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Réplique à un adjoint au maire de Rouen par un administré, au sujet du traité conclu avec une compagnie anglaise pour la distribution d'eau de la ville / [signé : Émile Cartier]

De
21 pages
impr. de H. Boissel (Rouen). 1865. 20 p. ; in-8.
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A UN ADJOINT AI; .MAIIIH l)K liOliKN,
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Au sujel du Ti.iite cunclu avec uno CoiiipugfiL'
anglaise, pour la Distribution d'eau
de lit Ville
RÉPLIQUE
A UN ADJOINT AU MAIRE DE ROUEN,
TAU UN ADMINISTRÉ,
.€»« $ujel du Traité conclu atec une Compagnie
mnglaiie, pour la Distribution d'eau
. de la Ville,
// ;f}ne^rtquôte d'utilité publique, sur le projet de
distribution d'eau dans la ville de Rouen, a été ou-
verte a la Préfecture,du 11 au 31 mars dernier. —
Usant du droit qu'a tout citoyen de consigner dans
un cahier spécial joint aux pièce 0 de l'enquête son
opinion touchant l'affaire qui est à l'examen, j'ai
mis quelques notes sur ce cahier. Mes observations
manuscrites n'étaient adressées qu'aux membres de
la Commission d'enquête. A eux appartenait de les
prendre en considération ou de les rejeter.
Aussi, je ne m'attendais guère à voir un Adjoint
au Maire, M. Gueroult, intervenir et, dans un im-
primé (1), une manière de pamphlet, répondre,
(1) Observations générales sur les déclarations faites à l'enquête
d'utilité publique, ordonnée par Varrêtè de M. le Sénateur-Préfet, du
8mars 1865. — Rouen, imp. Survillef avril 1865.
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0
d'une façon que nous allons apprécier, aux objec-
tions que j'ai avancées.
Cet imprimé, il est vrai, ne m'a pas été adressé
par son auteur. Ce n'est qu'indirectement et par
hasard que je connais aujourd'hui les fantaisies aux-
quelles M. l'Adjoint s'est livré sur mon compte. Ce-
pendant, il me semble, la courtoisie, la simple
loyauté indiquaient une autre conduite. — Néan-
moins, je me garderai d'user do représailles : c'est
M. Gueroult qui, le premier, recevra ma réplique.
I.
Voici comment, à mon sujet,débute M. l'Adjoint :
« M. Cartier, Rouennais, désintéressé directe-
« ment, au moins en apparence, dans les questions
« qui s'agitent à l'enquête ,?y apporte par patrio-
5 tisme le produit de ses méditations. »
Tout d'abord, ce ton de moquerie révèle un
fonctionnaire public ayant peu de souci des conve-
nances.
A quoi bon ces mots : désintéressé directement,
au moins en apparence? Est-ce que mes objections
doivent avoir plus ou moins de valeur suivant l'in-
térêt personnel que j'aurai à les produire? Si elles
sont bonnes, seront-elles rejetées pour cette raison
que je tirerais profit de leur admission? Etrange
_ 3 -
manière de voir! — Et puis : au moins en appa-
rence, est-ce une insinuation? A quoi sorapporte-
t-elle? Il me plairait d'en être instruit.
La vérité est que j'ai un intérêt direct et assez
apparent dans la question. — J'y ai l'intérêt d'un
contribuable qui entend se rendre compte do la
manière dont sont dépensés les deniers qu'il dé-
bourse pour être administré.
Mais passons à l'exposition des observations que
j'ai consignées à l'enquête et développons-les un peu,
afin de répondre aux critiques de M. Gueroult.
II.
Dès le premier jour do l'enquête, j'ai exprimé
mon élonnement de voir, parmi les documents mis
sous les yeux du public, bon nombre de dessins
dont les légendes étaient écrites en anglais et aussi
des mémoires dans lesquels il était fait usage de
mesures anglaises : de gallons, de yards, etc. —
Je me demandais si j'étais bien en France et si
c'était bien pour Rouen que devait être faite la dis-
tribution d'eau. — Comment les Conseillers munici-
paux ont-ils fait pour examiner ces pièces? car, si
instruits qu'ils soient, je n'imagine pas que tous
parlent anglais.
Avoir passé le marché de la distribution d'eau
_ 4 -
avec une Compagnie anglaise n'était pas une rai-
son suffisante pour justifier l'abandon de la langue
et des mesures françaises.
Disons-le donc : la Commission municipale a
manqué de dignité en tolérant que des documents
ainsi rédigés lui fussent soumis, et, en mettant de
telles pièces à l'enquête, elle a manqué d'égards
pour le public.
III.
Un article du Traité dit que les tuyaux de bran-
chement seront en plomb ou en quelqu'autre ma-
tière agréée par l'Administration.
Voyant que l'auteur du Traité, M. Gueroult,
ignorait combien l'emploi du plomb, à cause de
ses propriétés vénéneuses, est dangereux dans
des conduites où doit séjourner l'eau destinée à
l'alimentation, je me suis empressé de lui signaler
le danger.
Aujourd'hui, j'ajoute qu'une circulaire ministé-
rielle en date du 28 septembre 1853 prohibe les
tuyaux de plomb, de cuivre ou de zinc pour le
transvasement des boissons.
— 5 -
IV.
Dans le Traité fait avec les Anglais, il leur a été
concédé le droit exclusif de poser dc>s tuyaux non-
seulement dans les rues, mais encore dans l'inté-
rieur des maisons. Ainsi, du même coup, on ôte a
beaucoup d'industriels de notre ville l'occasion do
nombreux travaux et on ôte aussi aux Rouennais
qui voudront de l'eau le droit de ne prendre, pour
travailler chez eux, que des ouvriers qui leur con-
viennent. Il ne mancfue plus que d'imposer à ces
habitants l'obligation de parler anglais.
Réponse de M. GuerouU :
« M. Cartier dit que le monopole dos installations
« à domicile et non d'entretien, accordé aux Con-
* cessionnaires, porte atteinte à la liberté indivi-
« duelledes habitants; nous lui répondrons que si
« ce monopole peut être regrettable pour son in-
t duslrie personnelle, à /«/, et celle de plusieurs
« autres opposants, l'Administration a cru devoir
t le maintenir pour obtenir des Concessionnaires
« des installations à meilleur marché, suivant des
« prix fixés par elle, et au moyen de devis que
« chaque habitant pourra soumettre gratuitement,
t dans leur application, à la vérification de l'archi-
« teetc municipal. — N'est-ce pas là un avantage
« pour le public? »
_ 6 -
Ailleurs, M. Gueroult traite de prétendus les
bénéfices que j'évalue devoir être retirés, par les
Concessionnaires, sur les installations à domicile.
D'abord, si peu important que ce soit, il faut le
dire, je ne suis pas poseur de tuyaux. Le monopole
que je critique n'est donc pas regrettable pour mon
industrie personnelle, à moi.
Mais il n'en est pas moins certain que cette
mesure est extrêmement fâcheuse pour l'industrie
d'un certain nombre d'habitants de la Ville.
Puis, est-ce que M. l'Adjoint aurait la prétention
de nous faire accroire qu'il a imposé une servitude
à ses Anglais, en leur octroyant le privilège des ins-
tallations à domicile? — En vérité, c'est là une
joyeusetô qui passe la tolérance!
Ce privilège, cela saule aux yeux, n'est qu'un
moyen indirect d'augmenter la subvention annuelle
de la Compagnie concessionnaire.
Pour les installations à domicile, si on voulait
le bon marché, il n'y avait qu'à laisser les Conces-
sionnaires en concurrence avec les industriels
rouennais. — C'était bien simple.
Mais ce qui est plus grave, ce que j'appelle une
atteinte à la liberté individuelle, c'est l'interdic-
tion, résultant de ce monopole, pour tous les
Rouennais qui voudront de l'eau, d'employer pour
la pose des appareils dans l'intérieur de leurs
maisons d'autres ouvriers que ceux de la Corn-
pagnie anglaise. — Il y a là une question de prin-
cipe de la plus grande importance.
Si aujourd'hui on tolère ce privilège exorbitant
pour la distribution d'eau, demain il pourra être
infligé-pour la pose des tuyaux et appareils à gaz,
puis pour l'établissement des gouttières, puis....
Où s'arrèterait-on une fois engagé dans cette voie?
Réglementez les travaux des voies publiques ; —
mais ne franchissez pas le seuil de nos demeures.
Chacun veut et doit être libre chez soi.
V.
Comme on vient de le voir et comme encore on
le verra plus loin, tous mes griefs s'appliquent au
marché passé avec les Concessionnaires et non
au projet de distribution d'eau qui est adopté.
Pourquoi alors, dans un paragraphe de son factum,
à propos de ce marché très désavantageux pour la
ville, M. Gueroult me renvoie-t-il aux auteurs
d'autres projets? Il y a là une confusion qui peut
être commode à M. l'Adjoint pour exercer son
esprit, mais qu'il n'est pas équitable de maintenir.
— Le projotde distribution d'eau et le marché passé
pour l'exécution de ce projet sont deux choses bien
distinctes. Le marché, je ld désapprouve. Tandis
que, sur le projet en lui-même, j'ai le. bonheur