//img.uscri.be/pth/d6c65ed2b3fcda2c44613a4fea16d0838a97e1b5
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Remarques sur les fêtes publiques et proposition de nouveaux jeux

De
24 pages
impr. de Ballard (Paris). 1801. France -- 1799-1804 (Consulat). 24 p. ; in-8.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

A
REMARQUES
SUR
LES F ETE-6 PUBLIQUES,
,. 11
E T
PROPOSITION DE NOUVEAUX JEUX
LORSQU'UN Gouvernement régénérateur
ne s'occupe plus qu'à fermer les plaies de
la France ; lorsqu'il s'applique constam-
ment à rétablir l'ordre dans toutes les
branches de l'administration, et qu'il est
prêt enfin à nous procurer le bienfait d'une
paix générale, qu'il veut fonder sur la jus-
tice après l'avoir conquise par son courage ;
comment pourroit-il mieux couronner ce
grand œuvre qu'en instituant des fêtes na-
tionales, où le peuple prenne véritablement
une part active, où il s'identifie à la gloire
de nos héros, et trouve dans le souvenir
de leurs belles actions les modèles qu'il
( 2 )
doit étudier, et les exemples qu'il doit
suivre.
Déjà le Gouvernement, protecteur des
arts, a appelé leur concours pour des
travaux utiles et dignes de la splendeur
d'une grande nation. D'après cette protec-
tion signalée, qu'il soit permis à un artiste
connu de lui soumettre ses vues sur ce qui
constitue , à son avis, les réjouissances
publiques.
Ces fêtes ne doivent être et ne sont en
effet que l'expression du sentiment, le
tribut de reconnoissance qu'inspire au
peuple la mémoire des évènemens ou des
actions illustres dont il a éprouvé l'heureuse
influence ; elles doivent porter le caractère
de la joie et de la gaîté, autrement la satis-
faction populaire seroit équivoque ou elle
n'existeroit pas. C'est donc à la gaîté seule
à faire les apprêts de ces fêtes , comme
c'est au cérémonial à les ennoblir.
Jusqu'à présent, il faut l'avouer, nos
réjouissances publiques n'ont été telles
qu'en apparence, ou rarement ont-elles
été prononcées. L'amusement qu'elles ont
pu procurer n'a été, ni pour le peuple à
( 3 )
A 2
qui elles étoient destinées, ni pour le
Gouvernement qui les a instituées. Le
cérémonial y a été souvent remplacé par
la cohue, et le bon ordre par la licence.
Des décorations invraisemblables, des em-
blèmes inintelligibles, des illuminations et
des feux d'artifice souvent aussi tristes que
monotones ; presque point d'instrumens
gymnastiques, et très-peu d'athlètes : voilà
le tableau fidèle de ces réjouissances, si
improprement appelées réjouissances pu-
bliques ; de sorte qu'il n'y avoit vérita-
blement que les écuyers, les quadriges, les
maîtres charpentiers et illuminateurs qui
eussent de vrais motifs de se réjouir ; les uns,
par l'affectation d'une adresse mercenaire
ou d'un luxe vaniteux, et les autres, par les
bénéfices qu'ils retiroient de leurs travaux.
Ainsi la masse du peuple n'avoit qu'une
part contemplative, comme si cette masse
eût dû trouver son amusement dans la vue
de stratagèmes dispendieux, dans la pri-
vation des exercices athlétiques, et qu'il
lui eût suffit d'applaudir à l'adresse des
ordonnateurs et des concurrens, auxquels
l'honneur des exercices étoit réservé.
( 4 )
On a toujours feint d'ignorer que' la
vraie jouissance du peuple, en -de telles
circonstances, consiste dans l'emploi pur
et simple de ses facultés corporelles. Il
étoit au centre des jeux comme Tantale
au milieu des eaux ; on n'a amusé ses
yeux que d'architecture grecque , d'arcs
triomphaux en toile et de stylobates en
planches. Sans doute il en eût été autre-
ment si nos modernes Édiles, trop portés
à l'adulation, eussent moins songé à faire
des affaires que des jeux.
Quelle différence de ces fêtes avec celles
des pays situés au midi de l'Europe ! Ces.
dernières sont brillantes, fastueuses même,
par le seul concours des joûtes et des jou-
teurs. C'est à la cocagne , à la prise du pont
de Pise, au mariage du Doge avec la mer
et dans d'autres jeux de cette espèce , que
la joie est générale, et que le peuple se
livre réellement à l'allégresse : c'est que
les instrumens, les exercices et le peuple,
tout prend part à l'action, et que le tout
même est ce qui la compose et l'anime.
Puisque la vivacité du Français ressemble
si bien à celle de l'Italien, pourquoi n'ad op-
( 5 )
A3
tenons-nous pas son genre d amusement?
pourquoi n'ajouterions-nous pas aussi à nos
récréations spectatives et sceniques des
jeux populaires et athlétiques ? tout nous
en démontre la nécessité. Que l'on examine,
aux jours de gymnastiques , la plupart des
jeunes gens réduits à l'état d'oisiveté. L'in-
terdiction des joûtes où ils brûlent en vain
de se mesurer, leur cause une contraction
moralement apoplectique ; ou s'ils conser-
vent encore l'usage de leur sens, c'est pour
dédaigner l'ostentation des joûteurs, qui
leur ferment l'arène. Au contraire,que cette
arène s'ouvre devant ce jeune homme souple
et agile: comme il pétille d'amour-propre!
comme il bondit de joie , dans la fatigue
même d'un exercice où il peut briller ! La
rivalité augmente son adresse , le succès
flatte son courage , enivre son cœur, et la
publicité de son triomphe prolonge ses
plaisirs jusques dans l'âge le plus avancé.
On a également tort de ne point admettre
les nouveaux adeptes dans les exercices
publics. Ce faux ménagement est intolé-
rable , même dans les courses où l'homme
de vingt-cinq ans lutte sûrement contre
( 6 >
l'adolescent. L'âge de celui-ci n'est pas un
titre d'exclusion pour les jeux, ni un motif
pour lui en permettre d'autres auxquels il
n'a aucune aptitude. On doit plutôt en
établir qui soient de son goût et à sa por-
tée , parce que l'état d'indépendance où
il se trouve le rend plus propre à l'amu-
sement public, et qu'il est nécessaire au-
tant que politique d'accroître en lui le
sentiment de l'émulation, les prodiges de
l'amour-propre et le désir de mériter l'u-
niversalité des suffrages. D'ailleurs , il y
aura toujours beaucoup de spectateurs et
jamais assez d'acteurs, quand même toute
la classe des adolescens prendroit ce parti.
Cette classe est la moins nombreuse ; l'en-
jouement, l'adresse, sont un privilège par-
ticulier de son âge : l'empêcher d'agir,
c'est détourner la source de la gaîté, et
la gaîté la plus intéressante, la plus com-
municative, est celle de l'adolescence.
On a moins fait encore pour la récréa-
tion des jeunes filles que pour celle des
garçons. Dans la plupart de nos solemnités,
on les voyoit errer d'amphithéâtre en am-
phithéâtre, comme une superfétation so-
( 7 )
ciale, incommode au spectacle comme aux
spectateurs ; tandis que la guerre , les com-
bats privoient un grand nombre d'entr'elles
de leurs soutiens dans les personnes d'un
père, d'un frère ou d'un futur époux. J'im.-
pute ce délaissement incivil a l'erreur des
idées sur nos nouvelles institutions gym-
nastiques. Cependant, qui pourroit ignorer
que nos jeunes Françaises ont, à cet égard,
les dispositions les plus heureuses? Svelté,
élégance et vivacité , voilà les qualités qui
les distinguent éminemment : qualités pré-
cieuses ! qui garantissent leurs succès dans
les jeux, comme leur supériorité dans l'art
de tout embellir.
Mais peut-être nos gymnasiarques nou-
vellement initiés dans l'art, ont cru que
les palmes des jeux n'étoient réservées qu'à
la supériorité virile , ou bien ils ont ignoré
que les amusemens dépendent bien moins
de la force ou de la grandeur, que de la
délicatesse ou de la simplicité des moyens
qui les procurent ou qui les produisent.
Quoi qu'il en soit, on a trop présumé du
succès d'Hyppomène et pas assez de celui
d'Athalante. de ces
A 4
( 8 )
Nymphes confondues dans la foule popu-
laire qui eussent pu disputer le prix aux
plus lestes coureurs? qui n'attendoient que
le signal pour s'élancer, vaincre et charmer
les spectateurs? Enfin combien d'Eucharis
auroient trouvé de Télémaques dans leurs
-concurrens, si la lice leur eût été ouverte ?
JEn effet, rien ne flatte plus les sens, rien
ne séduit davantage que de voir triompher
les graces et les talens de la nature ; tous
les spectateurs s'y intéressent, les amis, les
parens en sont énorgueillis, et les cent
bouches de la Renommée ne suffisent pas
pour proclamer une telle victoire.
Un préjugé mal entendu jettera peut-
être quelque défaveur sur l'admission du
beau sexe au concours. Cependant il peut
suffire de cet avantage pour décider de
rétablissement d'une jeune personne qui
ne réunit point les dons de la fortune À
ceux de la nature ; il est des hommes,
(du moins j'aime à le croire) pour qui ce
genre de mérite seroit une dot, ét qui,
par honneur autant que par sentiment,
seroient jaloux d'offrir leur main à l'aimable
vainqueur, afin de pouvoir partager aussi
(9)
sa couronne. Cette présomption estd'autant
mieux fondée, que dans une République
tous les talens sociaux sont honorés ; c'est
donc tendre à cette fin que de les mettre
en évidence par le désir de plaire.
Au lieu de cette direction, on n'a suivi
que des idées étroites, on a imité l'avare
en cèlant les grâces , la beauté et les
talens comme lui-même il cèle ses trésors.
On n'a pas songé que se dissimuler l'exis-
tence de tant de charmes, c'étoit en dimi-
nuer le prix. Eh bien ! osons mettre au jour
nos richesses en ce genre, et elles en ac-
querront un plus vif éclat.
Nos fêtes républicaines n'ont fait qu'une
impression équivoque sur l'étranger, sans
nous attirer la moindre considération po-
litique; quelques singeries que nous avons
répétées d'après les Grecs, n'ont fait qu'al-
térer notre propre physionomie, sans nous
donner celle de ce peuple si fécond dans
l'art des divertissemens et des fêtes popu-
laires.
Ce n'est pas que celles données sous le
dernier Gouvernement, ne fussent pas
encore plus ridicules et plus bizarres ; les