Voyage VII
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Français
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Voyage VII Tancrède Bouglé Mai 2013, dans un avion vers l'Irlande La solitude des aéroports la nuit, couloirs peu éclairés après le rush, sandwich engouffrés, mastication. Le soir une étrange atmosphère s'engouffre doucement dans les aéroports de chaque côté des océans.

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Publié le 15 juin 2013
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Langue Français
Voyage VII Tancrède Bouglé
Mai 2013, dans un avion vers l'Irlande La solitude des aéroports la nuit, couloirs peu éclairés après le rush, sandwich engouffrés, mastication.Le soir une étrange atmosphère s'engouffre doucement dans les aéroports de chaque côté des océans. Dans ces impénétrables forteresses les gens sont pressés, passant d'une salle à l'autre, d'un pays à l'autre, d'une vie à l'autre. Dans le quotidien on oublie souvent à quel point un aéroport est magique. Dans les romans de fantasy, dans les films de science-fiction on voit ces portails qui permettent aux magiciens et aux éclairés de passer de monde en monde en un clin d’œil, passage fantastique vers de nouvelles aventures. Sur son canapé ou son fauteuil de cinéma, une place à 13€ dans une main, on se prend à rêver. Ah, si tout cela était possible chez nous, quel bonheur ce serait. Sur un fauteuil inconfortable, j'attends l'embarquement, un sac sous les jambes et un bouquin dans les mains. Les intrigues lentes de la bourgeoisie new-yorkaise des années 20 suit parfaitement le rythme affaibli qui s'est emparé du lieu. Plus de vacarme de valises et d'appels urgents à embarquer au milieu de voyageurs affolés, courant tant bien que mal, tentant d'aller le plus vite possible sans paraître trop suspect mais nerveux, quelle catastrophe de louper un avion.
Non, tout cela a disparu. Quelques chuchotements, un couple qui dort sur un siège, il a sa tête sur son épaule, elle regarde son téléphone en souriant, une hôtesse arrive à l'embarquement en mastiquant un sandwich, vérification du billet, je passe la porte et vais m'asseoir.
Montée de l'escalier alors que la nuit tombe et l'avion décolle, dévoilant la ligne orange flamboyante de l'horizon. Un livre à la main on se prend à rêver, et si je prenais un autre avion, une autre destinée, voyager dans le temps peut être, devenir prêtre, missionnaire ou conquérant, nouveaux rivages et nouvelles planètes au détour d'un atterrissage, nouvelles senteurs qui arrivent quand la porte s'ouvre et que l'escalier s'approche. Un soleil radieux et une odeur de fleur peut-être, à moins que ce ne soit un vent un peu aigre et une odeur d'essence. Qu'importe, les opportunités sont là et seul le voyage compte, à la recherche d'anciens clichés, en revivre de nouveaux. Baron du pétrole hier, startup kid aujourd'hui, demain qui sait?
Toutes les idées sont là, toutes les images disponibles et toutes les histoires ont déjà été racontées un millier de fois. Nous ne pouvons pas innover, ce n'est pas possible, pas après 15,000 ans d'histoire humaine. Même si 10,000 ans sont et resteront inconnus, ils restent dans notre mémoire collective, souvenirs de feu à travers les plaines, de montagne s'écroulant en avalanche, de tempête et d'orage, de festins et de deuil. Tout a déjà été dit. Aussi parfois, il est tout aussi bien de chercher l'histoire la plus appropriée et de s'y faire sa place, de la prendre pour soi. Habiter un cliché pour repartir de plus belle au lieu de chercher l'originalité pure.
Les possibilités sont là, revisiter les vieux contes, prendre une ancienne chanson sur un nouvel air, une danse d'un temps d'avant la mémoire des hommes remise dans notre époque pour une nouvelle signification.
Mais déjà l'avion atterrit, je récupère mon sac et pose le pied sur une autre terre.