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Réponse de M. Gabriel Lahuppe à M. A. Lefort au sujet de sa demande en nullité du marché de gré à gré du 31 août 1869 pour l'impression du "Journal officiel de La Réunion" et la fourniture des ouvrages de typographie et de réglure nécessaires aux divers services de la colonie

55 pages
Impr. de G. Lahuppe (Saint-Denis). 1871. Réunion. France -- Colonies -- Histoire. In-4°.
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REPONSE
DE M GABRIEL LAHUPPE
A M. A. LEFORT
AU SUJET
DE SA DEMANDE EN NULLITÉ
DU
MARCHÉ DE GRÉ A GRÉ DU 31 AOUT 1869
POUR L'IMPRESSION
DU JOURNAL OFFICIEL DE LA RÉUNION
ET LA FOURNITURE
DES OUVRAGES DE TYPOGRAPHIE ET DE RÉGLURE
NÉCESSAIRES
AUX DIVERS SERVICES DE LA COLONIE
Vir bonus nihil affirmât quod non probel.
... Le seul honneur solide
C'est de prendre toujours la vérité pour guide.
Du mensonge toujours le vrai demeure maître :
Pour paraître honnête homme, en un mot il fautl'être.
BOILE.ÙJ, Satire XI.
SAINT-DENIS
TYPOGRAPHIE DE GABRIEL LAHUPPE, IMPRIMEUR DU GOUVERNEMENT
119, RUE DIT CONSEIL, 119
1871
REPONSE
DE M. GABRIEL LAHUPPE
A M. A. LEFORT
AU SUJET
DE SA DEMANDE EN NULLITÉ
DU
MARCHÉ DE GRÉ A GRÉ DU 31 AOUT 1869 fj$i
POUR L'IMPRESSION "^,...^--
DU JOURNAL OFFICIEL DE LA RÉUNION
ET LA FOURNITURE
DES OUVRAGES DE TYPOGRAPHIE ET DE RÉGLURE
NECESSAIRES
AUX DIVERS SERVICES DE LA COLONIE
Vir bonus nihil affirmât quod non probet.
Le seul honneur solide
C'est de prendre toujours la vérité pour guide.
Du mensonge toujours le vrai demeure maître :
Pour paraître honnête homme, en un mot il faut l'être.
BOILEAU , Satire IX.
SAINT-DENIS
TYPOGRAPHIE DE GABRIEL LAHUPPE, IMPRIMEUR DU GOUVERNEMENT
119, HUE DU CONSEIL, 119
1871
RÉPONSE
DE M. GABRIEL LAHUPPE
A M. A. LEFORT
AU SUJET
DE SA DEMANDE EN NULLITÉ
DU
MARCHÉ DE GRÉ A GRÉ DU 31 AOUT 1869
Monsieur A. Lefort, imprimeur et éditeur du journal la Malle, m'a violem-
ment et perfidement attaqué dans un Mémoire de 22 pages, format in-4°, adressé
à M. le Gouverneur de l'île de la Réunion, et ayant pour objet de demander
« la nullité du marché de gré à gré , du 28 Août 1869 (il faut lire 31 Août ) ,
« pour l'impression du Journal officiel de l'île de la Réunion et la fourniture des
« ouvrages de typographie et de réglure nécessaires aux divers services de la
« Colonie. » ' '
Cette brochure, qui porte la date du 23 Décembre 1870, a paru à Saint-
Denis , si je ne me trompe, vers la fin du mois de Janvier 1871, à l'ouverture
de la période électorale.
— 2 —
Cette brochure est une oeuvre malveillante et de plus déloyale , car elle a
été écrite par un homme qui abrite sa haine sous le nom d'un autre.
Monsieur Lefort, en efîet, n'est pour moi que l'endosseur à gages de rancunes
implacables qu'ont fait surgirtjdës ffrlt|p^thièis;ijpï:il!fondes, l'antagonisme de l'es-
prit départi, les luttes électorales, 'des amôurs-proprps et des intérêts froisses
et, peut4tre-au^MT,-lerf souvenir de ^rapports treublésvet rompus. Il est digne de
remarque, en effet, que c'ësTprécisément depùisle départ forcé de certain jour-
naliste que leâ colères (te son protecteur on* redoublé de vivacité.
Telles sont les causes de cette guerre à outrance et de cette charge à fond
exécutée contré mon marché, dont oirpoursuit l'annulation, autant dans un
but de vengeance «gué ^nsidesvuefsr(te<îcoiiV0itÉ5eettdë spéculation : le >tout,
bien entendu, ad majorera Dei gloriam!
Fort de ma conscience, convaincu de la parfaite légalité de mon marché ,
en mesure de fournir là^iïs'tificâtion la"pius complète de "mes actes, j'avais dé-
daigné d'abord de répondre au factum de M. Lefort, de réfuter ses erreurs,
de démontrer la témérité de ses allégations et de faire ressortir au grand jour
la perfidie de ses insinuations calomnieuses.
Mais depuis, M. Lefort ayant, par une Note additionnelle, fait de nouvelles
tmiMiveBpQuriimprJessïonnêi àUm'&vihhmëJitlm ies^rîtsiâU'Sujetdemonmar-
chéyaly-eûtïeU^ de'maijjart., puisque de dïïmpïudenee à ifawïiseï îpaïîmon
abstention la 'tactique rdeonon mdvieriaire. iFaT dousepensé que le moment
était venu-de. feire la; lumière.. /sur cette ^question'-de marché de gré à gré et de
déjouer ainsi lesrmanoeuvres àrl'aide:desquelles,on a.essayé de.surprendre la re-
ligion du .juge et la bonne foi du.public.
PREMIERE PARTIE
Exposé des faits et justification du marché attaqué, au point
de vue des intérêts du ïrésor et de l'état de l'industrie
typographique dans la Colonie.
• « lia été 'passé, dites-vous, M. 'A. Lefort, à la date du 28 Août 1869,
« entre M. le Directeur de l'intérieur par intérim et M. GabrielLàbuppe, éditeur
« du Moniteur de la Réunion^ sous le voile du mystère et dans Qe secret le plus ab-
« sôlu, un marché degré à gré pour l'impression, pendant dix années entières
« et consécutives, à commencer du l6r Janvier 1870 , du Journal officiel de la
« Réunion, et de plus un marché passé aussi sans concurrence ni publicité, le 4er
« Septembre 1862, entre l'Administration de l'époque et le même éditeur du
« Moniteur, pour la fourniture pendant dix ans, à commencer du 1er Janvier
« 1863, a été prorogé jusqu'au 31 -Décembre 1879. »
Vous accusez clairement, dans tout le cours de vos écrits méchants,
M. le Directeur 4e l'intérieur -P. I. et moi d'avoir fait ]Un marché que l'hon-
nêteté ^réprouve. Avez-vous pesé «e qu'il ;y a d'invraisemblable et en même
temps d'odieux dans v-os amputations? Quoi ! M. le Directeur de l'in*-
térieur P. I. aurait conclu seul un marché onéreux à jla Colonie et lucratif
seulement au fournisseur? Veïsé "comme vous l'êtes dans le droit admimV
tratif, pouvez-vous ignorer, Monsieur de la Malle, que les marchés en géné-
ral , et Un marché aussi considérable que le mien, en particulier, sont toujours
soumis à Fapprobation du Gouverneur en Conseil privé, et que là ils sont soi-
gneusement examinés et discutés? Vous avez osé dire cependant que mon mar-
ché avait été conclu précipitamment «f toute affaire cessante, entre quatre yeux !
En publiant audacieusement de pareilles imputations, vous avez voulu égarer
l'opinion publique et porter atteinte à l'honorabilité de ceux dont vous parlez.
C'est là un mauvais acte, Monsieur de la Malle, et d'autant plus mauvais
— 4 —
qu'il a été prémédité, artificieusement élaboré, et que vous n'avez pas
craint d'altérer les faits et de tronquer les textes, ainsi que je l'établirai
d'une façon péremptoire.
Il faut que je vous démasque, Monsieur de la Malle, au nom delà vérité,
de même que la population indignée a protesté, dans l'intérêt des bonnes
moeurs , contre les pratiques immondes de ce drôle si singulièrement choisi
pour inculquer au Pays la morale et les bons principes !
Et c'est toujours preuves à l'appui, dans toute cette discussion , que je
renverserai vos détestables assertions.
Au début de votre exposé vous avez « cru à propos de rappeler les cir-
« constances au milieu desquelles mon marché du 28 Août est venu engager
« la Colonie pour un long espace de dix années.
« C'était dans les derniers mois de l'année 1869. Une administration finis-
« sait, qui marquera dans les fastes de la Colonie, sans rappeler de bien tris-
« tes événements
« Une autre administration allait commencer dans quelques jours; le nom
« du nouveau Chef de la Colonie était connu et avait été acclamé avec enthou-
* siasme. ; le premier navire qui. devait poindre à l'horizon pouvait
« l'apporter sur nos bords ;
« Le Directeur général de l'administration intérieure était absent par
« congé »
Nous verrons plus loin si ce . Directeur général de l'administration inté-
rieure était absent lors de la conclusion de mon marché du 1er' Septembre
1862. Mais tout d'abord j'éprouve le besoin de relever un fait inexact que vous
avez avancé en disant qu'à l'époque où se traitait l'affaire de mon mar-
ché « le nom du nouveau Chef de la Colonie était connu et avait été acclamé
« dans le Pays. » Quel que soit le mérite de notre Gouverneur, M. de
Lormel, mérite auquel je ne fais nulle difficulté de rendre le plus sincère
hommage, je dois à la vérité de faire observer que « son nom n'a pas
« été acclamé», comme vous l'afiirmez,'par cette raison fort simple , qu'à
l'époque de son arrivée dans la Colonie M. de Lormel n'était nullement connu par-
mi nous. Mais vous avez cru sans doute utile,à votre cause de faire de la mise en
scène, pour mieux encadrer votre flatterie rétrospective. Le nom de M. de
Lormel n'était pas connu dans le Pays, vous pouvez vous en assurer en ouvrant
le Journal officiel de la • Colonie : vous verrez qu'à la date du 2 Octobre
1869 l'Administration faisait publier un numéro extraordinaire pour la pro-
— 5 —
mulgation du décret impérial du 31 Août qui appelait M. de Lormel au
gouvernement de la Réunion. Jusqu'à ce moment, le nom de M. de Lormel
n'avait pas même été cité parmi ceux des candidats au gouvernement de la
Colonie.
Mon marché du 31 Août n'a pas été conclu précipitamment, toute affaire
cessante et sous le voile du mystère.
En effet, dès le 28 Juin 1869, j'avais l'honneur d'écrire à M. le Contre-Ami-
ral Dupré, gouverneur de la Réunion, alors qu'il n'était nullement question
de son départ. Tout au contraire, il se disait et se répétait à cette époque que
M. Dupré resterait encore deux ans à la tête de l'administration du Pays.
Ma lettre avait pour but de dénoncer au Gouvernement local mon intention
de ne point renouveler mon marché du 17 Décembre 1866 relatif à l'impression
du Journal officiel, une expérience de deux ans et demi m'ayant clairement dé-
montré que cette entreprise me constituait en perte. J'exposais que pour être
toujours en mesure de satisfaire aux demandes d'insertion qui m'étaient géné-
ralement transmises à la dernière heure, j'étais obligé d'entretenir un personnel
dispendieux dont les frais étaient loin d'être couverts par les 6,000 francs al-
loués. Je faisais observer qu'en combinant le marché du Journal officiel avec
ceux relatifs aux travaux de typographie , de réglure et de reliure dont j'étais
soumissionnaire, je consentirais à continuer l'impression du Journal officiel pour
le prix de 6,000 francs. Mais je demandais, en compensation, une prorogation
de sept années pour les marchés sus-dits en même temps qu'une révision des
tarifs et de certaines clauses de détail. Des pertes réelles pendant plus de six
années justifiaient cette révision: certains travaux très-coûteux, parmi les-
quels figurent les budgets et les comptes d'exercice, ne m'étaient pas payés
la moitié de leur valeur. A l'appui de ma demande de prorogation , je faisais
valoir que, malgré la réduction notable du chiffre de la dépense d'impres-
sions , j'avais toujours conservé mon même personnel, de manière à être tou-
jours assuré, à toute heure et en toute circonstance , de suffire aux exigences
des ordres de l'Administration pour la publication du Journal officiel comme
pour l'exécution des travaux de typographie. J'ajoutais que le paiement de mes'
fournitures par le Service local s'était effectué depuis quatre ans avec des len-
teurs qui m'étaient préjudiciables. Ainsi l'on me faisait attendre une année en-
tière le paiement de mes factures ; je perdais conséquemment une année d'in-
térêts sur une somme moyenne de 40,000 francs. Et je concluais en disant que
la prorogation de mon marché pourrait être considérée comme une juste in-
—. 6 ■=..
demnité pour les ; pertes- passées:, eti qu'elle trpuyait, d'ailleurs,,, sa légitimité
dans l'exécution consciencieuse et loyale des; divers, marchés concédés depuis
une quarantaine d'annéesfà mon:établissepsenk,
Cette lettre du 28 Juin montre donc à quelle occasion et par quels motifs-
mon marché du 1er Septembre 1862 pour les travaux de typographie et de ré-
glure a été prorogé.
Mes propositions furent examinées par les administrations du Directeur de
l'intérieur et de l'Ordonnateur qui lës< acceptèrent. Un projet de marché fut
alors soumis à M. le Contrôleur colonial avant sa présentation au Conseil .privé.
Ce fonctionnaire formula des observations-oritiques-à la suite desquelles je fus
appelé au cabinet dé M. le Directeur-de.l'intérieur; là, jediscutai le» observa-
tions de M. le Contrôleur colonial. L'Administration était disposée à m'accorder
une augmentation de prix sur' diverses^ catégories, de ; monttarif i dont elle recon-
naissait l'insuffisance. D'autre part, cependant!, elle, manifestait une certaine
hésitation à l'endroit des-modifications-à faire -subir à ce tarif qui.était: l'oeuvre
accomplie en 1862 par une Commission supérieure dont, je parlerai plus loin. Je
fis alors une nouvelle proposition qui^consistait.àporter^deô^OOO à 12,000 francs-
le prix- de l'impression du Journal officiel, en même temps que mon.marché dû
1er Septembre 1862 pour les-travaux de typographie et; de-réglure, sans- aggra*
vation des tarifs, serait' prorogé, de sept.années: et-non de-dix. années^ comme le
donne à entendre Monsieur delà. Malle.
Tels sont les faits-.
Le 1er Septembre 1869, j&fus informé qu'un marché préparé dans-le sens
de ma dernière proposition avait été approuvé dans la séance du Conseil privé
de la veille , 31 Août. Ce<marché avait.été discuté, après un rapport) de M* le
Directeur de l'intérieur P. I., dont je vais^donner ici des extraits. (1)
MONSIEUR LE GOUVERNEUR,
Par lettre dit 28 Juin dernier, M, Gabriel Lahupp.e. a. fait .connaître .à;rAdnrôwstratipn
qu'il entendait résilier, à partir, du.31 Décembre prochain, conformement.au droit qu'il
s'était réservé, le marché, en date_du 17 Décembre 1866", relatif à la publication du.
Journal officiel. Dans cette.lettre-, M; L'ahuppe avait formulé les bases d'un nouveau
(1) En donnant ces extraits, je dois faire connaître que j'en ai obtenu la communication officieuse de
M. le Directeur de l'intérieur P. I., à l'époque qui asum l'approbation-de mon-marché.'
— 7 —
marché à conclure qui devait embrasser à la fois la publication du Journal officiel, la
fourniture des ouvrages de typographie et les travaux de reliure.
Cette lettre est ainsi conçue :
. > '. .■ "2 . .
Le résiliement du marché concernant le Journal officiel est motivé sur l'insuffisance
du prix annuel de 6,000 francs alloué pour cette publication.
En vue de se récupérer de cette insuffisance, M. Lahuppe proposait la combinaison
suivante :
Cet exposé terminé, je vais faire connaître les motifs qui m'ont porté à traiter sur les
bases du second projet dont j'ai donné lecture au Conseil.
L'Administration locale se trouve placée dans une situation difficile, exceptionnelle ,
dont elle a vainement tenté de sortir. Elle est forcée, jusqu'à un certain point, de subir
les conditions nouvelles qui lui sont proposées. Ces conditions, au surplus, sont raison-
nables , justifiées et de nature à être acceptées.
L'incident actuel est la conséquence du régime des annonces judiciaires inauguré de-
puis le 17 Décembre.1866, régime qu'elle a été impuissante à faire modifier.
A partir de cette époque, la libre publicité en matière d'annonces judiciaires a eu pour
effet de dessaisir le Gouvernement de la faculté qu'il avait eue de tout temps de désigner
le journal chargé des annonces judiciaires. Cette désignation constituait, au profit du
journal, un privilège lucratif.; aussi, en retour de cet avantage, l'Administration imposait
à l'Éditeur du Journal des annonces la charge de publier GRATUITEMENT tous les actes
officiels,. Du moment où l'Administration a été privée de la faculté de concéder un privi-
lège en matière d'annonces, elle a dû, forcément, traiter à prix d'argent, sous forme
de marché, comme une entreprise ordinaire de travaux, pour assurer le service de la pu-
blication des .actes officiels.
Mais pour l'accomplissement d'une entreprise de cette nature l'Administration, com-
me on le verra, n'a pas le choix des industriels remplissant les conditions et les garanties
nécessaires.
Quant à monter une imprimerie du Gouvernement, il n'y faut pas songer ; car, tout
compte fait, ce moyen d'exécution, comme la plupart des travaux en régie, ressortirait
à un prix onéreux, et il y a tout avantage à accepter les conditions proposées par M.
Lahuppe.
L'Administration est dans l'obligation d'accepter les bases du second marché qui lui est
offert, sous peine de compromettre l'exécution d'un service essentiel.
Le marché à conclure pour la publication du Journal officiel se combine avec une pro-
rogation des deux marchés de travaux de typographie et de reliure en cours d'exécution.
Il a paru dès lors rationnel de réunir dans le même acte les stipulations relatives à ces en-
treprises.
Il reste maintenant à apprécier les motifs et les considérations qui, dans cette affaire,
2
s'imposent à l'Administration et la forcent jusqu'à un certain point à adopter la combinai-
son offerte par M. Lahuppe.
Pour l'intelligence des faits, il est indispensable de retracer l'historique de la question
des annonces judiciaires.. Nous serons, sur ce point, aussi bref que possible.
De 1817 à 1848 et de 1852 à 1867, l'insertion des annonces judiciaires faisait l'objet
d'un privilège concédé par le Gouvernement.
Dans ces derniers temps, de 1852 à 1867, la publication des actes officiels était effectuée
gratuitement par M. Lahuppe, en retour de la concession qui lui avait été faite du pri-
vilège des annonces judiciaires.
Ce privilège, créé en 1817, a duré jusqu'en 1848, époque où il fut aboli par un décret
du Gouvernement provisoire , du 27 Avril. Rétabli par un arrêté local du 19 Mai'1852, il
s'est perpétué jusqu'au 17 Décembre 1866.
Dans le courant de 1865 et 1866, à la suite de réclamations réitérées de la part de l'é-
diteur du journal la,Malle, la question de constitutionnalité de l'arrêté du 19 Mai 1852
fut examinée d'une manière approfondie par l'Administration locale. 11 fut reconnu que l'ar-
rêté du 19 Mai 1852 n'avait pu valablement modifier l'article'9 du décret précité de 1848
qui a fondé, le régime de la libre publicité en matière d'annonces judiciaires, ni l'article
42 du Code de commerce qui confère aux tribunaux de commerce le droit de désigner les
journaux chargés de la publication des actes de société.
Nous n'avons pas à nous occuper ici des inconvénients graves et très-réels qu'entraîne le
régime de la libre publicité des annonces légales et judiciaires, au point de vue des inté-
rêts privés. Pour la question qui nous occupe, il suffira de faire remarquer que l'inaugura-
tion de ce régime a eu pour conséquence immédiate de priver le Gouvernement de la fa-
culté de concéder un privilège à l'aide duquel il faisait publier gratuitement ses actes offi-
ciels.
Ces divers inconvénients et d'autres sur lesquels nous n'avons pas à nous expliquer en
ce moment, furent signalés au Département, en 1866. Il fut proposé de rendre applica-
ble dans la Colonie l'article 3 du décret du 23 Mai 1852, qui régit les annonces dans la
Métropole , en conférant au Gouverneur le droit qu'ont les Préfets de désigner les jour-
naux chargés de la publication des annonces judiciaires.
Malheureusement le projet de décret qui avait été transmis ne fut pas sanctionné, atten-
du que les Antilles, consultées sur l'opportunité de. la mesure proposée, n'avaient manifesté
aucun voeu tendant à la modification du régime en vigueur. (1) .
En conséquence, ordre fut donné par le Ministre d'avoir à rentrer dans la légalité,
c'est-à-dire d'appliquer le décret de 1848 et les prescriptions du Code de commerce.
C'est en conséquence de cet ordre que fut conclu.avec M. Lahuppe le marché de gré
à gré du 17 Décembre 1866 pour la publication du Journal officiel.
Enfin par un arrêté du même jour tous les journaux de la Colonie furent admis à recevoir
les insertions des annonces légales et judiciaires.. ' .
(1) Aux:Antilles il y a des imprimeries du Gouvernement qui éditent un Journal officiel auquel est
réservé par privilège l'insertion des annonces judiciaires.
- 9 —
Les raisons qui ont déterminé l'Administration à traiter de gré à grè avec M. Lahuppe
en 1866, commandent encore de renouveler le marché avec le même entrepreneur. En
effet,, les exigences particulières du service,à exécuter ne permettent pas de s'adresser
au premier industriel venu.
La publication des actes 'législatifs et réglementaires, des nombreux avis et insertions
émanant des services publics ainsi que des documents divers dont la composition doit être
effectuée SANS RETARD , souvent quelques heures avant le tirage, exige un personnel, un
matériel et une installation appropriés. On sait quels développements ont pris les inser-
tions diverses , et notamment l'étendue des procès-verbaux des séances du Conseil gène-,
rai et les rapports de Commissions.
Pour opérer dans les conditions de célérité indispensables, composer et tirer en toute
hâte , à la dernière heure, des documents souvent très longs, il faut évidemment que
l'imprimeur soit organisé et outillé de manière à pouvoir disposer, à tout instant, de
forces considérables. Mais ces forces dont il n'aurait l'emploi qu'à des intervalles succes-
sifs, irréguliers et pour une journée ou deux par semaine, constitueraient des moyens d'ac-
tion surabondants et ruineux pour l'imprimeur, si celui-ci ne pouvait pas les utiliser à
d'autres travaux qui n'exigent pas une exécution aussi rapide.
Au point de vue industriel et économique, on entrevoit dès lors la connexitè qui ratta-
che l'entreprise du Journal officiel à celle des ouvrages typographiques. Par la force des
choses, ces deux opérations se relient et'se prêtent une mutuelle assistance.. Entre les
mains du même imprimeur l'opération industrielle du Journal officiel retire un avantage
marqué de. la collaboration du personnel et des ressources en,matériel qui sont affectées à
l'opération des fournitures typographiques ; enfin par larèpartition des frais généraux sur
les deux industries, il en résulte une diminution de frais de revient qui PROFITE
A LA FOIS à l'entrepreneur et à l'Administration. Il ne serait pas possible, en effet,
à un imprimeur qui ri aurait que la publication du Journal officiel, de satisfaire aux
conditions spéciales de cette entreprise, moyennant un prix de 6,000 francs.
Sur les quatre imprimeurs de Saint-Denis, M. Lahuppe qui, depuis quarante ans, par
lui ou par son père, a la fourniture des travaux du Gouvernement, possède SEUL un éta-
blissement installé et outillé pour mené)- à bien ces deux opérations. C'est là un fait des
plus notoires. (1)
En 1862, avant de traiter de grè à grè pour les fournitures des ouvrages typographi-
ques , l'Administration eut un moment la pensée de tenter la voie d'adjudication. Des
ouvertures furent faites auprès de l'un des imprimeurs les mieux outillés, mais la réponse
fut négative et l'Administration dut renoncer à son projet.
(1) Une particularité récente permet d'apprécier l'importance et les moyens d'action de cet établisse-
ment. Le 9 Mars dernier (1869), en vertu d'une autorisation donnée le même jour par M. le Gouverneur ,
autorisation insérée en tête du numéro du Moniteur, l'imprimerie Lahuppe a composé dans la mémejoumée
le compte-rendu sténographié de la séance du Corps législatif du 26 Janvier 1869 qui a paru dans le
Moniteur de la Réunion du 10 Mars. Comme composition typographique ce compte-rendu compte 18 co-
lonnes de 125 lignes, représentant 2,664 lignes, soit, à raison de 46 lettres, l'emploi et le mouvement de
— 10 —
La situation respective des imprimeries n'a pas changé.
Il y aurait par conséquent imprudence à mettre en adjudication l'entreprise de la publi-
cation du Journal officiel. A défaut d'enchérisseur, M. Lahuppe, qui n'élève aujourd'hui
que des prétentions raisonnables, bien qu'il soit maître de la position, serait en droit
d'accroître ses exigences. D'un autre côté, en admettant que l'esprit de rivalité industrielle
et politique'poussât un autre imprimeur à se charger d'une opération dont il n'aurait pas
exactement'supputé lès charges , l'Administration', à un moment'donné, pourrait se trou-
ver exposée à de graves embarras, si l'adjudicataire était impuissant à exécuter plus tard
son entreprise.
Dans la Métropole, en matière de travaux et de fournitures, l'adjudication constitue,
il est vrai, la règle générale ; mais ce principe comporte des exceptions qui sont formulées
dans l'article 69 du décret du 31 Mai 1862, portant règlement sur la comptabilité publique.
Dans l'espèce, l'Administration est fondée à invoquer l'esprit, sinon la lettre de quelques
unes de ces exceptions, pour adopter la forme du marché de gréa gré.
Ce n'est, au surplus, que comme raison écrite que le décret de 1862 peut être invoqué
dans la circonstance, attendu qu'aux termes de l'article 81 de ce décret, tes règles édic-
tées dans cet acte législatif relativement" aux adjudications-et marcliès NE SONT
PAS APPLICABLES AUX COLONIES.
322,544 caractères. — Comme composition : les numéros du Moniteur et du Journal officiel du même
jour, 10 Mars IWZ, donnent les résultats suivants:
NOMBRE
de de de
., COLONNES 1 LIGNES CARACTÈRES
1° Moniteur 24 3,552 163,392
2° Journal officiel..... 12 1,200 55,200
TOTAUX'.... - 36- 4j752 . 218,592
Comme tirage : 1° Moniteur, à 700 exemplaires,- deux tirages, recto et verso.. 1,400
26 Supplément, recto et verso » 1,400
3° Journal officiel, recto et verso. 1,400
TOTAL 4,200
Ces chiffres sont significatifs, et, ce qui ne l'est pas moins, c'est la netteté de l'impression et des carac-
tères dont le spécimen ci-joint peut donner une idée.
Il n'est pas inutile de noter que malgré le très-vif intérêt qui s'attachait à la publication, dans la Colonie,
de la séance du Corps législatif, aucun autre journal du Pays n'a osé entreprendre la publication du
compte-rendu sténographié. Le Journal du Commerce n'a pu s'empêcher de faire ressortir le véritable
tour de force exécuté par l'imprimerie Lahuppe, et il a été heureux de pouvoir satisfaire ses abonnés en
leur envoyant un exemplaire du tirage opéré par son confrère du Moniteur de la Réunion.
(Note du Directeur de l'intérieur P, 1.)
—11 —
Sous le bénéfice de cette réserve, nous allons poursuivre notre examen.
On voit dans l'article 71 du décret précité, que « les adjudications publiques relatives
« à des fournitures, à des travaux, à des exploitations et fabrications qui ne peuvent,
« sans inconvénient, être livrées à une concurrence effrénée, sont soumises à des restric-
« tions qui n'admettent à concourir que des personnes préalablement reconnues capables
« par l'Administration et produisant des garanties exigées par les cahiers des charges, »
L'économie de cette disposition apparaît nettement dans tout son jour et révèle le but
que s'est proposé le législateur, celui d'assurer A VAN'T TOUT l'exécution des fournitures
tt travaux , etc., objet des marchés ou adjudications.
La nature spéciale de l'entreprise de la publication du Journal officiel impose à l'Ad-
ministration le devoir d'assurer aussi avant tout la bonne et fidèle exécution d'une sem-
blable entreprise.
Admettons pour un instant que cette entreprise pût être ou dût être mise en adjudica-
tion publique. Il est évident que, dans cette hypothèse, l'Administration serait tenue de
soumettre les enchérisseurs à des restrictions et n'admettre à concourir que des personnes
préalablement reconnues capables et offrant les garanties d'installation, de matériel et
d'outillage que présente M. Lahuppe. Car il est évident que pour pouvoir composer et
tirer des documents étendus avec cette rapidité qu'exige ce mode de publication, l'entre-
preneur devrait justifier d'une installation, d'un outillage et de moyens d'action analogues
à ceux dont dispose ce même imprimeur. Oi?, à quoi servirait de tenter une mise en adju-
dication subordonnée à une justification de facultés qu aucun autre imprimeur concur-
rent ne serait en état de fournir î
Est-ce que depuis 30 ou 40 ans les divers administrateurs placés à la tête de la Colonie
n'ont pas été tous invariablement amenés à traiter DE GRÉ A GRE avec l'imprimerie
Lahuppe %
Pourquoi cette dérogation constante à la règle de l'adjudication, si ce n'est l'insuffisance
notoire des imprimeries rivales, l'exiguïté de leur installation , leur défaut d'outillage.
Cette situation-né s'est pas modifiée, car je ne sache pas que depuis six ou sept ans
l'extension des affaires en général et des travaux typographiques en particulier ait eu pour
effet de rendre les imprimeries rivales plus prospères, mieux outillées, au point de leur
permettre d'entreprendre des travaux que , de tout.temps , elles se sont reconnues im-
puissantes à exécuter ( i).
En nous plaçant toujours au point de vue des prescriptions du décret de 1862 , et en ad-
mettant que ces prescriptions, ce qui n'est pas, fussent applicables aux colonies, on se-
rait contraint, dans l'espèce, de traiter de grè à grè, en raison de l'absence d'enchéris-
seurs ou, à défaut d'offres acceptables, en vertu des dispositions de l'article 69, n° 8 du
(1) Comme on le verra par la suite de ce travail, les particularités qui se sont produites dans ces der-
niers temps, au sujet des travaux d'impressions du Conseil général, vont démontrer jusqu'à la dernière
évidence la justesse des appréciations et des prévisions exprimées en 1869 par M. le Directeur de l'inté-
rieur par intérim. — G. L,
— 12 —
décret déjà cité. Il est vrai que , clans ce cas, la constatation valable de l'absence d'offres
ne pourrait résulter que d'une mise en adjudication préalable.
Telles seraient les formes à suivre si nous avions à appliquer le décret de 1862.
• Mais dans les colonies , pays d'exceptions, nous sommes placés en dehors des règles
en vigueur dans la Métropole ; il est, dès lors, loisible à l'Administration de se diriger
d'après la connaissance exacte qu'elle a de la position des industriels. Du moment donc où
l'Administration est certaine QU'IL N'EXISTE PAS DE CONCURRENTS EN ÉTAT DE REMPLIR
LES CONDITIONS DE L'ENTREPRISE et que, d'autre part, il y a NÉCESSITÉ IMPÉRIEUSE PE
PRÉVENIR L'INTERRUPTION D'UN SERVICE PUBLIC INDISPENSABLE , L'ADMINISTRATION EST PLEI-
NEMENT EN MESURE DE JUSTIFIER L'ADOPTION D'UN MARCHÉ FAIT DE GRÉ A GRÉ ET DE
RÉPONDRE AUX ATTAQUES ET AUX CRITIQUES QUI POURRONT ÊTRE FORMULÉES.
En résumé, M. Lahuppe présente toutes les garanties désirables de la bonne exécution
d'un marché qu'il est seul en état d'entreprendre.
Ainsi donc , il s'est écoulé un intervalle de,plus de deux -mois entre ma pro-
position du 28 Juin et la décision du Conseil privé du 31 Août 1869.
Après avoir lu le rapport longuement motivé de M. le Directeur de l'intérieur,
les contribuables de la Colonie reconnaîtront que le marché passé de gré à gré
avec moi n'est pas un acte de faveur et .qu'il .ne s'est point accompli <> préci-
pitamment , toute affaire cessante, et sous le voile du mystère. » Ce docu-
ment, sagement et consciencieusement élaboré, éclairera suffisamment, je
l'espère, l'opinion publique qui doit être notre premier juge, car c'est surtout
pour elle, Monsieur de' la Malle, que vous avez écrit.
Peut-il y avoir eu clandestinité quand un projet d'acte a été communiqué au
Contrôle qui a eu tout le temps de l'examiner et de le critiquer ? Peut-il y
avoir eu clandestinité , quand cet acte est ensuite soumis à l'appréciation et à
la discussion d'un Conseil composé du Gouverneur, de l'Ordonnateur, du Di-
recteur de l'intérieur , du Procureur général, de deux Conseillers privés et du
Contrôleur colonial ? Ne vous apercevez-vous pas que votre imputation inju-
rieuse ne s'applique pas seulement à- moi,' mais aux hommes éminents placés à
la tête des diverses administrations du Pays ? Entendez-vous les rendre com-
plices de l'acte que vous reprochez à la fois au Directeur de l'intérieur et à moi ?
Pourquoi, d'ailleurs, ne parlez-vous que duDirecteur de l'intérieur ? Car, enfin,
il n'a pas été seul à traiter avec moi cette affaire ? Un autre chef d'administra-
tion , dont l'honneur et la' loyauté sont également au-dessus de vos attaques ,
a collaboré à cet acte contre lequel vous récriminez avec tant de fiel et de rage.
Cet administrateur est M. le Commissaire de la marine, Ordonnateur, qui me
faisait l'honneur de m'adresser la lettre suivante :
— 13 —
CABINET Saint-Denis, le 28 Juillet 1869.
DE Le Commissaire de la Marine, Ordonnateur, a l'honneur d'inviter M.
L,UKlJlmMlr>Utt LahUppe, imprimeur du Gouvernement, à venir à son cabinet aujour-
d'hui , de deux à cinq heures > pour conférer au sujet du renouvellement
de-son marché du 1er Septembre 1862.
Signé LA BORDE.
Cette lettre m'était écrite alors que M. le Chef de l'administration de la Ma-
rine avait déjà conféré avec son collègue de l'administration de l'Intérieur.
Ces pièces et leurs dates ne prouvent-elles pas surabondamment que l'af-
faire dont il est question a subi un long examen et que mon marché , conclu
seulement le 31 Août 1869, ne l'a pas été clandestinement et précipitamment.
Il n'était cependant pas indispensable de se livrer à un bien long examen
de ce marché qui, à part la clause concernant le Journal officiel, n'était
qu'une prorogation de mon marché du 1er Septembre 1862.
Dans votre mémoire du 23 Décembre 1870 vous dites, Monsieur de la Malle,
que vous ne sauriez reproduire les stipulations de mon marché et que vous ne con-
naissez ni les travaux qu'il embrasse, ni les conditions et le prix de leur exécution.
Plus loin cependant vous dites que ce marché est onéreux pour la/ Colonie et lucra-
tif seulement pour le fournisseur. Quelle contradiction ! Et c'est par un raisonne-
ment pareil que vous voulez donner le change 'à l'opinion publique ! Comment
pouvez-vous déclarer qu'un marché est onéreux pour le Trésor quand vous
avouez ne pas le connaître? Et comment pouvez-vous affirmer qu'il est lucratif
pour le fournisseur, alors que vous ignorez le prix d'exécution des travaux
qu'il embrasse ? . . •
Ce Directeur général de l'administration intérieure'dont vous regrettez l'ab-
sence à la tête de son département en Août 1869, s'y trouvait bien lors de
mon marché du 1er Septembre 1862. Il m'en souvient de ses "exigences
et des diffipultés sans cesse renaissantes qu'il a fait surgir à cette époque. Il
•était bien là, M. de Lagrange ; il subissait bien les inspirations de l'officine
de laquelle s'élèvent aujourd'hui vos imprécations. Pendant plusieurs mois
.— 14 —
il a tourné et retourné ce contrat d'une élaboration si pénible , contrat qui a
•été l'oeuvre-d'une Commission offrant-toutes les garanties désirables.
Cette Commission avait été composée par M. le Gouverneur Baron Damcau,
'de MM. Desmazes ,~ Ordonnateur,; Ch.,Gaud.in de Lagr"ange,'Directeur de l'in-
térieur; ..Graton,, Commissaire adjoint de la Marine, Chef du bureau
des travaux et approvisionnements; Des Eobert, Contrôleur colonial. Ceux qui
ont connu ce dernier fonctionnaire n'ont - pu oublier combien il, «tait minu-
tieux, consciencieux et.ennemi du favoritisme dans l'exercice de ses impor-
tantes et délicates fonctions. C'est dire que, • quand il avait approuvé une
mesure , on pouvait être assuré que les.intérêts du Trésor avaient été scrupu-
leusement débattus et sauvegardés.
Je n'ai pas'besoin'de rappeler au lecteur que M. de Lagrange, par ses opi-
nions politiques , par ses convictions religieuses, avait toutes ses préférences
pour l'imprimerie qui éditait et édite encore lé journal que l'on .appellera Malle.
Cette particularité dit assez que j'ai dû trouver dans le Directeur de l'intérieur
de 1862 un rude adversaire qui a-sans-cesse combattu toutes mes propositions
et qui ne m'a accordé que ce qu'il n'a pas pu me refuser.
Après avoir eu de nombreuses séances pendant, une période de.trois mois,
cette Commission a fini par arrêter les clauses et conditions de mon marché
telles qu'elles sont encore çn vigueur^ en m'imposant un cautionnement de
dix mille .francs.
Les membres de cette Commission étaient-ils aussi des amis intimes, n'ayant
•qu'un but, celui ,de m'être agréable,, qu'un désir, celui de favoriser mes in-
térêts?
Depuis quarante ans l'établissement que je dirige a été l'unique fournisseur
des travaux de typographie nécessaires à tous les services de l'Administration
coloniale. Pendant ce long espace de temps, combien de Gouverneurs, combien
d'Ordonnateurs, combien de Directeurs de l'intérieur , combien de Procureurs
généraux , combien de Contrôleurs coloniaux, combien de Conseillers privés ,
ont passé qui ont eu en mains la direction des affaires du Pays? Comment se fait-il
que tous ces fonctionnaires, que tous ces notables,avec des caractères divers et
des opinions politiques différentes , aient tous successivement accordé à mon
établissement une préférence qu'il vous convient de qualifier de faveur, et cela
au détriment des intérêts de la Colonie? Comment ! cet ensemble imposant
d'hommes marquants par leur honorabilité, leur savoir, leur expérience,
auraient consenti à transiger avec leur conscience, à forfaire à leur mandat,
— 15 —
pour favoriser invariablement le même industriel ! Mais d'où vous vient tant
d'audace, Monsieur de la Malle? Avez-vous perdu tout discernement?
Non ! en traitant de gré à gré avec notre établissement, ils n'ont entendu
servir que les intérêts de la Colonie; ils ont toujours traité à des conditions
sages , raisonnables , en rapport avec la situation de l'industrie dans le Pays ,
sans que jamais notre établissement ait voulu profiter de la position exception-
nelle qu'il s'était faite , grâce à la bonne direction, à l'économie et à l'entente
de celui qui l'avait fondé. Seul en état d'exécuter les fournitures typographi-
ques , il pouvait demander des prix beaucoup plus élevés ; il ne l'a jamais fait
et il s'est toujours contenté de prix équitables et justement rémunérateurs.
A cette occasion je ne puis me dispenser de citer un fait qui prouvera que
loin d'abuser jamais de sa position, nôtre établissement a, au contraire, de tout
temps, opéré de façon à se rendre digne de la confiance de l'Administration.
C'était en 1848, à une époque présentant une certaine analogie avec la
situation actuelle ; M. Lahuppe était adjudicataire des travaux du Gouverne-
ment depuis l'année 1826. Son marché étant expiré, l'Administration supé-
rieure, cédant aux influences du moment, crut devoir mettre en adjudication
les travaux de typographie. Deux concurrents se présentèrent avec M. Lahup-
pe. La soumission de l'un d'eux était, comme la sienne, de se charger des
travaux commandés par le Gouvernement aux prix de base réglés par les con-
ventions antérieures. Le troisième concurrent offrit un léger rabais et l'adju-
dication dut être tranchée en sa faveur.
M. Lahuppe perdit, par ce fait, l'emploi d'un matériel coûteux et il eut
à supporter , sans compensation, les frais d'un établissement considérable. Cette
situation transitoire lui fit perdre plus de 50,000 francs. Cependant le nouvel
adjudicataire, après avoir encouru chaque jour la résiliation de son marché par
la lenteur et la mauvaise qualité de ses fournitures ; après avoir lutté pendant
dix-huit mois , grâce à la bienveillance et à la longanimité de l'Administration,
contre l'impuissance la plus complète de remplir ses engagements , se vit réduit
à céder à M. Lahuppe son entreprise pour sauver au moins son cautionnement
d'une confiscation devenue inévitable.
Que M. Lahuppe eût refusé cette cession, et le Gouvernement se serait trouvé,
pour ainsi dire, à la discrétion de cet industriel, le second concurrent s'étant
définitivement retiré lors de la soumission. Mais en homme consciencieux
M. Lahuppe accepta de servir encore l'Aministration et consentit purement et
simplement à se charger de nouveau de cette fourniture, aux prix déterminés
dans le dernier contrat, sous la seule condition que le Gouvernement prolon-
— lo-
gerait de trois ans et demi le marché qui n'avait plus que dix-huit mois à courir.
Quel fut donc, en définitive, le résultat de la concurrence et du système
d'adjudication au rabais, pour des fournitures de cette importance? Une insi-
gnifiante réduction de prix, tout au plus, une misérable économie, chèrement
achetée au prix de graves embarras pour les services publics laissés en souf-
france et forcés d'accepter, après mille lenteurs, les fournitures les plus défec-
tueuses.
C'est aussi que les puissants moyens d'exécution qu'exige un semblable mar-
ché ne s'improvisent pas du jour au lendemain. S'ils existent dans la Colonie
et que l'imprimerie du Moniteur les possède, c'est parce que de longues années
de sécurité et la quasi certitude qu'on ne lui disputerait pas une entreprise à
laquelle seule elle était en position de suffire, lui ont permis d'accroître dans
de vastes proportions son établissement. C'est parce que se sachant à l'abri de
toute concurrence sérieuse, son propriétaire n'a pas hésité à consommer de
grands sacrifices. Enfin c'est parce que, pour augmenter son matériel et per-
fectionner ses travaux, M. Lahuppe a consacré à atteindre ce but le plus pur
des bénéfices qu'il avait réalisés sur les fournitures qu'il livre à l'Administra-
tion depuis quarante années.
Je viens de dire que M. Lahuppe était seul en position de suffire aux exi-
gences d'une pareille fourniture. Cette prétention n'est point vaine. J'en trouve
la consécration dans le procès-verbal de la séance du Conseil général du 28
Avril dernier. Cette fois ce sont ses concurrents, et notamment Monsieur de
la Malle lui-même, qui lui donnent raison et proclament la supériorité inGonr-
testable de son établissement.
Je lis, en effet, au bas de la 3e colonne de la page 2 du Journal officiel du
7 Juin 1871 les paroles suivantes, prononcées par M. Dufour Brunet, membre
du Conseil et secrétaire , au sujet du marché des travaux du Conseil général :
« Il résulte, comme vous le voyez, du cahkr des charges que M. Lahaxe a
« offert le rabais le plus considérable, c'est-à-dire 26 pour cent au-dessous du
« prix de base, soit 35 f. 52 pour une feuille d'impression in-8° seize pages.
« Quant au délai qui lui a été donné, c'est-à-dire 5 jours par feuille d'impres-
« sion, nous l'avons trouvé trop long. Notre projet primitif portait 48 heures
« seulement. Mais tous les imprimeurs nous ont fait observer qu'il n'y avait à
« Saint-Denis QU'UNE SEULE IMPRIMERIE QUI PUT REMPLIR CETTE
« CONDITION: C'EST CELLE DE M. LAHUPPE; et que si cette clause
« était maintenue au cahier des charges, cela équivaudrait à un marché de
— 17 —
r gré à gré, LES AUTRES NE POUVANT SOUMISSIONNER DANS CES
« CONDITIONS. C'est alors seulement que nous avons fixé le délai de 5 jours. »
Ainsi donc il a été solennellement reconnu et constaté devant la Représen-
tation locale , qu'aucune imprimerie autre que celle de M. Lahuppe ne pouvait,
satisfaire à cette condition essentielle, LA CÉLÉRITÉ.
Et cependant, n'est-il pas de la plus haute importance de publier dans le
plus "bref, délai possible les procès-verbaux du Conseil général? et l'imprimeur
qui vous offre cet immense avantage n'a-t-il pas droit à quelque préférence ,
surtout quand cette préférence, comme je le prouverai, n'impose aucune
charge aggravante. Car enfin, service pour service; si je vous sers mieux, ne
devez-vous pas estimer mon travail un peu plus cher? Et sien vous servant
mieux je ne vous fais pas payer plus cher, ne devez-vous pas me donner la
préférence ?
Monsieur de la Malle se récrie contre l'injustice du Gouvernement qui a
traité de gré à gré avec l'éditeur du Moniteur; il crie bien haut qu'il possède
les moyens d'exécuter les travaux confiés à M. Gabriel Lahuppe aussi vite, •
aussi bien et à meilleur marché que celui pour qui l'Administration n'a pas
assez de faveurs.
Voyons si Monsieur de la Malle est en, mesure, de justifier ses prétentieuses
assertions,
A la date du 21 Mars 1871 , le Bureau du Conseil général élu, nonobstant
l'existence de mon marché, a cru pouvoir mettre en adjudication l'impression
des rapports , procès-verbaux et travaux divers émanant de l'Assemblée.
Il a déjà été établi que M. Lefort ne pouvait pas exécuter avec la même
célérité que M. Lahuppe; mais on aurait pu penser , d'après les allégations
contenues dans son Mémoire, que le prix de ses travaux serait bien inférieur
à celui que démande M. Lahuppe. Loin de là, M- Lefort a soumissionné à
raison de 74 francs par feuille d'impression, tandis que M. Lahuppe, APPLI-
QUANT LE TARIE QUI LE LIE A L'ADMINISTRATION en vertu du marché attaqué du
31 Août 1869, n'a demandé pour le même travail que la somme de 47 f. 50.
La différence de prix est énorme, car M. Lefort a demandé par feuille de
seize pages VINGT-SIX FRANCS CINQUANTE DE PLUS que M. Lahuppe — soit
TRENTE-CINQ QUATRE VINGT-UN POUR CENT DE PLUS que M.
Lahuppe.
Quelles sont et la conclusion et la moralité à déduire d'une épreuve aussi
décisive? Sinon que Monsieur de lg>Mfflte% testé «l'en imposer au public et qu'il
— 18 -
a sciemment trompé tous ceux qui ont lu son Mémoire. Mieux que personne, il
connaissait son insuffisance pour exécuter les travaux d'impression dans les
mêmes conditions de temps et de prix que M. Lahuppe. Mais il avait un but
qu'il était sûr d'atteindre tout d'abord : celui d'exciter contre moi les suscep-
tibilités de l'opinion et de miner l'édifice qu'il veut abattre.
Je pourrais m'arrêter là , mais les événements de ces derniers temps sont
venus si à propos me fournir des arguments péremptoires que je ne veux pas
négliger de m'en servir pour confondre mon détracteur; et c'est encore le Con-
seil général qui me procurera l'occasion de faire ressortir la légitimité de mes
prétentions et la justice de ma cause.
Après s'être vu contraint de recourir à moi pour l'impression du volumi-
neux Rapport de la Commission du Budget que l'imprimeur adjudicataire de
ses travaux était impuissant à lui livrer à bref délai, le Conseil général m'a
encore demandé la composition et l'impression, en toute hâte , de 23 tableaux
déchiffres. Ce travail était indispensable pour l'ouverture de la discussion
générale du Budget. J'ai accepté de l'exécuter aux conditions de mon marché.
Ne savais-je pas cependant que les autres imprimeurs de là ville étaient loin de
pouvoir faire dans un si court délai un travail de cette nature ? Pour ne parler
que de l'imprimerie de M. Lefort ( celle de la Malle ), n'ai-je pas eu depuis la
preuve irrécusable de son impuissance à satisfaire le Conseil général? La décla-
ration suivante répondra d'une façon catégorique :
Sur la demande qui m'en est faite par M. Gabriel Lahuppe,
Je soussigné déclare ce qui suit :
Le lundi 19 Juin, à 11 heures, j'ai présenté à M. Lefort 23 tableaux de chiffres ayant
pour titre Annexe au Rapport de la Commission du Budget.
M. Lefort, à qui j'ai demandé s'il pourrait imprimer ces tableaux pour le Conseil gé-
néral , m'a répondu qu'il lui était impossible de me satisfaire parce qu'il lui faudrait UN
MOIS pour exécuter ce travail que M. Lahuppe SEUL pourrait faire en QUINZE JOURS.
Je déclare en outre que ces tableaux, remis le même jour à M. Lahuppe, imprimeur
du Gouvernement, ont été terminés et livrés au nombre de cent exemplaires brochés,
partie dans l'après-midi du vendredi 23 Juin, partie dans la matinée du samedi 24.
Saint-Denis, 21 Juillet 1871. ' . . .
D. BRUNET,
-.■'-'-• Conseiller général, Secrétaire du Conseil.
-19-
Que le lecteur considère bien l'importance de ce fait. M. Lefort se trouvait en
présence d'un Conseiller général, faisant partie de la Commission du Budget
qui a cru devoir proposer la rupture de mon marché ; il avait intérêt, un
immense intérêt à prouver ses capacités , lui éditeur et chef ouvrier des ateliers
de la Malle. Avant de faire la réponse qui vient d'être reproduite, M. Lefort a
dû bien calculer ses forces ; mais , comme c'est au pied du mur qu'on connaît le
maçon , mis au pied du mur , ayant conscience de la faiblesse de ses ressources,
il a dû lui en coûter de faire l'aveu de son impuissance ; mais néanmoins il l'a
fait cet aveu ! Il ne le niera pas. Dans tous les cas, je le renverrais au procès-
verbal de la séance du Conseil général du 19 Juiu 1871 , publié dans le Journal
officiel du 5 Juillet 1871, page 4, 3e colonne. Voici ce qu'on y lit au sujet
de l'impression des tableaux statistiques dont il vient d'être question :
« QUELQUES MEMBRES demandent que l'impression soit assez promptement
« exécutée pour ne pas retarder la discussion du Budget.
« M. LE PRÉSIDENT répond que l'imprimeur du Gouvernement s'est trouvé
« SEUL en position de faire, ce travail, et qu'il a promis de le livrer dans un
« délai de CINQ JOURS , c'est-à-dire le samedi 24 Juin. »
Ces paroles étaient prononcées dans le sein du Conseil général, le lundi 19
Juin à trois heures et demie ; le travail n'a été commencé que le mardi matin
20 Juin, et le vendredi 23 Juin la brochure contenant les 23 tableaux était
livrée à MM. Choppy et Brunet, secrétaires du Conseil général. Et je certifie
que mes ateliers ne se sont occupés de ce travail, pendant les quatre jours
de sa durée , que de 7 heures du matin à 6 heures du soir, jamais en dehors
de ces heures (1).
M. Lefort ne connaît donc pas les ressources dont je dispose-, il ne con-
naît donc pas l'importance de mon matériel et de mon personnel (matériel et
personnel rigoureusement nécessaires à l'imprimeur du Gouvernement), puisque
j'ai exécuté en QUATRE JOURS un travail qu'il ne me croyait pas capable d'ac-
complir en moins de QUINZE JOURS , travail que lui-même, dans cette cir-
constance si décisive pour lui, il, ne voulait pas s'engager à livrer en moins
de TRENTE JOURS. — Et nunc erudimini.
(1) Pendant le même temps, les travaux ordinaires de mon imprimerie suivaient leur cours : journal
le Moniteur, Journal officiel, travaux divers de typographie pour les différents services de l'Administra-
tion. En outre j'imprimais des brochures — qui ont passé sous les yeux des Membres du Conseil général
— pour le Président de la Chambre d'agriculture , pour M. Bonnet, secrétaire du service de l'Instruction
publique, pour M. E, Noël, des Ponts et Chaussées, enfin pour les Frères des écoles chrétiennes^