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Réplique de l'ancien des Bollandistes, Corneille de Bye, à la Lettre de M. Des Roches,...

De
121 pages
Lemaire (Bruxelles). 1781. In-8° , 120 p..
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REPLIQUE
DE L'ANCIEN
DES BOLLANDISTES
CORNEILLE DE BYE
A la Lettre de Monfieur DES ROCHES , Secretaire
de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de
Bruxelles, écrite au fujet de la Réponfe du
premier au Mémoire de ce dernier fur le Tef-
tament de S. Remi.
A B R U X E L L E S,
Chez LEMAIRE, Imprimeur-Libraire, rue de
la Magdelaine.
M. DCC. LXXXI.
REPLIQUE
DE L'ANCIEN
DES BOLLANDISTES
CORNELLE DE BYE
A la Lettre de Monfieur des Roches.
MONSIEUR,
IL convient fans doute d'avoir des égards pour
les Auteurs vivans ; mais ne convient-il pas éga-
lement d'en avoir aussi pour ceux , qui ne vivent
plus ? l'équité & le bon fens, comme vous m'a-
vouerez fans peine, le demandent, & il faut fur-
tout se bien garder de les taxer d'impofture , à
moins, qu'on ne puisse évidemment prouver, qu'ils
ont voulu en imposer. Mais, quoiqu'il convienne
également de respecter les Auteurs & morts &
vivans , les Savans néanmoins, qui defirent tout
de bon d'éviter les suites fâcheufes , qui résultent
ordinairement des querelles littéraires , traiteront
toujours dans leurs écrits avec plus de ménage-
ment les vivans & n'en attaqueront ou critique-
ront même aucun; Cette façon de se conduire en-
vers les Ecrivains , que vous dites (1) avoir con-
(1) Lettre. Pag. 3.
A
( 2 )
ftamment prife pour regle, est fans contredit très-
excellente ; mais, Monfieur, l'avez-vous suivie à
notre égard? N'avez-vous pas dit, que les Bol-
landiftes, en rejettant le plus ample des Tefta-
mens de S. Remi, n'ont fait que compiler les ob-
jections , déjà faites par d'autres ? N'avez-vous
point affuré, qu'ils n'en ont proposé qu'une feule
nouvelle, que celle-ci ne porte que sur une fup-
pofition gratuite , & qu'ils n'ont pas même difcuté
les anciennes ? De plus après avoir avancé
tout cela , n'avez-vous pas critiqué & tâché de
réfuter ces objections, en les désignant bien clai-
rement fous le nom d'objections des Bollandiftes?
Oui, Monfieur, c'eft ainsi que vous en avez ufé
à l'égard de ceux-ci. Votre Mémoire Académique ,
relatif à cet objet, en fait foi (1) , & comment
dire après cela, que vous n'y ayez pas attaqué
des Ecrivains encore vivans? Le nom général de
Bollandiftes ne s'étend-t-il peut-être qu'à ceux ,
qui, après avoir travaillé pendant quelque tems
à l'ouvrage Bollandien, n'exiftent plus , ou ceux,
qui y travaillent, actuellement, ne font-ils plus en
vie ? L'Auteur d'un Ouvrage se prend à la vérité
fouvent pour l'Ouvrage même ; mais cela ne peut
pas avoir lieu ici, vû que ce que vous attribuez
aux Bollandiftes, ne convient aucunement à l'Ou-
vrage , dont ils font les Auteurs. Cependant tout
comme si vous n'aviez attaqué & critiqué que des
écrivains déjà morts, vous vous appeliez l'Auteur
(1) Mémoires de l'Académie tom. 2 depuis la
pag. 643 jufqu'à la pag. 651.
( 3 )
le plus attentif à ménager fes contemporains (l) ; mais ,
quand on attaque des Auteurs encore vivans , &
qu'on le fait même au fujet d'un fentiment, qu'ils
n'ont foutenu nulle part dans leurs Ouvrages , peut-
on fe flatter à bon droit d'être bien attentif à mé-
nager fes contemporains ? Le Bollandifte Suyskens
avoit cru & soutenu dans fon Comment. fur la
Vie de S. Remi (2) , que le plus ample des Tefta-
mens de ce Saint n'est qu'une piece supposée ; mais
l'opinion d'un des Bollandiftes n'étant pas toujours
celle de tous les autres , il ne f'en fuivoit pas ,
que le sentiment de ce Bollandifte fut aussi celui
des Bollandiftes encore vivans. C'eft ce qu'eu égard
à ce que vous dites à la pag. 44 de votre Lettre ,
Vous n'avez certainement pas ignoré & puifque
vous avez sans doute également fu, que ceux-ci
n'avoient soutenu nulle part, que le Teftament de
S. Remi soit apocryphe & fuppofé, pourquoi en
attaquant le sentiment particulier du Bollandifte
Suyskens , n'avoir pas eu l'attention de ne vous
en prendre qu'à lui seul? Pourquoi attaquer à ce
fujet les Bollandiftes en général, & par conféquent
ceux, qui font encore est vie? Cette façon d'agir
prouve-t-elle votre attention à ménager vos con-
temporains? Non fans doute & puifque ce que je
viens de dire , montre, que c'eft même à tort,
qu'il vous a plû nous attaquer , pouvons-nous y
être insensibles? Eft-il bien agréable de se voir criti-
quer & refuter en public au fujet d'une opinion ,
qu'on n'a jamais foutenue ? Si moi en combattant
(1) Lettre pag. 4.
(2) Act. des Saints tom. 1. Octob. pag. 108 & 109.
A 2.
(4)
votre sentiment sur le plus ample des Teftamens
de S. Remi, j'avois été assez malavifé de m'en
prendre, non pas à vous feul, mais à tous les
Meffieurs de l'Académie de Bruxelles en général,
ces Savans, qui n'ont fontenu nulle part ce fenti-
ment , n'en auroient-ils pas été juftement indig-
nés? je fais , qu'il y a des Auteurs, qui en com-
battant le fentiment d'un feul Bollandifte,s'en font
aussi pris à tous en général , mais ces.Auteurs,
n'ayant été guidés en cela ni par l'équité , ni par
le bon fens , quelle juste raifon m'alleguerez-vous
de les avoir imités? Ne me demandez donc plus, Mon-
sieur , eh quoi vous pouvez nous avoir offensés.
Ne me demandez plus la raison du ton plaintif,
qui, dites-vous, domine dans les premieres pages
de ma Réponfe. N'affurez plus auffi, que vous ne
vous trouvez coupable que d'avoir été d'un fenti-
ment contraire à celui d'un Bollandifte , mort de-
puis plusieurs années, & d'avoir ofé le dire , ou
que notre difpute ne provient que de cette four-
ce (1). Mais, dites-vous, l'Auteur le plus attentif
à ménager fes contemporains a été harcelé , chicané,
critiqué le plus vivement, le plus fréquemment &
prefque toujours le plus injuftement du monde (2) ?
Vous prétendez donc, Monfieur , que je vous ai
harcelé , chicané, critiqué le plus vivement, le
plus fréquemment & presque toujours le plus in-
juftement du monde ? Mais, fans m'arrêter ici à
faire voir, que c'eft là véritablement outrer les
termes à plaifir, je m'attache uniquement à l'effen-
tiel. Vous m'accufez de fréquentes injuftices en-
(1) Lettre pag. 4, 5, 15 & 16. (2) Ibid. p. 4.
( 5 )
vers vous, dont les principales vont au nombre
de trois, eu égard au détail, que vous en faites
dans le cours de votre Lettre. Voyons donc où &
comment j'ai pu les commettre. La première, à
vous en croire , c'eft en difant, que vous avez
décrié notre Ouvrage dans la vue de le faire tom-
ber (1). La feconde en introduifant des perfonnes
inftruites , mais anonymes, à qui j'ai fait dire de
vous tout ce que je ne voudrois pas foutenir moi-
même (2). La troifième enfin, c'eft en vous fai-
fant dire des chofes, que vous n'avez point dites ,
& auxquelles vous n'avez pas même fongé. Voilà
du moins ce que vous donnez à entendre en plus
d'un endroit de votre Lettre, &, quoiqu' en m'ac-
cufant de cette derniere injuftice, vous m'accu-
fiez en même tems de mauvaise foi implicitement,
il s'en faut néanmoins de très-peu que vous ne le
faffiez auffi ouvertement. On peut aifément s'en
convaincre, en lifant les pages 14, 19, 22, 23,
26 & 33 de votre Lettre. Le ftile , que vous y
employez, fait voir auffi le ménagement fingulier,
dont vous ufez envers votre adverfaire, & la dé-
termination fixe , où vous êtes à ne vous permet-
tre jamais d'être dur & offenfant. Pour abréger je
n'en donna ici qu'un échantillon. Voici comme
vous m'apoftrophez a la premiere des pages d'a-
bord citées. Mais, dites-vous , fouvenez-vous, Mon-
fieur , qu'une injuftice eft une offense ; que prêter à
fon adverfaire des vues, qu'il n'a point eues, lui
faire dire des chofes , auxquelles il n'a jamais fongé ,
(1) Lett. pag. 7. (2) Ibid. pag. 13.
( 6 )
& fe préparer ainfi un triomphe facile , c'eft de toutes
les injuftices celle , qui révolte le plus. J'en conviens ;
c'eft affurément là une injuftice très-révoltante ;
mais ce qui me refte à vous dire , fera voir
évidemment , que je n'en fuis aucunement cou-
pable.
Cependant, fi pour répondre à votre joli com-
pliment , que je viens de tranfcrire, on vous re-
pliquoit, fongez, Monfieur, que c'eft une injuftice
bien plus révoltante encore que de feindre n'avoir pas
été compris , de nier d'avoir dit ce qu'on a le plus
ouvertement dit, d'en agir ainfi pour ne pas paraître
avoir eu tort & d'accufer néanmoins d'injuftice & de
mauvaife foi celui, qui a tris-bien compris fon adver-
faire , & ne lui a fait dire que ce qu'il a très-réelle-
ment dit, que diriez-vous d'une telle apoftrophe?
Je ne doute pas, qu'elle ne vous femblât très-
dure & tres-offenfante ; mais, fi elle eft effective-
ment telle , vous ne pouvez nier, que la vôtre
ci-deffus rapportée , ne le foit également. L'une
& l'autre font à-peu-près du même alloi. Rappro-
chons-nous maintenant de notre fujet, & pour
procéder avec méthode , commençons par l'examen
de la premiere des trois principales injuftices , dont
vous m'accufez.
Non, Monfieur, dites-vous (1) , je n'ai point dé-
crié les Acies des Saints , & je ne fais comment vous
avez ofé me faire cet injufte reproche. Tel eft le
premier grief, dont vous me chargez ; mais ou
vous l'ai-je fait cet injufte reproche? Où ai-je dit ,
que vous ayez décrié les. Actes des Saints ? L'endroit
(1) Lett. pag. 7°
(7)
de ma réponfe, d'où il vous a plu tirer une telle
conféquence, fuffit pour prouver, que vous l'en avez
mal tirée. Il s'y trouve à la pag. 4 , & eft conçu
en ces termes : Les Bollandiftes ont feulement com-
mencé cette année de reprendre fous les aufpices de
Sa Majefté la continuation de leur Ouvrage , & fi
étant attaqués dans la ville même, où cette continua-
tion s'eft reprife, ils laiffoient en des circonftances
pareilles fans réponfe le Mémoire , qui les décrie ,
plus d'un ledeur féduit par les affertions de Mr. des
Roches, pourroit être tenté à croire, qu'ils avancent
nombre de chofes , qu'ils ne prouvent pas, 5- qu'ils
ne font même pas en état de prouver ; ce qui pour-
roit à leur grand préjudice , fort décréditer le dit Ou-
vrage, dont ils vont bientôt donner au jour un nou-
veau volume. Que l'on pefé ces paroles dans toute
l'étendue de leur fignification , & l'on verra , qu'el-
les marquent fimplement,que vous avez décrié les
Bollandiftes. On verra encore, que le pronom les
de la propofition incidentelle qui les décrie fe rap-
porte aux seuls Bollandiftes, qui ont repris la con-
tinuation de l'Ouvrage Bollandien, & y travaillent
actuellement , & que par conféquent je n'ai pas
même dit ou voulu dire , que vous avez décrié tous
les Bollandiftes en général ; & quand même je l'au-
rois dit, encore ne s'en fuivroit-il pas, que j'aie
dit ou voulu dire que vous avez décrié les Actes
des Saints. Décrier les Bollandiftes & décrier leur
Ouvrage ou les Actes des Saints font deux objets
différens, que vous avez confondus (1). Ces deux
(1) Lett. p. 4, 7 & 8.
( 8 )
objets cependant n'en feroient qu'un feul , fi l'on
ne pouvoit décrier les Bollandiftes fans décrier en
même temps les Actes des Saints ; mais cela ne fe
peut-il point? Ne peut on pas décrier des Auteurs
lans les décrier au fujet des livres , qu'ils ont
compofés? Ne peut-on même pas décrier des Au-
teurs au fujet d'une matiere , dont ils ont traité ,
& non pas les décrier au fujet de toutes les autres,
fur lesquelles ils ont également écrit ? Enfin ne
peut-on pas aussi décrier des Auteurs au fujet de
la feule façon , dont ils ont difcuté quelque quef-
tion ou combattu quelque fentiment?
Oui , Monfieur , ces trois manieres différentes de
décrier des Auteurs peuvent affurément avoir lieu.
Or la derniere est juftement la vôtre à notre égard ,
& voici comment je le prouve. Si l'on difoit, que,
pour compofer votre Grammaire Françoife , vous
n'avez que compilé les regles, propofées par des
grammairiens antérieurs ; que vous n'en avez in-
venté qu'une feule nouvelle, que celle-ci ne porte
que fur une fuppofition gratuite , & que vous n'a-
vez même pas difcuté les anciennes, ne feroit-ce
point vous décrier au fujet de la façon , dont-on
fuppoferoit que vous avez compofé la Grammaire ,
dont vous étés l'auteur ? Sans doute , Monfieur,
& puifqu'à la différence près , que demande la
diverfité des objets, vous avez dit toutes les mê-
mes choses des Bollandiftes (1) , au fujet de la façon ,
dont ils ont, felon vous, combattu le Teftament
(1) Mémoires de l'Académie tom, 2, pag. 643
& 650.
(9)
de St. Remi, ce n'est assurément pas vous taire
injure de dire, que vous les avez décriés rélati-
vement à cette façon. Ceci me paroît clair ; mais
prouvons-le encore autrement. Dire, que les Bol-
landiftes, en combattant le Teftament de S Remi,
ont agi fans prudence & fans discernement, &
que ce font eux, qui de tous les favans y ont le
moins bien réuffi, ce feroit certainement les dé-
crier de cette troifième maniere ; or n'avez-vous
rien infinué, rien avancé de pareil contre ces écri-
vains? n'avez-vous pas affuré, que, pour prouver
la fuppofition du Teftament de St. Remi, ils n'ont
fait que compiler les objections déjà faites avant
eux , & qu'ils n'en ont propofé qu'une nouvelle (1)?
N'avez-vous pas encore ajouté (2), que cette ob-
jection même ne porte que fur une fuppofition
gratuite, & , tout cela étant, n'eft-ce pas à-peu-
près autant, que , fi vous aviez formellement dit,
que les Bollandiftes font ceux , qui de tous les
écrivains ont le moins bien combattu ce Teftament ?
De plus vous avez affuré (3), que les Bollan-
diftes n'ont point difcuté les objections, antérieu-
rement faites contre le même Teftament. Or, puif-
que ceux-ci néanmoins, comme vous faites enten-
dre d'abord après, ont approuvé ces objections ,
n'avez-vous pas ainfi infinué, qu'ils ont agi fans
prudence & fans difcernement ? Après avoir dit,
que les Bollandiftes n'ont point difcuté les objec-
tions en queftion, vous avez à la vérité ajouté
(1) Mem. de l'Acad. tom. 2 p. 643.
(2) Ibid. p. 650. (3) Ibid, p. 643.
( 10 )
tout de fuite (1), qu'ils fe font contentés de les
rapporter fimplement; mais ayant auffi infinué im-
médiatement après, que le Teftament leur a de-
plu à caufe de ces objections , vous avez ainfi en
vous contredifant vous-même, donné à connoître
qu'ils n'ont pas feulement rapporté, mais encore
approuvé ces mêmes objections ; & puifque , comme
je l'ai déjà dit, vous avez affuré de plus, qu'ils
ne les ont pas difcutées , il s'en fuit, que vous
avez infinué qu'ils les ont approuvées fans les exa-
miner , & que par conféquent ils ont felon vous
agi fans prudence & fans discernement.
Qu'on ajoute à tout ceci, que vous avez affuré
en outre que les critiques , à qui le Teftament a
paru fufpect, ont toujours fait des objections ,
qu'il ne falloit point faire & n'ont jamais dit,
ce qu'il falloit dire (2). Je fais bien , que vous
prétendez que cette affertion ne regarde pas les
Bollandiftes (3); mais comme ce que j'ai à dire
ci-après , fera clairement voir le contraire , cette
même affertion & les autres ci-deffus expofées ,
que touchant la façon , dont les Bollandiftes ont
combattu le Teftament en queftion, vous avez
mifes en avant , montrent fuffifamment, que j'ai
pu dire avec raifon, que vous les avez décriés
au fujet de cette façon. Auffi n'eft-ce que dans
ce fens , que j'ai dit, que vous les avez décriés.
(1) Mem. de l'Acad. tom. 2 , pag. 643. (2) Ibid.
pag. 544. (3) Lett. p. 25.
(11 )
Mes paroles ne marquent rien de plus. Vous
n'avez donc pas pu en inférer , que je vous ac-
cufe de décrier les Actes des Saints , ou les Bol-
landiftes au fujet de leur Ouvrage en général. Il
eft vrai, qu'elles ne portent pas expreffément que
ce foit au fujet du Teftament de S. Remi que vous
nous avez décriés ; mais il eft bien juste , qu'el-
les ne s'entendent que rélativement à ce feul
monument, vû qu'il y en eft uniquement quef-
tion.
C'eft auffi fans fondement & à grand tort, que
vous me demandez (1) , pourquoi je dis , que
vous décréditez notre Recueil. Car où l'ai-je dit
Mes paroles , qui vous ont donné lieu à faire cette
demande , fignifient tout au plus , qu'il pourroit
arriver , que vos affertions vinffent à décréditer
dans l'efprit de plus d'un lecteur l'Ouvrage Bol-
landien. Qu'on en juge par le texte même , que
voici. Plus d'un ledeur féduit par les affertions de
Monfieur des Roches pourroit être tenté à croire ,
que les Bollandiftes avancent nombre de chofes , qu'ils
ne prouvent pas ù qu'ils ne font même pas en état
de prouver ; ce qui pourroit, à leur grand préjudice ,
fort décréditer leur Ouvrage (2). J'y affure la feule
poffibilité du fait, dont il s'agit, & vous , en rai-
fonnant d'une façon, que la saine Logique ne
fauroit avouer , me faites affurer le fait même.
Encore n'ai-je point, comme vous le fupposez (3) ,
(1) Lettre pag. 4. (2) Réponfe pag. 4 & 5.
(3) Let. p. ;.
( 12 )
tiré cette poffibilité de l'erreur, que le P. Suys-
kens pourroit avoir commife , en regardant le
Teftament de S. Remi, comme une piece fabriquée
à plaifir, ni de la façon moins bonne, dont il
pourroit avoir combattu l'autenticité de ce monu-
ment , mais uniquement des affertions , par lef-
quelles, comme j'ai dit, vous avez décrié les Bol-
landiftes au fujet de cette façon. Pour s'en con-
vaincre il ne faut que jetter les yeux fur le paffa-
ge de ma Réponfe d'abord rapporté.
Ce paffage outre qu'il prouve le défaut de votre
raifonnement , dont je viens de parler , montre
aussi le peu de jufteffe de la conféquence , que
vous avez tirée des paroles, qui en font le com-
mencement. Elles portent : Plus d'un ledeur fé-
duit par les affertions de Mr. des Roches pourroit
être tenté à croire , que les Bollandiftes avancent
nombre de chofes, qu'ils ne prouvent pas, & qu'ils
ne font même pas en état de prouver, mais ces pa-
roles que marquent-elles ? Uniquement que les
Bollandiftes n'avancent pas nombre de chofes ,
qu'ils ne prouvent pas , & c'eft par conféquent
là uniquement ce que j'ai prétendu en les em-
ployant.
Cependant, tout comme si j'avois affuré, que
les Bollandiftes n'avancent jamais des chofes, qu'ils
ne prouvent pas, vous me dites à ce fujet duffé-
je aggraver les torts , que vous me fupposez, je de-
clarerai ingénument, que je fuis du nombre de ceux ,
(13)
qui penfent, que les Bollandiftes avancent quelque-
fois des chofes , qu'ils ne prouvent pas (1).
Ce n'eft point en vous mettant de ce nombre
que vous pourriez aggraves vos torts ; mais vous
les aggravez effectivement en interprétant mal
l'affertion , que forment mes paroles d'abord rap-
portées. Ne fe peut-il donc pas, que les Bollan-
diftes avancent quelquefois des chofes & que néan-
moins ils n'avancent pas nombre de chofes fans les
prouver ? Oui fans doute & vous avez par confé-
quent mal interprété cette affertion ; mais ce n'eft
point là tout. Vous avez encore interprété plus
mal la même affertion, en m'attribuant au fujet
d'elle la prétention fauffe & ridicule, dont je vais
maintenant parler.
La note marginale, dans laquelle vous l'avez fait,
eft conçue en ces termes : Ce n'eft pas l'envie de
critiquer les Actes des Saints, qui me porte à rele-
ver ces inexactitudes. Je le fais uniquement pour faire
voir, qu'il ne faut point prendre à la lettre l' affer-
tion de Msr. de Bye , par laquelle il femble infinuer,
que dans 50 vol. in-fol. les Bollandiftes n'avan-
cent rien , qu'ils ne prouvent folidement. C'eft cette
prétention , que je combats , parce que je la crois con-
traire à la vérité (2). Elle y eft affurément con-
traire; mais c'eft un phantôme, que vous com-
battez. Jamais je n'ai formé cette prétention, &
je ne l'ai fur-tout point formée par l'affertion
(1) Lettre pag. 6. (2) Lettre pag. XI & 12.
( 14 )
dont vous parlez. Car cette affertion, qui, prise
même a la Lettre , marque, que les Bollandisftes
n'avancent pas nombre de chofes, qu'ils ne prou-
vent pas , marque auffi , qu'ils n'avancent pas nom-
bre de chofes, qu'ils ne font pas en état de prou-
ver, & puifqu'il feroit ridicule de parler ainfi
d'écrivains déjà morts , il eft évident, qu'elle
doit être entendue des Bollandiftes encore vivans ,
& puifque par conféquent c'eft de ceux-ci feuls,
que j'ai dit, qu'ils n'avancent pas nombre de cho-
fes qu'ils ne prouvent pas , on n'en peut certaine-
ment pas conclure , que j'aie infinué, que dans 50
vol. in-fol. les Bollandiftes n'avancent rien, qu'ils
ne prouvent folidement.
Mais quand même on fuppoferoit, que la fuf-
dite affertion doit être entendue de tous les Bol-
landiftes en général , encore n'en pourroit-on pas
tirer cette conclusion. Car cette affertion ne porte
pas,que les Bollandiftes n'avancent aucune chofe,
mais qu'ils n'avancent pas nombre de chofes, qu'ils
ne prouvent pas. Or, cela étant, comment ou de
quel droit pourroit-on en inférer, qu'en la mettant
en avant, je femble infinuer, qu'ils n'avancent rien»
qu'ils ne prouvent folidement ! Si je difois par
exemple : ce savant n'a pas nombre de livres, ce
prédicateur n'a pas nombre d'auditeurs, ce mar-
chand n'a pas nombre de guinées, pourroit-on en
conclure, que je semble insinuer, qu'ils n'en ont
aucun ou aucune ? Qui raifonneroit ainfi, raifon-
nerait affurément de travers, & je ne croÌ6 pas
que vous voulussiez le défendre.
(15)
Cependant, Mongieur, c'eft de cette façon-là
que vous avez raifonné sur mon affertion. Elle
porte , que les Bollandiftes n'avancent pas nombre
de chofes , qu'ils ne prouvent pas , & vous en avez
conclu , que je femble infinuer par là , que dans 50
vol. in-fol. les Bollandiftes n'avancent rien, qu'ils
ne prouvent folidement. Tel eft votre raifonne-
ment. En vérité , Monfieur , j'ai été fort furpris de
voir, que vous l'ayez fait. Il n'eft rien moins que
jufte, & pour me fervir à peu près des mêmes
paroles , dont vous vous étes fervi à mon égard
(1) dans une autre occafion , il n'eft point digne
d'un favant de votre réputation & vous auriez du le
laiffer à cette claffe méprifable d'Auteurs , qui n'ont
en vue que d'en impofer.
Quand on interpréte des écrivains ou qu'on
tire des conféquences de ce qu'ils ont avancé, il
faut toujours bien fe garder de leur faire dire des
fauffetés ou des absurdités , à moins que les paro-
les , par lesquelles ils se sont exprimés, ou d'au-
tres raisons très-graves ne le demandent abfolu-
ment, j'ai toujours vu pratiquer cette regle par
les auteurs, qui agiffoient de bonne foi ; mais , ne
femble-t-il pas, Monfieur , que vous n'ayez pas
fait fcrupule de vous en écarter? Pardonnez-moi
la liberté, que je prends de témoigner ici quelque
doute à ce fujet. C'eft uniquement pour répondre
au moins en quelque façon à la politeffe, dont à
(1) Lett. pag. 13,
( 16 )
la pag. 23 de vôtre Lettre vous m'avez accueilli ,
que je vous fais cette demande. Je ne prononcé
pas fur le point, qui en fait l'objet ; je laiffe au
lecteur d'en juger par ce qui fuit d'y rélatif. J'a-
vois dit, que les Bollandiftes n'avancent pas nom-
bre de chofes, qu'ils ne prouvent pas , & quoi-
qu'il n'y ait point de raifon, pour la quelle ces
paroles doivent marquer, que les Bollandiftes n'a-
vancent jamais des chofes , qu'ils ne prouvent pas ,
vous les avez néanmoins interprétées de cette fa-
çon en me faifant dire une fauffeté des plus abfurdes,
& vous en avez conclu de plus , que par l'affertion,
qu'elles forment, je femble infinuer , que les Bol-
landiftes dans 50 vol. in-fol. n'avancent rien,
qu'ils ne prouvent folidement. J'avois dit, quel
vous avez décrié les Bollandiftes encore vivans ,
ou , fi vous le voulez , les Bollandiftes en général ,
& au moyen de l'interprétation , que vous avez
donnée à mes paroles, vous m'avez fait dire con-
tre la vérité, que vous aviez décrié les Actes des
Saints, quoique mes paroles eu égard au fujet ,
dont il étoit queftion, exigeâffent une toute autre
interprétation , comme j'ai montré ci-deffus. J'a-
vois dit enfin , qu'il pourroit arriver, que vos
affertions vînffent à décrediter nôtre Ouvrage dans
l'efprit de plus d'un lecteur, & vous en avez pris
occafion d'affurer , que j'ai dit fauffement, que
Vous l'aviez réellement décrédité , quoique mes
paroles ne vous attribuent aucunement ce fait,
comme j'ai également montré ci-dessus.
Qu'on
( 17 )
Qu'on sache donc, monfieur, que , malgré tout
ce que vous dites , je fuis fort éloigné de penfer,
que dans 50 vol. in fol. les Bollandiftes n'aient
rien avancé , qui ne foit folidement prouvé. Non,
non , monsieur , la connoiffance, que j'ai de notre
Ouvrage, quelle qu'elle foit, ne me permettra
jamais de croire un tel paradoxe. Qu'on fache au
contraire , que je crois , que les Bollandiftes ont
quelquefois avancé des chofes , qu'ils n'ont pas
folidement prouvé, & que même pour les rai-
fons , que vous avez alleguées (1) , ils n'ont pas
été en état de prouver. L' expérience me l'a ap-
pris , comme auffi, qu'ils ont quelquefois commis
des erreurs. C'eft une vérité ; que je reconnois
fans difficulté ; mais je prétends en même temps ,
que ces erreurs , que ces chofes , qu'ils n'ont pas
prouvées, ne font pas en grand nombre , eu égard
à l'immenfité de l'Ouvrage, dans lequel ces dé-
fauts fe trouvent.
Qu'on fache encore, que c'eft-la tout ce que je
prétends. À l'exemple de nos devanciers nous ne
nous attribuons aucune efpece d'infaillibilité. La
Proteftation , que nous mettons à ce fujet à la tête
de chacun de nos tomes, l'annonce publiquement.
Qu'on fache enfin, que je n' ai dit nulle part, que
vous ayez décrié ou décrédité notre Ouvrage. Ce
font les feules interprétations finiftres, que vous
avez données à mes paroles, qui vous l'ont fait
(1) Lett. pag. 6 & 7.
(18)
dire. J'ai affuré fimplement, comme je vous l'ai
prouvé plus haut, que vous avez décrié les Bol-
landiftes au sujet de la façon, dont felon vous ils
ont combattu le teftament de S. Remi, &, puif-
que vous avez pu faire ceci fans méprifer leur
Ouvrage , je veux bien croire , que vous en fou-
haitez la continuation , comme vous dites (1).
Je veux même bien croire auffi , que vous en
faites grand cas , & vous croyant dans cette difpo-
fition , je me difpenfe de vous fuivre en tout ce
que vous alleguez pour la prouver (2) soit en faifant
l'éloge des Bollandiftes, foit en retraçant le point
de vûe, fous lequel vous envisagez leur vafte re-
cueil. Tout ce que vous y avancez , n'eft à la
verité , ni également exact, ni à l'abri de toutes
critique ; mais je n'y touche point dans la vûe de
ne pas trop m'écarter du fujet de ma replique, &
me croyant maintenant fuffifamment difculpé de
la premiere injuftice, dont vous m'accufez , je
passe à l'examen de la seconde.
Après avoir rapporté mes paroles, fur lefquel-
les vous la fondez, vous me faites d'abord des
reproches fur ce que vous appeliez la petite rufe,
par laquelle j'ai introduit des personnes inftruites,
mais anonymes , à qui j'ai fait dire tout ce que
je ne voudrois pas foutenir moi-même. Ensuite
vous obfervez , que cet artifice , comme vous l'ap-
peliez auffi, n'eft pas digne de ma réputation &
(1) Lett. pag. 8. (1) Lett. pag. 9, 10, XI & 12.
(19)
Vous citez à ce propos les lettres Provinciales (1).
En vérité, monfieur, la citation de ces lettres
figure affez étrangement dans celle que vous m'a-
dreffez. Les auriez-vous citées dans le feul deffein
d'établir votre thefe? N'y auroit-il pas en outre
ici quelque petit artifice , quelque petite rufe de
votre part ? Point de piege, que vous ayez voulu
me tendre ? Qu'en penfer ? Des perfonnes intelli-
gentes, qui n'ignorent pas, ce que c'eft que de
ces lettres , pénétreront apparemment mieux, que
moi, les vûes , que vous pouvez avoir eues, en
me les citant. Quoi qu'il en foit , bien déterminé
à ne pas faire ici quelque pas dangereux, je ne
m'attache qu'à ce qui fait le principal, & pour
ainfi dire , l'unique point, dont vous m'accufez.
J'ai introduit, dites-vous , des perfonnes ano-
nymes , à qui j'ai fait dire tout ce que je ne vou-
drois pas foutenir moi-même ; mais , comme je
ne leur ai fait dire que ce qu'elles m'ont réelle-
ment dit, quelles font donc les chofes, qu'elles
m'ont dites, & que je ne voudroís pas foutenir ?
Vous ne vous ouvrez nulle part diftinctement fur
ce point ; mais , eu égard à ce que vous infinuez
pag. 15 & 16 de votre lettre , elles doivent m'avoir
dit, que dans votre mémoire fur le teftament de
S. Remi elles vous ont trouvé dur, hautain & offen-
fant. C'eft de mes paroles , rapportées à la pag. 13
de votre lettre, que vous avez tiré cette conclu-
(1) Lett. pag, 13 & 14.
B 2
(20)
fion & quoiqu'elle ne foit pas exacte , ni jufte à tout
égard , comme je pourrois le montrer , je l'admets
néanmoins en toute fon étendue, & je vous paffe
par conféquent, que ces perfonnes-là m'ont dit vous
avoir trouvé dur, hautain & offenfant.
Mais dois-je pour cela etre refponfable de tout
ce qu'elles m'ont dit ? C'eft ce que vous prétendez
(1) , & je veux bien m'y prêter; mais je ne veux
& ne dois le faire , que pour autant que j'ai ap-
prouvé ou regardé , comme pouvant etre vrai,
ce que vous voulez, que j'aie fait dire à ces per-
fonnes , ou plutôt ce qu'elles m'ont réellement
dit. Ceci paroit raifonnable & je ne crois pas,
que vous puiffiez prétendre quelque chofe de
plus ; mais ai-je approuvé ce que ces perfonnes
m'ont dit ? Après avoir infinué , qu'elles m'avoient
dit avoir trouvé dans votre mémoire des expref-
fions dures, hautaines & capables d'offenfer, j'ai
d'abord ajouté ne favoir dire avec certitude , fi
elles avoient abfolument tort (2). Je n'ai donc
pas approuvé positivement ce que ces perfonnes,
m'avoient dit, j'ai témoigné feulement de douter,
fi ce qu'elles m'avoient dit, n'etoit pas vrai, &
puifqu'il en est ainfi, je ne fuis refponfable que
du doute, que je me fuis permis à ce fujet.
De ce que je viens de dire, il s'en fuit, que,
tout mûrement confideré, c'eft à ce feul point,
que fe reduit la deuxieme injuftice , dont vous
(1) Lett. pag. 14. (2) Reponfe pag, 6.
(21)
m'accufez, &, cela etant , pour réfuter ou dé-
truire cette accufation , il fuffit de montrer, qu'en
me permettant ce doute, je ne vous ai fait au-
cune injuftice. Montrons-le donc & de plufieurs
endroits de votre mémoire, qui pourroient m'y
fervir, n'en alléguons que deux pour abréger.
Au premier endroit en traitant de l'objection ,
tirée par le P. Suyskens de la donation de la terre
de Douzi , que le teftament de S. Remi infinue
avoir été fait par le jeune homme Clodoalde , vous
prononcez d'un ton magiftral fans alléguer aucune
preuve de ce que vous avancez, que cette obje-
ction ne porte que fur une fuppofition gratuite,
& même, que vous êtes fur, que vos lecteurs,
ne l'ayant qu'entendue , s'en feront déja apper-
çus. Au fecond endroit après avoir parlé d'un ton
de mépris de toutes les objections, propofées con-
tre le teftament, vous dites , qu'il eft furprenant
que ceux , qui ont amaffé tant de minces obje-
ctions contre cette piece , ne fe foient jamais avifés
de celle , que vous vous applaudiffez d'avoir inven-
tée, & après l'avoir mife en tout fon jour, ravi
pour ainfi dire de la beauté de votre invention ,
Telle eft, dites-vous avec emphase , la difficulté,
que nos critiques n'ont point apperçue , & qui, felon
moi , vaut bien toutes celles , qu'ils ont imaginées.
Les deux endroits de votre Mémoire , que je
rappelle ici, fe trouvent à la pag. 650, 652 & 653
du feconde tome des Memoires de l'academie.
Je prie les lecteurs équitables de les lire avec at-
tention, de pefer mûrement les affertions , par
B 3
(22 )
lefquelles je prétends , que vous avez décrié
les Bollandiftes au fujet du teftament de S.
Remi , & de juger enfin, fi j'ai été injufte
à vôtre égard en me permettant de douter, fi
nulle part dans votre Mémoire vous n'avez été
dur, hautain & offenfant. Si vous aviez parlé
avec plus de modeftie de votre objection toute
neuve , si vous n'en aviez pas relevé le mérite au
mépris des critiques, qui en ont amaffé d'autres,
jamais je ne me ferois avifé de l'examiner & encore
moins de l'attaquer.
Au refte je me flatte , Monsieur , qu'après tout
ce que je viens de dire pour me laver de la fe-
conde injuftice, dont vous m'avez accufé, j'y ai
réuffi aussi heureufement, qu'à la premiere. L'or-
dre , que je me fuis préfcrit, me conduit main-
tenant à l'examen de la troifieme ; mais je dois
auparavant quelque réponfe à ce que vous dites à
la pag, 16 & 17 de votre lettre. Vous y témoi-
gnez n'etre pas content du détail, que j'ai donné
du fujet de votre Mémoire , & defirer, que les
perfonnes, qui voudront fe porter pour juges en-
tre vous & moi, ne prennent pas une idée de vo-
tre Ouvrage dans ce détail, mais dans votre Ou-
vrage même. Ce defir n'a rien que de jufte, &
je fouhaite , qu'on le life d'un bout à l'autre avec
la plus grande attention. Si les perfonnes , qui le
feront, daignent en même temps fe donner la
peine de jetter les yeux fur le detail, que j'en
ai donné, elles pourront fe convaincre aifément ,
(23 )
qu'il ne renferme rien que de vrai, rien que de
jufte. Auffi ne conçois-je pas , comment vous avez
pu vous en plaindre. Aurois-je du peut-être au
rifque d'être d'une longueur ennuieufe & inutile
entrer dans le détail de tout ce que vous aviez
dit touchant les objections , tirées des mots Prin-
ceps & principatus , Auftria , Neuftria , archiepifco-
pus ! Il paroit que ce foit effectivement là ce que
vous auriez fouhaité , & fur tout , que j'euffe
trouvé affez fatisfaifantes les chofes , que vous
aviez dites fur les interpolations du teftament, &
fur ce qui peut les avoir occafionnées. Mais
tomme je n'avois pas encore examiné ce point
affez mûrement, ainfi que je l'infinue à la pag. 17
de ma réponfe, pouvois-je en dire mon fenti-
ment fans rifquer ? La prudence exige, que l'on
ne prononce pas fur des objets , dont on n'a pas
une connoiffance fuffisante, & je me fais bon gré
d'avoir fuivi cette regle en ce cas.
Car à la fimple lecture des chofes , que vous
aviez dites.fur les interpolations du teftament &
fur ce qui peut les avoir occafionnées, je les crus
réellement affez fatisfaifantes ; mais maintenant,
que je les ai examinées de près, j'en juge bien autre-
ment & pourque vous n'ayez plus rien à me reprocher
à ce fujet, je vais faire voir , que c'eft avec raifon ;
mais pour éviter en même temps la longueur au-
tant qu'il n'eft poffible , je laifferai là ce que
vous dites fur l'interpolation des paffages , ou il
eft fait mention de l'action principale de la vie
de S. Remi, & je ne m'attacherai qu'à montrer
au lecteur premierement, que ce que vous allé-
guez pour démontrer, comme vous dites, l'inter-
(14)
polation des paffages, où il est parlé des miracles
de ce Saint, n'eft rien moins que fatisfaifant, &
en fecond lieu, que ce que vous avez dit fur ce
qui peut l'avoir occafionnée, ne l'eft point da-
vantage.
Je prétends démontrer, dites-vous (1), que le paf-
fage du teftament, ou il eft quefton de miracles , ne
fauroit etre de S. Remi , non pas parceque je crois
impoffible , qu'un Saint fe permette une petite ja-
dance , mais parceque cet homme vénérable n'a pu parler
d'un miracle qu'il n'a point fait, & qui ne doit fon
origine qu'à la pieté mal-entendue & au zele indif-
cret de quelque devot Légendaire. C'eft ce qu'il faut
démontrer ; mais avant tout, il eft néceffaire de met-
tre le paffage du teftament fous les yeux de mon le-
deur. Le paffage où plutôt les deux paffages du te-
ftament , dont vous parlez ici, portent non feule-
ment, que S. Remi a délivré du démon la fille,
dont il y eft parlé , mais auffi , qu'il a reffufcité
cette même fille , qui peu après étoit venue à
mourir. Voilà donc le miracle où plutôt le double
miracle, dont vous allez nous démontrer la faus-
feté. Voyons, comment vous vous y prenez.
Après avoir mis les deux paffages fous les yeux
du lecteur, vous racontez d'abord le miracle ou
fait en question tel, qu'il eft rapporté, dites-vous,
dans la Romanefque hiftoire de S. Remi compilée
par Hincmar. Voici les paroles , dont vous vous
fervez à cet effet (2). La fille d'un gentilhomme de
Touloufe étoit poffédée du démon. Ses parens l'ayant
(1) Mem. de l'Acad. tom. 2 , pag. 630.
(2) Ibid & pag. 640,
( 25 )
conduite à Rome aux pieds de S. Bénoît, celui-ci
tâcha vainement de chaffer le malin efprit. Prieres ,
jeûnes , exorcifmes , tout fut inutile. Le démon dé-
clara en termes exprès , qu'il prétendoit ne fortir du
corps de cette fille , que lorfqu'il s'y verroit forcé par
S.Remi. Auffi-tôt nouveau voyage de Rome à Rheims
où les parens allerent préfenter des lettres de recom-
mandation de S. Bénoît, ainfi que d'autres lettres ,
qu'ils avoient fu obtenir d'Alaric , roi des Goths.
Après avoir épuifé toutes les excufes , que l'hu-
milité pouvoit fuggérer, S. Remi fe laiffa vaincre
entreprit la guérifon de la jeune poffédée. Il réuffit Sf
chaffa le diable ; mais ce fut avec des efforts fiviolens ,
qu'elle en mourut. A cette fatale cataftrophe les fol-
licitations des parens fe renouvellerent. L'Apôtre de
la France, qui s'accufoit d'avoir commis un meur-
tre, au lieu de porter du remede , ne put réfifter
aux prieres de tous les affiftans , ír rendit la vie à
ce corps étendu mort à fes pieds.
Telle eft la façon , dont vous racontez le mira-
cle en queftion , rapporté par Hincmar, & puis
vous terminez votre recit par ces paroles rémar-
quables : Ilfuffit d'avoir rapporté ce miracle peu édi-
fiant , pour en faire voir la fauffeté; mais , Mon-
fieur , ce même miracle ou ce fait , à l'erreur
près, dans laquelle Hincmar eft tombé en fubsti-
tuant le patriarche S, Bén oît au Serviteur de Dieu,
aux pieds du quel la fille poffédée fut conduite à
Rome felon le rapport de Fortunat, ce fait, dis-je ,
fe trouve auffi rapporté fans aucune différence effen-
tielle dans la vie de S. Remi, écrite par ce même
auteur à peu près contemporain & digne de foi
à tout égard. Pourquoi donc ne l'avez vous pas
plutôt tiré de cette vie , publiée dans l'Ouvrage
Bollandien (1) , que de la vie, compilée par Hinc-
mar , qui en a été éloigné de plus de trois fiecles?
Pourquoi du moins n'avez-vous pas déclaré quelque
part , que Fortunat le rapporte auffi? Pourquoi même
avez-vous infinué le contraire , quand , en rap-
portant le texte de cet écrivain , qui a occafionné
Terreur d'Hincmar, vous ayez dit feulement, que
dans l'abregé de la vie de S. Remi par Fortunat
il eft fait mention de l'exorcifme de la poffédée
commencé à Rome, (2) tout comme s'il n'y en étoit
rien dit de plus ?
En vérité , Monfieur, votre fincérité me devien-
droit ici fort fufpecte, fi je ne voiois , que vous
vous êtes fervi de ce que vous avez trouvé à ce
fujet dans les Annales de Mabillon (3), qui n'y
ayant eu en vue que de réfuter l'erreur fufdite
d'Hincmar , n'a du donner que le recit de celui-
ci , qui la renferme , & n'a auffi du rapporter
que ce qu'il trouvoit propre à ce but dans Fortunat.
Quoi qu'il en foit, puifque Fortunat , outre l'ex-
orcifme , commencé à Rome fur la fille poffédée,
raconte auffi , comme je viens de le dire , le refte
du fait où du miracle , dont il s'agit, peut-on
dire avec raifon, qu'il fuffife de l'avoir rapporté
d'Hincmar pour en faire voir la fauffeté ! Je crois
que non, & je penfe que tous les favans, à qui
les principes d'une critique fage & moderée font
encore chers , feront de mon fentiment. J'avoue ,
(1) tom. 1 Octob. pag. 128, 129 & 130. (2) Mem,.
de I'Acad. tom. 2, pag. 640. (3) tom. 1, pag. 61.
[ 27 ]
que l'abregé de la vie de S. Remi où, si l'on veut,
la vie la moins ample, écrite par Fortunat, n'eft
qu'une piéce informe & ne répond nullement à
la réputation de cet écrivain. Mais pourquoi ?
Eft-ce peut-etre à caufe des fauffetés indubita-
bles , qu'elle contient ? Non , Monfieur ; c'eft uni-
quement ( voyez l' Octobre Bollandien tom. 1, pag.
62, num. 18 ) parcequ'outre la naiffance, la jeu-
neffe & la promotion de S. Remi a l'epifcopat ,
elle ne rapporte que quelques miracles , omettant
les autres faus du Saint dans l'epifcopat , qu'il
importoit bien plus de tranfmettre à la poftérité. De
plus , Monfieur, quoique l'hiftoire affez prolixe de
la vie de S. Remi, qui à ce qu'il paroit, a été
écrite immédiatement après la mort de ce Saint
& ne fe trouve plus , n'ait pas été compofée par
Fortunat , comme vous dites (1), cet auteur néan-
moins , qui en a tiré son fufdit abregé , y a puifé
le miracle en queftion (2), & Grégoire de Tours
auteur également à peu près contemporain de S.
Remi, l'a peut-être-fait auffi. Du moins il écrit
très-expreffement (3) : Remigius verò Remenfis ur-
bis epifcopus .. . oratione fua defundoe cadaver puel-
la obtinuit fufcitari ; & dans l'ancienne préface de
la Meffe de S. Remi on lit (4) : Puellam verò ex
Tolofanis à doemonico fpiritu purificavit, ipfamque
poftmodùm mortuam fufcitavit.
Donc , Monfieur , le fait où le miracle , dont
il s'agit , n'eft pas rapporté par le feul Hinc-
(1) Memoires de l'Acad. tom. 2, pag. 640.
(21 Acta Sanct, tom. 1 Octob. pag. 62, num. 16.
(3) De Gloria conf, cap 79.
(4) Acta Sanct. tom. 1 Octob. pag. 72, num. 74.
[28]
mar ; il l'eft encore par Fortunat, qui l'a tiré de
la vie affez prolixe d'abord mentionnée ; il eft
confirmé de plus par le témoignage de Grégoire
de Tours & par l'autorité refpectable d'un monu-
ment très-ancien. Mais malgré cela, & quoique
le Bollandifte Suyskens , après avoir tout mûre-
ment pefé, ait prononcé (1), qu'il n'y a aucun
lieu de douter de la vérité du fait , vous vous
retrancherez peut-être encore fur ce que vous en
avez déja dit (2), favoir que les circonftances , qui
l'accompagnent , font fi ridicules, que le cardinal
Baronius , qu'on n'accufera pas d'incrédulité, n'a
pu s'empécher de regarder cette narration , comme
violemment fufpede. Foible moien pour produire la
démonftration, à la quelle vous vous étes obligé !
Encore eft-il hors de toute vérité , que le car-
dinal Baronius ait regardé la narration du mira-
cle en queftion comme violemment fufpecte: C'eft
Mabillon, qui vous a induit en cette erreur. Cet
écrivain, après avoir raconté ce miracle tel qu'il
eft rapporté dans la vie de S. Remi par Hincmar,
ajoute d'abord (3) : Hanc narrationem fufpeclam
habet Baronius , quòd Hincmarus pro puelloe pa-
rente , qui Benedictus in prolixiori fancti Remigii te-
flamento vocatur, fancti Benedicti nomen fubftituiffe
videatur; mais ces paroles marquent feulement,
que Baronius a regardé la narration d'Hincmar
comme fufpecte de fauffeté quant à ce que cet
(1) Acta Sanct. tom. 1 Octob. pag. 72 , num. 74.
(2) Memoires de l'Acad. tom. 2, pag. 640.
(3) Annal. Bened. tom. 1, pag. 61.
( 29 )
auteur y dit de S. Bénoît, ou, fi Mabillon a réel-
lement penfé, que Baronius ait regardé cette nar-
ration comme fufpecte de fauffeté quant au mira-
cle même, qui en fait le fujet, il faut dire , que
l'Annalifte Bénédictin a été lui-même dans l'erreur-
Car Baronius a regardé ce miracle comme très-
certain & n'en a aucunement douté. Pour s'en
convaincre, il ne faut que confulter cet auteur
lui-même dans fes Annales de l'Eglife au com-
mencement de l'an 507, qui est le feul endroit,
où il parle de la fufdite narration d'Hincmar.
Examinons maintenant les dernieres raifons,
que vous alléguez pour achever d'établir votre dé-
monftration. En effet, dites-vous (1), cette poli-
teffe des Saints à renvoyer l'un à l'autre par avis du
diable les cures difficiles ; ce fier Prince Arien , qui
follicite un miracle auprès d'un prêtre Catholique &
tant d'autres incidens fabuleux auraient bleffé la gra-
vité de l'archevêque Hincmar, fi la crédulité pouvois
entendre raifon. Mais , Monfieur , ni Fortunat, ni
Hincmar ne difent en aucun endroit, que ce foit
par avis du diable, que la poffédée a été envoyée
à S. Remi , & cette politeffe des Saints, dont
vous femblez ici faire un fujet de raillerie , n'a
rien de fi extraordinaire. On en trouve nombre
d'exemples, non feulement donnés par des Saints
encore vivans , mais auffi par d'autres déjà morts.
(1) Mémoir. de l'Acad. tom. 2 pag. 640.
(30)
Frodoard nous en rapporte (1) un bien frappant,
& l'Ouvrage Bollandien en fournit plufieurs.
Quant à ce qui regarde Alaric roi des Goths,
à la vérité ce prince , qui refidoit a Touloufe,
étoit Arien ; mais malgré cela il trairait pour
l'ordinaire affez humainement les Catholiques , il
en eftimoit même ceux, qui avoient là réputa-
tion de vivre faintement ; & pourquoi donc ne
fe pourroit-il pas, qu'ayant appris le grand nom-
bre de miracles, qu'a voit operés S. Remi , il se
foit adreffé à lui pour en obtenir une guérifon,
qui pouvoit l'intereffer ? Naaman, général des trou-
pes du roi de Syrie, ayant oui parler des mira-
cles d'Elifée, ne s'eft-il pas adreffé , étant encore
païen, à ce prophete pour en être guéri de fa lé-
pre, & le roi fon maitre tout idolatre qu'il étoit,
ne l'envoya-t-il pas à cet effet au roi d'Israël avec
des lettres de recommandation (2) ? Deplus l'em-
pereur Valens, tout fier Arien qu'il étoit, n'a-t-il
pas auprès du prêtre Catholique S. Bafile le Grand
follicité un miracle en faveur de fon fils, qui
étoit dangereufement malade (3) ?
Par conféquent, Monfieur , ce fier prince Arien ,
follicitant la guérifon d'une poffédée auprès d'un
prêtre Catholique , & cette politeffe des Saints à fe
renvoyer les uns aux autrres les cures difficiles
(1) Histor. ecclefiae Rem. lib. 1 , cap. 24.
(2) Lib. 4 Reg. cap, 5. (3) Gregorius Nazianz.
orat, 20, & Soc. in Hift. lib. 4, cap. 21.
[ 31 ]
n'ont point dû, comme vous le voulez, bleffer la
gravité d'Hincmar, & puisqu'il confte par ce que
J'ai dit, que ces deux incidens ne prouvent auffi
en aucune façon la fauffeté du miracle, dont il
s'agit, où eft donc la démonftration, que vous
avez promife ? Vous infinuez, il eft vrai, que ces
deux mêmes incidens , ainfi que nombre d'autres ,
ajoutés au fait, font fabuleux ; mais vous ne le
prouvez pas, & quand même vous l'auriez prou-
vé , encore ne s'en fuivroit-il pas , que vous en
eûffiez démontré la fauffeté du fait, vu qu'il y
en a nombre d'autres très-réels , qui ne fe trou-
vent rapportés qu'avec des circonftances très-fauf-
fes & très-fabuleufes. Les martyres de plufieurs
Saints , qui ont répandu leur fang pour le nom
de Jefus- Chrift, font très-bien conftatés , quoique
les circonftances , avec lesquelles on les rapporte,
ne foient qu'inventées à plaisir, &, puifque tout
cela est ainfi , je vous démande encore, où eft
donc la démonftration, que vous avez promife ?
Au refte, Monfieur, en difant tout ce que je
viens de dire, je n'ai pas eu en vue de prouver,
que le miracle en queftion eft inconteftablement
vrai. Non, ce n'a pas là été mon but ; mais j'aí
voulu montrer uniquement, que toutes les raifons,
que vous avez alléguées, n'en démontrent aucune-
ment la fauffeté , & je crois y avoir réuffi. On
pourroit tout au plus vous accorder , qu'elles font
naître des foupçons contre cet événement furna-
turel ; mais peut-on fe flatter d'avoir démontré la
[32]
fauffeté d'un tel événement, attefté par des au-
teurs à peu près contemporains , aux quels on n'a
tout au plus que des foupçons a oppofer ! Non
affurement ; & il s'en fuit donc , que certainement
vous n'avez pas démontré, que S. Remi n'ait pas
fait le miracle en question, & que par conféquent,
ce que vous avez dit pour démontrer l'interpola-
tion des paffages, où il en eft parlé, n'eft point
du tout fatisfaifant.
Il refte à voir, fi ce que vous dites fur ce qui
peut avoir occafionné cette interpolation quant au
nom, dont le pere de la poffédée y eft appellé,
l'eft davantage. Tous les favans font maintenant
d'accord , qu'Hincmar , ayant lu dans la vie de S.
Remi par Fortunat Tunc parentes ejus & IPSIUS
BENEDICTI SERVI DEI où plutôt ( ce qui rend
fon erreur plus pardonnable ) fimplement, comme
porte le texte de Fortunat dans notre Ouvrage
(1) IPSIUS BENEDICTI 6- Alarici, Gothorum regis ,
affatibus fuffragati , s'eft imaginé , qu'il étoit là
queftion du grand S. Bénoît, & qu'en conféquence
il a attribué mal à propos à ce Saint, ce que For-
tunat attribue a un autre ferviteur de Dieu, au
quel il donne le titre de benedictus prenant ce
nom adjectivement, & non pas fubftantivement, com-
me Hincmar a penfé par erreur; mais cette bévue
d'Hincmar a-t-elle fait naitre de la façon, que
vous voulez, l'interpolation, dont il s'agit!
(1) Tom. 1 Octob. pag. 129, num. 6.
L'inter-
L'interpolateur du Testament... ayant lu, dites-vous
(1), SANCTUS PATER BENEDICTUS ou fimplement
PATER BENEDICTUS, a cru, que le pere de la fille étoit
appellé Bénoît. De là cette expreffion : BENEDICTUS
QUIDAM, CUJUS FILIAM ; & cette autre ; FILIAM BE-
NEDICTI SUSCITAVIT. Mais l'interpolateur du Tefta-
ment où avoit-il lu Sanctus Pater Benedictus ou fim-
plement Pater Benedictus ? Il faut felon vous , que
ce foit dans la Vie de S. Remi écrite par Hinc-
mar, & cela même dans l'endroit de celle-ci, où
Hincmar a commis la fufdite bévûe. Ceci paroît
certain, vû que vous dites (2); que c'eft cette
bévûe d'Hincmar, qui a porté l'interpolateur à
faire l'interpolation en queftion, ou, ce qui re-
vient au même, à donner le nom de Benoît au
pere de la poffédée ; mais ces paroles fanctus Pa-
ter Benedictus ou fimplement Pater Benedictus fe
trouvent-elles dans l'endroit de la Vie de S. Remi
par Hincmar , dont je viens de parler ?
Cette Vie eft publiée dans la collection de Su-
rius au 13 Janvier & dans la Bollandienne au
1 Octobre, & comme ces paroles-là ne fe trou-
vent ni dans l'une, ni dans l'autre au dit endroit,
ce ne peut être par elles, que l'interpolateur du
Teftament ait été porté à donner le nom de Bé-
noît au pere de la poffédée, & fuppofé que dans
cet endroit-là au lieu des mots Vir... nomine Be-
nedictus , qui s'y lifent, on trouvât réellement functus
(1) Mémoir, de l'Acad. tom 2 pag. 641. (2) Ibid.
G
(34)
Pater Benedictus , ou fimplement Pater Benedictus ,
encore ne feroit-il pas vrai, que l'interpolateur ,
y ayant lu ces dernieres paroles, en ait cru, com-
me vous dites , ou conclu, que le pere de la pof-
fédée s'appelloit Bénoît. Car cet endroit ou ce
texte d'Hincmar est fi formellement oppofé à une
telle conclufion , que , pour l'en tirer , l'interpo-
lateur , qui certainement n'aura pas lû ces feules
paroles, mais tout le texte, auroit dû être defti-
tué de tout fens commun. Ce texte fe trouve au
1 tom. de l'Octobre Bollandien pag. 142 num 39
& 40. Lifez-le avec attention & je ne doute pas,
que vous n'embraffiez vous-même mort fentiment
à cet égard.
Si vous aviez dit fimplement : je foupçonne, que
l'interpolateur , ayant lu dans Hincmar, que le
Serviteur de Dieu, aux pieds du quel la fille pof-
fédée a été conduite à Rome, s'appelloit Bé-
noît, en a pris occafion de donner auffi le nom
de Bénoît au pere de cette fille ; alors ce foupçon,
quoiqu'encore très-incertain , n'auroit aumoins
pas été deftitué de toute apparence de vérité ; mais
puifque vous avez dit, que l'interpolateur, ayant
lu ces paroles fanctus Pater Benedictus ou fimple-
ment Pater Benedictus, a cru, que le pere de la
poffédée fe nommoit réellement Bénoît & que
pour avoir cru cela , il l'a ainfi nommé, par-
là, Monfieur, vous en avez trop dit , & la chofe
n'étant rien moins que vraisemblable , comme
il confte par ce que je viens de dire, il s'en fuit,
que ce que vous avez dit fur ce qui peut avoir
occafionné l'interpolation quant au nom, dont le
( 35 )
pere de la poffédée eft appellé dans le teftament ,
n'eft également point fatisfaifant.
Voyez maintenant, s'il n'eut pas mieux valu de
ne pas me provoquer à dire mon fentiment sur
ces objets. Quant aux objections, fur lesquelles
vous paroiffez fouhaiter auffi; que j'euffe pronon-
cé, j'avoue, que ce que vous y avez répondu,
paroît en grande partie affez fatisfaifant. Auffi n'ai-
je voulu infinuer nulle part, qu'en pefant les ar-
gumens , propofés par différens auteurs contre le
teftament, vous y ayez toujours mal réuffi. Je voi ,
que vous m'imputez (1) d'avoir voulu l'infinuer;
mais je n'apperçois pas, fur quoi vous pouvez
appuyer cette imputation, & , quoique j'aie relu
très-attentivement ma réponfe, je n'y trouve auffi
aucun paffage , d'où vous ayez pu , en raifonnant
exactement, conclure , que je vous ai , comme
vous dites (2), reproché vos longueurs. Pourquoi
n'avez-vous pas, en m'accufant d'avoir pris cette
liberté, jugé à propos d'indiquer les paroles ou du
moins de citer l'endroit de ma Réponfe, où je
vous paroiffois l'avoir fait ? Cette omiffion de votre
part me fait foupçonner, que vous aurez remar-
que vous-même que cette accufation incidentelle
n'étoit pas bien fondée, & puifque d'ailleurs elle
ne m'affecte gueres ; n'en difons rien de plus ; mais
paffons à ce qui m'intéreffe d'avantage , c'eft-à-
dire , à l'examen de la troifieme & derniere prin-
(1) Lett. pag. 17. (2) Lett. pag. 20.
(36)
cipale injustice, dont vous m'accufez, & voyons
par conséquent, fi je vous ai fait dire des chofes ,
que vous n'avez point dites , & auxquelles vous
n'avez pas même fongé. Cette accufation roule prin-
cipalement fur deux paffages de votre Mémoire
touchant le teftament de S. Remi. L'un porte je
ne fais par quel deftin bifarre il eft arrivé, que les
critiques , à qui le Teftament a paru fufpect , ayent
toujours fait des objections , qu'il ne falloit point
faire , & n'ont jamais dit ce qu'il falloit dire (1).
L'autre est conçu en ces termes : Il eft fuprenant
que ceux, qui ont amaffé tant de minces objections ,
ne fe foient jamais avifés de celle-ci. Elle eft tirée
de la quatrieme foufcription au bas du Teftament :
elle porte MEDARDUS EPISCOPUS (2). Vous préten-
dez dans votre lettre, qu'aucun de ces deux paffages
ne regarde les Bollandiftes, & que moi, en préten-
dant le contraire dans ma réponfe , je me fuis mé-
pris , & que je vous ai fait dire des chofes, que
vous n'avez point dites, & auxquelles vous n'avez
même point fongé; mais malgré votre prétention,
je perfifte à dire dans cette Replique , qu'eu égard
à la façon, dont vous vous étes expliqué dans
votre Mémoire, ces deux paffages regardent les
Bollandiftes auffi bien que d'autres critiques , & que,
par conféquent, ni je ne me fuis mépris , ni je
ne vous ai fait dire, ce que vous n'avez pas dit.
Votre Mémoire est tout en ma faveur fur ce point.
Qu'on le life avec attention, & je ne doute pas,
(1) Mémoir. de l'Acad. tom. 2 pag. 644.
(2) Ibid. pag. 612.
(37)
que tout lecteur impartial n'en refte convaincu;
mais comme il se peut, que quelques uns de mes
lecteurs n'aient pas votre Mémoire , & que pour
prouver à ceux-ci, que les deux paffages en queftion
regardent réellement les Bollandiftes auffi bien , que
d'autres critiques, je ne puis mieux faire que de
me fervir de votre Mémoire même, j'en vais ici
transcrire, non pas de petits lambeaux découfus,
comme vous vous en étes plaint (1) ; mais des
parties confidérables , que je juge très-propres &
même en quelque façon néceffaires à ce but. Si
par là je deviens néceffairement long, du moins
le lecteur fans danger d'être la dupe ou de vous
pu de moi , sera ainsi plus à même de juger avec
équité , qui de nous deux a tort. Pour ne parler
d'abord que du premier des deux paffages dont il
s'agit, je ne transcrirai d'abord auffi , que la par-
tie de votre Mémoire , qui regarde particuliere-
ment ce paffage,
La voici : Après avoir , dites-vous (2), pefé au
poids d'une critique impartiale les objections de Chif-
flet, examinons de même celles , qui ont été compi-
lées par les Bollandiftes ; je dis COMPILÉES , car ces au-
teurs , à l'exception d'une feule , n'en ont point pro-
pofé de nouvelles , & même n'ont pas difcuté les an-
ciennes , s'etant contentés de les rapporter fimplement.
D'abord ils font choqués de voir dans ce Teftament
les mots AUSTRIA, NEUSTRIA , ARCHIEPISCOPUS
qui dans ce temps-là , felon eux, n'etoient point en
(1) Lett. pag. 22.
642, 643 & 644.
(2) Mém. de l'Acad. pag.
( 38)
ufage. Voici leurs propres termes : In eo occurrunt
vocabula Auftria, Neuftria & archiepifcopus, quae
tunc temporis Gallis inufitata fuêre. Arrêtons nous à
ces mots , je crois y appercevoir quelque méprife.
En 511 le grand Clovis mourut, & fon empire fut
partagé. Dès lors il y eut une France Orientale , &
Occidentale, & les mots AUSTRIA & NEUSTRIA,
qui les défignent, furent introduits dans la langue.
Grégoire de Tours , qui écrivit fon Hiftoire dans le
fiecle de Clovis , fe fert fouvent du premier. Au cin-
quiéme livre en parlant de Merovée : Ab Auftrafiis ,
dit-il, non eft collectus ; & dans un autre endroit ;
Meroveus verò, dum in Remenfi Campania latitaret,
nec palàm fe Auftrafiis crederet. Ce mot fe trouve
encore dans le très-ancien continuateur de Marius.
On a donc tout lieu de croire , que dès la mort de
Clovis on a dit AUSTRIA & NEUSTRIA ; fi même
cette divifion n'a été connue avant fa mort , ce qui
paroît avoir été le fentiment de Hugues de Sancta
Maria.
Has tres Galliae provincias , ce font les paroles
de cet auteur , qui mit la derniere main à fon Hif-
toire en 1190 , dum Franci occupaviffent, illam re-
gionem , quae Septentrionem verfus inter Mofam &
Rhenum porrigitur, Auftriam : illam autem , quae à
Mofa ufque ad Ligerim protenditur, Neuftriam vo-
citaverunt. Mais quand on ne voudroit remonter qu'au
partage de l'empire de Clovis , comment peut-on trou-
ver étrange, que dans un Teftament, qui peut avoir
été fait vers 530 , on rencontre des mots, qui étoient
en ufage dès l'an 511? Comment peut-on prétendre,
que ce foit là une preuve de fuppofition ? Qu'on ne
(39)
dife pas, qu' la date du Teftament eft incertaine; il
fuffit, qu'il ait été fait après la mort de Clovis ; or
c'eft ce qu'on ne peut révoquer en doute , puifque ce
Prince y eft appellé illuftris memoriae. Examinons
maintenant l'objection , tirée du mot ARCHIEPISCO-
PUS , qu'on prétend avoir été inconnu dans les Gau-
les du temps de S. Remi.
Telle eft la partie de votre Mémoire , que j'ai
trouvé à propos de tranfcrire ici. Elle contient,
comme on voit , la folution de l'objection, tirée
des mots Auftria & Neuftria & eft d'abord fuivie
du premier des deux paffages, ci-deffus rapportés ,
qui commence : Je ne fais par quel deftin &ç.; or
après ce paffage vous donnez auffi tout de fuite la
folution de l'objection, tirée du mot archiepifco-
pus ; donc le paffage , je ne fais par &ç. fe trouve
juftement entre la folution de la premiere, &
la folution de la seconde de ces deux objections.
Maintenant, avant de paffer outre , examinons
les moyens , que vous employez dans votre lettre
pour prouver, que ce paffage , cette réflexion ou
épiphonème, tout comme il vous femblera bon de
l'appeller , ne regarde pas les Bollandiftes. Mon
épiphonème , fi c'en eft une , ne peut donc, dites-
vous premierement (1) , regarder que les objections ,
qui précedent, & celle qui fuit immédiatement. Et qui
font les auteurs de ces objections ? Ce ne font pas
les Bollandiftes , qui ne font que les rapporter fimple-
ment. Ce font les critiques de France, & entre autres
(1) Lett, pag. 23,
(40)
Natalis Alexander. Voyez le fixieme fiecle de fon
Hiftoire eccléfiaftique page 132 de l'édition in-8 vo ;
& d'abord vous ajoutez (1): Il ne falloit donc pas
tourner, nommément contre le pere Suyskens , ou ce
qui, felon vous , revient ici au même , contre les
Bollandiftes , une réflexion, qui ne le regarde nulle-
ment.
Donc , Monfieur, felon vous le paffage en quef-
tion ne regarde pas ces écrivains , parce que 1° . il
ne regarde que les objections , qui le précedent &
celle, qui le fuit immédiatement ; parce que 2°.
les Bollandiftes ne rapportent que fimplement ces
objections & n'en font pas les auteurs ; mais ,
Monfieur , la premiere de ces deux raifons eft-
elle bien fondée ? Eft-il bien vrai , que le paf-
fage , dont il s'agit, ne regarde que les objections ,
qui le précedent, & celle , qui le fuit immédia-
tement ? Il paraît que non , comme je le montre-
rai plus bas , & quand même on fuppoferoit pour
un moment le contraire , encore ne s'en fuivroit-
il pas , que ce paffage ne regarde pas les Bollan-
diftes. Car puifqu'il fe trouve, comme nous l'a-
vons déja remarqué, entre la folution de l'obje-
ction , tirée des mots Auftria & Neuftria & entre
la folution de l'objection , tirée du mot archiepi-
fcopus, & que ces deux objections ont été faites
par les Bollandiftes contre le teftament, pourquoi,
je vous prie , ce paffage , qui porte en termes
expres , que les critiques , à qui le Teftament a paru
fufpect, ont toujours fait des objections, qu'il ne falloit
(1) Lett. pag. 25.
( 41 )
point faire (f n'ont jamais dit ce qu'il falloit dire ,
pourquoi encore une fois ce paffage ne regarde-
roit-il pas les Bollandiftes ?
Ces écrivains ne font-ils peut-être pas des cri-
tiques ou le teftament ne leur a-t-il pas paru fu-
fpect ? C'eft apparemment ce que vous n'affurerez
pas. Mais quelle fera donc votre réponfe ? Le
premier des deux textes de votre Lettre , tranfcrit
en dernier lieu, me fait croire , que certainement
vous direz , que les deux dites objections n'ont été
que fimplement rapportées & non pas faites par
les Bollandiftes ; mais le Commentaire Bollandien
fur la vie de S. Remi nous fournit à ce fujet
ce qui fuit : In illo ipfo prolixiori Teftamento
non obfcura fuppofitionis indicia eruditis neotericis
MERITÒ difplicuerunt, quorum hoec fumma eft. In
eo occurrunt vocabula Neuftria , Auftria & archiepi-
fcopus, quoe tunc temporis Gallis inufitata fuêre (1).
Ces paroles , Monfieur, marquent indubitablement,
que les Bollandiftes ont non feulement rapporté ,
mais de plus approuvé les fufdites objections. Car
pourquoi, je vous prie, auroient-ils dit, que les
mots Auftria , Neuftria & archiepifcopus , qui fe
trouvent dans le teftament, ont deplus avec rai-
fon merito difplicuerunt aux favans neoteriques,
s'ils n'avoient pas jugé , que les deux objections ,
tirées de ces mots , fûffent de poids & de valeur ?
Bien plus, Monfieur, vous ayez reconnu vous-
même , comme je l'ai déjà remarqué, que les
Bollandiftes ont approuvé ces objections. Car ay-
ant à peine affuré , qu'ils s'etoient contentés de
(1) Act. Sanct. tom. 1 Octob. pag. 108 , num. 271.
(40)
les rapporter fimplement, fans faire attention, que ce
que vous alliez dire, ne quadroit aucunement avec
ce que vous aviez dit, vous avez ajouté tout de
fuite & comme d'un trait de plume , que d'abord
ils étoient choqués de voir dans le Teftament les
mots Auftria , Neuftria, archiepifcopus. Que le le-
cteur , pour s'en affurer, daigne relire le plus
long des textes de votre Mémoire tranfcrits ci-
deffus. Or si les Bollandiftes n'avoient pas approu-
vé les deux objections , tirées de ces mots , ils
n'auroient affurement pas été choqués de les voir
dans le Teftament ; d'où il s'en fuit qu'en di-
fant, que ces mots les ont choqués , vous avez
réellement reconnu, qu'ils ont approuve les deux
fufdites objections , qui en font tirées.
Si vous aviez dit feulement , que les Bollandi-
ftes rapportent d'abord , que les favans neoteri-
ques font choqués de voir dans le Teftament ces
mots , il est certain , qu'en vous exprimant de
cette façon , vous n'auriez pas infinué , que les
Bollandiftes aient approuvé ces deux objections ;
mais le texte du Comment. Bollandien fur la vie
de S. Remi, que vous aviez fous les yeux , étant
trop clair , vous a, pour ainfi dire , forcé de ren-
dre hommage à la verité & par conféquent d'avouer
au moins tacitement, que les Bollandiftes ont ap-
prouvé les deux objections en queftion. Or, Mon-
fieur, ceci étant & ces écrivains ayant en effet non
feulement approuvé, mais auffi propofé & em-
ployé ces objections contre le Teftament , pour-
quoi ne pourroit-on pas dire, qu'ils les ont faites?
Ils n'en font pas les auteurs , dites-vous ci-deffus :
j'en conviens, & j'obferve en paffant, que vous
(43)
y mettez Natalis Alexander au nombre de ces
auteurs , & que pour fe convaincre, que c'eft par
une nouvelle erreur , que vous le faites , il n'y
a qu'a lire l'endroit de fon Hiftoire ecclefiaftique
que vous citez. Mais , pour retourner bien vîte a
notre fujet, faut-il donc , que ceux , qui ont
propofé des objections , les aient inventées ou en
foient les auteurs , pour qu'on puiffe dire , qu'ils
les ont faites ?
Il femble que non ; car, quand des profeffeurs
de Theologie ou de Philofophie ont propofé des
objections contre quelque thefe , que l'on fou-
tient , on peut dire à bon droit & le langage com-
mun de l'école dit même en effet, que ces profef-
feurs ont fait ces objections , quoique bien fouvent
il arrive , qu'elles ayent été faites cent fois avant
eux & que par conféquent ils n'en foient pas les
auteurs. Donc , Monfieur, quoique les Bollandiftes
ne foient pas les auteurs des deux fufdites objections,
on peut néanmoins pour les raifons , que j'ai alle-
guées, dire à bon droit,qu'ils les ont faites, & puif-
que votre paffage porte en termes formels , que les
critiques, à qui le Teftament a paru fufpect, ont tou-
jours fait des objections , qu'il ne falloit point faire,
& n'ont jamais dit ce qu'il falloit dire, fe trouve en-
tre ces deux objections, il paraît fûr, qu'il ne re-
garde pas moins les Bollandiftes, que d'autres auteurs.
Mais fuppofons même , que ceux , qui ont pro-
pofé des objections , doivent en être les auteurs ,
pour qu'on puiffe dire , qu'ils les ont faites , en-
core ne s'en fuivra-t-il pas, que le paffage en
queftion ne regarde pas les Bollandiftes. Pourquoi?
Parceque felon vous-même il regarde les auteurs
(44)
des objections , faites contre le Teftament, & que
les Bollandiftes font au moins les auteurs de l'obje-
ction particuliere, tirée de la donation, dans laquelle
le Teftament infinue que le jeune homme Clodoalde
a eu part. Vous me direz fans doute, que le paf-
fage en queftion ne regarde que les objections , qui
le précedent, & celle, qui le fuit immédiatement
dans votre Mémoire & que par conféquent l'objec-
tion , dont les Bollandiftes font les auteurs,
n'étant pas du nombre de celles-ci, ce paffage ne
peut pas regarder ces écrivains. Mais je vais faire
voir , comme je l'ai promis plus haut, que ce
même paffage ne regarde pas feulement les obje-
ctions , qui le précedent, & celle , qui le fuit im-
médiatement , mais encore toutes les autres, po-
fterieures à celle-ci, & que même il fait allufion
à la difficulté , que vous avez tirée enfuite de la
foufcription de S. Médard.
Je commence par la réfutation des raifons , que
vous avez alleguées dans votre Lettre pour fou-
tenir le contraire. Ayant dit (1), que les criti-
ques , qui ont combattu le Teftament par l'obje-
ction , tirée du mot archiepifcopus , auraient felon
votre Mémoire dû obferver, que S. Remi ne s'eft
jamais décoré de ce titre, & qu'en foutenant, qu'au
fixieme fiecle ce mot étoit inconnu dans les Gaules,
ils avancent une propofition dementie par les monu-
mens , vous ajoûtez d'abord, que c'eft à cette oc-
cafion , que vous avez obfervé , que les critiques,
à qui le Teftament a paru fufpect, font toujours des
(1) Lettre pag. 24.
( 45 )
objections , qu'il ne falloit point faire , & ne difent
jamais , ce qu'il falloit dire. J'avoue , que c'eft à
cette occafion-là réellement, que vous avez fait
cette réflexion ; j'avoue même , que j'ai omis de le
faire obferver au lecteur.
Mais pourquoi m'accufer prefqu'ouvertement de
mauvaife foi a ce fujet (1) ? Étes-vous fûr , que
j'aie omis de faire obferver cela , quoique je viffe
que cette occafion changeoit où reftreignoit le
fens de votre réflexion ? En ce cas votre accufa-
tion n'auroit été que jufte ; mais puifque vous n'en
étes pas fur & que même vous ne pouvez l'être ,
j'ai tout lieu de me plaindre du peu d'équité,que
vous avez ici témoigné à mon égard , & cela d'autant
plus , qu'il ne paraît pas, que la dite occafion foit
capable de changer le fens de votre réflexion.
Non , Monfieur , cela ne paroît pas , & , malgré
tout ce que vous en dites dans votre Lettre , j'ofe
affurer, que rien ne reftreint votre réflexion aux
objections , qui la précedent, & à celle , qui la
fuit immédiatement, & voici , comme je le prouve.
Si un viellard octogénaire par exemple , après
avoir parlé des guerres , arrivées au temps de fa
jeuneffe , & allant d'abord auffi parler de celle ,
qui a fuivi la mort de Charles VI, remarquoit à
cette occafion, que les guerres , qui ont défolé
l'Europe pendant fa vie, lui ont toujours fait grand
tort, s'en fuivroit-il pour cela , que cette remar-
que , en regardant les guerres , dont il a déjà
parlé, ne regarde en outre que celle, dont il va
(1) Lettre pag. 22 & 23.
( 46 )
parler immédiatement après, & qu'elle ne regarde
aucunement les autres , dont il feroit encore
enfuite le récit ? Uri homme , pour peu fen-
fé qu'il foit, peut-il l'affurer? Donc , Monfieur,
quoiqu'ayant parlé des objections, tirées des mots
princeps , principatus , Auftria, Neuftria, & allant
d'abord auffi parler de l'objection , tirée du mot
archiepifcopus ; vous ayez à cette occafion fait la
réflexion, ci-deffus rapportée , il ne s'en fuit éga-
lement pas , que cette réflexion , en regardant les
objections , dont vous avez déja parlé , ne regardé
en outre que celle, dont vous parlez immédiate-
ment après, & qu'elle ne regarde aucunement les
autres , dont vous parlez encore dans la fuite.
En effet votre réflexion n'étant pas moins uni-
verfelle , que la remarque du vieillard , que j'ai prife
pour exemple , pourquoi ne regarderoit-elle pas
auffi bien les objections , qui la fuivent médiate-
ment, que celle, qui la fuit d'abord & fe tire du
mot archiepifcopus ? Ce mot, qu'on lit dans le Te-
ftament , ayant au fixieme fiecle été en usage dans
les Gaules & S. Remi néanmoins n'ayant jamais
pris le titre, qu'il exprime, il fe trouve à la ve-
rité , que ceux , qui , en tirant du dit mot archi-
epifcopus une objection contre le Teftament, ont
dit, que ce mot n'a pas été en ufage dans les
Gaules au fixieme fiecle , & n'ont pas dit, que S;
Remi ne fe foit jamais décoré de ce titre , ont
ainfi réellement dit une chofe , qu'il ne falloit
point dire, ou , fi cela vous plait d'avantage, ont
fait une objection , qu'il ne falloit point faire , &
n'ont point dit ce qu'il falloit dire ; mais quoique
cela ne fe trouve pas auffi au fujet de ceux , quí
( 47 )
ont fait chacune des objections , pofterieures à
l'objection, tirée du mot archiepifcopus , cette rai-
fon néanmoins n'en eft pas une pour prétendre ,
que votre réflexion ne fe rapporte pas à toutes
les objections, qui la fuivent. Car, quoique cela
ne fe trouve également pas au fujet de ceux qui
ont fait les objections, qui précedent l'objection
tirée du mot archiepifcopus & fe tirent des mots
Princeps, Auftria , Neuftria , votre réflexion néan-
moins , comme vous avouez vous-même, regarde
ces objections (1);
Mais, direz-vous, ayant fait ma réflexion, j'ai
d'abord ajouté , qu'on en jugé par ce qui fuit [2].
J'en conviens; mais puifque vous n'avezpoint dit,
qu'on en juge par ce qui fuit immédiatement, pourquoi
votre réflexion ne regarderoit-elle pas auffi les
objections, qui ne la fuivent que médiatement?
De plus encore quoique vous ayez dit , qu'on en
juge par ce qui fuit, votre réflexion , comme vous
l'avouez , regarde néanmoins les objections , qui
la précedent. Or il paraît par là qu'elle doive auffi
& même à plus forte raifon, regarder non feule-
ment l'objection, qui la fuit immédiatement, mais
auffi les autres , qui ne la fuivent que médiatement
vû que celles-ci la fuivent au moins , & que cel-
les-là ne la fuivent abfolument pas. Ceci me paroît
clair & concluant. Auffi ne faurois-je gagner fur
(1) Lett. pag. 25. (2) Ibid. & Mémoir. de l'A-
cad. tom. 2, pag. 644.