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Rapport au Conseil général des hospices, sur l'administration des secours à domicile, à l'époque du 1er germinal an XI ([Reprod.]) / [par M. Duquesnoy]

De
66 pages
de l'impr. des Hospices civils (Paris). 1803. Aide sociale -- France -- Paris (France) -- Ouvrages avant 1800. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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NBS 1010.
IANSI and ISO TE5T CHART No 2i
THE FRENCH REVOLUTION
lŒSEARCtf COLLECTION
LESARCHIVESDELA
REVOLUTION FRANÇAISE
MAXWELL
Headington Hill Hall, Oxford OX3 OBW, LK
RAPPORTS
AU CONSEIL GÉNÉRAL DES HOSPICES
SUR
LES HOPITAUX ET HOSPICES;
LES SECOURS A DOMICILE;
LA DIRECTION DES NOURRICES.
Les Tableaux des Rapports sur les Hopitaux et Hospices forment
un volume format in-fol.
PARIS,
De Hospices civvis, rue Saint-Christophe
N°. Il, Parvis Notre-Dame.
Fructidor An XL
Extrait du Procès-verbal des séances du Conseil général
d'Administration des Hospices civils.
Séance du G Fructidor an X I.
U N des membres du Conseil met sur le Bureau un exemplaire du
Rapport sur les Hospices rédigé par le O. Camcs du Rapport sur les
Secours à Domicile, yédigé par le O. Doqoessot; et du Rapport sar
la Direction des Nourrices; desquels Rapports le Conseil a précédemment
ordonne l'impression.
LE CONS.IL àjiréte:
Qu'il sera envoyé des Exemplaires des trois Rapports réunis, aux
Consuls au Ministre de l'Intérieur, aux membres du Conseil d'Etat
aux Préfets du Département et de Police, aux membres du Conseil
Départemental et Municipal et aux Maires de la commune.
C A M U S, Vice-Président.
Maison, Secrétaire général.
N. B. Voyez t Errata au sujet des pages 6 et i5,
T A B L E
DES TITRES, ARTICLES ET PARAGRAPHES*
Du Rapport sur les Hôpitaux et ifespkes.
RAPPORT sur l'état des hospices,au i». germinal an XI. page i
Titre 1. Administration géne'rale des secours destinés aux
indigens à Paris.
A et. I. Idées générales de ces secours. jbi(i
.Au. Il. Opérations générales du Conseil.
Art. III. Hospices existans à Paris; établissemens généraux
pour leur administration.
ART. IV. Mojcns généraux d'administration.
§. I. Personnes. Ibid.
Il. Revenus des hospices; fonds qui leur sont accordés. uj
TITRE II. Des hospices destinés aux malades; ou des Itopitaux.
§. I. L'hotel-Dieu'. 33
Il. La Charité. 40
§. III. Saint-Antoine.
§. IV. Hopital Necker. 49
$. V. Baujon. 53
§. VI. Cochin. 57
§., VII. Saint-Louis. 60
J. VUI. Vénériens.. Q°
§. IX. Maison de santé. f
§. X.. Hopital des Enfans malades. ,6
T i T r E 1 1 1. Des hospices d'insenséç. l
T i t R e I V. Des hospices d'indigent infirmes ou
§. I. Bicêtre. • Vieillards. 85
$. IL La Salpélfière.
il .TABLÉ.
[ J. III. Maison des Alénages.
S. IV. lucuraWes-, rue de Sèves. 207
j) V. Incurables, fauibonrg Saint-Martin.
§. VI. Maison de retraite deMontrouge. ii4
Titre V. Des hospices d'Enfans orphelins, ng
§. I. Etevea de la Patrie. i a3
Il. Orphelines Saint-Antoine.
Titre VI. Hospice de la Maternité.
An. I. Objets généraux.
§. I. Bàlimens. Ibid.
§. II. Alimens, vétemens, chauffage. 136
§. III. Service de santé. 139
§. IV. Administration intérieure. 140
Au. II. Objets particuliers. i4a
§. I. Femmes expectantes. Ibid.
t lI. Femmes en couche. 146
L-§. III. Ecole des Elèves Mge-femmes. i5i
§. IV. Enfans reçus dans l'hospice, leur séjour il la crèche
ou chez les nourrices sédentaires. 153
§. V. Envoi des enfans il la campagne nourrices et
meneurs. 167
§. VI. Administration des enfans envoyés il la campagne;
distribution de fonds, surveillance, comptabilité. 17a
§. VII. Considérations sur le résultat des différentes
parties de l'administration et des dépenses de la
Maternité.
Titre VII. Des êtablissemens qui sont à la charge de
l'administration des hospices mais qui ne sont pas
sozi,s sa direction. 184
Titre VIII. Récapitulation générale des détails donnés sur
les hospices,. Résultat des opérations du Conseil. J86
Appendice au rapport sur l'état des hospices civils de Paris,
au germinal an XI. 191
Fin de la Table du Rapport sur les Hospices civils.
T A B L E
Du Rapport sur l'Administration des Secours
à Domicile.
R apport r sur les Secours à Domicile. page 1
i. Exposition des principes adoptés pa le Conseil. Ibid.
2. Etat des Secours à Domicile, avant et depuis jusqu'au
29 germinal an IX.
5. Travaux du Conseil. 1
Notice sur les Recettes et Dépenses. 23
Relevé des Recettes et Dépenses. 33
Tableau des 48 Bureaux de bienfaisance de la ville de Paris. 3G
Tableau des ladigens de Paris. 38
tableau des Vieillards de 75 et de 80 ans; des aveugles; des
femmes en couche, nourrices et fileuses /secourus par les
Bureaux de bienfaisance etc.
Notice sur les Maisons de bienfaisance.
Extrait du dénombrement des indigens du io* arrondissement. 48
Etat des distributions ordinaires faites aux 48 Bureaux de bienfai-
sance, pendant les la mois de l'an X et de celles qui ont
été faites pendant les quatre mois d'hiver. 50
Récapitulation. g,
Compte rendu des recettes et dépenses faites par le taureau de
bienfaisance de la division du Mail, pendant l'an X. 53
Etablissement national de filature. 57
Etat des pauvres. 58
Noms des Membres composant les 48 Bureaux de Bienfaisance. 61
Agence Exécutive des Secours à domicile. C8
Fin de la Table.
P 0 R T
S U R L' A D M I N I S T R A T. I O N
DES SECOURS A DOMICILE,
A L'ÉPOQUE DU Ier. GERMINAL AN XI.
Sec. à d.
1
R APPORT
SUR L'ADMINISTRATION
DES SECOURS A DOMICILE.
LE E Conseil après avoir esposé ce qu'il a fait ce qu'il a pré-
paré pour les hospices, doit rendre compte de l'administratiou des
secours à domicile.
I1 commencera par l'exposition des principes qui Font dirige'
pour montrer le but auquel il tend; puis il fera connoitre le point
d'où il est parti et la route qu'il a déjà parcourue on appereevra par-
là ce qui reste à faire. Ce travail a donc trois parties Exposition
'des principes adoptés par le Conseil; 2°. Etat des secours à domicile
avant et depuis 1789, jusqu'à l'établissement du Conseil; Récit
de ce qui s'est fait depuis cette époque. Ce travail sera terminé par
des tableaux qui constateront l'état actuel 'de cette partie de ses
attributions.
Exposilion des principes adoptés par le Conseil.
On a beaucoup recherché quelle espèce de secours mérite la
préférence de ceux qui se donnent dans les hôpitaux et dans les
hospiçes ou de ceux qui se distribuent à domicile.
La question, ainsi généralisée n'est pas susceptible d'une ré-
ponse exacte les besoins de l'humanité sont variés nombreux
ils réclament diiérentes espèces de secours ceux qui les éprou-
vent sont dans des positions diverses: il est donc impossihle qu'il
n'y ait pas plusieurs genres d'assitance. Il y a des maux que l'on
ne peut soulager que dans les hopitaux d'autres à qui les hospices
sont nécessaires; d'autres encore auxquels, les secours ne peu-
vent s'appliquer efficacement ,que dans les domiciles.
RAPPORT SUR LES SECOURS
Pour se faire un véritable plan de conduite, il faut donc consi-
dérer le pauvre dans toutes les positions de sa vie dans son enfance,
dans son âge mûr dans sa vieillesse eu santé, en maladie etc.
On s'apperçoit bientôt que le premier, le plus pressant de tous
scs besoins est l'éducation ce mot, pris dans sa plus rigoureuse
acception s'appliqtte à tout ce qui contribue à former des hommes
et des citoyens. Le pauvre doit savoir, 1°. Lire écrire et compter
sans quoi il est, dans la dépendance la plus funeste de toutes celle
des fripons il doit Etre pénétré des idées religieuses parce que
c'est Ia nieilleure forme sous laquelle il puisse saisir les idées de
morale et d'ordre; il doit 3-. Aimer à travailler, sliono er de tra-
vailler, sans quoi il est exposé à tous les vices à tous les crimes
«n'entraîne l'oisiveté il faut donc pour le pauvre des écoles ou
on lui apprenne ces trois choses qu'on ne devroit jamais séparer,
c'est le premier secours à lui donner.
Mais il est évident qu'on ne peut l'administrer dans chaque do-
micile il faut donc des établïssesnens exprès dans lesquels soient
reçus les enfans présentés par leurs parens.
Or ces parens se trouvent dans une des trois positions suivantes ou
ils peuvent eux-mêmes leur apprendre un métier; mais ils ont besoin
de quelqu'assistance; il faut la leur donner et veiller à 1 emploi de
ce l'on leur donne ou les parens sont dans de telles circonstances
qu'ils peuvent bien enseigner un métier mais qu'ils ne peuvent
donner aucune autre instruction; alors il faut admettre les en£an»
à l'école: ou enfin les parens plus malheureux ne peuvent ui
l'un ni l'autre alors il £au* placer les enfant en apprentissage chez
un maître et cependant veiller à leur instruction et à leur con-
duite, ou les placer dans un attelier communies faire assister aux
écoles et les renvoyer le soir chez leurs parens.
Sont-ils trop jeunes pour être admis en apprentissage? s'ils sont'
au-dessous de 6 ou 8 ans il faut aider leurs parens s'ils sont au-
dessus, il faut qu'ils fréquentent l'école et qu'on les y occupe tout
te jour à des ouvrages à leur portée.
Sont-ils sans aucuns parens? alors s'ouvrent pour eux les hospice
A D O M 1 C 1 1 E. 3.
dans lesquels une active charité doit suppléer autant qti se
peut la tendresse paternclle mais de ces hospice; mêmes on
doit les retirer pour les mettre en apprentissage des qu'il est
Ainsi, dès le premier âge on trouve l'application de tous les
genres de secours secours partiels secours complets a domicile,
as vie dans les hospices.
Le travail doit aller de pair avec l'instruction on ne détruira les
causes de la mendicité que quand on sera parvenu à faire du travail,
uou pas un devoir, mais un besoin; peut-être se flatleroit- on eu
vain de l'espérance d'arriver à cet heureux résultat avec la gé-
nération actuelle qui, aux habitudes naturelles aux pauvres dans le»
grandes villes, joint encore des restes d'habitudes révolutionnaires,
et pour qui la morale n'est pas entièrement refaite.
On a cajomnié le pauvre sans doute on n'a pas assez vu que
presque tous ses vices tiennent à sa position mais aussi n'a-t-on
pas calomnié le riche? a-t-ou-été plus juste envers lui? l.e riche
et le pauvre sont des hommes; ils ne sont parfaits ni l'un ni
l'autre; ils ont les vices et les vertus de leur position, ceux (te leur
éducation changez-les, réciproquement de condition, vous changea
leurs moeurs ils ne valent ni mieux ni moins l'un que l'autre.
Voulez-vous donner à l'un et à l'autre toute la bonté que com-
porte la nature humaine ? façonnez-les à la vertu par l'habitude par
l'exemple mais sur-tout ptéservez-tes de l'oisiveté.
Avec un plan bien médité, suivi avec constance, on parviendroil
à diriger vers le bien la génération qui s'élève et sans se livrcr
à des espérances chimériques, il est permis de croire qu'on pré-
viendroit des maux qui, dans tous les temps et dans tous les pays,
ne sont guères que le fruit de l'imprévoyance des gouvernemens.
On a beaucoup écrit contre la mendicité; par-tout on s'est oc-
cupé des moyens de la détruire; une bonne administration ne songe
point à cela elle doit voir mieux et de plus haut elle doit otar
le besoin de mendier, et ce n'est pas en donnant heaucoup mul-
tiplier les secours c'est multiplier les pauvres on ne s'habitue que
trop à recevoir, à se reposer sur l'espérance d'être nourri par l'Etat
4 n APPORT SUR LES RECOURS
et sans travail faire l'aumône n'est pas faire du bien c'est une vérité
devenuc commune. Stewart a dit depuis long-temps « Lorsqu'on
» fonde des hôpitaux pour le soulagement des pauvres ils l««^j
remplissent et il reste ,autant de nécessiteux qu'auparavant. La
raison eu est simple les hôpitaux sont plutôt le palliatif que le
remède de cet abus un arbre n'est pas plutôt dépouillé de ses
feuilles qu'il eu pousse de nouvelles. On a dit que la population
est en proportion des vivres par conséquent les pauvres sont
eu proportion de lao charité. Que le roi distribue tous ses revenus
en aumônes, il trouvera bientôt assez de pauvres pour les con-
sommer si un riche veut dépenser un million par an, à sa
). table il trouvera pour l'aider des convives parmi les plus grands,
du royaume. Tome i page 16G.
L'abondance des secours que donne le gouvernement prouve de
deux choses l'une et probablement les prouve toutes deux c'est
qu'il y a une grande misère et très-peu de bienfaisance individuelle.
L'abondance des secours individuels offre un ,spectacle plus
consolaut, sur-tout quand il est entouré de peu d'appareil extérieur
car si quelquefois on est obligé de publier avec quelqu'éclat les
actes de bienfaisance les plus simplets, les plus naturels, c'est qu'il
faut bien entraîner les.ames froides par l'exemple; mais le plus vé-
ritable bien est celui dont on parle le moins, celui que la main
droit ignore guand la gauche le fait.
En Angleterre, ou les élablissemens de bienfaisance privée sont
jnulfipliés à l'infini, où des souscriptions de tous genres sont ou-
vertes au profit des malheureux, où l'on publie avec un orgueil
-vraiment national les noms des souscripteurs et le tableau des
sommes immenses qu'ils fournissent, Ofy croiroit que toutes les
sources de la misère doivent être taries, et cependant le nombre
des pauvres va toujours croissant malgré les ressources qu'offrent
à la misère et à l'industrie les établissement lointains un commerce
sans borne» une agriculture en est donc la
cause? Leurs écrivains les plus éclairés l'ont dit: la principale est
dans l'excès même de ces secours.
Ce n'est pas tant de la quotité des secours qu'il faut s'occuper
A D 0 M 1 C 1 L E. S
que de leur bon et sage emploi. Ou ne fait pas Je bien lorsqu'on
donne de l'argent, on en fait un peu lorsqu'on donne des secours
eu nature; c'est quelque chose, mais ce n'est pas tout qu'importe
que l'on donne 12 sois, du pain ou une chemise? Ce qu'il faut
c'est mettre le pauvre à même de s'en passer; c'est un métiers qu'il
faut lui apprendre dans son enfance, c'est du travail qu'il faut lui
donner dans un âge mûr, c'est de l'économie dont il faut lui faire
une habitude, pour qu'il se uourrisselui-méine dans sa vieillesse.
Du travail, malheureusement on ne peut trop le répéter, dépen-
dent le bonheur et les vertus du pauvre; c'est-là toute sa morale,
tout son civisme, son indépendance et son existence; c'est par-là
qu'il tient à l'état quiconque a deux bras et ne travaille pas, ne
rend pas à la société ce qu'il reçoit d'elle il est donc coupable.
Mais sans doute aussi ceux qui encouragent l'oisiveté par une mau-
vaise distribution de secours, ne sont pas exempts de reproche.
Les pauvres valides (les seuls dont il s'agisse en ce moment)
peuvent être envisagés sous deux points de vue ou ils sont inca-
pables de tout travail qui suppose un apprentissage antérieur; ou ils
en sont capables mais ils sont privés de travail par des circonstances
momentanées.
Les premiers ne doivent pas sans doute être punis du malheur
de leur éducation; mais ils doivent trouver des ateliers toujours
ouverts dans ceux que paye le Gouvernement et que dirige la
police il ne reste aucune excuse à un homme valide quand il
y a un moyen quelconque de gagner la somme la plus modique
pour sa subsistance la mendicité ne peut être tolérée dans une
ville où s'exécutent tant de travaux et où il est si facile d'y être
'employé.
Il suit de cette observation, que la police ne peut pas être étran-
gère à l'administration des secours, et que réciproquement l'admi-
nistration des secours est un des plus puissans moyens d'ordre public,
Quant aux hommes qui ont appris un métier, qui ne demandent
pas mieux que de s'y livrer, mais à qui l'occasion en est ôtée; dans
les tems calmes le nombre n'en est pas très-grand mais enfin s'ti
en existe, il y a deux moyens de les occuper; le premier, de se
6 RAPPORT SUR LES SECOliBS
concerter avec- des manufacturiers oa des chefs d'atelier, qui con-
sentent d'occuper un certain nombre d'hommes, moyennant une
indemnité proportionnée à la moindre valcur de leur travail le
second d'ouvrir des ateliers pour les métiers les plus communs les
plus à la portée du plus grand nombre, et sur-tout pour ceux dont
le produit est d'un débit assuré, et ici il faut une bien grande
attention soit pour ne pas se livrer.à des espérances imaginaires
soit pour n'entreprendre à-la- fois que ce qui est possible. L'expé-
rieuce a démontré que les ateliers de charité les mieux conduits,
couvrent avec une peine infinie la dépense qu'ils occasionnent, puis-
que tous ceux qui ont spéculé sur le travail des pauvres se sont
ruinés, ou ont fait succomber les pauvres sous le poids d'un travail
excessif, et les ont fait mourir de faim, c'est-à-dire qu'on se ruine
quand ou veuf faire travailler le pauvre, en lui payant son travail
uu prix égal à celui que reçoit un ouvrier du même genre.
Ainsi, en occupant les pauvres il faut d'abord songer à deux
choses; la première d'assurer le débit de leur ouvrage, ce qui est
possible, peut-être même facile si d'un côté ils sont dirigés par une
administration qui en employé une partie et si d'un autre on ne
fait que des ouvrages communs, d'un usage nécessaire, et à la portée
du plus grand nombre.
Bien d'autres considérations doivent encore guider dans cette
recherche il n'est pas indifférent à la prospérité de l'Etat d'encou-
rager te)le ou telle espèce de travail, 4e restreindre telle ou telle
autre.
11 faut examiner aussi jusqu'à quel point ces ateliers publics
peuvent nuire à l'industrie particulière, véritable source de la ri-
chesse nationale; si, employer ces ouvriers dans ces fabriques n'est
pas diminuer le nombre de ceux qui vont aux autres; si l'exemp-
tion .de patentes, de frais de loyer et d'intérêt d'argent, ne pré-
sente pas, dans quelque circonstance, des avantages tels qu'aucune
fabrique ne puisse soutenir la concurrence ce qui assurément
«croil un mal. Çn ne perdant jamais de vue ces considérations et
quelques autres qu'il seroit trop long de développer, on aura fait
A D 0 M I C I L E.
le plus grand bien, et du pauvres et de lTtat, en procurant de
l'occupation à tous ceux qui se plaignent d'en manqucr.
Par ces moyens, on ôtera tout prétexte à la mendicité et si
quelqu'un s'y livroit, il seroit bien peu digne d'intérêt, ou plutôt
l'administration auroit un nouveau devoir à remplir envers lui.
Elle ne doit en effet jamais perdre de vue qu'elle est sur-tout obligée
de chercher à rendre les hommes meilleurs: il faut donc songer
à réformer les paresseux à leur inspirer le besoin du travail
Mais sans doute une bonne administration rejettera bien Min toutes
idées de force et de violence; l'expérience n'en prouve que trop
l'inutilité les dépôts de mendicité sont les réceptacles de tous le»
vices les hommes déjà corrompus en sortent mille fois plus mé-
chans encore.
Il n'est que trop vrai qu'il y a plus de mendians que de pauvres:
mais on ne les réforme pas en les emprisonnant, en les entretenant
dans l'oisiveté il faut les conduire avec douceur dans une maisons
de travail; leur en faire appercevoir les avantages; les familiariser
avec patience à des idées d'ordre et de prévoyance; leur apprendre
à s'estimer; il ne faut pas même les contraindre à rester dans ces
maisons la première, la seconde, ni la troisième fois; mais faire
qu'ils désirent s'occuper parce qu'ils trouveront plus d'honneur et
plus de profit qu'à mendier parce qu'ils apprendront ce qu'on
gagne à être homme de bien. Si malheureusement on ne ]>eut y
réussir, il faut sans doute qu'un travail forcé remplace un travail
volontaire mais encore, alors qu'ils en reçoivent le prix entier; que
leur condition s'améliore d'autant plus qu'ils travaillent davantage
que leur sort s'aggrave s'ils persistent dans la paresse; sur-tout qu'ils
ne perdent jamais l'espoir d'être rendus à la liberté, si par leur tra-
vail et par leur conduite ils en sont jugés dignes qu'aucune idée de
détention perpétuelle ne les accable et n'appelle le désespoir; qu'il
n'y ait pas même d'autre terme assigné que celui où ils se seront
amendés et où ils pourront inspirer assez de confiance pour être
livrés à eux-mêmes.
Que par-tout, dans les asyles du travail, règnent la propreté la
douceur la morale religieuse rien ne peut se faire sans ces moyens;
8 RAPPORT SUR L.ES SECOURS
l'homme maltcaité. dèvient méchante l'homme malpropre s'avilit à
ses propres yeux; et l'homme pauvre qui est étranger à toute morale
religieuse court grand risque de céder à l'imftetuosité de ses pas-
sions.
Ainsi, les mendians opiniâtres seront forcés au travail qui sera
donné aux autres.
Mais il y a des pauvres qui veulent bien travailler et qui -ne
le peuvent pas soit à raison de leur àge soit par leurs infirmités
passagères ou habituelles.
Leur âge ou ils sont trop jeunes, ou ils sont trop vieux. Jeunes
aidez leurs mères, encouragez-les à nourrir; et si, par la perte de
leur mère ou par sou abandon ils sont devenus des enfaus de la
Providence accueillez-les ouvrez-leur un syle ou ils retrouvent
ce qu'ils ont perdu.
Vieux, infirmes ou malades remettez-le/ aussoins de leur parens
c'est une idée bien touchante et bien W^ùe de confier aux
enfans l'administration des secours destinés à leurs pères aux
mères, le soin de soulager leurs enfants aux époux, celui des époux:
il est impossible de trouver ailleurs cette inépuisable tendresse,
cette infatigable sollicitude tout se fait mieux et plus à propos
que dans ces maisons où les malades, les vieillards ou les infirmes
sont entassés livrés à des mains inconnues et trop souvent
avides les secours distribués dans les familles resserrent les affec-
tions domestiques, les hôpitaux les détruisent.
Les secours à domicile habituent le pauvre à la prévoyance, parce
que quand ils sont bien administrés, ils ne sont jamais complets; ils
forcent donc a se ménager une ressource pour y suppléer au con-
traire, quand l'idée d'hôpital se présente à la pensée, elle détruit
tout projet d'économie toute idée d'avenir sans doute aussi avec
une dépense égale on soulage plus de pauvres chez eux que dans
les hospices, ou économise tous les frais d'administration et un
léger secours donné à propos opère un plus grand bien et sur tout
un bien plus durable que celui que retire le pauvre de sou séjour
dans un hôpital ainsi la morale, le bon ordre, l'économie, le
bonheur des pauvres, tout porte à préférer les secours à domicile
aux
A D O M I C I L E. 9
Sec. àd. 2
aux hôpitaux. Mais ici comme dans toutes les parties de l'ailmi-
nistration les idées absolues sont fausses tout distribuer à doiuicile
est impossible, et sur-tout à Paris, ou affluent tant d'hommes de
tous les pays, qui n'y font qu'uu séjour momentané, qui n'y ont
ni famille, ni asyle, où tant d'autres sont mal lobés entasses dans
des réduits, sans feu, en proie à toute espèce de besoins à ceux-là
les hôpitaux sont bien nécessaires; ils le sont aussi à tous ceux que
repousse une famille dénaturée, à ceux que tourmentent des ma-
ladies qui exigent des soins trop assidus et trop journaliers, qu'ils
ne pouiToient pas recevoir chez eux.
Il faut donc chercher la combinaison qui, en présentant le moins
d'iuconvénieus, offre aussi les plus grands avantages; et en consi-
dérant les secours à domicile comme les meilleurs de tous, envisager
les liopitaux comme un supplément d'une indispensable nécessité.
Mais tous les efforts de l'administration doivent tendre à rendre
les hôpitaux le moins nécessaires qu'il est possible parce qu'enclore
bien qu'il ne soit pas donné à l'homme d'atteindre la plus grande
perfection, il doit toujours se la proposer pour but, s'en rapproche
sans trop s'effray er de la distance, et ne, s'écarter jamais de la
route qu'il s'est tracée.
Ou administre mal aussi les secours aux pauvres quand on ne
rapporte pas toutes ses pensées vers l'amélioration des moeurs pri-
vées et des moeurs publiques; la vue des hôpitaux dessèche le coeur
elle flétrit l'ame c'est la collection de toutes les misères humaines,
c'est la triste preuve qu'il y a des hommes hélas! eu trop grand
nombre, qui n'ont sur la terre ni parëns, ni amis à qui ils puissent
s'adresser dans leur détresse c'est au contraire un spectacle bien
touchant que celui des malheureux qui, visités par une bienfaisance
active reçoivent des secours qui leur sont administrés par leur
famille c'est une école de charité pour tous les riches, c'est une
école d'économie et de vertus domestiques pour les pauvres que
de bien on peut faire par un sage conseil donné à pr<jpos*'J'rp"ar une
leçon d'économie prudemment placée! L'homme qui soulage est tou-
jours écouté. 0 combien on tireroit de pauvres de leur misère, en
excitant leur courage! combien ou en soulagerait, eu faisant cesser
la RAPPORT SUR LES SECOURS
leur apathique iosouciance ou aura beaucoup gagné lorsqu'on aura
déslrabitué le riche de présenter au pauvre l'hopital comme son
as\le et le pauvre de le regarder comme sa ressource la plus assurée.
Les hôpitaux. seront d'autant moins nécessaires au reste, que les
moyens de travail seront plus multipliés, et le travail sera d'autant
plus utile, que l'on formera des caisses d'épargne et de prévoyance,
ou les domestiques les ouvriers pourront placer chaque année
chaque mois, chaque jour, le produit de leurs épargnes, et s'en faire
un revenu assuré; c'est le plus grand bien que des hommes puissent
faire à d'autres hommes.
Les pauvres ont déjà été envisagés sous bien des aspects. Pour
épuiser cette matière il faudroit aussi parler des prisonniers si
souvent plus malheureux, que coupables, et bien malheureux par
ccla même qu'ils sont coupables des plaideurs infortunés des
veuves et des mineurs; des hommes détenus pour dettes de ceux
que des malheurs imprévus font descendre de l'aisance à la misère.
Hélas! il faudroit embrasser toutes les classes de la société.
Le Conseil vient d'exposer les règles générales qu'il s'est pres-
rrites il doit maintenant montrer qu'il a fait tous ses efforts pour
s'y conformer; il les a suivies autant que le permettoient et la nature
des choses et les circonstances; des résultats sensibles ne peuvent
£tre le fruit que du tems et d'une constance infatigables à ne s'écarter
jamais du plan qu'on a adopté ils ne peuvent sur-tout être dus qu'à
une administration qui n'éprouveroit ni embarras ni contrainte
qui, revêtue de la confiance publique soutenue par la puissance,
pourroit ordonner, et à qui un cercle assez grand seroit tracé par
son institution pour qu'elle ne fut pas trop souvent réduite à des
vœux stériles.
2°. Etat des secours domicile, avant et depui.s 1789, jusqi/a»
germinal an IX.
Pour qu'on puisse juger ce qu'a fait le Conseil il va d'abord
exposer ce qui existoit avant 2°. ce qui a été fait depuis cette
époque, jusqu'au moment où ont commencé ses fonctions l'état
A D 0 M 1 C I L E. >r r
des choses ainsi connu on verra le point d'où il est parti et il
exposera le chemin qu'il a 'fait pour atteindre le Lut qu'il se propose.
Avant 1789, les secours publics étoient immenses à Paris; ils
étoient variés sous toutes les formes; l'enfance des deux sexes avuit
des écoles gratuites, une partie des biens de l'église étoit affectée
au soulagement des pauvres.
Des compagnies de charité, érigées ou conlirmées par des actes
émanés de l'autorité publique, formoient avec les curés, des asso.
ciations qui visitoient les'pauvres les aidoient et leur distribuoient
non-seulement la portion des revenus de l'église qui leur étoit
destinée mais aussi les aumônes et les produits des quêtes.
D'autres associations libres également gratuites étoient com-
posées de personnes pieuses des deux sexes les hommes s'occu-
poient principalement de l'administration des biens les femmes
recevoient les requêtes ou demandes de secours elles rendoicut
compte de la situation des pauvres qu'elles visitoient; et elles in-
diquoient la quotité de secours qui pourroit leur être accordé.
Ces assemblées étoient présidées par les curés qui ne dévoient
compte qu'a DiEu de l'emploi qu'ils faisoicnt des revenus des
biens des offrandes et des dons qu'ils recevoient hour les pauvres;
ceux qui ont connu cette portion respectable de l'ancien cierge
savent avec quel zèle touchant les curés remplissoient ces cliaritablci
fonctions.
Les biens que possédoient les Charités n'étoient qu'une très-
petite portion de secours appliqués au soulagement des pauvres
ils étoient sur-tout composés des dons 'volontaires des personnes
mêmes qui formoient des associations pieuses du produit des quêtes
faites dans les églises de celles que les curés ou d'autres personnes
faisaient dans les maisons.
Toutes ces compagnies de Charité s'étoient attaché un cer-
tain nombre de soeurs- gtfises, entretenues nourries et rétribuées;
elles étoient chargées de visiter les malades de les soigner dans
les maladies légères, de les panser, d'envoyer des médecins chez
ceux qu'elles u'étoient pas en état de traiter de distribuer des
bouillons aux vieillards infirmes de 4enir des écoles etc.
RAPPORT SUR LES. SECOURS
La société de Médecine et la Faculté les médecins des hôpitaux
donnoient des conseils aux pauvres à la syite de leurs visites.
Les maisons religieuses distribuaient presque toutes des soupes,
du pain et quelques-unes même de l'argent aux pauvres.
Le gouvernement formoit des atelliers de charité; dans les
hivers pénibles ou dans les temps de cherté des grains, la police
avoit ordre de s'entendre avec des manufacturiers ou chefs d'ate-
liers qui occupoient un certain nombre d'ouvriers, et à qui on donnoit
une indemnité proportionnée à la différence de valeur de leur
travail.
Plusieurs associations s'étoient formées pour racheter les prison-
niers détenus pour mois de nourrices; quelques-unes pour doter et
marier de jeunes filles.
^Bans plusieurs circonstances le gouvernement faisoit racheter,
au Mont-de-Piété, les effets qui y ébient engagés pour une cer-
taine somme, ou il délivroit des pères détenus pour mois de nour-
rice plusieurs corporations de métiers avoient établi des contri-
butions sur elles-mêmes les Six-Corps par exemple destinoient
une portion de leur revenu à faire des pensions aux pauvres
maîtres ou à leurs veuves, ou à payer l'apprentisage des enfants.
Les fondeurs les doreurs et les autres ouvriers sur métaux faisoient
un fonds pour être traités des maladies particulières à leur profes-
sion il y avoit dans chaque imprimerie un tronc destiné à
recevoir les contributions volontaires pour les veuves des ouvriers:
on y versoit aussi le produit des amendes imposées à ceux qui
manquoient à leur devoir.
Une institution s'étoit formée pour visiter, consoler et soulager
les prisonniers et sur-tout pour leur distribuer du linge.
La société philanthropique étoit composée d'hommes respectables
par leur vertus, et qui n'employoient la grande considération qui
les environnoit qu'à faire le plus grand ;bien du pauvre.
Une maison étoit ouverte comme asyle aux pauvres voyageurs.
La charité maternelle réunissoit tous les genres de bienfai-
fiance.
Par-tout on parloit le langage de la charité; par-tout il étoit en-
A D 0 M 1 C I L E. ,3
tendu les pins nobles motifs, les plus honorables passions qui C
puissent diriger les hommes dans la société la plus perfection-
née la religion la philanthropie le généreux orgueil du bien le
besoin de l'estime publique, tout se réunissoit; et dans les pays
où l'on vante le plus le bien qui se fait peut-être en faisoit-on
moins qu'en France; nulle part on ne donnoit plus.
Qui ne croiroit qu'avec tant de moyens avec des moyens si
variés, on n'eût dû parvenir à détruire entièrement la mendicité?
qui ne croiroit qu'avec ces immenses secours, il ne dût pas exister
un pauvre à Paris? Cependant ils y aflluoient; les événeniens de
la révolution ont assez prouvé combien leur nombre étoit grand:
certainement ce mal avoit une cause; il en avoit pli/sieurs.
Les secours étoient souvent mal distribués; ils étoient trop souvent
appliqués à des besoins du moment: sans aucun plan, sans aucune
règle, d'après les affections particulières ou des sentimens indivi-
duels, on donnoit beaucoup; mais on répartissoit mal; il n'y avoit
nulle liaison, nul rapport entre les différentes branches de l'admi-
nistration des secours, et l'intention des hommes charitables étoit
trop souvent déçue.
Il faut fixer son attention sur cette pensée, sans quoi on ne
concevroit pas comment, avec tant et de si puissans moyens, ou
n'a pas produit de plus grands efiéts un gouvernement -labile et
ferme auroit su conserver tant d'établissemens utiles; il les eût di.
rigés vers le plus grand bien de la société; il en auroit fait le
plus ferme instrument d'ordre public et de conservation sdn
propre intérêt eût dû l'avertir qu'il est bien plus important de
bien appliquer les secours que de les multiplier.
Mais, non seulement il ne sut pas employer utilement ces saintes
institutions; il ne sut pas tirer parti des mouvemens généreux qui
animoient la Nation francaise mais tout cet éditée, ouvrage des
siècles, s'écroula avec lui en
Alors il fallut tout refaire sur des bases nouvelles, et plus la
dissolution du corps social rendoit les secours nécessaires plus nos
calamités intestines multiplioient le nombre des malheureux; plus
i4 RAPPORT SUR LES SECOURS
aussi les moyens de les soulager diminuoient entraîné par le torrent
des événemens, on ne pouvoit rien fonder; et les passons qui
nous agitoieut ne nous laissoient pas assez de calme pour nous
occuper de la bienfaisance.
Tout le système de distribution des secours étoit dérangé les
curés les administroient cn et par conséquent la répartition
s'en fuisuit par paroisse les change mens opérés dans le clergé la
nouvelle circonscription des paroisses dévoient amener des change-
ment mais aussi le passage entre l'ancien mode et le nouveau
laUsoit un intervalle difficile à franchir; la municipalité de Paris
fut chargée, par la loi du a5 mai 1791 de l'administration de
tous les revenus des indigens elle devoit les distribuer, ainsi qne
le produit des quêtes, entre les différeutes paroisses. Le 5 août/
elle créa dans son sein une commission sous le nom de Com-
mission municipale de Bienfaisance laquelle fut chargée de for-
mer un état des revenus des pauvres de les distribuer et de donner
un plan d'assistance publique
On n'a pas oublié à Paris tout le bien qu'y fit cette Commis-
sion mais il n'est pas étonnant que, dans la longue tourmente du
corps social, on n'ait pas pu former un plan; entraîné par les
événemens rapides et journaliers, livré à des craintes ou à des
espérances sans cesse renaissantes, personne ne pouvoit poser des
fondemens durables cependant,. rfenuNdors de très-bons esprits
des hommes très- éclairés des citoyens très recommandables ont
développé les vrais principes des secours; ils ont répandu des
idées saines et ils n'ont pas peu contribué à applanir la route daus
laquelle on commence à marcher aujourd'hui.
C'est h eux par exemple qu'on doit l'amélioration la plus mar-
quée, celle dont les effets seront le plus étendus, la création des
Bureaux de bienfaisance (loi du 7 thermidor an 5); de ce jour, la
distribution des secours à domicile a commencé à prendre quel-
que régularité et si le gouvernement avoit eu dès-lors la stabi-
lité qu'il n'a prise qu'en l'an 8 il restero* peut-être bien peu de
choses il faire.
Ou nomma donc à Paris 48 Bureaux de bicnfaisance, sous la
A D 0 M 1 C I L E
direction d'un Comité centra) qui lui-même étoit placé sous l'au-
torité immédiate du Ministre de l'Intérieur Il seroit injure
de passer sous silence tout le bien qu'a fait cet établissement de
ne pas louer le zèle, le dévouement, l'humanité avec lesquels les
citoyens qui se sont chargés de ces fonctions les ont remplies;
c'est une chose digne de remarque, honorable pour notre nation',
honorable pour la ville de Paris, que, dans l'oubli de toutes les
loix, dans le bouleversement de toutes les idées morales et reli-
gieuses, on ait trouvé un grand nombre d'hommes qui se sont livrés
au soulagement des iudigens d'une manière obscure, ignorée qui
ont sulyorté avec patience tous les dégoûtes, toutes les peines
qui accompagnent des soins de ce genre; et cela sans aucun espoir
de renommée, sans chercher à occuper d'eux le gouvernement ou
le public et par le seul amour du bien. Nous louons souvent beau-
coup trop ce qui se fait chez nos voisins, et nous ne remarquions
niéme pas le bien qui se fait chez nous. Trop souvent nos livres
sont remplis du récit des crimes et des malheurs. et on garde le
silence sur cette suite non interrompue de bonnes actions trop
souvent on répète qu'il n'y a plus de vertus parmi nous, et l'on
ignore ou l'on dissimule le bien dont on est témoin.
Près du Bureau central étoit placé un agent comptable, charge
de percevoir le revenu des indigens; son devoir étoit de tenir les
recettes à jour de veiller à la conservation des biens de les en-
tretenir il étoij, eu un mot, l'administrateur responsable envers le
Bureau central.
Alors les revenus des indigens out commencé à s'établir d'une
manière fixe l'octroi municipal a été créé 24,000 francs par
mois ont été affectés aux secours à domicile; la loi du frimaire
ordonne qu'il soit perçu une taxe d'un décime par franc sur tous
les billets d'entrée dans les spectacles, les bals etc. Cette percep-
tion, fixée d'abord six mois, a été successivement prorogée.
On a pu du moins compter, dès cette époque, sur dcs moyens
réguliers d'assister les indigens.
Les choses sont restées dans cet état jusqu'au 29 germinal au q
que, par arrêté des Cousuls, la surveillance des secours à domicile
16 RAPPORT SUR LES SECOURS
a été confiée au Conseil général des hospices. Ainsi a commencé
à se réaliser le desir souvent formé de voir combiner ces deux
espèces de secours de la manière la plus utile aux indigens, la
plus conforme à la morale publique et au véritable intérêt de
l'Etat.
C'est de cette époque que le Conseil a pu se tracer une marche
et la suivre cédant devant les obstacles qu'il ne peut surmonter,
se reposant sur l'appui du Gouvernement, qui peut et qui veut le
bien et sur le coucours de tous les hommes éclairés et ver-
tueux.
3°. Travaux du Conseil.
Le Conseil a dû déterminer d'abord un plan d'administration,
examiner ensuite l'étendue des besoins de la ville de Paris, cou-
noître la nature et la quotité des secours qu'il peut distribuer, et
enfin les appliquer le plus utilement possible.
Une administration n'est jamais trop simple; plus les rouages
sont compliqués, plus on s'éloigne du but c'est donc à cette sim-
plification que Je Conseil a rapporté ses premières pensées.
Le Gouvernement a fait un grand pas vers l'amélioration de
toute espèce de secours publics par l'arrêté du 2g germinal. Il
a donné le vrai moyen d'aider ces secours l'un par l'autre
mais il est fâcheux qu'il existe encore entre eux quelque distinction,
c'est-à-dire que l'exécution ne soit pas confiée aux mêmes mains
comme la pensée l'est aux mêmes tètes qu'il y ait une Commis-
sion et une Agence, quand il n'y a qu'un Conseil; et sur-tout
qu'une Agenceexécutive, une Commission administrative délibèrent:
cela implique contradiction. Cette multiplicité de rouages jette de
l'embarras dans l'exécution et c'est un des points que le Conseil
espère parvenir à réformer.
Dans l'état actuel des choses, et par une suite de la première
et sage combinaison du Gouvernement, le Ministre a voulu que les
quatre Bureaux de bienfaisance de chaque arrondissement formassent
un comité central composé de députés de chaque Bureau présidé
par le Maire.
Ainsi
A D O M I C I L E. 17
Sec. à.d. 5
Ainsi la distribution des Secours est aujourd'hui confiée, d'après
l'arrêté du 29 germinal, *es réglemens du il prairial ct du
8 vendémiaire à 48 Bureaux de bienfaisance lesquels sont compo-
sés de 7 membres nommés par le Ministre, sur la présentation qui
lui en est faite. Il y a autant de trésoriers, autant de caisses,
autant de correspondances que de bureaux c'est-à-dire 48.
Des députés de quatre bureaux se réunissent en un comité
central dont les attributions sont très-circonscrites.
Tout cela est trop compliqué la raison le fait sentir, l'expé-
rience le confirme; on ne peut avoir avec ces moyens ni ensemble
dans les secours ni uniformité dans le système ni renseiguemeus
sur les besoins.
Quand il s'agit de secourir un malheureux, de placer un enfant
en apprentissage; quand un pauvre, long-tems malade, sort g-.iéri
d'un hopital et n'a pas d'asyle, on ne sait à qui s'adresser, de la
Commission administrative des hospices, ou de l'Agence des secours.
Le partage des secours entre les 4 divisions qui composent un
arrondissement empêche de faire aucun prélèvement pour un éta-
blissement utile la somme accordée à chacune est trop modi 111e
pour qu'on puisse en rien appliquer à un usage commun qui
profiterait à un plus grand nombre d'une manière plus solide plus
durable et plus économique.
Il est évident encore qu'on nuiroit aux établissemens utiles,
qu'on augmenteroit sans nécessité les frais et les embarras, si l'on
songeoit à former 48 maisons de secours et si l'on ne donnoit
pas un ensemble à chaque arrondissement.
Ainsi, d'une part il faut simplifier les moyens d'exécution, et
de l'autre il faut tendre à centraliser les secours dans chaque arron-
dissement, et toutefois sans diminuer les moyens de distribution
par division.
L'administration déterminée il faut connoître l'étendue des
besoins qu'ou a à satisfaire et le meilleur moyen est de former
un tableau exact des pauvres.
Il est impossible de savoir, même approximativement, combien
de personnes étoient secourues dans l'ancien régime les secours
18 RAPPORT SUR LES SECOURS
étoient, comme on l'a dit, administrés avec trop peu d'ensemble
pour qu'il fût possible Ravoir un tableau.
Il paroit qu'on s'en est occupé pour la première fois, à la Commis-
sion municipale de bienfaisance dont on" a déjà parlé elle avoit
cru nécessaire de former ce tableau et de le prendre pour base de
la distribution entre les différentes paroisses mais il fut violemment
attaqué alors, et fut abandonné cependant la loi du 28 mars 1795
le' prescrivit comme devant servir de base aux distributions.
Le Conseil a pensé que toute répartition équitable de secours
est impossible sans tableau de pauvres; ce n'est que par ce moyen
qu'on apprend à connoître les vrais indigens, la nature et 1 étendue
de leurs besoins; par-la, on découvre, on met à nud, s'il est permis
de le dire, ces misères simulées ou coupables qui séduisent trop
souvent les âmes pieuses; là on expose toutes les causes qui doivent
exciter la pitié là on a des objets de comparaison, et l'on peut,
entre hlusieurs pauvres, voir ceux dont les besoins sont les plns
nrqens; là on connoit aussi les ressources que peut avoir encore celui
qui implore la pitié, ou l'on apprend de lui les moyens de les
trouver et quand la rédaction d'un tableau de ce genre ne pro-
duiroit d'autre bien que de mettre ceux qui le rédigent en rapport
intime avec les pauvres de les obliger à les iuterroger, à les enten-
dre, ce seroit assurément beaucoup.
Sans doute, un travail de ce genre est accompagné de beaucoup
de difficuleés; il faut un grand zèle pour l'entreprendre; il en faut
un plus grand pour l'achever mais que fait on sans peine, et
quel bien peut-on 'opérer quand on n'est pas animé d'un zèle cons-
tant qu'aucune difficulté n'effraye ?
Ce qui a été possible à Hambourg et..dans d'autres villes, est certai-
nement possible à Paris; ce quia été fait dans quelques arrondissemens
de Paris, peut être fait dans tous; le Conseil espère donc obtenir
ces tableaux; il attend tout du zèle des maires et des bureaux de
bienfaisance.
Le Conseil publie, à la suite de ce rapport:
Un modèle de tableau qu'il a fait distribuer danstous les arrou-