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Tranche de vie de deux filles paumées et à la recherche de la reconnaissance...

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Publié le 08 octobre 2011
Nombre de lectures 190
Langue Français

Exrait

Un jour, elle se préparait à une soirée très guindée qu’elle devait passer avec une amie en
faveur d’une association quelconque. Alors qu’elle s’habillait de noir — couleur la plus terne
et pourtant la plus élégante —, le carillon de la porte se fit entendre. Elle leva à peine un
sourcil ; peu importe, des amis de son frère devaient arriver sous peu et son amie était
toujours en retard. Une demi-heure de répit, au minimum, lui était encore donnée.
Elle en était à la coiffure, chose ardue que de maîtriser à la fois la brosse, le sèche-cheveux et
de réussir à enrouler les mèches rebelles. Les débuts se passaient toujours bien, mais sa
patience s’étiolait au fil des minutes. Elle jeta un dernier coup d’œil expert à ses cheveux ; le
résultat n’était pas proportionnel aux efforts fournis, mais cela conviendrait. Après tout, cette
soirée ne serait qu’une soirée de plus. Le maquillage prit un temps infime ; elle excellait dans
l’art du mascara et autres poudres colorées. Elle pouvait enfin enfiler sa robe bustier noire ;
cette robe, elle en était tombée amoureuse lorsqu’elle l’avait vue en vitrine. Une robe simple,
élégante, mais néanmoins sexy qui ne lui avait presque rien couté. Finalement cette virée
shopping était une bonne idée. En plus, elle avait réussi à trouver la longueur parfaite qui lui
permettait d’étrenner ses cuissardes. Un dernier regard au miroir ; ce qu’elle vit lui plut. Elle
décida d’attendre son amie au salon
Décidément, je n’arriverai jamais à comprendre comment je m’y prends pour arriver
systématiquement en retard. C’est sûr, elle allait m’en vouloir, mais ce n’était pas ma faute.
Cette fois, c’était ma mère qui avait eu besoin de mon aide au moment même où je mettais
la main sur la poignée de la porte. Impossible de refuser ; comment aurais-je pu ? Même si
déplacer ce meuble n’était pas une priorité absolue, je savais que ma mère l’aurait déplacé
avec ou sans mon aide. Ma pauvre maman souffrait assez de son dos comme ça. J’avais donc
enlevé mes hauts talons, posé ma pochette noire et m’étais démenée comme une folle pour
réussir à placer ledit meuble à l’endroit exigé. Ma tenue légère ne s’y prêtait pas, mais je
n’allais pas me changer pour si peu. Le tour de force terminé, j’étais remontée pour changer
de bas :une écharde les avait malencontreusement abimés. Je me rendis vite compte que la
chance n’était, décidément, pas avec moi ; je n’avais plus d’autres collants en stock. Un coup
d’œil à ma psyché et je sus que je devais me changer. Ma jupe courte n’autorisait pas les
jambes nues en cette saison. Je me déshabillai et tentai de dénicher des fringues
susceptibles de convenir à la soirée. Après 10 minutes de fouille intensive dans ma garde-
robe, je me rendis à l’évidence : je n’avais rien de présentable en stock. Vraiment, cette virée
shopping j’aurais dû y participer, mais cette fois c’était ma sœur qui réclamait mon aide.
Je regardai mon corps en sous-vêtements dans le miroir et ris : j’aimerais tellement ne pas
devoir m’habiller et me précipiter dans la voiture vêtue de dentelle noire. Mais la décence
l’interdisait. J’attrapai le premier vêtement qui gisait à mes pieds, un pantalon noir classique,
le bouton manquait, mais avec une blouse assez longue ce sera invisible. Je farfouillai donc
dans les vêtements qui jonchaient le sol et y trouvai une tunique noir et or qui conviendrait
parfaitement. Je l’enfilai et, sans même un regard dans le miroir, descendis les escaliers,
esquissai un au revoir de la main à maman et me ruai dans la voiture. J’allumai une cigarette
et mis en route le moteur, je ne pris pas le temps de mettre ma ceinture, et démarrai. Une
demi-heure de retard...
Elle avait passé la soirée assise à une table de six personnes. Elle et son amie, abandonnées du
reste des convives se déhanchant sur la piste,sirotaient un cocktail assez peu alcoolisé.
Pourtant, elle aurait eu besoin d’alcool pour tenir le coup et supporter les regards posés sur
elle. Les regards envieux des hommes, elle en avait l’habitude, ceux des femmes étaient plus
difficiles à accepter. Elle ne supportait pas qu’elles la déshabillent du regard d’un air
méprisant. Pourquoi étaient-elles à ce point rongées par la jalousie ? Un bref passage aux
toilettes fut une torture indescriptible... Lorsqu’elle s’était lavé les mains, elle avait aperçu
dans le miroir accroché au mur, les regards lourds de sous-entendus accompagnés de
gloussements. Inquiète, elle s’était regardée discrètement sous toutes les coutures et n’avait
rien trouvé à redire. Mais face à cette antipathie, elle avait renoncé à la retouche maquillage
dont elle avait besoin... Elle n’avait pas la force d’affronter ce groupe, pas ce soir... Elle
retourna s’asseoir à sa table, aucun changement si ce n’est son amie qui s’était de nouveau
dirigée vers le bar. À ce rythme-là, le taxi sera nécessaire pour rentrer en vie... Seule à cette
grande table, son malaise se fit plus prégnant. Son cœur accéléra la cadence, une boule fit son
apparition dans sa gorge et rien ne put retenir les larmes... Impossible d’empêcher ce
sentiment, elle n’en était même pas consciente. Un alcool fort... Elle voulait annihiler toute
émotion chez elle. Tel un automate, elle se dirigea vers le bar.
Pfff... Décidément, cette soirée qui avait mal commencé ne se terminera pas comme je l’avais
espéré... Rien à se mettre sous la dent ici. Les hommes sont vieux, bedonnants et vulgaires
par-dessus le marché. Si ce n’est le bel inconnu accoudé au bar... Il me plaisait bien celui-là,
avec son air détaché du monde, ses cheveux rasés, ses yeux noirs perdus dans le vide. Je
m’imaginais le contraste de sa peau tannée par le soleil avec ma blancheur naturelle. Quelle
idiote j’ avais faite en aidant ma mère ... Habillée comme un sac, je n’avais aucune chance...
Mais je ne pouvais m’empêcher de le regarder. Sa barbe naissante accentuait son côté viril et
j’avais envie de les caresser les poils de ses bras, de passer mes doigts sur les contours de son
tatouage. Je me mis en quête d’un regard, mais il était impossible de lui faire détourner les
yeux... À trois reprises, j’avais tenté en vain de commander un verre au bar en m’approchant
le plus possible. J’avais même flirté avec le serveur pour attirer son attention... Le regard
perdu dans le vide accentuait l’envie que j’avais de lui. Soudain, son regard se fixa sur moi...
Enfin presque sur moi... Son regard était posé près de moi, mais il ne me regardait pas... Je
me retournai et vit mon amie en pleurs arriver au bar. Elle était magnifique... Comment
arrivait-elle à être magnifique dans ces conditions ?
Il lui avait offert un whisky. Elle détestait le whisky, mais dans son état , elle ne s’était pas
posé de questions et l’avait bu en deux gorgées. Elle savait que cette attitude renforçait les
regards réprobateurs... Elle-même aurait réprouvé ce genre de comportement. Elle se rendit
compte qu’elle n’avait même pas adressé une parole à ce type. Un remerciement au moins.
Elle se tourna vers lui et le dévisagea. Il portait une chemise à carreaux dont il avait retroussé
les manches, un jeans usé qu’il portait avec une ceinture marron et des baskets noires. La
soirée ne se prêtait pas à ce genre de tenue. Elle lui jeta un regard rempli de réprobations. Il ne
sembla pas le remarquer. Il ne la regardait pas, il la pénétrait. Son aversion vis-à-vis de lui
disparut. Il ne lui restait qu’une envie, une envie brûlante de connaître la chaleur de son corps
contre le sien. Une envie de le mordre, de le plaquer contre le mur et de l’embrasser à pleine
bouche. Elle s’avança vers lui, sans un regard pour son amie qui restait bouche bée à les
observer, elle lui prit la main et le dirigea vers un escalier. Il ne dit mot et la suivit. Elle
marchait à une allure lente et régulière, elle était devenue étrangement calme. Elle se sentait
différente, elle se sentait sûre d’elle. Elle était consciente du regard qu’il posait sur ses fesses.
Elle sentait qu’il avait envie d’elle, elle s’imaginait son érection juste derrière elle. Les
toilettes pour hommes étaient situées au bout du couloir. Elle s’arrêta un instant au milieu de
celui-ci, se retourna, lâcha sa main et enleva sa culotte en le fixant dans les yeux. Elle la laissa
choir à même le sol et lui reprit la main. Leurs cadences s’étaient accélérées et ils arrivèrent
enfin. Ils s’enfermèrent dans la première cabine libre, sans prêter attention à l’homme qui
utilisait les urinoirs. Elle le regarda dans les yeux tout en défaisant sa ceinture. Enlever les
ceintures des pantalons de ses partenaires ajoutait à son excitation ; le bruit de la boucle qui se
détache et le glissement du cuir contre le jeans l’hypnotisaient. Elle laissa choir cet accessoire
inutile et dégrafa son pantalon. Pendant ce temps, il inspecta son intimité avec sa main droite.
Ils ne se quittèrent pas des yeux un instant... Tout à coup, son envie fut la plus forte, elle se
retourna et se pencha en avant. Elle releva sa jupe et posa ses mains sur la chasse d’eau. Il la
prit violemment. La douleur qu’elle ressentit fit rapidement place à une vague de plaisir
immense. Elle s’abandonna totalement, indifférente au reste du monde, elle criait son plaisir.
Il continuait de plus en plus rapide, de plus en plus fort. Il l’attrapait tantôt par ses cheveux
tantôt par ses hanches pour parvenir au plus profond d’elle. Lorsqu’il jouit, il se laissa tomber
contre son dos. Puis il se releva, s’essuya, se rhabilla et sortit des toilettes. Elle se releva à son
tour, et sentit son sperme lui couler contre la jambe... Peu importait. Elle s’assit sur les
toilettes, et se rendit présentable. Elle sortit sans un regard autour d’elle. Parvenue à l’étage,
elle s’assit sans un mot et finit le verre qu’elle avait abandonné.
Je les ai regardés partir. J’étais ébahie de la facilité avec laquelle elle avait fait comprendre à
ce type qu'elle avait envie de lui. Dire que j'essayais de capter un regard et en une fraction de
seconde, elle lui avait donné envie d'elle. Ils sont descendus et je suis restée seule face au
serveur qui lâchait des blagues vaseuses à mon intention. Je ne l'écoutais pas, j'avais besoin
d'extérioriser ma frustration. Je rejoignis les silhouettes qui dansaient au loin. Je n'avais
conscience que de la musique qui emplissait mon cerveau et m'empêchait de penser. Je ne
remarquais pas les personnes proches de moi. Je sentais leur chaleur et parfois un bras ou
des fesses qui me frôlaient par inadvertance. J'étais hors du temps, hors du monde. Lorsque,
épuisée et vidée de toute émotion, je suis retournée m'asseoir, elle était là. Elle mordillait la
paille de son cocktail vide, les glaçons fondaient et elle aspirait goulument l'eau légèrement
sucrée qui stagnait au fond de son verre. Je la dévisageais, tentant de distinguer ses pensées
sur son visage. Regrettait — elle ? Etait -elle satisfaite? Mais la seule émotion qui
transparaissait était un air triste légèrement mélancolique. Elle leva les yeux vers moi,
esquissa un sourire, reprit un air blasé et alluma une cigarette en dépit de l’interdiction
placardée partout dans la salle. J'avais moi-même tenté de contourner cet interdit en me
plaçant dans un endroit discret proche d'une fenêtre ouverte. Ma clope à peine allumée, un
homme en noir et oreillette m'avait ordonné de l'éteindre. Cependant,elle, personne ne
semblait y trouver à redire. Les invités contournaient notre table et la regardaient ; les
hommes avec envie,les femmes avec mépris. Mais quelque chose dans son attitude
empêchait d'entrer en contact avec elle. Elle semblait au-dessus de ces étrangers. Elle et son
arrogance attiraient irrésistiblement tous les invités. Elle ne les voyait même pas. J’observais,
bouche bée, ces regards d'envie et de haine. Les silhouettes bousculaient mon siège et ne
s'excusaient pas. Elle était un peu fantôme et j'étais invisible.
Cette cigarette, elle n'en avait pas besoin,elle n'en ressentait même pas l’envie. Elle ne
ressentait plus rien, elle se sentait en dehors de tout. Elle l'avait allumée par provocation ;une
envie que le monde entre en contact avec elle, la recherche d'un lien avec l'extérieur. Elle
ressentait le besoin de se faire détester. Elle haïssait cette foule qui l'entourait, qui l'ignorait.
Pourtant, personne ne dit mot. Elle regardait cette cigarette qui semblait se diriger vers sa
bouche en menant une vie propre. Elle aimait la trace colorée de son rouge à lèvres sur le
filtre beige tacheté de blanc. Ses doigts emprisonnaient cette tige claire, sa main se portait
nonchalamment vers sa bouche en un mouvement régulier. La fumée s'étirait dans les airs et
formait des arabesques toujours plus translucides. Elle l'écrasa dans une assiette que le serveur
n'avait pas débarrassée. Elle se leva et jeta un regard à son amie, se dirigea vers le vestiaire.
Elle sentait que celle-ci éprouvait le besoin de parler, mais une envie de solitude annihilait
toute conversation aussi futile soit elle. Elle ne dit rien. Arrivée devant chez elle, elle salua la
conductrice et sortit, pleinement consciente de son attitude antipathique. Elle s'excuserait
demain et accuserait l'alcool et la fatigue. Elle ouvrit la portière et la fraîcheur de la nuit
envahit le véhicule. Elle sentait cet air froid lécher son corps, sa fine robe ne la réchauffait
pas. Elle eut l'impression d'être nue et vulnérable. Le vent caressa son entrejambe légèrement
douloureux. Elle sortit lentement. Elle n'aspirait qu'à une chose : s’écrouler sur son lit,
enserrer sa couverture de ses jambes nues et fermer les yeux. Elle avait besoin de la douceur
de ses draps contre son intimité comme une réponse à sa solitude. Ce contact la rassurait,
comme une présence au plus proche d'elle — même.
Allongées sur les transats au bord de cette piscine, le soleil devenait insupportable. L’ombre
que dispensaient les parasols blancs était prise d’assaut. J’avais besoin d’exposer ma peau à
ces rayons néfastes. Besoin que les gens voient que les vacances s’étaient bien déroulées,
besoin que les gens m’envient un peu. Donc j’allais suer dans ce décor qui se voulait
paradisiaque. L’hôtel avait joué la carte du palmier et bois en tout genre. Des plantes en pot
minables foisonnaient autour de la piscine, tels des champignons, les transats en bois
exotique étaient disséminés parmi eux. Malheureusement, les trente centimètres de verdure
ne permettaient pas d’obtenir la fraîcheur si convoitée.En plus, il m’était impossible de
regarder la piscine en face, le reflet des rayons était insoutenable pour mes yeux non
exercés, et les parasols blancs agissaient comme un miroir. Décidément, fermer les yeux était
encore la meilleure solution même si mes paupières qui protégeaient mal du soleil agressif.
Tout à coup, ma patience atteignit ses limites. Je me levai, passai un paréo autour de ma
taille pour cacher l’embonpoint que les régimes miracles des magazines n’avaient pas réussi à
déloger, et me dirigeai vers la fraîcheur de ma chambre. Je reviendrai piquer une tête dans
une heure, mais une sieste sous le doux soufflement de la climatisation me faisait envie.
Elle était allongée languissante à souhait, son bikini blanc mettait son bronzage en valeur et
tranchait avec sa peu tannée et le transat en bois. Elle se tenait immobile la jambe droite
repliée et derrière ses lunettes de soleil, aucun regard ne filtrait. Elle était calme et sereine.
Les vacances lui procuraient un plaisir rare et elle en profitait pleinement. Telle une star de
cinéma, elle regardait les gens évoluer autour de ce bac d’eau sans exprimer la moindre
émotion. Blasée du monde, isolée et dédaigneuse, elle regardait ce troupeau de chairs et de
graisses fondre au soleil ; elle pouvait presque sentir l’odeur de graillon. Les masses informes
barbotaient dans la piscine, des versions miniatures glissaient en riant sur des toboggans en
plastique rouge et bleu. Les hommes, dressés comme des coqs, bandaient leurs muscles et
défilaient devant elle. Ils ne pouvaient être plus ridicules et moins attirants... Elle se sentait
bien au milieu de ces gens ; elle se sentait supérieure. Un sentiment d’extrême
condescendance l’envahit, lorsque, tout à coup, son regard se posa sur une jeune femme. Elle
portait un maillot une pièce noir, et étrangement, elle était sublime. Cette inconnue possédait
une force d’attraction peu commune. Elles se regardèrent, elles sentirent cette connexion
malgré les lunettes de soleil qui masquaient leurs yeux. Tout à coup, le regard de l’inconnue
fut rempli de mépris. Elle détourna les yeux et ne les posa plus sur elle.
Je m’étais réveillée de justesse pour profiter d’un dernier plongeon dans la piscine. J’étais
donc descendue par les escaliers à toute vitesse, ignorant totalement les personnes que je
croisais. Tout à coup, j’ai bousculé une jeune femme dans la précipitation qui me caractérise.
Elle m’a regardée, a souri et est repartie. Son sourire m’avait mise mal à l’aise sans que je
sache en expliquer la cause. Néanmoins, l’eau délicieusement rafraichissante me faisait
terriblement envie. J’avais donc continué mon périple, évité deux enfants assis par terre et
un moniteur chargé de matériel. Arrivée au bord de ce bac d’eau si appréciable, je me suis
plongée dans l’eau avec douceur. Une vague de fraîcheur a envahi mon corps. Je suis restée à
barboter quelques minutes, ensuite, j’ai repris place sur le transat. Mon amie était à côté de
moi, elle somnolait au soleil et sa peau dorait sans effort. J’étais jalouse de son bronzage
parfait, moi qui supportais depuis deux jours un coup de soleil sur les épaules. Bientôt une
voix nous incita à quitter les lieux et à profiter du buffet dressé « en notre honneur » dans la
grande salle. Comme si ce buffet était un cadeau et n’était pas à nos frais. Nous disparûmes
nous changer et nous rejoignions le buffet tant convoité. Le repas fut morne et un homme
insista pour me payer un verre au bar. Désorientée, sous le choc (comment pouvait-il me
préférer moi ?) j’acceptai. Je scrutais mon amie pour tenter de lire dans ses yeux de la
désapprobation qui serait sienne ou le mépris jaloux qui la caractérisait. Impossible de
croiser son regard, elle était fascinée par une jeune femme mince et élégante qui portait une
robe longue de couleur verte. Perplexe, je suivis néanmoins mon admirateur. Le bar était en
fait une pièce située au sous-sol, le décor était vieillot et incitait à l’ennui. Je me positionnais
de manière à pouvoir éviter toute conversation avec cet homme si le besoin s’en faisait
sentir. Le comptoir permettait aisément de tourner le dos à un indésirable. Il m’offrit un
cocktail dont le nom m’échappe (les hôtels rivalisent d’originalité pour désigner un mélange
de vodka et de jus tropical). Aussitôt servi, l’inconnu me raconta sa vie, je tentai en vain de
me passionner pour ses exploits sportifs lorsque mon regard surprit l’inconnue en robe
verte. Elle venait d’entrer et semblait plonger la salle dans une lumière étincelante. Elle était
magnifique. Elle s’approcha de moi, sans doute pour commander un verre quelconque, et
mon regard fut fasciné par ses yeux verts, un camaïeu parfait avec sa tenue. Elle se plaça près
de moi pour héler le serveur et son bras frôla le mieux. Électrisée. Elle but son verre d’un
trait et se précipita sur la piste de danse. C’est à ce moment que mon amie fit son apparition,
elle fonçait droit sur moi quand l’inconnue la bouscula sans un seul regard dans sa direction.
Depuis qu’elle avait lu le mépris dans les yeux de cette ’ femme, son assurance en avait pâti...
Elle reconnaissait en elle une rivale. Elle se sentait étrangement attirée par son corps parfait,
mais son regard suffisait à lui glacer le sang. Elle ne pouvait empêcher son regard de se porter
sur cette silhouette verte... Durant tout le repas, elle ne la quitta pas des yeux, incapable de
participer à la moindre conversation. Un homme en profita pour draguer son amie, mais
qu’importe, elle réussirait sans doute à lui faire du charme plus tard et le récupérer. Son
problème actuel était plus délicat. Elle devait résoudre le mystère de cette femme, comment
pouvait-elle exercer un tel pouvoir d’attraction ? Pourtant, elle ne semblait pas se soucier de
son apparence. Elle avait revêtu une robe verte que l’on achète dans les boutiques les plus
communes, elle portait des sandales plates sans éclat. Elle ne s’était même pas maquillée ni
coiffée, elle arborait une coiffure décoiffée qui lui seyait à merveille. Cette inconnue respirait
la confiance en soi. Cette confiance en soi qui semblait si naturelle chez cette ennemie,
reposait sur un travail de tous les instants pour elle. C’était inadmissible que quelqu’un puisse
y arriver sans labeurs. Elle qui passait ses journées à se persuader qu’elle était à la fois
désirable et dangereusement inaccessible. Elle qui ne cessait de se répéter que quoiqu’ils en
pensent, elle était supérieure à eux : produits de la classe moyenne. Elle qui se convainquait
tous les jours qu’elle était différente de ce troupeau. Elle ne pouvait que haïr cette fille et sa
spontanéité. Elle la suivit jusqu’au bar et comme pour répondre à sa haine, l’inconnue la
bouscula sans ménagement lorsqu’elle se dirigeait vers l’homme qui discutait accoudé au
comptoir.
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