ni philosopher, ni par-
ler de loi naturelle) que D. Pedro est devenu
étranger au Portugal. Manquerons-nous de docu-
mens authentiques, de déclarations faites à la
face de l'univers pour prouver que ce prince s'est
reconnu lui-même comme étranger au Portugal ;
que le feu roi son père l'a reconnu comme tel, et
i9
2..
que c'est sous cette condition que fut signe le
nouveau contrat social qu'il forma avec le Brésil?
Nous n'ayons pas besoin de citer les passages
de la reconnaissance de D. Pedro comme empe-
reur du Brésil, ceux de la constitution brésilienne
et des proclamations de ce prince, ni beaucoup
d'autres qui prouvent d'une manière incontesta-
ble, que D. Pedro , empereur indépendant et
constitutionnel du Brésil, est un prince étranger
au royaume de Portugal, non seulement d'après
la loi de la nature et du sens commun, mais aussi
en vertu de traités et d'institutions, conclus et
octroyés par lui. Ces choses sont de toute évi-
dence.
Mais Vil est vrai, comme nous venons de le
voir, que D. Pedro est devenu prince étranger
au Portugal, et qu'il y a en ce royaume des lois
fondamentales qui défendent qu'aucun prince,
qui n'est pas Portugais, y monte jamais sur le
trône, il s'ensuivra nécessairement :
10. Que D. Pedro, atteint par cette loi fonda-
mentale comme étranger, a perdu le droit à la
succession portugaise, qu'il possédait comme
prince portugais et fils aîné du feu roi.
2°. Que Dona Maria da Gloria n'ayant pu hé-
riter des droits de son père, puisqu'il les avait
perdus pour lui et ses descendans, l'abdication de
£ 0
"celui-ci en faveur de cette princesse ne lui octroie
aucun droit à la couronne portugaise.
3°. Que-le trône-de Portugal se trouvant vacant
par le décès -du rOi D. Juan Vl, le seul héritier
légitime dé ce trône pouvait être celui des des-
oendans du feu roi -, que les lois fondamentales
du royaume indiquaient comme tel, après avoir
frappé d'exclusion le prince qui avait été autre-
fois rbéritier présomptif de-la monarchie. Qu'en
vertu de ces lois, le frère cadet dudit héritier
présomptif, l'infant D. Miguel, acquérait le droit
de cette succession, que par conséquent il en de-
venait l'héritier légitime., d'où il suit-:
4Q. Que ce prince est aujourd'hui roi légitime
de Portugal.
Malgré l'extrême clarté de ce raisonnement,
malgré l'évidence de ces preuves et de leurs con-
séquences , nous ne sommes pas étonné de voir
que les partisans de la révolution s'efforcent en-
core d'attaquer le droit incontestable de S. M.
D. Miguel, et de défendre les prétentions de l'em-
pereur du Brésil.
Le prince qui, par le moyen d'une révolution
- ,. h
èontre son roi et son père, s'est assis sur un trône
dont il l'avait précipité; qùi pour s'affermir sur
ce trône y a lui-même proclamé dans son nouvel
empire les principes de la révolution, et qui
croyant pouvoir en faire autant dans sa malheu-
ftt
jeuse patrie, où il savait bien n'avoir d'autres,
partisans que ceux de l'anarchie : ce prince doit
certainement mieux convenir à la faction révo-
lutionnaire du Portugal que celui qui, après avoir
donné plusieurs fois des preuves de sa haine pour
le jacobinisme, a comment son règne par exter-
miner ce igloirstre en ses Etats. Il n'est donc nul-
lement surprenant que les factieux emploient les
sophismes, le mensonge et jusqu'à la calomnie
pour combattre les argumens solides de leurs ad-
versaires et pour tromper les cabinets, etles peu-
ples.
MfliMÊrait-il possible que l'Europe écoutât les
factieux sans les p é nétrer? i'
factieux sans les pénétrer? Serait-il possible que
leurs cris et leurs intrigues yfissent plus d'impres-
sion que l'exposition simple et claire de la vérité,
et qu'une question de droit futjugée, non d'après
la loi compétente- du pays qui y est principale-
ment intéressé, mais d'après les désirs de ceux
qui voudraient anéantir cette loi , et qui, s'ils
réussissaient une fois à détruire te principe de la.
légitimité, en viendraient bientôt aux horreurs,
dont jadis ils ont rempli le monde?
Déjà l'indécision apparente des cabinets euro-
péens sur les affaires du Portugal a fourni.de nou-
velles espérances aux révolutionnaires de tous les.
pays du mjjmle^Sera i ent-ce donc leurs imp ortu-
nités ^jef^iia^nations qui aura i ent o b scurci
A~ , -
22
l'évidence des droits d'un souverain légitime ?
Seraientf-ce bien eux qui auraient fait suspendre
la décision des autres souverains en faveur de la
- justice et de la légitimité? Ou sont-ce des événe-
mens et des circonstances antérieurs à l'origine-
de la question actuelle qui ont seuls produit cet
effet ? Evénemens qui n'auraient dû jamais avoir
lieu/et qui, si la question du droit de succession
au trône de Portugal eût été dûment considérée
et examinée, lorsqu'il en était temps, ne sera ient
pas arrivés pour entraver la marche naturelle des
affaires et à fournir à une faction audacieuse des.
prétextes pour cacher ses véritables motifs, et ses.
véritables intentions.
- L'Europe n'avait pas encore oublié les torts de
D. Pedro envers son auguste père lorsque celui.
ci reconnut son fils, soit par amour paternel,.
soit pour rendre la paix à ses Etats. dans les deux
- hémisphères, comme empereur du Brésil. Peu de
temps après cette reconnaissance, le roi D. Juan VI
se voyant menacé d'une mort prochaine, déclara
(à ce qu'on a assuré) (1) D. Pedro héritier de la
(i) L'existence de cette déclaration du feu roi n'est
nullement prouvée; mais nous voulons bien eadmettre-
comme véritable, puisqu'elle TIe change en rien la Tia-
ture de la question; car, QU D. Pedro avait encore son