Réponse au "Mémoire pour les colonies françaises"

Réponse au "Mémoire pour les colonies françaises"

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Impr. de Richomme (Paris). 1822. France -- Colonies -- Histoire. In-8 °. Pièce.
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Ajouté le 01 janvier 1822
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Langue Français
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RÉPONSE
AU MÉMOIRE POUR LES COLONIES
FRANÇAISES.
Nimis grave prejudicium in propositionem, quai.
Hominum anïmimi ipsaniet offendït.
D'AGUESSEAU.
S'IL est un spectacle affligeant pour les nombreux
amis, de l'humanité, c'est sans doute celui de la
lutte qui s'élève entre \les, prétentions de l'oli-
garchie coloniale et les salutaires entreprises,
de la philantropie.
Il en est un autre non moins déplorable, non
moins pénible : c'est la témérité avec laquelle ?
pour soutenir l'injustice de ces prétentions, on
dirige méchamment contre les hommes les plus
estimables du siècle, .des, calomnies qui, bieN
qu'elles ne soient bâties que sur des suppositions
absurdes, et que nous sachions où conduit l'ar-
deur d'accuser ceux qu'on désapprouve,, n'en
sont pas moins criminelles et répréhénsibles par
la publicité qu'elles acquièrent.
O despotisme ! dans quelles fausses démarches
n'entraînes-tu pas tes condisciples affidés ? que
de paroles irréfléchies tu fais prononcer à ceux
dont la faiblesse est enchaînée par les prestiges
de bonheur que promet l'arbitraire!!
Car avouer que c'est dans le travail secret(I)
et dans la partie muette du gouvernement re-
présentatif, que doivent se traiter les intérêts
des colons, c'est montrer le dessein de faire,
contre quelques-uns d'eux, usage du creuset où
doit se fondre et s''élaborer les élémens d'une
législation coloniale plus rigoureuse que celle
qui existe déjà, et ce n'estpas là, nous le pensons,
comprendre le gouvernement représentatif, à qui
l'on fait injure, en le citant dans une telle cir-
constance.
Nous venons de lire une brochure sortie des
presses de la Martinique, ayant pour titre : Mé-
moire pour lés colonies françaises.
Après avoir suivi l'auteur de ce petit écrit
dans ses calculs arithmétiquement feux, puis-
qu'ils sont opposés à celui du gouvernement
français, nous nous sommes fixés au point, OÙ
frappés par un calcul.d'un autre genre, fait pour
repousser la main du temps et retarder lés pro-
grès lumineux de la raison , il ne nous a pas été
possible de contenir notre indignations.
(1) Voyez page 3 du mémoire pour les colonies , dont nous
empruntons ici'quelques expressions, ~ ' -<
(5)
Laissant donc de côté notre Barème et sel
chiffres, nous nous sommes attachés à la réfuta-'
tion de ce qui touche à son système colonial, et
à démontrer combien les principes qu'il professe
sont imprégnés de passion, exagérés, nuisibles
même à la mauvaise cause qu'il défend.
Et convaincu qu'il est plus dangereux pour
l'innocent de se taire que pour le crime de se
montrer , nous baserons notre résolution sur
cette vérité.
En répondant aux inculpations que contient
le mémoire, peut-être parviendrons-nous à en
démontrer la fausseté, et à prouver que les plus
chaudes attaques, loin d'épuiser nos forces, ne
font que les exercer.
Premièrement, l'auteur , dont l'épigraphe
empruntée de Virgile, nous apprend qu'il ne
parle pas à des sourds, s'exprime en ces termes,
page 49 de son mémoire :
« Faut-il répondre à un discours qui, dans le
» sein même de la chambre, a produit la plus
» douloureuse sensation, et qui porté évident-
» ment le cachet de l'erreur et dé la prévention ? »
D'abord l'indécision que met l'auteur à savoir
s'il doit répondre, tient déjà de l'impuissance
des moyens qu'il va faire valoir. Est-il possible
qu'il n'ait pas eu assez de modestie pour garder
( 6 )
Je silence sur une question aussi délicate^ et qu'il
n'ait pas' vu que c'est en vain qu'il voudrait ré-
jeter sur quelques honorables députés tout l'o-
dieux du système colonial si bien exposé dans ce
discours? (I)
(I) Opinion de M. Laine de Villevêque , député du Loiret, sut
le chap. il du budjet du ministère de la marine (colonies),
'imprimée par ordre de la chambre, sé+ance du 26 juin 1821.
Nous regrettons de ne pouvoir donner ici à nos. lecteurs ce dis-
cours tout entier que nous les invitons à lire. Ils y verront que ce
noble députe', ce généreux et estimable citoyen, qui a tant de titres
à la gratitude et à la reconnaissance des colons de bonne foi, pré-
voyait déjà les imputations qui lui auraient été faites par un zèle
inconsidéré et fanatique, et que cette prévision n'a pas arrête' son
louable zèle , ni empêche' de signaler les abus qui régnent dans les
colonies. « Messieurs, disait-il à la chambre, en vous entretenant
» des colonies, des désordres qui les font végéter et languir dans une
» éternelle enfance , du régime qui les tient courbées sous la verge de
» l'arbitraire , et tremblantes sans cesse devant le spectre sanglant des
» révolutions', je n'ignore point combien cette tâche est difficile.
» Quelque soit la pureté des vues qui animent l'orateur , les uns
» l'accuseront d'outrager l'autorité par une indiscrète publicité', par
» d'inutiles révélations ; heureux s'ils ne font pas peser sur sa tête
» la plus terrible responsabilité', s'ils ne lui imputent pas un jour les
» malheurs que peut attirer tôt ou tard sur elles l'aveugle persistance
» dans des institutions e'branlées par le temps et l'opinion, etréprou-
?> ve'es même par la religion et par l'humanité'.
» Les autres, par nn zèle inconsidéré' et non moins fanatique,
» travestiront les conseils de la prudence et dé la mode'ration en UH
( 7 )
On sait déjà de quel côté est apposé le ca-
çhet de l'erreur et de la prévention. Ainsi
cette assertion n'est pas exacte. Quanta la dou-
» scandaleux abandon des principes philarirropiques, en une trahison
» envers le genre humain , en une déplorable composition avec Ifr
» despotisme.
» Vota bienveillance et votre estime me vengeront sans doute ,
» Messieurs r de l'injustice de ce double reproche. L'unique but de
» mes pensées est de rendre nos colonies florissantes, d'accroître par
» là la splendeur, la richesse et la prospérité de la métropole, de
» les y attacher à jamais par les doux liens de la reconnaissance et
» du- bonheur ; enfin de faire chérir sans cesse les sceptre tutélaire
» des descendans du grand Henri.
» Pour obtenir > Messieurs t. ce résultat,. il est indispensable
» d'améliorer le sort des trois castes qui peuplent, nos colonies ; je
» veux dire des blancs , des hommes de Couleur et des noirs.
« Dans les observations que je vais soumettre à votre sagesse,
» j'invoquerai le génie du vertueux et infortuné Louis XVI ; car
» beaucoup d'entre vous, Messieurs, n'ignorent point que ce prince*
» imminent, bon et religieux, avait formé le glorieux projet de détruire
» insensiblement, dans les colonies, l'influence du pouvoir absolu,
» d'y faire régner la justice et les lois, d'accorder aux colons blancs des
» droits, des faveurs , des institutions enfin ; il voulait, également
» étendre ses beinfaits sur les hommes de couleur litres et sur les
» esclaves. Il espérait qu'avec le temps, son nom n'y serait béni
» et révéré que par des hommes heureux et reconnaissans ; et si les
« tempêtes de la révolution , en renversant cette antique monarchie,
» ne les eussent ensevelis sous ces débris, il aurait réalisé ces nobles.
» et royales conceptions ! » » ........................ ........... .
loureuse sensation qu'il a produite, dit-il, dans
le sein même de la chambre. Qui n'aurait pas
été en effet saisi, indigné même', au récit de 1
tant d'horreurs et d'injustices ?
Du reste, la majorité des voix qui ont con-
couru à la publicité de ce discours, prouvé é\i-
demment l'intérêt général dont était animé ces
députés. C'est à tort qu'on voudrait aujourd'hui
leur prêter d'autres intentions.
Au surplus, nous félicitons sincèrement mon-
sieur l'auteur d'interpréter si bien, à sa guise,
les sentimens d'une chambre qui en a de meil-
leurs que ceux avec lesquels certains hommes
voudraient consolider un système qui n'est ni
dans l'intérêt de la France, ni dans celui des
colons, fidèles sujets du roi.
« Des faits imaginaires ou dénaturés, les
» suppositions, les plus odieuses, indiquent assez
», clairement que la source où l'honorable dépu-
» té a puisé, était troublée par la passion ou par
» l'intérêt. Comment concilier cet amour de la
» vérité et la précipitation avec laquelle on a
» pris des renseignemens? Cette soif ardente du
» bien public et de la félicité des hommes avec
» l'indiscrétion des paroles qui peut engendrer
» les plus grands malheurs ?»
Est-ce de bonne foi qu'on articule ce reproche
(8)
(9)
de précipitation ? de telles argumentations sont
vraiment dérisoires. Qu'est-il de plus facile à
prouver que les criantes injustices et les vexa-
tions sans nombre qui se commettent dans les
colonies ? pourquoi s'étonner que toutes ces
atrocités soient connues de la métropole? vou-
drait-on, par cet étonnement, donner le change
à l'opinion publique ? non, il n'est plus temps ;
toutes les intrigues sont dévoilées, il ne reste à
ceux qui les font naître, que la honte qu'ils ont
encourue.
Les amis de l'humanité savent parfaitement
concilier cet amour delà vérité et la précipi-
tation avec laquelle on a pris des renseigné*
mens. Si l'auteur professait de semblables doc-
trines , il aurait su concilier ce qui lui semble
impossible. Qu'il sache au demeurant, que la
source où l'honorable député a puisé, n'est
point troublée par la passion et l'intérêt; qu'une
telle manoeuvre est indigne de son caractère, et
de l'esprit de philantropie qui a présidé à la
rédaction de son discours.
Il est aussi de la dernière injustice de supposer
que les réclamations faites à la chambre, peuvent
engendrer les plus grands malheurs, lorsque
les vexations contre lesquelles on se récrie , ne
les ont point engendrés.
( IO)
Quelque soit d'ailleurs la légèreté dés expres-
sions dont s'est servi l'auteur pour atténuer la
considération de ce noble député, nous sommes,
fâchés de lui dire que jamais il ne parviendra à
son but, ni à acquérir une aussi belle réputation.
« Le zèle irréfléchi d'une société amie de l'hu-.
» manité et des débats analogues dans le parle-.
» ment d'Angleterre, ont été la cause première
» de la révolte déplorable et du massacre des noirs;
» à la Barbade, en 1816., »
Cette allégation est une adresse hasardée par?
un rhéteur habile qui, dans l'embarras de justifier
une action, se jette sur des actes insignifians,
s'empare de quelque fait indifférent dont il fait,
grand bruit, dans l'espérance qu'au milieu de
toutes ces clameurs, on fera moins d'attention
au véritable point de la question. Au reste, l'aun
teur ne voudrait - il pas , après avoir fermé la
bouche aux honorables députés qui composent le
sénat français, par cela seul qu'ils auraient dé-i
fendu la cause de l'humanité, que nous allassions,
faire la police dans le parlement d'Angleterre „
et comprimer l'opinion publique de ce grand
peuple?
« Presque tous les esprits ont été frappés de
» cette cruelle vérité, et assez de voix se sont
» élevées dans le sénat français, en faveur de dpç-
(II)
» trines plus circonspectes, pour rassurer mo-
» mentanément nos colonies menacées. »
Nous observons qu'il n'est point exact de dire;
« pour rassurer nos colonies menacées. » Car
pour avancer une telle assertion, il faudrait prou-
ver comment sont menacées les colonies. Or, à
qui prétend-on persuader de semblables absur-
dites, lorsque ces colonies jouissent de la plus
grande tranquillité, sous le rapport que veut le
faire entendre l'auteur, malgré les cruelles per-
sécutions qu'elles éprouvent, dans l'indifférence
de la métropole ?
Il lui conviendrait mieux de prendre le langage
de la vérité pour exprimer la patience de ceux
qu'il appréhende, que d'employer ces sophismes.
Il est vrai que dans une question de la nature de
Celle dont il s'agit, on ne peut se dissimuler que
les meilleurs esprits sont souvent préoccupés par
les plus fortes préventions, et tellement guidés
par la passion, que la vérité ne*peut plus sortir
de leur bouche.
« Cependant les principes dangereux, les se-
» menées de mort répandus dans certains dis-
» cours , n'ont pas tardé à poter leur fruit. Il a;
» fallu la sage fermeté des gouverneurs et la pru-
» dence des colons pour les faire avorter. »
Voici une nouvelle fable, toute aussi aisée à
( 12 )
détruire que celles des colonieé menacées
Les conséquences que l'erreur ou la- malveil-
lance ont voulu tiret des discours de la
Chambre, et sur l'effet qu'ils ont produit dans
les colonies, ne sont ni moins injustes, ni moins
révoltantes que les calomnies auxquelles nous ve-
nons de répondre. Mais puisque la passion s'est
emportée jusqu'à envenimer des actes innocens ;
puisque dans son aveuglement,extrême elle a fait
aussi complices de nobles députés; notre devoir
est de dire la vérité, en soutenant des principes
avoués par une Chambre éclairée, et autorisés par
la justice du gouvernement ; oui il n'y a rien dans
leur opinion qui ne les honore, il n'est pas enfin
une âme pure et élevée qui n'éprouve le besoin
de partager cette opinion.
Nous nous abstenons de continuer à faire re-
marquer tout ce qu'il y a de monstrueux et d'a-
troce dans ces vagues imputations de l'auteur*
Néanmoins nous demeurons d'accord avec lui
que quelques êtres pusillanimes, guidés par le
despotisme colonial, ont tout tenté par leurs
sourdes menées et leurs perfides intrigues, non à
faire avorter les ( prétendus) fruits de semences
de mort répandus dans certains discours,
mais aies faire mûrir. La prudence de ceux contre