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Roger,...

16 pages
Impr. de Molot (Alger). 1864. Roger, Gust.. In-8 °. Pièce.
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TÉNOR
DE L'OPÉRA COMIQUE
ET DE
L'Académie impériale de musique
ALGER
IMPRUMERIE MOLOT ET de, RUE DE L"ETAT-MAJOR, 5
4864
ROGER,
d'après une Photographie de
M. PORTIER.
ROGER.
Chaque fois que surgit à l'horizon d'une ville de
province un personnage important, par ses titres, sa
naissance ou les fonctions politiques qu'il a remplies,
les journaux du pays ne manquent pas de raconter
ses faits et gestes passés, de rappeler ses titres à la pu-
blique considération. Si le haut et puissant seigneur
n'a rien de remarquable en lui-même (cela arrive par-
fois), les panégyristes se rabattent sur la gloire et les
hauts faits de ses ascendants.
Les beaux-arts ont leurs princes aussi. — Princes
qui n'ont presque jamais d'aïeux et, hélas ! plus rare-
ment encore, d'héritiers.
L'histoire des hommes qui se sont illustrés dans la
littérature, la musique, la peinture ou le théâtre est
aussi du domaine public. Elle est souvent bien plus
attachante que celle des grands seigneurs, leurs pro-
tecteurs ou leurs ennemis. Les moindres détails smr les
grands artistes : Molière, Skakespeare, Le Kain,
Kean, Talma et tant d'autres, intéressent mille fois
plus que la vie entière ou la généalogie des marquis,
des barons, des comtes qui les honoraient de leur ap-
pui ou de leur dédain.
Le jour où arrive a Alger le digne successeur de
Ponchardetdé Chollet, de Nourrit et de Dupré, nous
avons pensé être agréable à nos compatriotes, en
leur esquissant une notice sur cet artiste célèbre à
plus d'un titre. Nous avons rappelé nos souvenirs
personnels, puis, nous nous sommes mis à compulser
jes revues, les publications d'une époque déjà éloignée
pour en extraire des détails circonstanciés, dès ren-
seignements certains Qu'on dise encore que les jour-
naux ne sont bons à rien !
Ce n'est pas l'artiste que nous essaierons de crayon -
ner en ces quelques pages ; tout le monde connaît co
ténor, qu'on fêle, qu'on chérit et qu'on applaudit de-
puis plus de vingt-cinq ans.. Le nombre de ceux qui
connaissent l'individu est bien plus restreint. Chacun
de nos lecteurs a vu sur la scène, ou tout au moins
a entendu parler du créateur d'Haydée, des Mousque-
taires et de l'Enfant prodigue, du Prophète, d'Hercu-
lanum et de vingt autres opéras. Mais bien peu de pei-
sonnes, à Alger surtout, ont vu l'homme chez lui,
dans sa vie intime, en paletot ou en habit noir, autre-
ment enfin qu'en... tenue de combat. Il est cependant
tout aussi intéressant à connaître comme homme
privé qu'au théâtre, ce forum des artistes.
Gomme GUSTAVE ROGER tenait à l'aristocratie du
côté paternel (il descend des comtes Radyde la Grange,
anciens gouverneurs d'Arras et de Beauvais, et un de ses
oncles, le baron Roger, mort en 1849, était pair de
France), comme il tenait à l'art du côté de sa mère
(fille d'un excellent comédien du nom de Corse, celui
qui dirigea longtemps et releva l'Ambigu-Comique);
on voulut en faire un notaire. — Au sortir du collège
Louis-le-Grand, il fut placé dans l'étude d'un tabel-
lion.— Voyez-vous ce pauvre enfant des muses, avec
ses aspirations artistiques, son éducation toute litté-
raire, obligé de griffonner sur du papier timbré : —
Par devartt maître *** et son collègue... dont acte etc.
Nous devons avouer à sa honte qu'il ne brilla jamais
dans la rédaction de la donation entre vifs, ni du tes-
tament et que les mystères de la liquidation sont tou-
jours pour lui restés lettre close.
Il passait la plus grande partie de son temps a dévo-
rer force volumes qui devaient se trouver singulière-
ment surpris de coudoyer le code civil et le formu-
laire notarial. Un des livres qui fit le plus d'impression
sur son esprit, — n'oublions pas que Roger était en-
core un adolescent, — fut Robinson Crusoë. Que celui
qui l'a lu avant dix-huit ans sans en être vivement
impressionné lui jette la première épigramme.
Seulement Roger alla un peu trop loin. On raconte
qu'il profita d'un beau dimanche pour prendre la clef
des champs, en compagnie d'un sien ami, et se mettre
a la recherche d'une île déserte. Vendredi était tout
trouvé; il n en fut pas de même de l'île ; les bords de
la Seine sont d'une civilisation désespérante. Hélas! il
avait dû copier bien des obligations hypothécaires et
surtout bien des contrats de mariage pour concevoir
une idée aussi misanthropique !
Il marcha jour et nuit; il aurait suivi le cours de l'eau
jusqu'à la mer; il se serait embarqué sur le premier ba-
teau venu; et, pensait-il, il eût fallu être bien malheu-
reux pour ne pas échouer sur un bon petit rocher bien
nu. bien abrupt, bien inhospitalier. Par bonheur, l'ar-
gent qu'il avait dans ses poches étant fini et l'appari-
tion de l'île déserte n'étant pas commencée, il s'en
dut revenir tout penaud à Paris et. — qui pis est, —
à l'étude.
Mais Roger cultivait en cachette le théâtre et la mu-
sique; sa voix était merveilleuse ; déjà il avait paru
une première fois, en amateur il est vrai, devant un
public enthousiaste ; il s'était enivré d'applaudisse-
ments; il avait essayé en jouant cette robe de Nessùs,
étincelante et fatale, que l'art offre à ses adeptes; il ne
devait plus la quitter.
II déserta peu à peu l'étude pour fréquenter un petit
théâtre de société dont il était devenu le directeur, le
régisseur, l'acteur principal et, Dieu me pardonne, un
peu aussi l'auteur en renom.
— « Voilà, disait son patron !e notaire, un jeune
homme qui va se perdre ; c'est dommage, son oncle
me l'avait tant recommandé ! Mais il y a beaucoup
— 6 —
d'appelés et peu d'élus, dans notre belle carrière, tant
pis pour lui. Curavirnus Babyloniam... »
Laissant le digne homme achever sa citation bibli-
que, Roger jeta aux orties sa plume de troisième clerc
et, malgré la colère de ses nobles oncles, se fit inscrire
au rang des candidats pour une place vacante au Con-
servatoire.
Quelque temps après, il obtenait deux premiers
prix. Faut-il les nommer? N'a-t-on pas déjà deviné
que c'était celui de chant et celui de déclamation ? Le
ténor, tout doublé de l'artiste dramatique, s'était révélé
aux prémices de la carrière.
C'était en 1857; Roger avait alors vingt ans.
Il ne perdit pas de temps ; il avait la voix, la mé-
thode, l'intelligence, le feu sacré ; il entra dans la vie
par une porte dorée, ceci soit dit au propre comme au
figuré ; ce fut un habile directeur qui lui ouvrit à deux
battants celle de l'Opéra-Comique.
Roger débuta par le rôle de Georges de l'Eclair.
Une triple salve d'applaudissements éclata après son
premier morceau ; ce fut mieux qu'un début, ce fut un
baptême.
Le 16 février 1838 marque une belle date dans son
existence.
On se souvient encore de cette soirée, où ce débu-
tant de 21 ans, plein de grâce, d'élégance, d'instruc-
tion, chantant avec une voix si douce et si sympathi-
que, avec une méthode si pure et si correcte, fit son
entrée dans le monde artiste. Le lendemain, la presse
entonna un dithyrambe avec force points d'admiration
à la clef. Ce fut un tutti à l'unisson, — et l'on chanta
juste.
Il fut bientôt à .l'Opéra-Comique l'héritier naturel de
Ponchard et de Chollet ; toutes les .oeuvres qui avaient
illustré ces deux grands artistes furent interprétées par
lui à la grande joie de leurs anciens admirateurs. On
put bientôt apprécier en outre son beau talent dans
maintes créations : le Perruquier de la Régence, la Fi-
gurante, le Code noir, Gibby, le Ducd'Olonne, la Part