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Réponse d'un électeur marseillais au "Journal des Débats" / [signé : H. Bondilh]

De
16 pages
impr. de Arnaud et Cie (Marseille). 1861. France -- 1852-1870 (Second Empire). 16 p. ; in-8.
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A MONSIEUR
LE RÉDACTEUR DU JOURNAL DESDÉBATÉ
MONSIEUR LE RÉDACTEUR,
Dans une occasion solennelle et encore toute récente ,
Son Altesse Impériale le Prince Napoléon fil entendre, au
Sénat, un discours qui émut profondément les sincères
amis de la liberté, les citoyens exempts des tristes pas-
sions de l'intolérance, étrangers aux étroites préoccupa-
tions et aux rancunes des partis.
Ce discours , inspiré par le sentiment vrai de la cause
populaire, irrita les vieilles haines des ultramontains et
des absolutistes ; il avait démontré, en face de l'Europe ,
que les destinées du monde n'appartiennent pas aux
contempteurs de la conscience humaine.
— 4 —
Du haut de cette tribune du Sénat, réservée aux ora-
teurs qui parlent au nom de l'expérience et de la modé-
ration conservatrices, un Prince, si étroitement lié à la
fortune de l'Empire, tint à honneur de constater l'esprit
des temps modernes.
Cet hommage, rendu avec tant de loyauté aux aspira-
tions irrésistibles des peuples, répandit l'étonnement et
la consternation parmi les chefs et les clients des vieux
partis, parmi ces retardataires de la civilisation qui ne re-
connaissent que les droits du privilège.
Tandis que les derniers représentants du despotisme
clérico-féodal s'efforcent vainement d'arrêter la marche
des nations vers la terre promise de la liberté, tous les
hommes, qui veulent les réformes possibles, conformes à
l'esprit et à la nécessité des temps, crurent devoir applaudir
à des idées vraiment libérales, empruntant un degré su-
périeur de force à la qualité même et au rang exceptionnel
de l'orateur.
Lorsque le défenseur du progrès et de la justice politique
occupe un rang supérieur dans les hautes régions du pou-
voir, n'est-il pas permis de penser et de dire que la cause
de la vérité est deux fois affirmée?
Ce qui rehaussait d'ailleurs cette généreuse apologie de
la cause sainte des nations, c'est que, loin de se renfer-
mer dans les limites de l'actualité, le Prince avait agrandi
la question en la portant sur le terrain fécond des idées
générales. Tout en faisant resplendir la noble figure de la
patrie italienne, affranchie du joug de l'Autriche et de ses
vassaux couronnés, Son Altesse Impériale saisit l'heu-
reuse occasion d'attester son dévoûment à l'esprit de tolé-
rance et de conciliation.
Il paraît, Monsieur le rédacteur, que vous ne partagez
— 5 —
pas les vues d'un orateur qui, dans une position suprême,
n'a pas craint de déployer résolument le drapeau d'un li-
béralisme conciliateur.
Et pourtant vous appartenez à une feuille considérée
au dessus de bien d'autres, comme l'organe essentielle-
ment accrédité de certaines idées constitutionnelles.
Quoiqu'il en soit, en ma qualité d'électeur marseillais,
je crois avoir le droit de repousser certaines railleries aussi
injustes qu'intempestives, par vous adressées, dans votre
numéro du 5 avril, aux démocrates de Marseille qui ont
eu, peut-être, le tort irréparable, le tort immense d'ac-
corder leurs libres suffrages à la liste municipale lors des
élections de 1860.
Votre article, venant en aide à un système d'agressions
personnelles contre des électeurs coupables de n'avoir
pas voté pour la liste Clapier, est empreint d'une ironie
presque insultante ; mais, à votre insu, vous avez fait
l'éloge de ceux mêmes que vous pensez avoir tournés en
ridicule.
C'est là , sans doute, une considération de nature à at-
ténuer sensiblement la portée de sarcasmes par trop
cruels, venant d'un journal aussi haut placé dans l'estime
et dans la sympathie des voltairiens-catholiques.
Du sommet resplendissant de votre littérature pari-
sienne vous avez daigné faire, à d'obscurs citoyens de pro-
vince, l'honneur de ces épithètes poliment inconvenantes,
à l'usage exclusif de ceux qui, comme vous , sont initiés
aux mystères de la prose super-magistrale.
On n'a pas, tous les jours, cette bonne fortune de pro-
voquer, de la part des coryphées patentés de l'orléanisme,
certaines apostrophes acidulées de malveillance !
Mais quelle que soit la force de vos traits satiriques, les
démocrates, par vous désignés, se consolent aisément de
vos épigrammes, lorsque, après tout, leur bon sens et
ê
leur patriotisme ressortent d'une manière si éclatante du
ridicule même que votre plume généreuse a daigné leur
prodiguer.
Vous avez dit :
« Un Comité, intitulé Comité démocratique, et qui
« représentait cette démocratie rangée, docile, pleine
« de bons sentiments pour l'administration dont YOpi-
« nion Nationale est, à Paris , l'organe , avait publié un
« manifeste..... »
Eh! quoi, c'est vous, paisible'organe du quiôtisme tra-
ditionnel , qui sortez de votre torpeur conservatrice, pour
railler de belle humeur, ou pour blâmer cette démocratie
qui est rangée ! qui est docile !
Comment en un plomb vil l'or pur s'est-il changé?..
C'est à ne ne pas y croire, vraiment ! et si la signature de
votre gérant ne certifiait conforme le titre delà feuille, nul
ne voudrait croire que le Journal des Débals ait pu cesser
d'être l'ami de l'ordre, de la paix, du silence , pour de-
venir soudain le porte-voix de la démocratie subversive,
de la.démocratie indocile, de la démocratie étrangère aux
bons sentiments !
De votre main' délicate, habituée au seul maniement
d'une plume académique, vous voudriez saisir les terribles
instruments de la guerre civile, et votre faible complexion
ne reculerait pas devant les sanglantes tragédies des barri-
cades?
Qu'on se le dise à Paris, à Lyon , a Marseille et dans les