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Résumé de la vie du prisonnier de Sainte-Hélène, contenant le récit de ses actions, depuis sa naissance jusqu'à sa mort arrivée dans cette île... d'après Las Cases, Montholon, Gourgaud, les médecins O'Méara, Antommarchi, etc., par Émile D***. (Par Cousin d'Avallon.)

De
428 pages
Locard et Davi (Paris). 1829. In-18, VIII-421 p., portr..
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RÉSUME
SE LA
VIE DU PRISONNIER
SAINTE-HELENE.
MEAUX. IMPRIM. DE DU BOIS-BERTHAULT.
RESUME
DE LA
VIE DU PRISONNIER
SAINTE-HELENE ,
Contenant le récit de ses actions depuis sa nais-
sance jusqu'à sa mort, arrivée dans cette île;
ses discours, conversations, jugemens et opi-
nions sur les hommes et les choses; d'après
Las Cases, Montholon, Gourgaud, les méde-
cins O'Meara, Antommarchi, etc.
PAR EMILE D***.
Deuxième édition, revue, corrigée et enrichie de nouveaux
articles, avec 3 gravures.
PRIX : 3 FRANCS 50 CENTIMES.
A PARIS,
CHEZ LOCARD ET DAVI, LIBRAIRES,
QUAI DES AUGUSTINS, N° 21.
EDITEURS DE LA BOUSSOLE DE LA LIBRAIRIE.
1829.
PREFACE.
On a beaucoup écrit sur la révo-
lution française et sur napoléon Bo-
naparte avec des systèmes différens.
L'esprit de parti, qui aveugle même
les écrivains les plus sages et les plus
éclairés, à tronqué les faits, dénaturé
les évènemens, supposé même ce qui
n'était pas, pour faire triompher là
cause qu'il avait embrassée ; on n'a vu
que ce qu'on voulait voir, et la vérité
a été sacrifiée avec autant de légèreté
que d'impudeur.
Les partisans, de Napoléon, où plu-
tôt ses enthousiastes, ont élevé leur
idole jusqu'aux nues. On a fait fumer
avec profusion l'encens sur ses autels ;
toutes les figures de rhétorique ont été
prodiguées , même avec scandale ,
pour rehausser le héros et diviniser le
grand homme. On l'a comparé succes-
sivement à Alexandre , à César, à
Charlemagne, etc. ; mais, toutes ces
comparaisons paraissant ne pas répon-
dre à l'idée qu'on voulait se faire de
l'homme, on a fini par dire qu'il ne
pouvait être comparé qu'à lui-même.
Ses détracteurs et ses ennemis, et
certes il.n'en a pas manqué, se plai-
santa le rabaisser autant qu'il était pos-
sible , lui ont contesté son génie et ses
talens ; et, s'armant du poignard de la
PRÉFACE. VII
calomnie, ils ont cherché à l'en percer
de toutes parts, en lui imputant des
vices odieux, des actions honteuses et
même des crimes. En un mot, ils vou-
lurent l'avilir , mais on n'avilit point
ce qui porte en soi le cachet de la
grandeur et de l'héroïsme.
Sans adopter l'enthousiasme des uns
et l'esprit de dénigrement des autres
. nous croyons avoir tracé la vie de ce
grand capitaine avec impartialité ; en
le suivant sur le rocher, de Sainte-
Hélène , nous l'avons montré plus
grand que lorsque, monté sur le pre-
mier trône du monde , il dictait ses
lois aux peuples, et ses volontés aux
autres têtes couronnées.
Une ambition démesurée a perdu
VIII PREFACE.
Bonaparte : il n'a vu la profondeur de
l'abîme qu'au moment où il lui était
impossible, d'éviter d'y tomber. Eh
vain fit-il les plus grands efforts pour
échapper à sa chute, la mesure était
comblée et l'homrhe du destin devait
succomber. Transivi; et non erat...
Je n'ai fait que passer ; il n'était déjà plus;
RESUME
DE LA
VIE DU PRISONNIER
DE
SAINTE-HÉLÈNE.
BONAPARTE (Napoléon) naquit le 15
août 1769 à Àjaccio, dans l'île de Corse,
qui avait été réunie à la France en 1768.
Charles de Bonaparte et Loetitia Ramo-
lini, son épouse , eurent huit enfans 5
Napoléon fut le second.
L'enfance de Bonaparte se passa sans
jeux, comme sa jeunesse sans plaisirs;
son imagination exaltée porta son exis-
tence tout entière dans l'avenir. Reçu
élève à l'Ecole militaire de Brienne , par
la protection du comte de Marbeuf,
gouverneur de la Corse, Bonaparte s'y
consacra presque exclusivement a l'etude
2 VIE DU PRISONNIER
des sciences exactes. Admis en 1783 à
l'Ecole militaire de Paris, en 1786 il fut
nommé lieutenant dans le régiment de
la fère, artillerie. Il passa en 1791 % avec
le grade de capitaine, dans celui de
Grenoble.
En 1792, Bonaparte parut pour la
première fois surla scène politique. Par-
tisan zélé de la liberté, qu'il outragea
depuis avec tant d'audace, il marchait
alors sous ses drapeaux avec Paoli, qui
semblait servir la France; mais il rom-
pit bientôt avec ce dernier , lorsqu'il dé-
couvrit que ce chef songeait à rendre la
Corse indépendante, afin de la soumettre
peut-être à sa propre ambition . Mais
trop faible pour résister au parti puissant
à la tête duquel s'était mis Paoli, il dut
quitter l'île, et après avoir établi sa fa-
mille aux environs de Toulon , il se ren-
dit à Nice.
Le 27 août 1795, Toulon ayant été
livré aux Anglais, aux Espagnols et aux
Napolitains, Bonaparte fut nommé , par
lies représentans du peuplé Salicetti ,
Albitre et barras, chef de bataillon ,
commandant l'artillerie de siège, en
DE SAINTE-HELENE. 3
remplacement du général! Dutheil, et
tous les travaux de cette opération fu-
rent abandonnés à sa direction. Les sa-
vantes dispositions qu'il prit justifièrent,
le choix des commissaires. La brèche,
vainement tentée jusqu'alors, est ouverte,
et Toulon est repris. Ce. fut le 19 dé-
cembre 1795. « Je tenais déjà Toulon,
» dit Bonaparte, que personne encore
» ne se doutait dans l'armée qu'il fût
» possible de prendre cette ville. Allez
« vous reposer, dis-je au général Du-
» gommier, accablé de fatigue, nous
» venons de prendre Taulon ; vous pour-
» rez y- coucher- demain. »
Ce même jour de la reddition de Tou-
lon, les représentans nommèrent Bo-
naparte général debrigade, commandant
l'artillerie de l'armée. d'Italie.
Après le 9 thermidor (27 juillet 1794),
ce général est arrêté à Nice, par ordre
de Salicetti et d'Albitte ; mais , sur un
second rapport du comité de salut pu-
blic , rendu à la liberté, il alla reprendre
ses fonctions de commandant en chef de
l'artillerie. Dès cette époque il avait
conçu un plan d'invasion de l'Italie : il
4 VIE DU PRISONNIER
voulait, après la victoire del Cairo, qu'on
se précipitât sur le Piémont) mais il ne
parvint pas à faire concevoir aux repré-
sentans ce qu'il sentait : l'influence d'un
premier succès.
Il était encore en Italie, sous les or-
dres du général Dumorbion , lorsqu'il
éprouva quelques disgrâces, nées de la
jalousie du représentant Aubry, ancien
capitaine d'artillerie, et alors président
du comité militaire. Celui-ci , chargé de
l'organisation nouvelle , fit proposer/ à
Bonaparte le commandement de l'artil-
lerie à l'armée de l'Ouest ; sur son reifus
il l'appela à celui d'une brigade dans la
ligné, qu'il refusa pareillement : en con-
séquence il resta à Paris, où il vécut
mécontent et solitaire. Ce fut à cette
époque qu'il connut madame de Beau-
harnais,
Le 15 vendémiaire, la plupart des sec-
tions de Paris s'étant soulevées contre[
la convention , Barras eut le comman-
dément des troupes ; il s'adjoignit le gé-
néral Bonaparte en qualité de général de
division. Les sections furent soumises;
il y eut, dans les espèces de combats qu
DE SAINTE-HELENE. 3.
furent livrés, et surtout à celui.-qui eut
lieu en face de l'église de Saint-Roch,
un grand, nombre de victimes. Ou vou-
lut faire passer sur le lieutenant de Bar-,
ras la responsabilité de cette journée :
cette accusation reste dans le vague tant
qu'elle ne sera pas prouvée; d'ailleurs un
officier-général en sous-ordre ne délibère;
point, il exécute.
La constitution de l'an III et le direc-
toire exécutif ayant été proclamés, Na-
poléon fut nommé commandant en chef
des troupes de l'intérieur, en remplace-
ment de Barras , qui venait d'être revêtu
de la dignité de directeur. Il conserva
peu de temps ce. commandement, et le
directoire lui confia celui, de l'armée
d'Italie , dont il alla sur-le-champ pren-,
dre, possession. Il venait alors d'épouser
madame de Beauharnais, d'avec laquelle
il divorça lorsqu'il fut parvenu à l'apogée
de sa gloire. Il s'en repentit, comme il
le manifesta depuis à M. Las Cases.
« Elle m'a, donné le bonheur , lui dit-il,
» et s'est constamment montrée m.on
» amie la plus tendre, professant à tout
». moment ta complaisance la plus, abso-
2
VIE DU PRISONNIER
» lue. Aussi lui ai-je toujours conservé
» les plus tendres souvenirs et la plus
» vive réconnaissance. Si je l'eusse gar-
» dée, je serais encore sur le trône. »
Le départ de Bonaparte eut lieu au
commencement de 1796) il avait alors
vingt-sept ans. Il allait se mettre à la
tête d'une armée qui avait donné des
preuves de son courage, mais qui, pri-
vée de solde, manquant de vivres, pres-
que nue, à peine armée , et dépourvue
d'artillerie, laissait craindre l'indisci-
pline et le découragement. Outre cela ,
sa position stratégique était funeste et
dangereuse : éparses dans les rochers qui
bordent la rivière de Gênes, plusieurs de
ses divisions étaient acculées, à la mer.
L'ennemi que cette armée avait à com-
battre lui opposait tout à la fois la su-
périorité du nombre , la discipline, la
ressource d'un sol fécond, et la facilité
des communications.
Pour saisir la supériorité et vaincre
un ennemi qui avait de si grands avan-
tages, il fallait des victoires; il fallait ,
pour en obtenir, des miracles. Le génie
ne recule jamais devant les obstacles, et
DE SAINTE-HELENE. 7
Bonaparte en offrit la preuve. Il con-
naît le danger et la misère de son ar-
mée; mais il sait juger les soldats qu'il
commande, et, déjà certain de. leur
salut et de leur gloire , « Camarades ,
» leur dit-il, vous manquez de tout au
» milieu de ces rochers. Jetez les yeux
» sur les riches contrées qui sont à vos
» pieds, elles nous appartiennent; allons
» en prendre possession. »
Ces paroles , prononcées d'une voix
ferme par le jeune général, furent élec-
triques pour la jeune armée ; une tacti-
que nouvelle ouvrit à la gloire militaire
une école qui doit survivre à son fonda-
teur.
Le noeud stratégique de la campagne
était la séparation des armées piémon-
taise et autrichienne, l'une commandée
par Provera et Colli, l'autre par Beau-
lieu et Argentau. En moins de six jours
Bonaparte bat Argentau à Montenotte,'
le II avril 1796, et le rejette sur Millé-
sime et Dégo , où il est de nouveau battu
les 14 et 15, tandis que Beaulieu opère
sa retraite et que Provera pose les ar-
mes à Cossaria, le 14. Défaits enfin à
8 VIE nu PRISONNIER
Céva et Mondovi, les Piémontâis deman-
dent la paix.
Le résultat de ces six jours dé victoi-
res fut la séparation des deux armées, la
prisé de quarante pièces de canon, la
misé hors de combat de douze mille
Autrichiens , la perte de la forteresse
de Coni, de Céva et d'Alexandrie pour
le Piémont.
L'armée se porte ensuite rapidement
sur Lodi , après" avoir forcé à Plaisance
le passage du Pô, et conquis ce pont re-
doutable qui donna la Lombardie à la
république. C'était' le chemin pour là
conquête de la haute Italie ; lui-même ,
sous le feu de la mitraille , il alla y pla-
cer deux pièces de canon.
La prise de Pizzighitone fit de Cré-
mone complétèrent , trois jours après la
bataille de Lodi, l'occupation du Mila-
nais. La résistance du château de Milan
avait retenti un moment Bonaparte dans
les murs de la place; la reddition de
cette forteresse , le 29 mai 1796, mit à
sa disposition ùné nombreuse artillerie ,
qui devait servir à soumettre Mantoue.
Le directoire signe à Paris le traité qui
DE SAINTE-HÉLÈNE. 9
enlève au Piémont la Savoie, Nice ,
Tende, et qui remet toutes ses places
fortes au pouvoir de l'ennemi.
Bonaparte , parvenu au-delà du Min-
cio , avait chassé Beaulieu de l'Italie ;
Serrurier tenait Mantouc bloquée; Mas-
séna observait les Autrichiens dans le
Tyrol ; Augereau , après avoir passé le
Pô, menaçait les états de l'Eglise , et
forçàt le pape à signer l'armistice de
Bologne; enfin Naples,Modène et Parme
se hâtaient de conclure la paix.
La forteresse de Mantoue était le point,
de mire du général en chef, qui fit toutes
ses dispositions pour parvenir, en bat-
tant les armées ennemies, beaucoup
plus fortes que la sienne, à s'en empa-
rer. Beaulieu avait eu le temps de jeter
dans Mantoue treize mille hommes, et
trente mille Autrichiens étaient en mar-
che pour la secourir; enfin Vurmser pa-
rut à la tête de soixante mille hommes
pour la délivrer ; Bonaparte n'en avait
pas quarante mille pour les combattre.
Dans la campagne précédente , la con-
quête du Piémont avait été l'ouvrage
d'une semaine, en moins de temps en-
*
10 VIE DU PRISONNIER
core furent improvisés les combats de
Salo, de Lonato , et le refoulement de
Quasnadowich sûr le Tyrol ; la bataille
de Castiglione, le second passage du.
Mincio , et Vurmser repoussé dans le
pays de Trente. Les trophées de ces ra-
pides exploits, qualifiés de campagne de
cinq jours, furent vingt mille prison-
niers et cinquante canons. Néanmoins
Vurmser arrive à Mantoue, dont il ren-
force la garnison.
L'Autriche envoie une armée de qua-
rante-cinq mille hommes , sous les or-
dres d'Alvinzi et de Davidowich, pour
reconquérir l'Italie et débloquer la ville
de Mantoue.
Bonaparte passe l'Àdige , remporte la
fameuse bataille d'Ârcole, bat l'armée
autrichienne divisée en trois corps , et
force Vurmser de se retirer précipitam-
ment dans; les murs de Mantoue. Une
quatrième armée reparaît, qui éprouve
à Rivoli une entière défaite. La bataille,
de la Favorite couronne tant d'exploits ,
et Mantoue est forcée d'ouvrir ses portes.
Le directoire , apprenant la reddition
de cette ville , et voulant coopérer, pour
DE SAINTE-HELENE. 11
ainsi dire, à Cette partie du plan de cam-
pagne médité par Bonaparte , d'attaquer
le centre des états autrichiens, donne
l'ordre à deux divisions de l'armée dû
Rhin, sous les ordres des généraux Ber-
nadotte et Delmas , de se réunir à l'ar-
mée du jeune général ; ce qui porta les
forces de Bonaparte à cinquante-trois
mille hommes.
L'archiduc Charles, commandant les
forces autrichiennes, s'avance avec l'é-
lite de son armée du Rhin ; Bonaparte
accourt le combattre. A la tête de trente-
sept mille hommes , il emporte Tarvis,
force le passage du Tagliamento , le 17
avril 1797 /malgré l'archiduc Charles,
et s'empare de Palma-Nova, tandis que
Bernadotte enlève la forteresse de Gra-
disca, et que Masséna menace Vienne
par trois directions. Une série dé nou-
veaux succès amène enfin le traité de
Campo-Formio, qui fut signé le 17 oc-
tobre 1797.
Au milieu des victoires éclatantes de
Bonaparte , Venise , qui levait l'étendard
de la révolte fut asservie , l'état de Gè-
nes régénéré sous le nom de République
12 VIE DU PRISONNIER
ligurienne , et élevée la République cis-
alpine.
Par la journée du 18 fructidor, Bona-
parte fit, par les mains d'Augereau ,
l'essai du pouvoir militaire sur la repré-
sentation nationale.
Bonaparte , malgré l'accueil du direc-
toire et les fêtes qu'on lui donna dans la
capitale , sentit que les directeurs avaient
une juste méfiance de lui; et, pour se
débarrasser d'un concurrent aussi re-
doutable que le général d'Italie , le di-
rectoire s'empressa d'adopter le plan de
l'expédition d'Egypte, qu'il lui avait
proposé , et mit a sa disposition une ar-
mée de cinquante mille hommes et une
flotte considérable..
Bonaparte se rend à Toulon, et fait la
harangue suivante aux braves d'Italie ,
réunis sur la flotte destinée à l'expédi-
tion :
« Soldats , vous avez fait la guerre
» des montagnes , des plaines et des sié-
» ges; il vous reste à faire la guerre ma-
» ritime. Les légions romaines, que vous
» avez imitées quelquefois, mais pas en-
» core égalées, combattaient Carthage
DE SAINTE-HÉLÈNE. 15
» tour à tour sur cette même mer et aux
« plaines de Zama. La victoire ne les
» abandonna jamais, parce que constam-
» ment elles furent braves , patientes à
» supporter là fatigue, disciplinées et
» unies entre elles.... Le génie de la li-
» bérté, qui à rendu dès sa naissance la
» république arbitre de l'Europe, veut
» qu'elle le soit des mers et des nations
» les plus lointaines, etc., etc. »
Il part le 19 mai I798 avec la flotte,
s'empare de Malte le 12 juin, par la prise
de laquelle s'ouvre la campagne; débar-
que sur les côtés d'Egypte, et emporte
d'assaut la ville d'Alexandrie, le 2 juillet
suivant. Il marche sans retard sut le
Caire, arrive au village de Chébréis, et,
en présence des fameuses Pyramides,
il donne la bataille de ce nom, où trois
mille mameluks périrent, et qui fit tom-
ber dans les mains de l'armée française
Siarante pièces de Canon , quatre cents
hameaux, lés trésors, les armés et les
magasins de l'énnèmi. Avant de livrer
cette bataille, il dit à ses soldats, en
étendant les bras vers, les Pyramides, et en
donnant l'ordre de se préparer au cote-
l4 VIE DU PRISONNIER
bat : « Songez que, du haut de ces mô-
» numens, quarante siècles vous contem-
» plent !»
Un manifeste du grand-seigneur avait
mis l'Egypte en insurrection; partout on
avait pris les armes. Le Caire devinttout-
à-coup le théâtre sanglant de la révolte:
durant un jour entier les Français furent
massacrés dans les rues et dans les mai-
sons. Bonaparte, de retour du vieux
Caire, entre dans la ville nouvelle avec
de l'artillerie, et foudroie l'a grande
mosquée, refuge des séditieux, qui sont
livrés à la, vindicte du soldat français.
Le fort d'El-Arisch, que Djezzar, pa-
cha de Syrie, a fait occuper, donne la
certitude à Bonaparte d'une guerre iné-
table avec la Porte-Ottomane; en consé-
quence il se dispose à commencer les
hostilités. L'expédition de Syrie , est ré-
solue : le campagne s'ouvre le 9 février
1799, et le 18 El-Arisch et son château
se rendent, après deux jours d'attaque.
Une marche de soixante lieues dans
le désert, fait ressentir à l'armée l'aiguil-
lon terrible delà soif; son tourment finit
à l'aspect des montagnes de Syrie. Gaza
DE SAINTE-HELENE. 13
ouvre ses portes aux Français; Jaffa,
qui veut se défendre , est livrée au pil-
lage et à la mort, et cinq mille hommes
des troupes de Djezzar sont exterminés
entièrement.
Les progrès de.la peste, qui vient de
se déclarer, déterminent Bonaparte à
établir à Jaffa un hôpital de pestiférér-.
C'est alors que, touchant les plaies des
soldats atteints par la contagion, pour
les rassurer, il dit en souriant: Vous
voyez bien que ce n'est rien.
L'armée se dirige sur Saint-Jean-
d'Acre. L'espace qui la sépare de ce
point important est témoin des prodiges
de valeur de l'armée française ; mais la
victoire est chèrement payée. Kaiffa,
Saffet, Nazareth, Sour , bâtie sur les
débris de l'opulente Tyr, ont retenti
des attaques de nos soldats,. La bataille
du montThabor, livrée le 16 avril 1799,
mit le sceau à tant d'exploits, qui de-
vaient se perdre devant Saint-Jean-
d'Acre. Le combat sous les murs de cette
ville eut lieu le 16 mai, après soixante
jours d'un siége opiniâtre et cinq assauts
consécutifs, et le siège en fut levé le 20
du même mois.
16 VIE DU PRISONNIER
L'armée reprit la route du Caire, en
proie à l'horrible fléau dont les premier
res atteintes avaient commencé à Jaffa.
Arrivée au Caire, elle n'y jouit pas, d'un
long repos. Une flotte de cent voiles
turques menace Aboukir et Alexandrie.
Le pacha de Romélie commandait sur
ce. point une armée à laquelle s'étaient
jointes les, forces de Mourad et d'Ibra-
him ; et les Turcs s'étaient rendu mai-
tres du fort d'Aboutir, le 16 juillet 1799.
Bonaparte , après avoir donné à ses gé-
néraux l'ordre du mouvement rapide
qu'il va diriger, vole au combat le, 25
il, attaque , et peu d'heures lui suffisant
pour détruire une armée de dix-huit.
mille, combattans, protégés par des re-
tranchemens formidables , une artillerie
nombreuse, et ses; communications avec
la flotte turque. Dix mille, hommes sont
jetés à la mer le reste, est pris ou blessé.
Ici la guerre d'Orient se termine pour
Bonaparte, Le 23 août 1799, une procla-
mation apprit à l'armée le départ du gé-
néral en chef, et la nomination de Klé-
ber pour le remplacer. Quatre bâtimens,
commandés par le contre-amiral Gan-
DE SAINTE-HELENE. 17
theaume, reçurent Napoléon et sa suite,
composée des généraux Berthier, Lannes,
Murat, Marmont, Andréossy ; des sayans
Monge, Berthollet, Denon, etc.; de
MM. La Valette , Bourienne , et de deux
cent cinquante guides , commandés par
Bessières. La traversée fut heureuse : Bo-
naparte, parti d'Egypte le 22 juillet, dé-
barqua le 28 septembre dans la rade de
Fréjus.
Rendu ; à Paris, Bonaparte acquit la
certitude que l'impéritié du directoire
causait toutes les calamités qui affli-
geaient alors la republique. La guerre
civile de l'Ouest, un moment compri-
mée:, s'était rallumée avec fureur; l'Ita-
lie tout entière, était rentrée sous la do-
mination de l'Autriche, et les factions
s'agitaient en tous sens dans l'intérieur.
Le projet dû général pour changer
l'ordre des choses, avait été rapide-
ment conçu; le seul directeur Siéyes en
était instruit, et l'exécution en fut fixée
au 18 brumaire. Ce jour-là, dès sept
heures du matin, tout ce qui se trouvait
à Paris d'officiers-généraux et supérieurs
se réunit rue Chantereine, dans un hôtel
5
l8 VIE DU PRISONNIER
que Bonaparte habitait. A huit heures,
un messager du conseil des anciens ap-
porte au général un décret obtenu par
Sieyes, qui transfère les conseils à Saint-
Cloud et charge le général Bonaparte de
l'exécution de cette mesure, en lui re-
mettant un pouvoir directorial. Celui-ci,
après avoir harangué lés militaires ras-
semblés chez lui, court au conseil des
anciens, suivi de tous les généraux, et à
la tête de trois régimens de cavalerie.
Admis dans la salle des séances avec
tout son état-major, il dit :
« La république périssait; vous l'avez
» vu , et votre décret vient de la sauver.
» Malheur à ceux qui voudraient le trou-
» ble et la discorde! je les arrêterai, aidé
» des généraux Lefèbvre, Berthier, et de
» tous mes compagnons d'armes. Qu'on
» ne cherche pas dans le passé des exem-
» pies qui pourraient retarder votre mar-
» chc. Rien dans l'histoire ne ressemble
» à la fin du dix-huitième siècle ; rien
» dans la fin du dix-huitième siècle ne
» ressemble au moment actuel. Votre
» sagesse a rendu ce décret; nos bras
» sauront l'exécuter. Nous voulons une
DE SAINTE-HELENE. 19
» république fondée sur la vraie liberté,
» Sur la liberté civile, sur la représénta-
» tion nationale. Nous l'aurons, je le'
» jure... Je le jure en mon nom et en
» celui de mes compagnons d'armes. » (1)
Cette manière d'octroyer la liberté
fut bientôt légalisée par l'emploi des
forces que le conseil venait de mettre à
la disposition du dictateur, qui sortit au
milieu des applaudissemens du conseil,
et passa la revue des troupes. Les unes
sont laissées aux Tuileries, d'autres sont
envoyées au palais du Luxembourg, au
palais du conseil des cinq-cents, aux In-
valides, à l'École militaire.
Le directoire, instruit de cet événe-
ment à dix heures du matin, se vit
tout-à-coup , par une métamorphose
étrange, sans pouvoir, sans gardes, sans
relations avec les conseils, ni avec le
général en chef, ni avec l'armée. Il
tombe sans résistance, sans éclat, sans
honneur.
Le lendemain 19, Bonaparte se met
(1) On sait comment ce général a tenu son
serment.
90 VIE DU PRISONNIER
à la tête des troupes et marche vers
Saint-Cloud. Les deux conseils y étaient
réunis; le général se présenta d'abord à
celui des, anciens, suivi de ses seuls
aides-de-camp. Il fit entendre un dis-
cours énergique sur les dangers de la
France , qu'il termina en annonçant qu'il
abdiquerait les pouvoirs extraordinaires
qui lui étaient confiés, aussitôt que ces
dangers seraient passés.
Après ce discours, Bonaparte entra
au conseil des cinq-cents; son cortège
était augmenté de quelques grenadiers.
Une fougueuse et hostile opposition se
manifesta dans cette assemblée. Les
noms de Cromwell, de dictateur, de
tyran , furent proférés au milieu du tu-
multe. Quelques députés se groupèrent
autour du général, et firent Craindre que
sa sûreté, ne fut compromise , ce qui dé-
termina Léfebvre à se précipiter dans
la salle avec un piquet de grenadiers,
en criant : Sauvons notre général ! Bo-
naparte est enlevé avant devoir pu
proférer un mot, et la dissolution du
conseil est opérée par la force des baïon-
nettes.
DE SAINTE-HÊLÈNE. 21
Cependant une nouvelle réunion a
lieu dans l'orangerie : l'exclusion de
soixante et un députés du conseil des
cinq-cents est décrétée : les deux con-
seils prononcent l'abolition du gouver-
nement directorial, qui est remplacé
par une commission consulaire execu-
tive, composée de Sieyes, Roger-Ducos et
Bonaparte. Ainsi fût consommée la ré-
volution du 18 brumaire, sans tumulte
et sans effusion de sang.
Le gouvernement' consulaire rem-
plaça promptement la commission exe-
cutive; la constitution de l'an VIII le
consacra, en proclamant Bonaparte pre-
mier consul. Cambacérès, ministre de
la justice, remplace Sieyes au con-
sulat, et l'ex-constituant, Lebrun est
nommé troisième consul. Quatre pou-
voirs émanent de la constitution de l'an
VIII : le consulat, qui a l'initiative des
lois ; le tribunat, qui les discute ; le
corps législatif, qui les décrète; et le
sénat, qui en est le conservateur. Mais
ces trois corps ne sont que de vains si-
mulacres d'une puissance législative ;
déjà Bonaparte seul est l'état, et s'in-
*
22 VIE DU PRISONNIER
stalle aux Tuileries; ses deux collègues
n'ont que Voix consultative.
Bientôt un nouveau système de finan-
ces corrobore le crédit national. L'ordre
judiciaire reçoit d'utiles améliorations ;
les tribunaux d'arrondissement rempla-
cent ceux de district ; la justice crimi-
nelle se rend dans chaque département,
et de cette époque datent les cours d'ap-
pel. La création des préfectures porte
le système administratif, si languissant
sous les administrations centrales, au
plus haut degré de perfection, tant par
la sagesse des dispositions que par le
choix des hommes appelés à leur exé-
cution. Enfin le nouveau gouvernement
abroge la loi des otages et celle sur
l'emprunt forcé, tandis qu'une commis-
sion de jurisconsultes éclairés jette les
basés de ce code immortel qui devait
joindre , dans les mains de Bonaparte
les palmes de Justinien aux lauriers de
César.
Des ouvertures de paix furent faites
à l'Angleterre, et des commissaires ob-
tinrent l'échange de nos prisonniers de
guerre qui gémissaient sur des pontons.
DE SAINTES-HELENE. 23
Les proscrits dé fructidor furent rap-
pelés , et la soumission des chefs ven-
déens fut accueillie. Des propositions
de paix avaient aussi été faites à l'Au-
triche : elles furent rejetées , ainsi que
celles faites à l'Angleterre. Quant à
Paul Ier, empereur de Russie, vaincu
par là générosité du premier consul,
qui venait de lui renvoyer ses prisons
niers habillés à neuf et sans condition ,
il se détacha, de la coalition, et son
amitié allait être pour là France le
digne retour d'un procédé... II fut as-
sassiné.
L'Autriche, alors soutenue par la
Bavière et quelques autres puissances,
réunissait contre la France tous ses
contingens; Bonaparte de son côté réu-
nissait soixante mille hommes sous les
murs de Dijon. Il marche à leur tête,
franchit le mont Saint-Bernard, et
s'empare du fort de Bart.
Avant de poursuivre notre récit, il
est important de jeter un coup d'oeil sur
là situation militaire de là France au
commencement de cette courte campa-
gne. L'armée du Rhin venait d'être por-
24 VIE DU PRISONNIER ;
tée à cent mille hommes ; elle était com-
mandée parle général Moreau. Tout, sur
ce point, promettait des succès. Il n'en
était pas ainsi en Italie : Masséna, ap-
pelé à commander les débris qui s'y trou-
vaient , avait à peine réuni vingt-cinq
mille hommes. Dans l'impuissance de
résister à une armée innombrable d'Au-
trichiens , d'Anglais, de Napolitains, il
se renferme dans Gênes, où bientôt, quoi-
que, assiégé par la famine , et réduit à la
dernière extrémité, il obtient une capi-
tulation honorable , le 2 juin 1800.
L'armée de réserve , sous les ordres
de Bonaparte , culbute l'ennemi à Saint-
Martin, à Romano, à Chivasso ; et
bientôt Milan, laissée sans défense, tombe
en notre pouyoir. Le premier consul y
fit son entrée le 25 avril. Mélas comman-
dait alors les troupes autrichiennes en
Italie, et promettait « ses soldats la dé-,
faite des Français.
Néanmoins l'armée française franchit
le Pô ; le, général Lannes remporte une
victoire signalée à Montebello , le 9 juin
1800; Gênes, à peine possédée par les
Autrichiens, est reconquise en courant ;
DE SAINTE-HELÈNE. 25
et le 14 juin notre armée prit position
dans les plaines de Maréngo. Le village
de Marengo avait été pris et repris plu-
sieurs fois; nos flancs couraient risqué
d'être débordés, et quatre de nos divi-
sions avaient été repoussées. Les Autri-
chiens pouvaient en ce moment se flatter
du succès de cette journée. Bientôt deux
divisions commandées par le général
Desaix entrent en ligne a cinq heures du
soir; là face du combat va changer.
Le premier consul parcourt les rangs :
« Français , dit-il, c'est avoir fait trop
» de pas en arrière, le moment est arrivé
» de marcher en avant : souvenez-vous
» que mon habitude est de coucher sur
» le champ de bataille. »
Alors les divisions Desalx s'élancent
en Colonnes serrées sous le feu de l'en-
nemi; l'aile droite des Autrichiens est
coupée, la victoire a revolé sous nos
drapeaux , mais Desaix est frappé mor-
tellement. La cavalerie de Kellermann
charge l'ennemi en flanc ; une colonne
de cinq mille' grenadiers hongrois inet
bas les armes; le désordre dévient ex-
trême dans les rangs autrichiens, et la
victoire est à nous.
26 VIE DU PRISONNIER
Cette sanglante bataille, livrée le 14
juin , et qui avait duré dix-huit heures,
coûta à l'ennemi vingt-mille hommes,
tués, blessés ou prisonniers, douze dra-
peaux et trente pièces de canon ; la
perte des Français fut assez considéra-
ble. Cette victoire... détermina l'ennemi
à traiter, et quelques heures après les
généraux, Berthier et Mêlas conclurent
la fameuse convention d'Alexandrie,
qui remit au pouvoir de l'armée fran-
çaise tout ce qu'elle avait perdu en Ita-
lie depuis quinze mois, à l'exception de
Mantoue.
Le premier soin de Bonaparte fut d'a-
chever l'organisation de la république
Cisalpine et du Piémont.
Pressé de revenir à Paris, il donna à
Masséna le commandement de l'armée
d'Italie, et à Suchet celui de la ville de
Gênes.
Trois jours après le traité d'Alexan-
drie, le 19 juin, Moreau célébrait la
victoire de Marengo par les victoires
d'Hochstedt, de Hohenlinden. Le combat
de Neubourg achevait d'ouvrir aux en-
seignes françaises le coeur de l'Allema-
DE SAINTE-HÉLÈNE. 27
gne. La prise de Feldkirch compléta la
elle campagne de ce général, et, en as-
surant ses communications avec l'armée
d'Italie, força le général Kray à suivre
l'exemple du général Mêlas.
Ces deux armistices et de nouveaux
succès obtenus par les armées françaises
forcèrent enfin l'orgueil germanique à
solliciter la paix, qui fût signée à Luné-
ville , le 9 février 1801.
Mais revenons au premier consul. Bo-
naparte , avant d'arriver à Paris, s'ar-
rête à Lyon , dont il ordonne de ré-
parer les ruines et de relever les monu-
mens. De retour dans là capitale, au
milieu des applaudissemens universels ,
le héros d'Italie profita de cet engoue-
ment général pour asservir sa patrie. Dès
ce jour tout le gouvernement fut dans un
seulhomme. Mais les assassins menaçaient
dans l'ombre celui qu'environnait tant
d'éclat, et l'attentat du 5 nivôse (24 dé-
cembre 1800 ) , qui avait précédé de
deux mois la paix continentale, en fut
la preuve. Il y eut encore plusieurs
tentatives d'assassinat, qui furent pré-
venues.
28 VIE DU PRISONNIER
Le traité de Lunéville garantissait à
la France la rive gauche du Rhin ; il
proclamait l'indépendance des républi-
ques cisalpine et batave , ainsi que l'in-
tégrité de la république helvétique, dont
le premier consul devenait ainsi le pro-
tecteur. Le roi de Naples céda à la France
Porto-Longone, la principauté de Piom-
bino et l'île d'Elbe.
Les Français Voyaient encore flotter
sur les mers le pavillon triomphant des
Anglais. Plusieurs camps furent promp-
tement formés sur nos côtes; une des-
cente en Angleterre, devint l'objet des
sérieuses méditations du premier consul.
Il se disposa surtout à soustraire le Por-
tugal à la domination anglaise.
Au milieu de ces préparatifs , les né-
gociations. avec le cabinet de Saint-James
se poursuivaient avec activité, et plu-
sieurs succès sur mer contribuèrent à en
aplanir les difficultés. Enfin un traité
avec l'Angleterre est signé à Amiens le
27 mars 1802.
La; France prit alors un aspect flo-
rissant; qui surprit l'étranger , qui
s'attendait à la trouver couverte des
DE SAINTE-HÉLÈNE. 20
lavés encore brûlantes de là révolu-
tion.
C'est sous, ces brillans auspices que
Bonaparte fut proclamé premier consul
pour dix ans; après trois mois seulement
d'intervalle, la suprême puissance fut
déférée à vie au premier consul'.
Au milieu de ces évènémens., une con-
sulta italienne, convoquée.à Lyon, cons-
tituait difinitivement la république cisal-
pine, dont Bonaparte fut nommé prési-
dent ; l'Helvétie et la Batavie recevaient
dans le même temps ses lois avec sa pro-
tection.
Au milieu des rayons de sa gloire, à
peine là France aperçut-elle: les nuages
que répandirent sûr ; cette époque la
perte de l'Egypte et la désastreuse expé-
dition de Saint-Domingue, que nous
allonsretracer en peu de mots. Le mois de
novembre 1801 avait vu partir de Brest
et de Rochefort une flotte immense, fran
çaise et espagnole, qui portait à Saint-
Domingue une partie de l'armée du Rhin,
sous les ordres du général Leclerc, beau-
frère du premier consul. La maladie con-
somma en peu de mois cette armée, qui
4
30 VIE DU PRISONNIER
avait vaincu tant de fois sous Moreau,
et le climat dévora également deux autres
corps de troupes, qui furent successive-
ment envoyés pour les remplacer. Soi-
xante mille blancs moururent à Saint-
Domingue; presque tout l'état-major de
l'armée y périt.
Les ministres du culte avaient été
rappelés du sol de l'exil ; les autels fu-
rent relevés, et un concordat fut donné
le 5 avril 1802. La même aimée vit
anéantir la fatale liste des émigrés; Bo-
naparte leur ouvrit l'accès de la patrie,
et rendit aux amnistiés ceux de leurs biens
qui n'avaient pas été vendus; mais en
les admettant aux emplois, il commit
une faute très-grande, qui ne contribua
pas peu à sa chute.
Bonaparte , croyant que le moment
était venu de créer une distinction en fa-
veur des hommes qui avaient concouru
par des travaux divers à l'illustration
de la France et à son honneur national,
institua la Légion-d'Honneur le 19 mai
1802: elle fut inaugurée le i4 juillet
1804.
Cependant l'Angleterre voyant une
DE SAINTS-HÉLÈNE. 3l
infraction au traité d'Amiens dans l'in-
corporation et l'occupation du Piémont,
de l'île d'Elbe et des états de Parme, et
dans la médiation armée du gouverne-
ment français en Helvétie, fut effrayée
de la puissance que la paix donnait au
premier consul, et résolut de troubler
l'établissement de son élévation. Lord
Withworth, ambassadeur du cabinet
de Saint-James , demanda impérieuse-»
ment la possession pendant dix; ans de
l'île de Malte , qui avait été déclarée in-
dépendante par le traité d'Amiens, ainsi
que l'évacuation de la Hollande par la
France.? Ces propositions furent reje-
tées.
Tandis que l'Angleterre travaillait à
former une nouvelle coalition avec
l'Autriche, la Suède et la Russie, le Ha-
novre était occupé par nos troupes. Peu
de temps après , l'armée hanovrienne ,
forte de dix-huit mille hommes, avait
posé les armes. Maîtres du Hanovre , les
Français interdirent aux vaisseaux an-
glais l'entrée du Wes'er et de l'Elbe :
déjà les ports de France et d'Espagne
leur étaient fermés; et là commence le
52 VIE DU PRISONNIER
système continental , trop légèrement
condamné, et qui, mieux connu et
mieux observé surtout, eût sauvé l'Eu-
rope commerçante de la dépendance ou
nous la voyons languir aujourd'hui.
A cette époque se tramait une grande
conspiration, dont le but était l'enlève-
ment ou l'assassinat du premier consul;
Georges Cadoudal la dirigeait, Pichegru.
s'y laissa entraîner, et la haine de Mo-
reau, en accédant à cette conjuration,
ternit l'éclat des lauriers de Hohenlin-
den , et amena le supplice du duc d'En-
ghien,
Bonaparte, revenu à son projet de
descente en Angleterre , fit un appel à
la nation, qui produisit une foule de
dons volontaires pour subvenir à cette
grande expédition. Des bâtimens sont
construits dans tous les ports ; de nom-
breuses compagnies de canonniers sont
organisées sur les côtes ; cent-soixante
mille hommes forment le camp de Bou-
logne, dont le commandement est remis,
au général Soult ; une innombrable
flottille se réunit devant ce port : elle
est confiée à' l'amiral Brueys.
DE SAINTE-HÉLÈNE. 53
« On, a pu rire à Paris, dit Bonaparte
» d'après Las Cases, de mon projet d'in-
» vasion en Angleterre ; mais Pitt n'en
» riait pas à Londres : il eut bientôt ine-
» sure toute l'étendue du danger; aussi
» me jeta-t-il une coalition sur le dos ,
» au moment où je levais le bras pour
» frapper, ».
Au milieu de tous ces préparatifs
hostiles, Bonaparte , qui ne se contente
plus d'être le premier soldat, le premier
Citoyen et le premier magistrat de la
France , se fait proclamer , le 18 mai
1804, empereur des Français, sous le
nom de NAPOLÉON Ier, par le sénat et le
corps législatif. On vit reparaître les ti-
tres, les armoiries et les décorations ,
brillans hochets , qui servirent à tuer
doucement l'esprit national. L'aigle d'un
autre César couronna les drapeaux , les
guidons, les étendards.
Charlemagne alla recevoir la cou-
ronne impériale sur les degrés du saint
siège; Napoléon, plus absolu, manda
le vicaire de Jésus-Christ, qui vint le
sacrer dans sa capitale même.
Les solennités dont l'avènement de
54 VIE DU PRISONNIER
Napoléon au trône impérial fut l'occa-
sion, ne lui firent pas perdre de vue ses ;
projets contre l'Angleterre,; de son côté,
celle-ci, à l'aspect des apprêts que fai-
sait la France, sur les côtes de l'Océan ,
se disposait à une vigoureuse résistance,
et déploya toute son activité pour hâter
la conclusion de i'alliance qu'elle solli-
citait auprès de la Russie , de l'Autriche
et de la Suède ; alliance qui fut signée le
II avril 1.80 5.
Le général autrichien Mack, à la tête
d'une forte armée, avait passé Tlnn
dans les premiers jours de septembre;
il fit son entrée a Munich, capitale des
états de l'électeur de Bavière, dès lors
allié de Napoléon.
A la nouvelle de cette invasion , l'em-
pereur vole au secours de l'électeur avec
l'armée de Boulogne , qui, transportée
en Allemagne par une sorte d'enchante-
ment , était sur le Danube lorsqu'on la
croyait à peine sortie dés dunes du Pas-
de-Calais. Cette armée avait fait sa
jonction avec les, colonnes amenées de
Hollande et de Bavière par le maréchal
Bernadotte ; les autres corps étaient
DE SAINTE-HÉLÈNE. 35
commandés par les maréchaux Lannes,
Ney, Davoust et Soult. Murat dirigeait
la cavalerie; Bessières conduisait la gar-
de impériale. Ces troupes réunies reçu-
rent pour la première fois le nom de
grande armée,
La campagne s'ouvrit sous les plus
heureux auspices. Napoléon triomphe à
Wertingen le 8 octobre 1805, à Gruntz-
bourle 9, à Memmingen le 14. Le 12 du
même mois, il délivre la capitale de son
allié, passe le Danube, en forçant le pont
d'Ëlchingen que défendaient quinze mille
Autrichiens ; et après avoir contraint
Mack à, se renfermer dans Ulm , il se
rend maître de cette place , sur les glacis
de laquelle défilent devant lui , le 20 oc-
tobre , trente mille prisonniers avec leur
chef.
De nouveaux succès attendent l'armée
française; le prince Ferdinand , attaqué
avec vigueur , opère une prompte re-
traité, ramenant à peine la moitié des
cent mille Autrichiens qu'il commandait
en entrant en campagne. Atteint à Nu-
remberg, par la cavalerie de Murât,'
seize mille hommes, dix-huit généraux,
56 VIE DU PRISONNIER
cinquante canons et cent cinquante cais-
sons lui sont enlevés. Les Français oc-
cupent Prassling, Lintz et Inspruck.
L'archiduc Charles, commandant les
forces autrichiennes en Italie, n'était
pas plus heureux. L'Autriche ayant rap-
pelé une partie des forces qu'il dirigeait
sur l'Italie, le prince fut obligé de se
tenir sur la défensive. Mais le maréchal
Masséna l'attaque, lui prend cinq mille
hommes à Gaza-Albertini ; et après avoir
passé successivement l'Adige, la Piave,
le Tagliamcnto, achève de dissiper l'ar-
mée autrichienne à Castel-Frànco.
Cependant les Russes, qui s'avançaient
à marches forcées, ne suspendirent pas
un instant la marche triomphante de
Napoléon. Le grand quartier-général
français s'établit à Braunau; le maréchal
Mortier avait arrêté Rutusow, l'un des
généraux en chef de l'armée russe, et
avait culbuté un ennemi huit fois plus
fort que lui ; enfin l'empereur fit son
entrée à Vienne le 15 novembre, et le
lendemain il alla s'établir à Schoen-
brun , maison de plaisance de l'empereur
d'Autriche.
DE SAINTE-HÉLÈNE. 57
Nonobstant la demande d'un armis-
tice, que firent séparément les Russes
et les Autrichiens, Napoléon poursui-
vant le cours de ses glorieux exploits,
et battant toujours l'ennemi, dirigea sa
marche sur Braun , et. y arriva au mo-
ment où les empereurs Alexandre et
François établissaient leur quartier gé-
néral à Prosnitz, pour y attendre des
renforts qui devaient porter l'effectif de.
leur armée à cent mille combattans.
L'armée française était de soixante-dix
mille hommes seulement. Les alliés,
par une fausse combinaison, s'étaient
concentrés sur le village d'Austerlitz ,
pour tourner notre droite, Napoléon
saisit d'un coup d'oeil leur dessein, et
mesura leur fausse position... « Avant
demain au soir, s'écria-t-i1 en inspiré,
cette armée sera à moi. »
Les deux armées se préparèrent au
combat. Le 2 décembre, l'ennemi atta-
que à la pointe du jour; le général russe
Kutusow, voulant s'efforcer d'isolet les
deux ailés dey l'armée française de spn
centre , voit anéantir une de ses colonnes
par Lannes et Murât, qui guidaient no-
38 VIE DU PRISONNIER
tre gauche ; le maréchal Soult, qui com-
mandait notre droite, leur enlève Prat-
zen, Telnitz et Sckolnitz ; six mille
hommes se noient dans l'étang de So-
kolnitz; peu de temps après, les lacs
glacés d'Augezd et de Monitz, sur les-
quels deux corps russes veulent effec-
tuer leur retraite, engloutissent plus
de vingt mille hommes, cinquante
pièces de canon et un matériel im-
mense.
Au milieu de ces évènemens décisifs,
la garde impériale russe , proclamée in-
vincible , attaque au centre la garde
impériale française commandée par le
maréchal Bernadote. La lutte fut de
courte durée, les masses du nord furent
enfoncées.
Les débris de l'armée ennemie, en-
traînés loin du champ de bataille, ne
purent se rallier qu'à Hadiegkz, où
heureusement la nuit vint à leur secours.
« Le succès de la guerre tient telle-
» ment au coup d'oeil et au moment,
» dit Napoléon , d'après Las Cases, que
» la bataille d'Austerlitz, gagnée si com-
» plètement, eût été perdue, si j'eusse
» attaqué six heures plus tôt. »
DE SAINTE-HELENE. 39
Le gain de la bataille d'Austerlitz coûta
aux alliés soixante-dix mille hommes,
dont quarante mille tués ou noyés, et
trente mille prisonniers : cent cinquante
pièces de canon, quarante-deux dra-
peaux , les étendards de la garde russe :
quinze officiers généraux pris ou tués,
parmi lesquels était le prince Repnin
qui fut fait prisonnier. La perte de l'ar-
mée, française a été évaluée à plus de
deux mille hommes ; cinq mille furent
blessés.
Là présence des empereurs Napoléon ,
Alexandre et François à Austerlitz, fit
surnommer la bataille livrée près de ce
lieu, la bataille des trois empereurs.
Napoléon, toujours infatigable, et sans
perdre de temps, fit manoeuvrer les dif-
férens corps de l'armée française autour
de l'armée ennemie, de manière à l'en-
velopper , et les deux empereurs eux-
mêmes pouvaient être prisonniers, lors-
que François vint en personne au camp
de Napoléon demander la paix. Le vain-
queur d'Austerlitz reçut l'empereur d'Au-
triche dans une misérable chaumière, où
il avait établison quartier général. Comme
40 VIE DU PRISONNIER
il s'excusait dé cette réception militaire :
auprès du monarque autrichien , celui-ci
lui répondit avec un sourire un peu forcé,
qu'il faisait bien les honneurs de cette
chaumière-là.
Un arministice fut conclu le jour même
car Napoléon était expéditif ; les Russe
obtinrent la permission de se retirer; la,
conférences s'ouvrirent immédiatement
et le 26 décembre on signa le traité de
Presbourg.
La guerre avait duré deux mois. Ses
résultats furent la dissolution de l'an-
cien empire germanique; la création de
royaumes de Bavière et de Wurtem-
berg; la réunion à l'état d'Italie des du
chés de Parme, de Plaisance et de
Toscane.
Les succès éclatans remportés par ne
armées de terre, et partout où le génie à-
Napoléon se montrait, étaient loin d'être
imités par notre marine. Le projet de
descente en Angleterre avait été sage
ment conçu. Les lenteurs de l'amira
Villeneuve en compromirent les disposi-
tions; l'issue fatale du Combat de Tra
falgar acheva de faire échouer l'en
DE SAINTE-HÉLÈNE. 41
pédition qui avait coûté des sommes
immenses. La France . perdit dix-sept
vaisseaux dans cet engagement; notre
amiral fut pris; le commandant de la
flotte espagnole, notre alliée, reçut une
blessure mortelle ; mais l'Angleterre fit
à Trafalgar une perte irréparable, par la
mprt de Nelson qui expira sur un banc
de quart.
Cependant Napoléon, dont l'ambition
croissait de plus en plus par ses victoires
continentales, se mit à distribuer des
trônes ; il avait préludé par ceux oc-
troyés aux électeurs de Bavière et de
Wurtemberg. Après cet hommage de
la reconnaissance, ie sang eut ses droits :
Joseph, son frère aîné, accepta le trône
de Naples ; le grand-duché de Berg de-
vint le fruit des hauts faits de Murât,
son beau-frère ; et la Hollande , érigée
en royaume, reconnut pour son souve-
rain le prinpè Louis, frère puîné de Na-
poléon.
Dans toutes ces distributions, Napo-
léon, empereur des Français, roi d'Ita-
lie, joignit à la suzeraineté de tant d'é-
tats , en qualité, de protecteur de la con-
5
42 VIE DU PRISONNIER
fédération du Rhin , nouvellement or-
ganisée , la suprématie sur toutes les pe-
tites principautés de l'Allemagne , enle-
vées à l'Autriche par le traité de Pres-
bourg.
Malgré trois coalitions des plus gran-
des puissances de l'Europe anéanties par
Napoléon, une quatrième ligue se for-
mait dans le. nord. L'empereur de Russie
refuse de signer la paix; le roi de Prusse
est cette fois son allié : il a réuni cent
cinquante mille hommes de troupes,
auxquels se joignirent les contingens de
la Hessé, de la Saxe et de plusieurs au-
tres duchés. De soucôté l'Angloterre pré-
lude à de nouvelles hostilités.
Les plus promptes dispositions se font
à Berlin pour entrer en campagne. Se-
lon sa coutume, Napoléon se dispose à
prendre l'offensive, et ses troupes se
portent en toute diligence sur le Rhin.
Tout-à-coup Murât passé la Saale, bat
l'ennemi à Hoft, à Schleitz, à Saafeld.
Dans cette dernière action, le prince
Henri, frère du roi de Prusse, auquel
un sous-officier du troisième régiment
de hussards avait offert la vie , refusa de
se rendre et recul la mort.
DE SAINTE-HÉLÈNE. . 43
Napoléon, avant que les hostilités
fussent commencées , avait écrit à. Fré-
déric-Guillaume, en mettant le pied sur
le territoire de ses alliés, la lettre sui-
vante:
« Sire, votre majesté sera vaincue;
» elle aura compromis le repos de ses
» états, l'existence de ses sujets , sous un
» vain prétexte ; elle est aujourd'hui in-
» tacte, et peut traiter avec moi d'une
» manière conforme à son rang; ayant
» un mois, elle traitera dans une situai
» tion différente, »
Le roi de Prusse, dédaignant de ré-
pondre à cette lettre , voulut courir les
chances de la guerre ; il ne tarda pas à
s'en repentir.
Le 14 octobre 1806, une affaire gé-
nérale s'engagea sur le plateau d'Iè'na ,
et la victoire se rangea encore sous les
drapeaux français. Le vieux duc de Bruns-
wick , qui commandait en chef l'armée
prussienne, suivant les erremens d'une
tactique vieillie, avait laissé prendre po-
sition sur ses derrières par les maré-
chaux Soult et Ney ; une charge, à fond,
effectuée par la cavalerie de Murât,