JE SUIS TON PERE - Episode II - La Traque Du Clone

JE SUIS TON PERE - Episode II - La Traque Du Clone

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28 pages

Description

Neuf mois de grossesse. La femme qui les vit de l'intérieur, avec une intensité incomparable et un florilège d'émotions à fleur de peau, on connait bien. Mais que dire de l'homme qui l'accompagne ?
La série JE SUIS TON PERE raconte avec humour la grossesse de l'homme, les chamboulements dans son corps et dans ses conceptions du monde... Car, non mesdames, vous n'avez plus l'exclusivité de la procréation ! L'homme d'aujourd'hui, s'il ne s'arrondit pas au sens propre du terme, découvre que divers aspects de sa vie évoluent entre chaque échographie et que bière et pizza vont devoir céder du terrain au lait en poudre !
Découvrez ces 9 mois étonnants et pétillants racontés en 9 épisodes pour vivre au rythme du héros de demain : le futur père.
*Extrait*
(...) "Non, désolé, chérie. C’est impossible. C’est de la lecture de nana tout ça. Que veux-tu que je trouve pour moi là-dedans. Je ne vais rien y comprendre, je vais relire quarante-deux fois la même ligne sans l’imprimer avant de finalement m’endormir. Non. Franchement, tu me raconteras ce qu’il se dit dedans, c’est bien trop complexe pour moi.
— Complexe ? S’écrie la femme, à son tour remontée comme une montre à gousset. Parce que tu trouves ça évident, toi, de suivre une stupide histoire de chasse au dragon menée par treize nains qui portent tous le même nom ?
— Enfin voyons, on les distingue très bien ! Si tu es capable de me citer les sept nains de Blanche-Neige, je ne vois pas ce qui t’empêche de retenir treize autres noms. Tu y mets de la mauvaise volonté, là !
— Sérieusement ? De la mauvaise volonté ? Entre nous, quand les héros d’un bouquin s’appellent Bifur, Bofur, Bombur, Bavur, Bitur, Boutur, Boursoufflur, et j’en passe, il n’y a pas de quoi frimer !" (...)

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Ajouté le 19 août 2014
Nombre de lectures 102
Langue Français
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Je suis ton père -EPISODE II
Une série proposée par
Alexandre Jarry
© 2014 – Tous droits réservés
ne production MysteranduM Editions Mentions LégalesCet ouvrage est protégé par copyright. Tous les droits sont exclusivement réservés à son auteur et aucune partie de cet ouvrage ne peut être republiée, sous quelques formes que ce soit, sans le consentement écrit de l’auteur. Vous n’avez aucun des droits de revente, ni de diffusion, ni d’utilisation de cet ouvrage sans accord préalable de l’auteur. Toute violation de ces termes entraînerait des poursuites à votre égard.CréditsCouverture : photographie, retouches et montage par Alexandre Jarry
Episode II – La traque du clone
« Dans un trou vivait un hobbit.Ce n'était pas un trou déplaisant, saleet humide, rempli de bouts de vers et d'uneatmosphère suintante, non plus qu'un trou sec, nu,sablonneux, sans rien pour s'asseoir ni sur quoi manger :c'était un trou de hobbit, ce qui implique le confort. »J.R.R. Tolkien,Bilbo le hobbit
« Tu fais quoi ?— Je révise mes classiques. Tu as déjà lu ce bouquin ? »L’homme remue le livre sous le nez de sa femme. Les feuilles usées, jaunies et parcheminées, presque collées les unes aux autres, s’agitent mollement sous les à-coups énergiques du poignet du gars. Elles sont fatiguées et prêtes à se désolidariser de la vieille reliure élimée. Elles n’en peuvent plus... Elles n’en peuvent plus de cet excité aux mains baladeuses qui les tournent et retournent, les caressent et les cochent, infatigablement, années après années.«Bilbo le hobbit, de Tolkien. C’est toute mon enfance. On n’en fait plus des comme ça ! »La femme envoie un regard dubitatif, voire même écœuré, à destination de l’ouvrage sale et malmené. Certains conservent des doudous dégueulasses pendant des années ; lui, son objet transitionnel, c’est un livre de poche. Elle constate que le pauvre hobbit a été abusé jusqu’à la moelle et qu’il s’agit certainement là d’un énième acharnement compulsif de lecture. On dirait un vieil exemplaire du rayon jeunesse de la bibliothèque municipale sur lequel tous les abonnés seraient passés. C’est limite indécent ! Il ne s’agit plus de la révision d’un classique mais bien d’un harcèlement littéraire. Elle a du mal à concevoir que ce bouquin n’a jamais connu qu’un seul et unique lecteur : son monomaniaque de mari.
« Mon chéri, il est vieux ton machin… Puis c’est un format poche, hésite-t-elle, se sachant sur une pente dangereuse. Toi qui aimes les éditions prestigieuses, tu n’as jamais songé à te racheter une belle copie, toute neuve ? D’autant qu’il me semble qu’une nouvelle traduction a été faite, il y a de cela quelques années…— Hérésie ! »Mauvaise pioche pour Madame… L’homme s’est redressé, offusqué. Il est aussi choqué que s’il apprenait le retour du Titanic après un voyage palpitant à travers une faille spatiotemporelle. Une lueur malsaine étend son emprise derrière ses pupilles dilatées.« Une nouvelle traduction ? Pff ! N’importe quoi ! Et tu en fais quoi de mon âme de gosse, si les mots ne sont plus les mêmes que ceux qui m'ont bercé ? Comment réagirais-tu, toi, si quelqu'un décidait de remplacer tous les do de ta chanson préférée par des si bémols ? Hein ? Alors ? Voilà qui donnerait une bien vilaine mélodie, tu ne crois pas ? »L’épouse aimante esquive habilement la montée verte et revendicative de son mari par l’entremise d’une superbe pirouette verbale, avant de retomber lestement sur ses pattes.« Il faudra que je le lise, lui susurre-t-elle. Je l’avais commencé, il y a quelques années, mais j’avais trouvé qu’il y avait trop de nains et je m’emmêlais les pinceaux avec leurs noms. Mais ça doit être une chouette aventure. »
Ces quelques mots, minutieusement sélectionnés, viennent danser à fleur de tympan, vibrant entre le marteau, l’enclume et l’étrier comme une formule magique à l’équilibre parfait. L’homme s’apaise instantanément. A ce stade de leur conversation, il ne fait nul doute qu’il a épousé la femme qui murmurait à l’oreille des geeks.« Ah, fait-il, laissant fierté et passion prendre place dans son discours. Tu as raison ! Tu dois le lire. Ce roman est indispensable. Pour ta culture, au moins. »La femme ne semble pas relever la remarquable indélicatesse de sa moitié. Un sourire en coin, elle quitte le salon sans un mot pour y revenir la minute suivante. Elle tire la chaise à côté de celle où est assis son mari et s’installe. D’un geste ample et théâtral, elle dépose les objets qu’elle est allée chercher. Deux ouvrages, dont l’un particulièrement massif, viennent alourdir la table ou, plus exactement, écraser le malheureux hobbit en papier quasi-mâché qui n’en demandait pas tant.« Vas-y, fais donc voir ton bouquin, que j’enrichisse ma culture, grince-t-elle. Je t’ai apporté de quoi occuper la tienne en retour. »Le bonhomme est scié. Pas tant par l’agression caractérisée et ostentatoire à l’encontre de son roman fétiche que par les titres cinglants qui semblent avoir été imaginés pour faire saigner ses yeux.Le Dictionnaire des Prénoms, épais et trapu, le nargue de sa couverture cartonnée et rigide. Avec sa tranche bien large, il en impose et se propose d’envoyer le mari dans les cordes par un uppercut d’Enzo ou une droite de Shirley. L’homme va devoir apprendre à filouter entre les prénoms en vogue et les horreurs bien trop originales pour pouvoir espérer gagner ce combat qui se jouera en neuf rounds.Il déglutit, devient livide… Neuf longs mois parsemés d’épreuves viennent s’étendre, K.O., sur le paillasson de sa vie comme un hérisson sur la défensive. Il ne s’était pas préparé à ce genre de difficultés. Le hérisson patibulaire lui réserve une épine pour chaque nouvelle épreuve. Il ne s’agira pas de le piétiner, ce paillasson des problèmes liés à la gestation… Sans quoi, gare aux orteils ! Il lance un regard vaguement noir à sa femme et imagine déjà une émission télévisée dans laquelle le couple s’affronterait autour d’un long débat sur le choix DU prénom. Une émission qui s’appelleraitDes Paroles et Des Actes (de naissance).
L’homme – comme beaucoup d’individus possédant un chromosome Y – est un spécialiste de la procrastination. Aussi choisit-il d’écarter soigneusement le dossierprénom(s)ses de préoccupations. Il l’efface purement et simplement de son subconscient, le néantise sans vergogne, jusqu’à ce que l’existence même du dictionnaire devienne relative et discutable dans sa réalité. A ses yeux, le dico a autant d'attrait et de charisme qu'une soirée électorale à la TV. Il reste néanmoins sur la table un second ouvrage. Et celui-ci sera difficile à ignorer : il fait trois fois la taille du précédent. Le regard de l’homme passe sur le titre, puis repasse dessus. Il reste de marbre.Le Guide Parfait de ma Grossessecrache, en caractères gras et roses,, lui l’énorme livre.
« Tout un programme, marmonne l’homme ». Ses paupières douloureuses se referment.
Seigneur, Marie, Joseph…Implorer en pensées le bon dieu et sa smala est assez rare chez lui. C’est rare et même plutôt mauvais signe. Il pourrait tout aussi bien scander mille jurons abominables en courant nu dans la grand-rue. C'est dire à quel point il se sent en difficulté ! La présence de toute cette nouvelle vie littéraire chamboule sa maison, ses convictions. Il prend une torgnole, se sent vieux, si vieux, tellement vieux que – comme le roi d’Espagne – il préfère abdiquer.« Non, désolé, chérie. C’est impossible. C’est de la lecture de nana tout ça. Que veux-tu que je trouve pour moi là-dedans. Je ne vais rien y comprendre, je vais relire quarante-deux fois la même ligne sans l’imprimer avant de finalement m’endormir. Non. Franchement, tu me raconteras ce qu’il se dit dedans, c’est bien trop complexe pour moi.
— Complexe ? S’écrie la femme, à son tour remontée comme une montre à gousset. Parce que tu trouves ça évident, toi, de suivre une stupide histoire de chasse au dragon menée par treize nains qui portent tous le même nom ?
— Enfin voyons, on les distingue très bien ! Si tu es capable de me citer les sept nains de Blanche-Neige, je ne vois pas ce qui t’empêche de retenir treize autres noms. Tu y mets de la mauvaise volonté, là !— Sérieusement ? De la mauvaise volonté ? Entre nous, quand les héros d’un bouquin s’appellent Bifur, Bofur, Bombur, Bavur, Bitur, Boutur, Boursoufflur, et j’en passe, il n’y a pas de quoi frimer ! »L’épouse se reprend. Elle change de ton car elle sait que son mari va lui faire regretter tout ce qu’elle vient d’avoiner sur le roman culte de toute une génération de millions de mâles. Dans l’espoir de pouvoir faire diversion à temps, elle lui ouvre les portes colorées et douillettes du guide parfait de sa grossesse.« Là, regarde, dit-elle. Tourne les pages et jette au moins un coup d’œil aux images. S’il te plait… En plus, c’est rangé par mois. Tu vas voir, ça parait compliqué de prime abord, mais d’autres avant toi y sont parvenus. Je sais que tu peux faire semblant de t’y intéresser. Fais ça pour moi. Je t’en prie. »L’homme croise les bras. Il boude. Comme une sale gosse. Manquerait plus qu’il tape du pied ou qu’il se roule par terre. Il ne décroche pas un mot. La leçon qu’il veut donner est excessivement basique : on ne touche pas à Tolkien, point. C'est un fait.« Allons, tente la négociatrice, je lis ton bouquin en échange. OK ? »Toujours pas de réaction.« Et je récite par cœur le nom de tous les personnages sans les écorcher, dès que j’ai fini. Puis... Quand le bébé aura suffisamment grandi, je le lui lirai avant d’aller au lit. »