Réponse aux réflexions de Monsieur Léon de Chanlaire, sur le passage de S. A. R. Madame, duchesse de Berry

Réponse aux réflexions de Monsieur Léon de Chanlaire, sur le passage de S. A. R. Madame, duchesse de Berry

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16 pages

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impr. de Vanwormhoudt (Dunkerque). 1827. 16 p. ; in-8.
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Ajouté le 01 janvier 1827
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Langue Français
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RÉPONSE
AUX RÉFLEXIONS
m DE MONSIEUR
LÉON DE CHANLAIRE
̃ /^<p® "&Ç LE PASSAGE E
DE pL të^bMfe DUCHESSE DE BERRI.
i ^W-
H.
AUTANT et plus peut-être que tout autre Boulonnais jo
rends justice au mérite de M. de Chanlaire et aux opinions
politiques qu'il professe ouvertement depuis quelques années.
J'admire cet esprit d'indépendance dont il fait preuve et j'ai
souvent applaudi aux traits malins qu'il lance avec autant
d'esprit que d'adresse dans les petites brochures qu'il publie
de temps en temps. Je le faisais avec d'autant plus de plaisir,
qu'alors je ne voyais en lui qu'un écrivain spirituel un peu.
piq'uant peut-être mais dont les coups ne portaient que lé-
gèrement sur les personnes qu'il attaquait avec l'arme de la J
plaisanterie et du ridicule. J
Tant que M. de Chanlaire ne s'est pas écarté de la route
qu'il semblait s'être tracée et qu'il parcourait avec succès
je me suis toujours montré un de ses plus zélés partisans
j'ai toujours partagé ses opinions et défendu ses principes
qui s'accordaient avec ma manière de voir mais j'ai dû de-
venir son antagoniste du moment où, changeant de tactique,
il a tourné sa plume contre une ville, sa patrie; contre une
ville à laquelle il aurait pu, par ses talens procurer un
nouveau lustre, et qu'il semble au contraire vouloir détrui-
re en cherchant à blâmer et à faire rejeter tout ce qui
pourrait tourner à son avantage et à.celui de ses habitans.
Que l'on ne pense pas qu'en entrant dans la lice je ne
me sois laissé guider que par un motif de présomption et par
le désir de me mesurer avec un homme comme SI. de Chan-
laire ce serait une erreur. Je sais et j'avoue sans peine que
je ne pourrais soutenir le moindre point de comparaison et
je serais fâché que l'on eût de moi une opinion assez désa-
vantageuse pour me croire susceptible de me laisser entraî-
ner par un sentiment aussi bas que celui de l'envie.
Que l'on se garde bien surtout de penser qu'abjurant mes
opinions, je sois devenu le partisan, l'agent du pouvoir et
de ceux qui en sont les dépositaires et que je puisse fermer
les yeux sur les abus de l'administration Il existe des abus,
je le sais, je les connais et si je n'ai pas pris la plume pour
les signaler, c'est que j'ai vu d'autres personnes se charger
de ce soin.
J'aurais gardé le même silence dans l'affaire qui occupe
aujourd'hui le public si un autre écrivain s'était mis en
avant pour réfuter les argumens de M. de Chanlaire; mais
comme personne n'a voulu ou n'a osé tenter l'entreprise,
j'ai dû m'exposer moi-même aux dangers que d'autres re-
doutaient peut-être à cause des partisans du terrible adver-
saire, et je me présente, fort de ma conscience et retran-
ché derrière l'intérêt général qui seul a guidé ma plume.
Indépendant par principe et par caractère, je le suis en-
core par ma position sociale. Privé des dons de la fortune
je puis tout braver, parce que je n'ai rien à craindre et que
le pouvoir ne peut rien me ravir d'un autre côté, je ne de-
mande rien, parce que mes vœux sont bornés et que je sais
me suffire à moi-même. Étranger à tonte coterie .essentiel-
lement libre j'ai fait de la liberté mon unique idole et ne
suis pas homme à devenir le défenseur parasite de nos ma-
gistrats. C 'est la défense de l'intérêt public que j'entreprends,
et mes voeux seront comblés si je réussis.
C'est un malheur pour une ville quand elle renferme dans
son sein de ces individus turbulens dont le seul plaisir est
de semer la zizanie parmi les habitans de ces hommes qui,
foulant aux pieds leurs devoirs de citoyens et sacrifiant tout
à leur amour-propre et au désir de briller aux dépens même
de leurs compatriotes ne craignent ou plutôt ne rougissent
pas de descendre aux moyens les moins louables pour par-
venir au but caché après lequel ils soupirent depuis long-
temps.
Ces hommes sont bien plus redoutables encore quand
favorisés par la nature d'un esprit souple et adroit, d'un
talent susceptible d'éblouir, ils sont doués de tous les moyens
nécessaires pour se couvrir du voile de l'intérêt général et
cacher, sous le masque du bien public leurs figures hypo-
crites sur lesquelles on pourrait sans cette précaution re-
connaitre facilement les traits les mieux caractérisés' de la
jalousie et même de la haine.
Ce sont ces sentimens peut-être qui ont guidé M. de
Chanlaire, et, entraîné par son imagination et la passion
qui le dominait, cet écrivain n'a pas pu s'apercevoir qu'en
attaquant les autorités de cette ville en cherchant à les cou-
vrir de ridicule par ses plaisanteries, il portait à Boulogne
le coup le plus dangereux pour la prospérité du pays. J'ai-
me mieux lui supposer un égarement que de l'accuser d'u-
ne perversité assez grande pour oser, de sang-froid et de
dessein prémédité, donner à sa patrie un poison dont les
suites peuvent être très-funestes et dont nous serons peut-
être un jour les victimes.
En voulant, dans cette circonstance, contrecarrer les au-
torités M. de Chanlaire a cru obtenir les mêmes résultats
que quand il s'attaquait seulement à des particuliers pris
individuellement il a pensé qu'en assaisonnant sa brochure
de quelques-unes de ces saillies dont sa plume est si fécon-
de, il se mettrait à l'abri de tout reproche M. de Chan-
laire s'est trompé. Si quelquefois le rire est venu errer sur
les lèvres il a bientôt fait place aux plus sérieuses ré-
flexions. On a découvert les motifs qui le faisaient agir, on a
pesé les conséquences de sa diatribe, et dès-lors on s'est
empressé d'élever la voix contre un pamphlet que l'on re-
gardait comme faux, diffamatoire et pernicieux. C'est sous
ces trois points de vue que je vais essayer de le présenter
aux personnes qui voudront bien m'accorder un moment
d'attention.
Le bruit du retour prochain de S. A. R. la duchesse de
Berry s'était répandu dans la ville avec de grandes apparen-
ces d'authenticité il faisait concevoir aux Boulonnais atta-
chés à leurpays l'espérance de voir enfin se réaliser les vœux
que nous formons pour faire de Boulogne une ville de bains,
quand M. de Chanlaire, dont les idées ne sont probablement
pas les mêmes se mit en tête de mettre la main à l'œuvre
pour empêcher ce retour si attendu. Le moyen qu'il em-
ploya pour y parvenir fut de présenter à la princesse un état
ou plutôt un total des dépenses faites pour la première ré-
ception. Mais M. de Chanlaire a senti que dans une ville
comme Boulogne, un déficit de 66,65o francs pouvait faci-
lement se combler dans l'espace d'une année, et que s'il en
était ainsi, son but était manqué. Il a donc cru devoir, dans
cette occurence, se permettre un anachronisme, et il nous
a présenté le voyage de Madame, comme ayant eu lieu l'an-
née dernière, en 1826. Il a cru donner ainsi plus de force
à ses ré flexions; il a pensé qu'on ne démêlerait pas son in-
tention. Cette erreur, dans tout autre cas, serait de peu
d'importance; ici elle devient astucieuse parce qu'elle est
faite avec préméditation et calcul elle décèle une arrière-
pensée dont jusqu'à présent j'avais cru M. de Chanlaire
incapable. L'anachronisme a été volontaire; il a été impri-
mé en plus gros caractères que le reste de la brochure; il a
été fait dans l'intention de présenter la ville comme encore
obérée par le premier voyage il est faux et M. de Chan-
laire le savait il n'oserait pas le nier.
Il est encore faux que la duchesse de Berry ait fait écrire
qu'elle ne voulait occasionner aucune dépense à la ville.
Aucune lettre de la duchesse de Reggio n'est parvenue à la
mairie. Quand on voulut s'assurer du voyage de la prin-
cesse, on députa un membre du conseil municipal à Paris,
et là seulement il y eut des pour-parlers; mais il n'y fut
nullement question des dépenses que pourrait nécessiter la
réception. Il est étonnant que M. de Chanlaire ait eu con-
naissance d'une lettre dont personne n'a jamais entendu
parler. Dans le cas même où la duchesse aurait fait écrire
l'autorité n'aurait dû voir dans cette lettre qu'une recom-
mandation de pure convenance elle aurait dû être assurée
que la duchesse en manifestant cette intention n'avait pas
voulu donner à penser qu'elle ne désirait aucun hommage.
Les princes aiment quelquefois à se trouver en famille avec
Je peuple; mais tous, et une femme surtout, désirent des
hommages et sont flattés de recevoir ceux mêmes qu'ils vien-
nent de refuser.
Peu content d'imaginer une lettre qui n'a jamais existé
M. de Chanlaire continue d'agglomérer faussetés sur fausse-
tés. Par un calcul digne du plus mince écolier, il a trouvé
qu'on avait dépensé Go.ooo francs et que la duchesse était
restée à Boulogne 60 heures seulement. 11 a placé une ae-
collade entre les deux nombres et il a reconnu que le quo-
tient rapportait juste 1000 francs. Certes il ne fallait pas
être parvenu jusqu'à la 02™" proposition d'Euclide pour di-
viser 60,000 par Co mais il fallait avoir perdu la tète pour
oser mentir à tant de spectateurs, et leur dire que chaque
heure du séjour avait coûté 1000 francs. AI. de Chanlaire
a-t-il donc pensé que nous étions aveugles, et que nous n'a-
vons pas vu à quels travaux utiles on a employé une partie
de la dépense contre laquelle il se récrie avec tant de fureur?
ne savait-il pas qu'en un instant on pouvait se procurer à la
mairie le relevé de tous les paiemens, et que ce relevé se-
rait une arme terrible contre lui ? On a dépensé 60,000 fr.,
j'en conviens mais dans cette somme on comprend non-
seulement les dépenses des fêtes nécessitées par la présence
de la duchesse mais encore toutes les dépenses que l'on
faisait depuis plus de deux mois pour l'embellissement de
la ville. On comprend les réparations faites sur l'esplanade,
pour la rendre ce qu'elle est aujourd'hui et ces réparations
seules se montent à près de 5ooo francs on comprend 25oo
francs pour la musique de la garde nationale et l'équipe-
ment de beaucoup de citoyens faisant partie de cette garde,
et qui n'avaient pas le moyen de s'habiller à leurs frais i
2000 francs versés au bureau de bienfaisance; ï/^io francs
de peinture tant dans l'hôtel de la sous-préfecture que dans
divers établissemens publics que l'on voulait rendre présen-
tables 495 francs de serrurerie; 18, 55j francs pour les ta-
pisseries et l'amenblemeut du palais qui désormais pourra
servir à tous les princes qui viendront à Boulogne; 240o fr.
de linge pour le service de la duchesse, linge qui est resté
à la ville avec une partie des meubles; 5oo francs pour l'a-
méliorstion du matériel de l'éclairage 5ooo francs pour ré-
parations de rues et de chemins par où la princesse devait
passer ysjo francs versés à M. Crouï pour divers travaux
et réparations (1). Voilà comme la plus grande partie de
cette somme de 66,65o francs se trouve avoir été dépensée,
et voilà ce que M. de Chanlaire s'est bien gardé de dire;
( ) ) ces reuscignemens ont été pris sur les mémoires mêmes des
fournisseurs.