Rapport sur le choléra : lu à la Société impériale de médecine de Bordeaux, dans la séance du 16 juillet 1866 / par M. le Dr Chatard

Rapport sur le choléra : lu à la Société impériale de médecine de Bordeaux, dans la séance du 16 juillet 1866 / par M. le Dr Chatard

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impr. de E. Crugy (Bordeaux). 1866. Choléra. 12 p. ; in-8.
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Ajouté le 01 janvier 1866
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MESSIEURS ,
Vous avez renvoyé à notre examen quatre mémoires :
1° Le mémoire de M. Seux, médecin en chef des hôpitaux de Mar-
seille : Le choléra dans les hôpitaux civils de Marseille pendant
l'épidémie de 1865 ;
2° Le Mémoire de M. Djdiot, médecin principal des hôpitaux mili-
taires, en résidence à Marseille : Le choléra à Marseille en 1865. Des
causes essentielles qui ont présidé à son développement à l'état épidé-
mique ;
3° Le mémoire de M. Willemin, ancien président de la Société de
Médecine de Strasbourg : Considérations sur le mode de propagation
du choléra et sur les mesures prophylactiques applicables à celle
maladie;
4° L'ouvrage de M. Bcrtulus, professeur de clinique médicale à
l'École de Marseille : Marseille et son intendance sanitaire, à propos
de la peste, de la fièvre jaune, du choléra.
Ce dernier travail est, sans contredit, le plus important de tous ceux
que vous avez confiés à notre examen, soit à cause de l'étude appro-
fondie à laquelle se livre l'auteur sur la peste et la fièvre jaune, soit
surtout à cause de ses aperçus sur le choléra, ses doctrines contagio-
18GG
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nistes, et sa critique toujours vive et parfois passionnée des moyens
sanitaires employés par le médecin qui a été chargé par le Gouvernement
de donner le dernier coup à l'Intendance sanitaire de Marseille, M. le
Dr Mélier. Le livre de M. Bertulus comporterait donc une analyse
détaillée des faits remarquables qu'il cite à l'appui de son opinion sur
cette trinité contagieuse du choléra, de la fièvre jaune et de la peste ;
néanmoins, comme la question ouverte par la Société impériale de Mé-
decine roule, exclusivement sur le choléra, il ne sera question, dans ce
rapport, que de la partie de l'ouvrage ayant trait à cette affection.
L'importation et la contagiosité du choléra, les quarantaines et l'In-
tendance sanitaire de Marseille, telles sont les grandes questions trai-
tées par le savant professeur.
Engendré dans une contrée où les causes hygrométriques ont beau-
coup de puissance, né à Jessore, sur les bords du Gange, le ■choléra,
dit M. Bertulus, « s'assoupissait l'hiver, se ravivait l'été aux premières
chaleurs, naviguait sur les fleuves dans lf s barques qui les sillonnaient
et dans tout l'Océan indien, dont il avait successivement visité les
nombreux archipels à bord des navires qui y trafiquaient ; enfin , sur
terre, il voyageait avec les caravanes, les convois, les armées, traver-
sant avec eux les steppes immenses du continent asiatique. Ses progrès
vers l'Europe se faisaient lentement, sans doute, mais ils étaient conti-
nus. Cet étrange fléau, dont personne parmi nous ne s'effrayait, parce
qu'il était encore loin de nos latitudes,, était comme un de ces points
noirs qui se montrent parfois à l'horizon, dont on ne se préoccupe pas
tout d'abord et qui portent néanmoins dans leurs flancs les orages et
les tempêtes.
« Les diverses races d'hommes lui étaient'indifférentes : nègres,
Indiens, Malais, Tartares, Juifs, sujets européens , etc., étaient traités
par lui avec la même rigueur. Il pénétrait partout, dans les palais
comme dans les échoppes. »
Après avoir ainsi esquissé à grands traits la physionomie du terrible
fléau, M. Bertulus aborde la question de la contagion, et' montre, à
l'aide d'un grand nombre de faits et de citations empruntées .à diffé-
rents auteurs, qu'elle existe bien réellement.
Un des faits les plus concluants, à son avis, est le suivant :
En 1834, la frégate de 60 canons la Melpomène, se trouvant en sta-
tion devant Lisbonne, reçut sur son bord le choléra, que l'expédition
de don Pedro avait transporté de France à Porto. Le commandant
s'empressa d'appareiller pour Toulon; mais le changement d'atmo-
sphère n'arrêta pas le choléra; il continua à sévir, et frappa tant de
monde à bord, qu'à son arrivée à Toulon, ce fut à peine si la Melpomène
eut assez de bras valides pour manoeuvrer jusqu'au mouillage. « Il
fallut débarquer l'équipage au Lazaret, où on le divisa en trois catégo-
ries : malades, convalescents et sujets valides. Là, un garde sanitaire ,
des forçats et leurs gardes, venus de Toulon où le choléra ne se montra
que l'année suivante au mois de juin, furent frappés par le fléau sans
avoir jamais mis les pieds sur la Melpomène. »
« Est-ce qu'avec un fait de ce genre, ajoute l'auteur, l'opinion des
médecins sur la nature.et le mode de propagation du choléra asiatique
n'aurait pas dû être définitivement fixée? Oui, sans doute, il n'y avait
pas à hésiter; mais l'école de Chervin et de M. Aubert-Roche était
alors sous les armes, décidée à ne rien voir, à ne rien entendre, à p'as-
ser l'éponge sur l'histoire de la peste, de la fièvre jaune et du choléra. »
Vous le voyez, Messieurs, le médecin, l'ancien membre de la vieille
Intendance sanitaire de Marseille, est un contagioniste de la veille, ne
comprenant pas, ne pouvant pas comprendre qu'en l'an de grâce 1865
il se trouve encore des médecins assez ignorants ou d'assez mauvaise
foi pour nier l'importation du choléra et sa nature contagieuse.
Eh bien! est-il vrai que le choléra soit contagieux? Je ne me dissi-
mule pas, Messieurs, que la question que j'aborde en ce moment est
considérable ; aussi, en même temps que votre indulgence, je réclame
nn peu d'attention pour les développements dans lesquels je suis obligé
d'entrer.
Il est évident, Messieurs, que personne, aujourd'hui, n'admet la
transmission du choléra par le simple contact de la peau des individus
malades; il.est évident aussi que, si l'on veut conserver au mot conta-
gion son sens précis, consacré par le temps et par l'usage, le choléra
n'est pas contagieux. Ceux donc qui prétendent que le choléra est con-
tagieux, et je suis du nombre, veulent dire que le choléra est transmis-
sible, mais à la manière des affections miasmatiques. Notre honorable
collègue M. Boisseuil a parfaitement expliqué ce mode de transmis-
sion devant le Congrès, quand il a dit : « Pour les maladies non viru-
lentes , et le choléra en particulier, la contagion doit être comprise
ainsi : absorption des miasmes dégagés par le cholérique à l'aide des
voies respiratoires. »
L'opinion qui regarde le choléra comme contagieux repose aujour-
d'hui sur une multitude de faits, et rattache à elle, on peut l'affirmer,
la généralité des médecins.
Ainsi, outre le cas si curieux de la Melpomène que je vous citais tout
à l'heure d'après M. Bertulus , outre le fait de VAlexandre invoqué au
sein du Congrès de Bordeaux par nos honorables confrères, MM. Bois-
seuil et Jeannel, ainsi que les faits, rapportés par M. le Dr Brochard,
de choléra communiqué par le nourrisson à sa nourrice, je pourrais pro-
duire encore les observations très-curieuses de M. Benoît consignées
dans la Gazette hebdomadaire, 1865, p. 709, et la thèse de notre
excellent confrère M. le Dr. Joyeau; mais je craindrais de lasser votre
patience; je me contenterai donc d'établir les propositions suivantes qui
suffisent largement, à mon sens, à établir la transmissibilité du choléra
et sa nature contagieuse.
1° Le développement très-considérable des cas de choléra à l'intérieur
des hôpitaux.
En 1853-1854, pour 4,746 cas de l'extérieur, dans les hôpitaux de
Paris, on compte 2,006 cas de l'intérieur, soit 42 p. 100 du chiffre total
des hôpitaux.
En 1849, toujours pour les hôpitaux de Paris, sur 9,754 cholériques,
on trouve 2,402 cas intérieurs, c'est-à-dire 33 p. 100.
Qui oserait dire, en présence de ces chiffres, que les admissions du
dehors ont été sans influence sur le développement du choléra à l'inté-
rieur des services? Qui oserait soutenir qu'à l'Hôtel-Dieu, par exemple,
qui reçut 15 cholériques sur 35, du, 11 au 22 novembre 1853, et qui
compta, entre ces deux époques, 16 cas intérieurs; qui oserait soutenir,
dis-je, que les cas extérieurs furent sans influence sur le développement
de ces derniers 1 N'est-il pas avéré, en effet, que le choléra ne s'est dé-
veloppé à l'intérieur que plusieurs jours après l'entrée des cholériques
du dehors? que ces derniers provenaient des quartiers les plus diffé-
rents , et que la population des arrondissements voisins était la moins
atteinte ?
2° L'importation du choléra à Constantinople en 1865.
Il est manifeste, et le gouvernement ottoman le reconnaît, que le
choléra a été importé à Constantinople par un vapeur de la marine
militaire, venant d'Alexandrie, dont le commandant trompa l'Inten-
dance sanitaire sur l'état réel de la santé de son équipage, et qui laissa
débarquer ses hommes atteints déjà des prodromes du fléau contracté
en Egypte. [Gaz. hebd., n° 39.)
3° Enfin la marche de la maladie de la Mecque à Alexandrie.
Le choléra a commencé en Orient avant de paraître en Occident.
C'est à la Mecque qu'il s'est développé à l'occasion du pèlerinage de
1865. Je ne rechercherai pas s'il y a été importé par les pèlerins indous
ou s'il s'y est déclaré de toutes pièces : les deux opinions ont été émises
et peuvent parfaitement être soutenues. Il est même probable que le
choléra a été importé à la Mecque et qu'il s'y est en même temps dé-
veloppé de toutes pièces, sous l'influence de la chaleur, de l'encom-
brement, des immondices de tous genres, etc.
Quoi qu'il en soit, le choléra fit à la Mecque une multitude de victi-
mes, et les pèlerins plus ou moins infectés, dit M. Aubert-Roche dans
son rapport, gagnèrent, les uns le nord de l'Arabie ou les ports du
golfe Persique, et les autres Djedda, où ils s'embarquèrent pour Suez.
D'après une correspondance de Raoul du Bisson [Gaz. hebd., n° 39,
1865), il y aurait eu à Djedda 20,000 cadavres, et à Souakim, ville ma-
ritime de la Nubie, située presque vis-à-vis de Djedda, sur la rive
africaine du golfe Arabique , bien davantage encore.