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Réflexions morales et politiques, dédiées au peuple français, par un Français, l'un des amis de sa patrie

52 pages
Impr. de Lebégue (Paris). 1818. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °.
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RÉFLEXIONS
MORALES ET POLITIQUES,
REFLEXIONS
MORALES ET POLITIQUES,
DÉDIÉES
AU PEUPLÉ FRANÇAIS ;
PAR UN FRANÇAIS, L'UN DES AMIS
DE SA PATRIE.
A PARIS,
DE L'IMPRIMERIE DE LEBÉGUE.
1818,
REFLEXIONS
MORALES ET POLITIQUES,
DÉDIÉES
AU PEUPLE FRANÇAIS.
SANS m'occuper des causes de notre déca-
dence; sans aller au principe qui electrisa si
fort les esprits français, qu'un oubli éternel
en dérobe, et pour toujours, le moindre sou-
tenir à notre mémoire ; sans parler ni de notre
élévation., ni de la dernière chute qui prolon-
gea l'agonie de notre servitude, l'état actuel de
notre patrie ne doit point de telles réflexions
au génie français : je me borne à parler du
juste réparateur de tant de maux , et je dis :
AVERTISSEMENT.
j'ai cru devoir joindre a ce raisonnement, et
à la tête d'unpost-scriptum dans lequel je parle
( 2)
des contestations qui ont ou peuvent avoir
lieu entre les défenseurs du peuple, quel-
ques chapitres d'un petit écrit que j'avais des-
tiné à la presse. Il eût dû être imprimé à l'en-
trée du Roi danssa capitale; c'était l'intention
de l'auteur : mais la terreur, qui succéda aux
calamités publiques, lui enleva l'espoir de
ses douces espérances ; il lui fut impossible,
malgré ses justes intentions, de mettre sous les
yeux des Français, l'aimable tableau de la
famille de Saint-Louis. Que les Français, mes
frères de nation, me pardonnent, si, par amour
pour ma patrie, je sors quelquefois de mon
caractère. Dans le temps où j'ai tracé mes
premières idées , une nouvelle secousse avait
chassé notre Roi, nos Princes et notre Prin-
cesse : nous les attendions; mais cette attente
était pour nous une peine cruelle. Si je parle
dans cet écrit du grand devoir des bons pa-
triotes, car il n'y a que ceux qui ont le cou-
rage de sacrifier au bien public leurs propres
intérêts, qui soient dignes de porter ce grand
nom; je n'ai pas oublié, non plus, d'y ex-
primer les sentimens d'amour que nous de-
vons avoir les uns pour les autres; nous sommes
tous faits pour nous aimer: il n'y a que notre
union qui puisse réparer le tort que notre
(3)
désunion vient de nous faire Sacrifions donc
tous ; et pour que les feux de nos sacrifices vivi-
fient le monde moral, montrons à l'univers,
par des fêtes civiques, que c'est de coeur que
nous avons soumis au tribunal de la raison
toutes les prétentions qui pourraient ne pas
s'accorder avec les grands devoirs de l'homme
AVANT-PROPOS,
Les gouvernemens constitutionnels sont les
plus justes et les plus agréables ; c'est à eux
que les peuples ont toujours dû leur félicité.
Les Français doivent se réunir d'intention et
d'effort pour soutenir la constitution actuelle,
Soit parce qu'elle est la seule qui convienne à
un peuple qui veut être grand; soit parce qu'elle
est fondée sur les lois sacrées de la nature, et
qu'elle est la meilleure. Je ferai voir qu'il n'est
rien de plus juste que le droit des Bourbons
au trône de France, et que l'heureux retour de
Louis XVIII dans notre patrie , est pour nous
le plus grand des bonheurs; que notre Roi n'est
Venu en France dans aucune vue contraire
aux intérêts de son peuple, mais qu'il a reçu
la couronne comme une juste succession
de ses ancêtres. Je parlerai des qualités per-
(4)
sonnelles de ce grand Prince ; je prouverai
qu'il est digne du rang suprême où il exerce
sa justice. Je n'oublierai point de faire con-
naître, à mes concitoyens, les intentions pa-
triotiques des vénérables membres qui pré-
sident au conseil de la nation, ainsi que les
Tares vertus de la fille de Louis XVI, les
sublimes sentimens de nos Princes, les dé-
marches humaines et modérées des héros
pacificateurs, et le grand amour national
dans lequel toutes nos inclinations doivent
être épurées.
PARAGRAPHE PREMIER.
JE soutiens qu'il est de l'intérêt d'un grand
peuple d'être gouverné par un seul : il est
absolument nécessaire que les hommes
réunis en société, sous un gouvernement
quelconque, connaissent la volonté de ceux
qui leur commandent, afin qu'ils puissent
la suivre et lui porter leurs respects: or, il est
bien plus facile d'étudier et de connaître la
volonté d'un seul, que de pénétrer dans l'es-
prit d'un certain nombre d'hommes, le plus
souvent divisés d'intérêt et d'opinion ( ce
n'est point pour fournir un appui au gou-
(5)
vernemont qui travaille à notre gloire, il fut
trop faible , que je me suis permis cette courte
dissertation, le génie conciliateur du Souve-
rain qui fait sans cesse de nouveaux- efforts
pour la rendre plus brillante, en sera tout à
la fois et l'ornement, et la marque éclatante
de sa durée ). Pour bien connaître la diffé-
rence des gouvernemens dont nous allons
parler, que nous pouvons appeler, les uns,
les gouvernemens de paix, et les autres, les
gouvernemens de trouble, nous n'avons qu'à
comparer les biens et les maux qui en ré-
sultent; et nous verrons alors, si nous sommes
de bonne foi, combien les gouvernemens de
l'ordre sont préférables aux prétendus gou-
vernemens de la nature. Formons d'abord
une hypotèse, et raisonnons dans chacune
des circonstances qui les caraclérissent. Ou
les chefs des républiques , et les monarques
constitutionnels, sont tous des hommes justes,
éclairés et dignes, par conséquent, de l'a-
mour des peuples , pour lesquels ils tra-
vaillent. Ou ils sont au contraire incapables
d'opérer aucune espèce de bien ; sous quelque
rapport qu'on veuille les envisager, l'on sera
toujours forcé de donner la préférence au
gouvernement d'un seul. Personne ne doute
( 6 )
que les gouverneurs des états républicains,
ne puissent faire quelque bien, quand ils
dirigent leur marche vers la route de la
justice : mais que de maux ne voit - on
pas sortir de si peu de bien, que des' chefs
subordonnés négligent aujourd'hui, par rap-
port à l'impossibilité où ils se trouvent de
pouvoir le faire demain, pour penser h leurs
propres intérêts. Le choix, le renouvellement,
le temps limité qui circonscrit leur pouvoir,
le désir de s'enrichir, l'occasion propice de
l'exaucer, la crainte de voir disparaître, et
sans effet, de si douces espérance.-;; tout
semble s'opposer aux voeux des républicains;
l'auguste droit de renouveller les élus , cette
aimable fiction, dans laquelle les partisans de
l'aligarchie mellent toutes leurs espérances,
et qui semblerait, en quelque sorte, flatter
leur intention, ne sert qu'à accélérer l'am-
bidon de ceux sur la tête desquels repose le
salut de la patrie. Il n'est point d'ailleurs de
gouvernement dont les chefs soient inamo-
vibles: quelle que soit la puissance des maîtres
de la terre, toutes les fois qu'ils oublient
qu'ils sont les pères de leurs peuples, leur
pouvoir est toujours limité. Les bornes de sa.
distance étant placées par les mains de l'Eter-
( 7 )
nel, le temps de la prospérité, et les jours de
sa ruine sont nécessairement comptés par des
exemples d'équité, ou par desactes d'injustice;
alors, les victimes du mépris du devoir, étant
outragées dans leurs droits, les Souverains se
trouvent menacés dans l'amour de leur sujets,
et par conséquent dans le plus grand de tout
leur bonheur. Il est incontestablement dé-
montré, par l'expérience de tous les âges, que,
lorsque le despotisme n'a point de terme, la pa-
tience du peuple en a un. Nous savons qu'il est
ordonné, par les lois de l'équité , à tous ceux
qui tiennent la balance de la justice , de mettre
une exacte distinction parmi les hommes qui
diffèrent entre eux par la vertu , les talens et le
courage ; ce qui est ordinairement exécuté dans
une juste monarchie. C'est sous cette douce
administration que celui qui a plus de mérite,
obtient plus de faveur ; et si ce devoir est quel»
quefois transgressé, c'est à l'inexactitude des
premiers dignitaires de l'état à le faire ob-
server, qu'il faut l'attribuer, plutôt qu'à la
mauvaise foi du Souverain. Dans une puis
sance dont le pouvoir est partagé, les chefs se
reposant les uns sur les autres , négligent né-
cessairement beaucoup d'affaires : au milieu
des mouvemeus tumultueux par lesquels ils
(8)
sont agités, les intérêts se trouvent toujours
divisés : c'est souvent pour de l'or et pour
des honneurs qu'ils exercent leurs augustes
charges. Un Roi, au contraire, fait tous ses
efforts pour ne rien négliger : il sait qu'il tra-
vaille pour son propre intérêt, puisqu'il fait
consister toute sa gloire dans la félicité publi-
que. Sous un gouvernement républicain, les
sénateurs jaloux de la gloire des consuls, et
les députés de la puissance des consuls, et
de celle des sénateurs, rivalisent souvent
ensemble: la soif dévorante des richesses,
ce grand mobile des choses qui dirige
toujours les mortels, fait qu'il s'élève entre
eux des disputes que rien ne peut empêcher,
et ces querelles sont toujours funestes au bon-
heur commun, ce qui ne saurait avoir lieu
dans le gouvernement d'un seul. Les Souve-
rains n'ayant point de supérieur, ne peuvent
avoir de rivaux ; c'est toujours le même motif
qui leur prescrit les mêmes devoirs: ils ne
sauraient se tromper dans leur marche régu-
gulière; l'esprit qui les dirige est un flambeau
qui ne s'éteint jamais. Les Princes , toujours
occupés du bonheur de leurs sujets, auraient-
ils moins de savoir que les chefs d'une répu-
blique? ils leur seront toujours supérieurs à
(9)
cause des connaissances qu'ils acquièrent par
l'usage. Les gouvernemens qui nous occupent
ont encore un avantage réel, en ce qui concerne
la guerre. Il est de toute nécessité pour un peu-
ple qui est attaqué, de repousser la force par la
force; ce qui est bien plus facile sous le gou-
vernement d'un seul chef, qu'il ne le serait sous
celui de plusieurs. Quelque grands que soient
les malheurs qui menacent une république,
il faut avant tout que les hommes qui en com-
posent les premiers corps se réunissent; qu'ils
délibèrent et qu'ils statuent sur les différens
moyens qu'il y a à prendre pour la sauver :
ce qui met le plus long retard à l'exécution
des affaires les plus importantes. Je n'ai pas
besoin de parler des gouvernemens monar-
chiques qui sont parvenus à leur plus haut
degré de puissance , ni de peindre les
belles républiques de Rome et d'Athènes ,
trafiquant en secret, dans les plus beaux jours
de leur triomphe, de la liberté des citoyens;
ni de vous rappeler leurs assemblées tumul-
tueuses , leurs changemens et leurs agita-
tions. La ruine affreuse de la république
française doit être pour le monde entier un
exemple à jamais mémorable : des siècles
peuvent à peine détruire un gouvernement
( 10)
quia fait pendant huit cents ans la gloire de
son peuple, et quelques années passées dans les
malheurs ont été plus que suffisantes pour
anéantir une puissance colossale que tant de
citoyens avaient établie au prix de leur sang!
Quelle fragilité dans l'un, et quelle stabilité
dans l'autre ! c'est l'image de la durée que
des mortels, de temps en temps en révolu-
tion, s'efforcent de comparer avec la figure
du monde qui passe. Quelle scène plus ter-
rible que celle que nous avons donnée à tous
les peuples! O philosophie de nos jours!
que tu es cruelle! comme tu te plais à nous
ravir notre bonheur ! c'est donc par tes couvres
que ta brillante patrie devait être donnée
en spectacle à l'univers? A tes cris , l'empire
de la raison perd toute sa force ; les ténèbres
du cahos s'emparent des régions de la lu-
mière : la déesse de l'impiété est proclamée
partout avec triomphe; les français s'arment
contre les français : tout est couvert de mal-
heurs ; la terre est jonchée de cadavres ;
le monde est inondé de sang ; la patrie
de Saint-Louis succombe; et, par son épou-
vantable écroulement, elle vit enlever à un
peuple lamentant, le plus doux , le plus,
juste et le meilleur de tous les monarques;
quelle douleur pour la France !
( 11 )
PARAGRAPHE II.
IL n'y a rien de plus juste que les droits
de Louis XVIII au trône de France : digne
héritier du grands domaine de ses pères, il
n'avait besoin que d'en devenir le possesseur.
La puissance que Bonaparte disait avoir ob-
tenue du peuple Français, n'a jamais été
regardée que comme une puissance illégitime,
Le titre auguste dont il se servait pour ma-
nifester son pouvojr suprême, fut toujours,
désavoué par les Français qui sont toujours,
restés fidèles à leur légitime Souverain. Le
seul caractère de ce grand contrat, dont
l'existence émanait, dit-on, de l'aveu gé-
néral de tout un peuple, était celui de sa
ruine la plus inévitable. Quoi de plus sin-
gulier que de prétendre avoir des droits au
trône de France, parce que quelques créar
tures gorgées aux dépens de la nation, l'auront
déclaré souverain ? Que n'a-t-il pas fait pour
s'emparer de tous les esprits, des uns par
de l'or , et des autres par la force ? Les lois
cruelles qu'il avait inventées pour terroriser
les coeurs, ne purent jamais ébranler les
vrais défenseurs de la justice. Au sein de
( 12)
l'anarchie où plusieurs peuples se trouvaient
alors, les Français conservèrent pour la fa-
mille des Bourbons un amour inviolable.
C'est avec les yeux de la raison que l'on a
toujours regardé comme le plus grand ennemi
de l'humanité, l'usurpateur de notre puis-
sance. Ses exploits , soi-disans héroïques,
peuvent en avoir imposé aux âmes éprises
de vaine gloire, et aux esprits incapables
de voir ; ce qui arrive pour l'ordinaire
dans les grands événemens , surtout lors-
que l'enthousiasme, ce messager fidèle de
toutes les passions , confond la bravoure
avec le courage, le courage avec l'héroïsme,
et l'héroïsme avec le hasard. Vous tous
qui pourriez avoir courbé vos têtes de-
vant l'injustice, empressez-vous de prêter
l'oreille aux lois admirables que votre juste
Souverain vient de vous donner ; efforcez-
vous, dis-je, de distraire vos regards du
sceptre menaçant que tenait en ses mains la
puissance de Bonaparte; fixez vos regards sur
les plages arides qui sont encore près de vous ;
habitez en esprit ces contrées toujours téné-
breuses; nourrissez-vous, pendant quelques
instans, de leurs fruits amers; regardez ,
goûtez et comparez: ce n'est que par ce moyen
(13)
que vous pourrez connaître les grandes dif-
férences, si vousaimezà les distinguer. Quel
est cet homme, s'il m'est permis d'interroger
ma patrie, qui a appelé l'Europe une seconde
fois sur là France déjà réconciliée ! quel est
ce mortel ennemi qui flétrit cette antique guir-
lande de chêne toujours verte ( je me trompe,
la gloire de nos armées est toute pour nos
braves-guerriers), dont les anciens Francs
ceignaient leurs tètes imposantes , lors-
qu'ils arrivaient vainqueurs, après avoir
triomphé dans les combats; je le demande à
celui qui a toujours resté fidèle à la voix de
la raison? N'est-ce pas ce grand conquérant
que les ennemis de la paix ont fait ressusciter
plusieurs fois, qu'ils ont armé pour épou-
vanter les faibles, et fait voyager à la tête
d'une armée victorieuse pour marcher une
troisième fois à la conquête du monde? Quels
outrages ne fait-on pas à la raison ! tantaliser
ainsi, c'est lé moyen d'obtenir des réalités,
tout ce qui peut s'opposer au bonheur de la
vie.
PARAGRAPHE III.
FRANÇAIS, réunissons-nous; que les pre-
( 14 )
mières lois protectrices de notre royaume
soient maintenues au prix de notre sang.
Un peuple, quel qu'il soit, doit faire tous
ses efforts pour conserver une constitution
qui n'a pour but que la prospérité nationale :
or , la Charte Royale que la sagesse de
Louis XVIII vient de donner à la France,
n'a été créée que pour ce grand et, auguste
motif.. . Le contrat immortel qui vient
d'être passé entre son peuple et Marc-Aurèle,
est le plus beau monument qu'aucun Mo-
narque ait jamais élevé à la liberté des hommes:
sa cause, ainsi que sa fin , tout est fondé sur
le principe des lois éternelles ; elle est toute ,
de tous et à tous : c'est pour un peuple ,
pour les talens et pour la vertu, qu'elle a
été faite. Que le Français, qui a enrichi de
ses mains habiles et laborieuses le patri-
moine de ses pères, soit tranquille ; la cons-
titution , qui doit le défendre et le faire
respecter, lui garantit à jamais les droits que
l'équité naturelle lui accorde. Que celui qui
se distinguera par ses vertus et par ses lu-
mières, jouisse d'avance du fruit de ses tra-
vaux ; il possédera un jour les justes récom-
penses que la justice lui réserve. Que l'homme
malheureux , du ceux qui, par l'obscurité
de leur état, ou la médiocrité de leur
fortune se trouvent perdus dans la foule, se
consolent, les lois distributives qui les rap-
prochent de leur Souverain, assurent à leur
intéressante position les secours que la vraie
charité donne à tous les hommes. Ce n'est
pas une seule classe de la société qui tirera
une habituelle assistance de cette immortelle
constitution; ce seront encore tous les sujets
qui auront à se plaindre des abus du pouvoir,
des injustices des hommes et des divers évene-
mens de leur destinée ; ce seront tous ceux
enfin qui, vivant sous la douceur de ce gou-
vernement paternel, imploreront la justice et
la clémence de leur prince. Elle est sans douté
la meilleure, puisqu'elle se lie essentiellement
au bonheur des hommes, et qu'elle n'en ex-
cepte aucun. Il ne s'agit actuellement que de
nous tous réunir et de vivre en paix pour la
défendre. Quoi de plus juste, que d'obéir à
l'autorité légitime qui nous gouverne ? Si notre
Roi reçoit sa puissance des lois que les pre-
miers corps de la nation lui soumettent, n'est-
ce pas à nous, sujets de ce même Prince, à
recevoir de ces mêmes lois, les ordres sacrés
qui nous assujettissent à son obéissance?Tout
est reciproque dans ces justes commandemens
( 16)
si le monarque se soumet à la loi, les sujets,
doivent obéir à la loi et au monarque. Ah !
que l'obéissance des rois et des peuples est ad-
mirable! Quel divin accord ne résulte- t- il
pas d'un si beau mélange? Réfléchissons donc
sur les divers événemens qui pourraient de-
venir la suite fatale de l'anéantissement d'une
si belle constitution. Que deviendrait cette fa-]
mille nombreuse, si, en perdant son Roi, son
sol servait encore de théâtre à de nouvelles
guerres; cette dernière chute, en effaçant
toutes les beautés de notre gloire, réjouirait
peut-être l'univers? Que les Français surveil-
lent les Français; que tous les citoyens, jaloux
de leur bonheur, prennent chacun sur soi la
défense de leur patrie; que les ennemis com-
muns de la nation, s'il s'en trouve encore dans
la France, se rappellent de leur sacré devoir;
que leur amour pour, leur patrie les arment
tous pour elle ; notre union seule peut faire
trembler tous nos ennemis.
PARAGRAPHE IV,
LES autres qualités du Roi qui nous gou-
verne , ne sont pas moins grandes que sa
justice et sa clémence : nul homme sans
(17)
doute, ne doit contester sur le prix de la pru-
dence', de la justice , de la force et de la
tempérance : ces quatre vertus sont absolu-
ment nécessaires, non-seulement par elles-
mêmes ; mais si nous les considérons par
leur nature, et dans leur exercice, nous
verrons que, lorsqu'on les met en pratique,
elles procurent aux hommes les plus grands
biens : or, si jamais quelque Prince, par
rapport à la pratique des vertus morales j
eut de grands droits à l'estime publique,
l'Europe peut nous assurer que le frère de
Louis XVI peut y prétendre aussi bien qu'au-
cun autre Monarque. Pour nous convaincre
de son attention scrupuleuse à remplir ses
devoirs de Roi, il faut se rappeler les temps
malheureux où il est monté sur le trône :
là France dévastée, et toute en convulsion,
était dans le plus grand désordre : point
de trésor public ; l'usurpateur l'avait fait dis-
paraître : point de crédit; la mauvaise foi
que le règne de persécution avait fait naître
dans tous les coeurs , le prélude d'une guerre
la plus cruelle que les empressés serviteurs
des temps s'efforçaient de préparer encore à
la France ; l'égoïsme que les partisans de
l'injustice proclamaient et entretenaient par
( 18)
le désir immodéré des richesses; la propa-
gande qui ne cessait de répandre au milieu
de nous les principes préconisés de la terreur;
tous ces fléaux multipliés à chaque instant
par toutes sortes de maux que l'on voyait s'ac-
croître, servaient déjà d'aliment aux êtres
raisonnables : notre patrie n'était qu'un ca-
davre ulcéré que le plus habile médecin
ne pouvait soigner qu'avec beaucoup de
peine. Ce ne fut aussi qu'après avoir mû-
rement réfléchi sur notre terrible position,
par tous les moyens que peut suggérer une
scrupuleuse inquiétude, que Louis XVIII
crut devoir prendre sous sa protection la
France déjà ruinée: ce Prince dont, l'Europe
voit la puissance s'accroître, n'ignora jamais
que, dans des circonstances, aussi périlleuses
que celles où il se trouvait, il fallait être juste,
clément et courageux. Au milieu de l'océan
tumultueux où la Providence l'a placé, quoi-
que bien souvent il soit obligé d'agir contre
ses sentimens et son caractère, rien n'a pu
lui faire abandonner la marche que la jus-
lice lui a tracée: ni les menaces, ni la calom-
nie, ni les trahisons, rien n'a pu porter son
ame au désir de la vengeance; c'est un Bour-
bon français ! Quelle douleur pour un