Réflexions sur le divorce ([Reprod.]) / par Mme Necker

Réflexions sur le divorce ([Reprod.]) / par Mme Necker

-

Documents
96 pages

Description

chez Desenne (Paris). 1794. Divorce -- Droit -- France -- Ouvrages avant 1800. 2 microfiches ; 105*148 mm.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 01 janvier 1794
Nombre de lectures 12
Langue Français
Signaler un problème

THE FRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLLECTION
LES ARCHIVES DE LA*
REVOLUTION FRANC AISÇ
MAXWELL
Headington Hill Hall, Oxford 0X3 OBW, l K
t E
?
$> A* ̃ ̃̃̃̃
N E C K P R;
c
( P.* F. AUrJN. rue Neuve des Pçtttw
a
A a
/EVE1VTJ S S EMKNT
13 E M. K.ICCKKft.
r
j\ 1 d a m f. ISIXKKR se proposoit do
rooir sur Jo l>i\pree,
et d'y ajouter «le nouvelles idées, lorsque
les progrès d'une longue maladie oui ef-
foll)li ses forces. Je ne Mis si jamais elle
JYul fait poroîlrc, lont clic a>oil d'iodif-
fennec pour les 8pplnudissemens qu'on
décerne aux lolens de l'espril. Je pou vois
seul Yy déterminer, et je l 'ou rois fait aisé-
ment en lui représentant qu'un ouvrage
rempli des plus beaux scntitucns de mo-
rale et de piété seroit utile aux hommes,
Je le connc donc i l'impression sans au-
cun scrupule. La pureté du style y riva*
lise, en quelque manière, avec la pureté
'(A).
des prnsêYs et, les amis de
l'Auteur, les amis d'une femmes! rare et
si digne de leurs regrets conserveront
«vec un tendre respect, ce souvenir de
,son passage sur h terre, et la dernière
empreinte d'une amc toute cclcslc.
A3
R É F L E XIONS
Y ̃
SUR
i.jî i) i v o n c iî.
ON vicnt donc de la publier celle loi
dangereuse qui autorise cl favorise le di-
vorce ce nVloil pas assez- des divisions
eltachécs à l'esprit de parti il falloil en-
core disjoindre les époux isoler les cnfans,
el combattre toutes les affections naturi-llcs;
c'cst cependant leur réunion qui fornio la
Patrie et qui la protège ce sont les ra-
meaux d'un arbre sacre, qu'on ne peut m
séparer- successivement sans Jaisser sa ligo
champ et déshonorée.
Qu'il me soit permis de plaider la cause
de l'indissoluhilité du mariage. Jo sais
(le )
quelle défaveur est fltfachcc cette opinion;
jr sais que le langage du sentiment s'affoi-
Mil ct plie en présence, des passions j mais
malgré ces obstacle* je m'abandonne A l'im-
pubien d'une amc tendre inaccessible
jusqu'il présent a nos secousses morales,
cl qui voudreil faire désirer et goûter le
Çenre de bonheur dont clic jouit pour en
jouir davantage encore.
'J'oute loi nouvelle suppose quelque*
nouvelles observations propres perfec-
tionner l'ordre ou particulier il est
donc ci présumer qu'en permettant Je di-
vorce, on a cru améliorer l'institution du
mariage par lous les genres d'intiucnco
qu'elle peut avoir sur le^bonlicur des époux,
ptis indïuducllfin.ent dans leur jeunesse
et dans leur vieillesse sur celui de leurs
enfans et enfin sur le maintien des mœurs.
Ces divers points do vue formeront la divi-
$ion naturelle des objections que j'entre-
prends de présenter contre le divorce je
(7)
Al
livre ce projet, sans rougir, à toute la déVi-
s!on de nos philosophes car l'on sait qu'ils
voudroient nous faire abandonner cinq
mille ans de douccs habitudes pour in-'
tnxfuire dans l'espôee humaine dans, sa
nature intime moralc et sensible des
nouveautés bisarres ou funestes; et ils rap-
pellent ce médecin impromptu de Molitre
qui disoit,en dénigrement des analoniistes
IVous autres modernes, nous avons changé
tout l'ordre du corps humain qui n'vloit
bon que pour nos ancêtres nous ne pla-
cons plus Je coeur du mé"ine côte qu'eux.
( 8)
I' J\ t. M l" T. IV 1ÎVT DU MaMAGF.
tiotiïicur inditîducLdcs Epoux dans la
jeunesse.
XJ 1 1S U prépara pour l'homme eu le
créant, ,tous les biens dont sa nature {,toit
êusccptihlc il i'cnriiliit de toulcs lis facul-
tés propres â l'en faire jouir; il doubla
in£mo la félicite de cet tire de choix en
le do,tianl du pouvoir .d'aimer, et en lui
formant ainsi dans une seule aine, plu-
sieurs centres d'ixistence. Mais les senti-
mens qui nous transportent dans autrui
et qui varienl nos jouissances par cet
heureux échange, perdent une partie de
!tur charme, de leur -énergie et de leur
influence quand on les répond au hasard
sur un grand nombre d'objets leur luis-
(9)
«ancft comme celle des rayons du soleil
se développe qu'en les rassemblant dans
un mc'mc foyer. Le mariage réunit nos af-
frétions éparsos fi\ met doux ci) con-
munjidle 'yt la différence des sexes
et des' facultés 'cinpfche que ces deux nmcS
ne soient jamais rivales les hommes ni-
incnl la gloire, les femmes en montrent la
route et déeidcut les succi's ce sont les
colombes «jui conduisirent Knéc
ù l'arbre du ritrneaii d'or^ Ctllc diversité
de miens et de j:oûts et ccttc ressemblance
tîft nature et c'e sentiment commencent
riiarmonic enlix? les épouv, et Ibabilude
la pei-feclionnc ensuite car le premier al-
(le la jeunesse n'est qu'un premier
lien, qui soutient deufc plantes nouvelle-
mont rapprochées, jusque ce qu'ayant pris
racine l'une sa côté de l'autre tlles ne vi-
vent plus que de la itifme substance ainsi,
et sans autre exception que celle du vice
en ses honteux écarts, des époux, piis.do
Oo)
'la m* me classe pour que Jcur éducation
«oit pareille', Irouvent dans leur nature»
tl.ns leurs penchons et dans leur réflexion,
des moyens d'être ensemble plus heureux
plus icrtucùx et plus utiles qu'ils ne l'au-
roidit il,: dans le célibat -ou par un (lien-
{;' mont de lidn. et si le Créateur dont
toutes 1rs volontés se ivanifeslenl par des
oft(S réels, ne nous avoit pas donne une
nature flexible, qui otéit à l'habitude et-
des réflexions répétées il auroil désigné
do-quc-hjuc manière visib!c les personnes
destinées irrévocablement l'une à. l'autre;
c'est en se confurmant ce principe,
qu'il il cité les animaux, dont les espèces
ne se confondent jamais. Ne leur assimi-
•h-iis donc point la nature humaine, puis-
que les oppositions de caractère ne sont
pas invincibles comme les résistances de
l'instinct onimal. La concorde dans le ma-
rii^i' peut résulter, presque généralement
de l'empire dos hommes sur eux-mêmes,
( Il )
et de l'empire de l'habitude sur. les hom-
mes et non -seulement (les qualités di-
verses, comme pous l'avoué dit, contri-
buent serrer fprtc'menl les nœuds/du
iii.iiiu^c mais les défauts nn'iue bîén mi$
en eeuvre, si l'on peut s'exprimer ainsi,
servent quelquefois au bonheur îles éjx>ux:
J'c-spril el la bêtise forment souvent le pro-
tuctfiir et le protégé et l'on peut dire dans
Je sclls propre (ont scit en ainsi
qu'un homme d'esprit l'observoit figurati-
"vement de César qui lira parti d'un mau-
vais augure pour le courage de
ses soldats. Tout son donc en ménage,
iiièino les imiierfi.-clions ci les (léfauls les
v.ie.s déterminent une inégalité nécessaire
djns intérieun. les autres
prètenfvà l'adresse un moyen d'insinuer,
de plaire, et quelquefois de conduire c'est
l'anse qui permet (le manier un v&.c dont
la parfaite rondeur cul échappé de nos
moins.
( iV)
Les tiens du mariage ne sont pas lea
«euls qui doivent être resserres par de*
soins et par l'habitude des devoirs. Que
pcnscroit-on d'un fils qui allégueroit des
répugnances, une incompatibilité de ca-
ractère, pour déterter la maison paternelle?.
L 'enfant' feroit drCofceavcc la iislure, cent-'
me l'époux avec ses scrmcns.
moral a tic créé perfectible pour qu'il fut
généi-iilenienl sociable j comme l'homme
plrysiquè a été créé industrieux pour qu'il
put habiter tous les climals.
Ces observations, jetées au hasard, dc-
tnontrcnt peul-£lre que la permission du
divorce est au moins inutile', puisque l'Iift-
biludç et la reflexion suffisent pour rap-,
protlier .des caractères opposes je !\Ion-
trerai encore, que cette permission sltcre
et fait disparoître môme tous les bien*
qu'on attend du mariage; mais je' veux
auparavant "répondre à l'objection com-
mune contre les unions inséparables) tirée
,de la stérilité <ï'un premier lîcç; cl je
rai de prouver que le but princijuil de 'In
Nature, dans l'institution du
(Liant le bonheur dos deux époux In içr
production de leur cire n'eit qu'un but
secondaire, qui ne doit point influer sur
la loi. Je sais que dans. cç siïxle mnlvïiar
liste, J'on voudroit multiplier les lionv»«c$
comme nous nmlliplions
fasses-cours <l afin d'eo
flôvorcr un plus grand nombre mais Dieu
rrpa l'hompiç pour le rendre heureux
sa multiplication est dans sa félitile, tondis
que celle de.$.ainmau.Y e$| dan,s leur espice.
Un seul liQioinc lieureux est plus en Jiar<»
pionic Avec lp lslan du Crwalpur
nivçrs, que des milliers <Vhpinioe$ indif-i
féreus aux douceurs de la vie. Un $eul
homme heureux rernplit( par $cs rappOiU
Un plus grand espace vans. K» i.nPIidç et
dans l'oi^lrc des choses, que des uiilliprs
qui s'y
discordans et sans p!acc. Celle théorie du
bonheur, qui établit une si grande distance
entre l'être qui jouit faiblement et vague-
ment par les sensations, et cclui qui jouit
pleinement et distinctement par !cs senti-
iriens fonde cn rnl-mc tcrns tous les pria-
cipes, de bonté, d'humanité, en un mot
toutes les loix de la momie et si leprc-
• micr but du marioge ainsi que celui dc
la >ie, est lu ])onlieur de l'individu, non
la multiplication de l'espèce, l'on ne peut
plus alléguer h stérilité en faveur du di.
vorce.
l'iaton ce législateur des esprits croyoit
au mariage, des lunes;' et quelle tendre
qui la lui fuit' chérir, n'en est pps encore
plus convaincue que ce philosophe? Moyse,
législateur d'un peuple' grossier, consacra
cependant l'inslitution du mariage par ces
paroles purement spirituelles Il n'est
pas ¿on çuè'ïhommc vive seul;
lui une aide qui lui rassemble mais il
♦ 'dit aux anitnaux Croissez et niulti/>lù'
'l\os philosophes, plus métaphysiciens que
Moyse rejettent cependant celte dislinc-
tion ces ambiticux inconsequens, illustrés
par tous les titres de l'intelligence, déco-
rés par plusieurs grandes pensées cher-
client cependant tous les moyens d'avilir
notre nature dont ils font partie
Yt mont* in» le faite, il Mpjc à (îesren.lre.
Ainsi par des efforts contraires à ceux
des sages de l'antiquité ils vuutlruicnt
rahaisscr l'homme au rang des animaux
et s'ils pou voient le faire déeheoh' jusqu'à
celui des plantes oû des rochers «ils croi-
roient obtenir un triomphe de plus tnais
l'homme nc tombc ou ne s'élève que do
proche en proche.
Dérobons donc le mariage à la funeste
magie de cette baguette de Circcj ct que,
par une influence contraire, toules tes ames
tendres et pures trouvent dans unc associa-
( i6)
•lion si bien ordonnée, et m^me si nécessite
& noire foibjessc, des -moyens dc te per-
fectionnerct de se rapprocher "de la nature
des anges. Il est permis de prononcer »ii»si,
par celle comparaison la sainteté du ma-
riage puisque les Tores de lT.gH$e n'ont
pas craint de prendre celte union. pour lo
chaste symbole des sentiment qui doivent
unir les hommes à Içur cclcslc Jcgislpfcur.
J'ai montre que la loi du divorce étoit
élrangère à noire nature et qu'elle ne
contribuent point au bonheur du mariage
ou de la société conjugale; j'ajoute qu'elle
rend ce bonheur impossible.
Le mol Société en l'aj>pliquant au ma-
riage est pris dans toute la force de son
t'ij niologie il signifie Je partage réel et
continuel des biens et des maux de la vie.
Tout prouve que les joix et les in.ccurs
qui donnent le fini aux grands traits de la
loi ont «herclié jusque présent dans la
sociélô ç^njugele des ressources efficaces
<̃?)
h
,*©nlre la solitude -de l'existence. Les loix
eut loi liïîé litistillitioit de la nature, cn
déclarant que les familles ct les litres se-
roi.cul communs cntl'c les époux que les
doux noms de père, cl de mue dr fri re
ct cle saur «croient partages el 'confondus
par eux adoption qui semble rcvcnir sur
le passé et former, Ws les prerniers jours
de la vie, (les nuuds et (le,; devoirs, dont
J'empire eml>rnsso tout le lems de notre
existence. C'm dans le nu me csj)iit d'i-
clt-iitilé duc les loix entrent en com])le
«i\ec les fenuiKS (les travaux de leurs ma-
ris, et même de leur vie. Enfin les nururs
ont fortifié, par leurs insinuations toutes
ces injonctions des loix ainsi l'usage qui
dérive toujours des mœurs les époux
d'observer l'un pour IWic les règles de la
modestie personnelle et bientôt toutes les
nuances délicates qui caraclériscnt la par-
faite union des .\lues, viennent embellir
les Irails essentiels d'identité, follement
( i8)
prononces par les loix. Mais ces nuance
qui sont en n\( me tenu- celles du sentiment
et du bonheur s'effaceront et se perdront
insensiblement sous la loi du divorce
comme le parfum des fleurs se dissipe
quand elles sont prêtes il tomber de leur
li^'e; el pour le prouver par un exemple,
et ratons-nous un moment sur celle com-
munauté d'emour-propre dont nous vcnons
de parler sur cet amour-propre trans-
porté hors de- nous en apparente, et qui
devient ainsi mille fois plus délicieux
car il s'ennoMit il s'agiandit dans Je par-
logc el il se purifie en cliangeant de sol;
mais la loi qui permet le divorce détruira
absolument cet effet précieux de l'identité
et de l'unité des époux. Quelle femme se-
roit vaine d'un nom qui bientôt ne sera
plus le sien? ou d'une gloire, qui peut
réfléchir sur une autre Ce sentiment d'ins-
tabilité influe continuellement el imper-
ceptiblement sur nos pcnchans et sur nos
Il 2
opinions c'est un greiri de sable qui peut
empêcher 4 jamais deux surfaces polies de
se toucher dans tous les points.
Loin de croire que les époux se rcspec-
teroiçnt et se ménagei oient davantage sous
la loi du divorce je présuinc qu'ils cher-
cltcroicnt tnoins à se plaire mutuellement.
I/ami de de Sévigné ne voulut ja-
mais prendre ,la peine de se raser, avant
de savoir s,i sa tête cloil lui ou il ses juges.
Pourquoi suivre dans l'inslitution du ma-
riage un plan contraire à l'instinct que nous
a. doiy>é la Nature V ̃Nous*' voulons dans
les ol»jets'qui sur nos sens, dans
ceux qui frappcnt nolro imagination et
dans toutes nos affections moivlcs la pro-
in^nie de la propriété. J;t les honuii^s, ces
ttrcs cplicmt-rfi^/ possesseurs incertains dru
jour rn^ine qu'ils ont commencé, ne comp-
tent cependant leurs courtes lieur.es que
dans Je vague de l'infini ils ne daignent
pas même décorer des possessions viag< rcSt
Cette idée accessoire* d'une durée incom-
mensurable, si essentielle en général. pour
soutenir notre intérêt, a bien lolus d'in-
fluence encore sur les jouissances de l'oinc ̃
l'on diioit que ses plaisirs tiennent un peu
de la nature divine dont ils émanent qu'ils
j'assemblent tous les lenis, qu'ils s'nuyinen-
tent du passé, et qu'ils anticipent sur l'ave-
nir. El s'il n'est point de mari délicat
dont la tendresse ne fut affoiltlie par )a
certitude ou le simple soupçon que fa
\'l'un ,lui donneront un successeur, l'on
doit croire que la crainte d'en cire aban-
donné pendant sa vie altéreroit alwolu-
iftcnt son bonheur et ses affections. Ceux
qui ne doivent pas donner one piéféicnce,
mflme en imagination, Osrroicnl- ils s'en
imposer par l'hidécerUe menace de sépara-
tion ou d'infidélilé ?
Les affections naissent et se développent
par l'espérance d'un long avenir el cn-
suite el)cs s'aiigmeutop.t., s.e
fortifient par lcur propre durccrQiH'lle ^ini-
tié peut cire comparée à celle de deux époux
que les déférences l'estime et le bonheur
de tojilt-s leurs heures oui lié depuis long-
lems, qui rappellent continuellement le
prodige du lison de Molette puisque
J'un (les deux se consume dès que l'autre
paroîl languir et qu'ils ne volent dans la
mûri inoine que le plus désiré de Ions les
iuslans, s'il lcs réunil, et Je plus roOou-
lable de tous s'il Its sépare. Aric le pré-
^ienl, pour ne pas tire un moment -sur
une tore que l'élus ouroit délaissée elle
n'a sonli aucune douleur en se perçant le
$cin toutes ses facultés de souffrir sont
li.xées sur la blessure de l'élus. La tloulçur
est passée t disoil ..Mylord Kussil pi cl à
monter sur l'étliafaud quand ses regards
ciioil seule à la vic. l'i Charles 1er. â son
dernier moment Dites ci la Reine que je
<»o
• né lui ai jamais tté infidèle mtnic fn
pensée. Apres des mots si purs et si ten~
dres, je sens que je reviens avec repu-
gnance ïi la tilclic que je me suis Imposée.
Il mc scmMc qu'ils ont flétri le divorce
d'une nouvelle condamnation et d'une nou-
velle honte.
Mais puisque le divorce de si grands
inconvcnU'iis 1- )<'«;islntcur doit chercher
to'.is les nu'jens propres à rendre rcspcc-
tahics et même sacrés nos premiers enga*
{jenK-ns il doit tout préparer d'avance
lotit ménager pour attacher les époux par
des liens de divers genres il doit écarter
tout ce qui pourront les relâcher car les
antipathies les simpnlhies momies ne sont
pas des atliinuls de notre^aUirc; elles se
créent par une suite, imperceptible de ré-
flexions, d'oNscrviiliniHjdc situations, d'o-
pinions et de procédés ainsi les effet lions
de, Tome, qui pnroisseiH les" moins' compo-
sôos'/soTit susceptibles d'analyse etdedi-
(rf)
lî 4
visions comme un rayon de soleil dont
l'unité et la simplicité apparente est ropen-'
daivt le résultat de sept couleurs diverses.
La piété filiale, l'iiinilié fraternelle de,
nous sont suggérées dès l'enfance l'on en
pénètre nos cojis, même dans l'alisei.cc-;
ces devons et ces affections sont le^us
comme incontcslaMes avant d'èho ap-
puyés par les k>ix et prr nos réflexions.
Qu'il cn soit fins! de l'amour -*t>njug.tl
qu'une séjMialion paroisse impossible et
qu'avant l'exnnieii les inceurs la rangent
dans la classe des évènemens qu'on n'a
jamais vus, et qui ne se présentent point
à l'esprit; avec de tels préliminaires, les
mariages malgré quelques disconvenan-
ces, seroieiit toujours su flïso minent unis, et.
cet effet de l'cpiuion ne scroit pas aussi
dilïicile à oliteliii'quc le bûche» des veu-
ses du Malohni-.
Avant de MJincr les Pères de l'ftglisc,
i]ui ont élevé lo au rang des
( M )
Sacremcns il falloit connoîlro le principe
«le cille décision. Un peu de rcflcMOii
que rien u'etoit plus con-
forme ;'i l'huHeal-m nu>. loi* et aux droits
de Id j\f.iiiïc car, faire du mariage un
contrat simplement ci» il cV-sl pietulro
pour Ivse de c< Ile 1:1 circons-
tnneo f1 moins itujiorlajile. Kl en e/T«il la
forliitu', lVl.il Lontivs 1rs ronwir.Mias du'
ir.s.srul en!) >onl ilr simples flrcrssoiit.s
dans un c-ngagc-incnl dfilinc l'iissocialiou
des ((vins des scnlinicns des réputations
ci des vies et puisque toutes les giviidcs
affections ont été conM.i minent jointes
des idées religieuses j puisque dans la
socit'tt': les sermons cirncnlcul tous les
cM£ii£onîc-iis que la loi ne pcut surveiller,
]nu;r;|;ioi e.\cej)U>r le ruariage de celle rè-
^le ^v'iicralo le mariage doit la parfaite
pmvU- l' sauroil avoir de de té~
îiimn que nolie propre consciente
Le mari^'c dtvenu purement civil,, so-
M et telle que les loix n'en peut eut
îifinif lire une convention qe.c l'une, des
deux parties awoit toujours le. pouvu-r
île rompre sans le véritable consentement
de l'autre: car un roitscnteir.enl fore'- .ii-»
tîu oti de la fierté « t en
dernière analyse, les mauvais
roienl un rnoyori assure de faire rompre
ce contrat moyen qui favoiiscroit toujours
k> plus immoral (les l'poux.
Je sais qu'il ne faut pas prendre des en-
pa^emens létnér.iires mais celui de rem-
]>!ir son devoir ne peut jamais l'être. Ce
nx'piis qu'on a Jeté sur les voux tombe
seulement sur des vœux forinés contre la
future, ou pour des objets indifférons et
nu* me nuisibles. A la société; car les ser-
111(.Ils sont nussi des ajvux toutes les I
l'oIes données de boni lie 011 par érril sont
des vaux,; et c-.ilin, pour toute feinni«
honnête, le veto de la fidélité dans le ma-
prononce il faut même consacrer par des
me il fi.- ut élaycr de plusieurs arches les
ponts qu'on jelte sur des toirens. J/ulenlilc
parfaite d'inttrtt fut de sentiment dans le
nécessaire .aux
liomint-s qu'aux femmes elles ont besoin
d'appui } mais ils ont besoin de consolation,
et les femmes sont plus propres que les
lioiniuo ù p;uiti£cr et à diminuer les
amertumes de la il': il faut en excepter
celles que la société a détériorées et qui
ont manqué le but de leur existence en
faisant un pacte avec l'omour-propre ce
détnon corrupteur de notre sexe. llais les
femmes en général, ont re;u par la fa-
culté de vivre dans autrui /un Supplément
toutes les privations un dédommage-
ment de toutes les foiblc-sses et s'il est
trai que le premier des tires dons
(
de' la Nature, soit celui qui est lié aux
autres êtres par un plus grand nombre
de apports l'on ne fait pas tort aux
femmes en les présentant sous ce point de
vue; elles connaissent mieux que les liom»
mes tous les secrets du bonheur leur raif
son paroi toujours animée par leur ins-
tinct, et souvent leur instinct paroit éclairé
par leur raison. Les femmes sont donc
plus particulièrement destinées à n'avoir
jamais une existence isolée tnais plutôt à
devenir le complément de celle des autres
et en cela encore les institutions sociales,
ont secoudé la Nature puisque les loix ne
donnent aux femmes d'autre que celui
de leurs maris, et. qu'elles sonl toujours
obligées pour te faire appereevoir cle se
rapprocher du foyer dont elles reçoivent
le reflet mais des rapports de ce genre
ne peuvent s'élablir que dans des unions
longues et indissolubles^
Ainsi, cl pour nous résumer, la liberté
du divorce peut détruire très-prompte-
ment tous les biens attaches au mariage,
tout cet enchaînement de devoir, depru-
(('(lion, d'intérêt, d'affcction d'existence,
cl- quelquefois même de bonheur et d'a-
mour que la Nature les moeurs et les
institutions sociales avoieut formé à l'on-
Libelle, mol' dangereux pour tous les
Ages, pour tous Icsctats, pour tous les
scxcs; mais sur-tout pour le nôtre, dont
les vertus sont la dépendance les scnli-
incns, l'abandon de la volonté; les goûts, le
désir de plaire et les jouissances,des rap-
ports avec le bonheur des autres '.Liberté
remonte dans le Ciel reprends ta place
cupiès du trône céleste; car la perfection
et la liberté, dosent être aussi inséparables
que l'imperfection et la dépendance.
8r.coM> Ii v t i> v M a n i a c r,.
Inconvénient du DUorce relativement aux
Jinfans.
J\'l A J S. quel mal ne cûusoroit pas la loi
qui favorise le divorce, si elle affoiblissoit
le respect filial et rclroidissoil l'amour
putcrnc!, ces premiers fondcntcns de l'or-
dre particulier cL public? Examinons celle
importante question.
L'on se flallc en se mariant, d'étendre
son existence autour de soi et de h pro-
longer, tneme dans l'avenir, en obtenant
du Ciel des enfans bien nés, doux délas-
semens des fatigues de l'i'gc î.n'ir, conso-
lation des infirmités de la vieillesse j l'on
esprre qu'ils marcheront sur nos traces,
qu'ils nous donneront, en quelque ma-
bitri', l'honorable et flallcuse répétition do
(30)
notre vie passée, et qu'ayant reçu de nous
la naissance, ils nous feront renaître à leur
tour; et en effet Je mérite de nos enfans
double nos jouissances, en ajoutant leurs
vertus nos vertus et leurs succès à nos
succès. Tel fut cet heureux jure qui
mourut de joie aux jeux olimpiques, dans
le moment où ses trois fils, prosternés à
ses genoux, lui faisoient hommage â l'envî
dcs trois couronnes qu'ils venoient de rem-
porter sous ses yeux. Mais ces nouvelles
vif-s ajoutées il Il nôtre, cette nouvelle es-
pace d'identité ne peut s'obtenir comme
nous le verrons bientôt que par la conti-
nuité d'une union pure et indissoluble.
Les qualités, le mérite de nos enfans,
ne sont pas l'unique source du bonheur
qu'ils nous procurent des époux qui s'ai--
ment goûtent encore un plaisir délicat en
voyant leurs images réunies dans leur fils
ou dans leur fille, comme en un seul ta-»
bloau j ils s'y retrouvent embellis par tou..
(*•)
tes les grâces de la jeunesse, et ce spectacle
réveille en eux une longue suite de senti-*
mens agréables quelquefois int-nie un c-
poux tendrement aimé se voit seul tout
entier dans les trtrls de ses enfans. La
Nature, qui devient ainsi Je garant cl l'iii-
tctprctc de l'amour conjugal, se plaît À
consacrer, de son inimitable pinceau, les
chastes sentitnens d'une fcmme fidèlo et
tous ics regards que jette un père attendri
sur des fils qui lui ressemblent .'retombent
sur leur mère uvec une nouvelle douccu)'.
Il est inutile de répéter que les ehnngcmens
de familles qcc de nouveaux liens et de
nouvelles adoptions incitent obstacle i
toute l'illusion ou à toute la réalité de
ces touchantes jouissances. Le génie hardi
de Kubcns forma l'entreprise à peine
concevable de rendre sur la toile les sen-
timens de deux époux qui, reçoivent du
Ciel, favorable & leur voeu le premier
gage de leur mutuelle efl'eclion la pie-
( Si )
Uih'tc reproduction de leur être. Regardez
ce lahlctiù dans la galerie du Luxembourg,
porte/ toute ,ulro attention sur cette jeune
Jlriue qui sourit au milieu des plus gran-
des douleurs, «laits l'espoir d'être bientôt
mère et d'à jouter un lieu il ceux de l'a-
mour c.t du devoir. Timanle voila le
visage d'Agarneinnon. prêt ù perdre sa
fille sous le couteau de Calchas car il
ne put parvenir représenter l'affliction
d'un père portée son dernier tenue. La
joie dc Henri IV c·l à l'autre extrême;
l'un se toit renaître et l'autre se vuit mou-
tir. Timanlc nous laissoil tout imaginer;
Kubcns ne'novs a pas permis de ricn ima-
giner de plus. Approche?- vous donc pro-
motcurs du divorce, approchez -vous de
ce lit si bien nommé par le peuple, Ic lit
de misère, mais que l'espérance cl l'amour
se hâtent de couronner de fleurs; ôtez à
celle qui donne la vic o\cc douleur, le
courage, et* je difo.is presque;. le bonheur
c
de souffrir prononcez les paroles funes-
tes qui rendent le divorce possible sur
la tête de cette créature' innocente qui
entre dans le monde ellé est foible dé-
nuée et gémissante ,ote/lui ses seuls pro-
tecteurs ajoute/- ainsi aolre malédiction à
ses tris; tarissez dans sa source, ou par
l'indifférence, ou par le défaut d'espoir',
l'aliment si pur qui devoit cotiser ter les
jours encore fragiles dé ce malheureux
enfant rendez odieux à sa mère les soins
continuels qu'il exige; qu'elle ne s'attende
plus à la rccornoissance de son mari;
qu'elle rcnonce à l'espoir d'ajouter à son
bonheur intérieur par de nouvelles jouis-»
sances, et d'être plus aimée en donnant
de nouvelles preuves d'amour; 6tez aux
angoisses et aux fatigues du corps toutes
les récompenses du sentiment et de la pen-
sée. Ah qui voudroit donner la, vie â ce
prix! llédée poignarda ses enfahs aux
yeux de Jasoif> qui l'abandonnoit pour
(54)
Creuse terrible image des effets du di-
vorce et de l'indifférence ou de la haine
nic'mc qu'il peut inspirer liour les fruits
d'un amour qui n'existe ylus. Epoux in-
grats vous ne donncrez que des marâtres
il vos enfans, si vous ne laissez pas à leur
nitrc la certitude des récompenses de l'a-
mour est de l'cstimc. Kl lorsque des fils
dcmandés au Ciel dans l'erreur de nos
dcsirs, trompent nos plus douces attentes,
c'est alors, sur-tout, qu'on voudroit porter
ses plaintes devant un tribunal d'amour et
d'espérance; car quel baume salutaire pour-
voit verser sur ce genre de blessure un
époux ou une épouse, étrangers nos cn.
fans Il faut que des parens malheureux se
réunissent dans l'expression d'une dou-
leur qui leur est commune il faut qu'ils
tombent ensemble aux pieds do )'Être
Suprême pour lui demander avec une
cgale ardeur le retour de l'enfant prodigue,
et pour prononcer en présence du Ciel
(55)
C a
l'engagement de remplir seuls :la douhle
tâche des vertus, que de plus jeunes Mains
devoient partager avec eux (4).
Ou a beaucoup écrit contre les incon*
véniens du divorce je ne relèverai donc
que les moins apparens et les moins ol)ser-
vés et je m'adresse seulement aux âmes
tendres et douces déjà dans la dépen:.
dance de tous ks devoirs de toutes les
vertus de tous les senti mens et dont
l'existence et les jouissances sont un coni-
posé de rapports et de liens qui se forti-
fient mutuellement j'espère les Convainc
cre 7 que cette duestion du divorce est en
dernière analyse celle du bonheur ou du
malheur des êtres sensibles.
1/on se rappellera peut-être un tableau
charmant des Éludes de la Nature ,où l'au-
leur nous découvre dans un seul exemple,
Till youngor hanJs tto long ajsist u»,
(Mut. D. IX )
la chaîne [continue et indissoluble de tous
les objets de la création; il choisit au hasard
la.simplc plante du fraisier ,qui parfume le
printems,qui rafraîchit le voyageur fatigué,
qui présente ses dons aux. abeilles pour
qu'elles nous en offrent d'autres à leur tour,
etc. Enfin il nous montre évidemment qu'il
scroit impossible de changer la relation la
moins essentielle en apparence, entre des
{'très créés, sans ôter un chaînon la grande
chaîne de l'Unir-ers, et sans y faire un vide
funeste. Mais l'ordre physique est toujours
l'ciuMvinc de l'ordre moral, dans l'cnscm-
W comme dans les parties; et l'institution
naturelle du. mariage d'un seul homme et
d'une seule femme,, nous offre un cnclrat-
nement de devoirs de vertus et de bon-
heur, .qui rappelle le fraisier de M. de St.
le respect filial, la
bonne éducation des cnfans la vie patriar-
chalc l'ordre dans la société, la responsa-»
bilité des païens, etc. etc., sont la suite non
interrompue des biens qui résultent de l'in-
dissolubilité du partage mais si vous soin»
frei le divorce la chaîne se désunit des IC6
premiers pas i et pour fortifier cette asser-
tion, rapprochons un moment sans crain-
dre de nous répéter, le divorce et le respect
filial nous verrons bientôt que l'un détruit
l'autre infailliblement.
Le respect filial ce commencement de
tous les devoirs cette vertu de sentiment,
qui est à l'origine la tige do toutes les
autres le respect filial la plus pure et la
plus sublime de toutes les affections, eprôs
celle qui nous élevé à Suprême; IL-
respect filial, qui paroîl le premier échelon
de l'amour divin, si l'on peut s'exprimer
ainsi car ces deux amours sont fondés sur
la' reconnoissanee, sur des bienfaits reçus,
avant tm*mc que nous puissions en avoir ia
conscience l'enfant soumis à ses païens
accoutume dt lcs premiers momcns de
sa %le à confondie ses devoirs avec ses