JE SUIS TON PERE - Episode III - La Revanche Des Frites

JE SUIS TON PERE - Episode III - La Revanche Des Frites

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32 pages

Description

Tu peux raccrocher le sabrelaser et troquer la Batmobile contre un monospace : ta femme est enceinte.
Quand un geek débute son apprentissage de la paternité, ça donne la série JE SUIS TON PÈRE. Bercé à la science-fiction, au cinéma de Spielberg et Lucas, et visiteur littéraire assidu de la Terre du Milieu, l'homme voit ses repères chamboulés du jour au lendemain. Au fil de la grossesse, sa vie se transforme en un véritable parcours initiatique. Sera-t-il prêt à encaisser le résultat du test de grossesse ? Sera-t-il capable de décrypter les images de l'échographie ? Saura-t-il trancher au moment de choisir entre une poussette à trois roues ou à quatre ? Devra-t-il laisser le lait en poudre s'imposer dans sa vie en lieu et place des pizzas et de la bière ? Autant d'épreuves dont il faudra sortir victorieux...
Et si le véritable super-héros dont il rêve depuis qu'il est ado n'était ni Superman ni James Bond ? Et s'il s'agissait tout simplement de lui, le futur père ?

Pendant ces 9 mois étonnants et hilarants racontés en 9 épisodes, vivez la plus belle aventure de la vie passée au filtre d'une multitude d'univers chers à la 'Geek génération'.
Jamais grossesse n'aura été aussi légère !
Episode III - La Revanche Des Frites
(...)"La lèvre retroussée, le regard acéré, il libère furtivement sa main gauche pour activer la descente souple et gémissante de la vitre électrique, avant de lâcher à sa moitié, d’une voix rauque et tendue :
« Bon. T’es prête ? »
Elle ne répond pas. Une moue indécise redéfinit les lignes harmonieuses de son joli minois. Les sourcils délicats se durcissent en une barre sombre et la lueur de ses yeux semble vaciller. Le doute s’installe. Ou est-ce la crainte de ne pas trouver à temps les bons mots, la bonne idée ? Elle se sent pressée. Presque obligée de donner une réponse. En vérité, elle réalise qu’elle n’a même pas encore commencé à s’intéresser aux différents choix qui s’offraient à elle… Son homme, impatient, a du mal à la comprendre. Pour lui, c’est facile. C’est même évident ; il se l’est répété maintes fois dans sa tête, pour être préparé le moment venu.
« Tant pis, je vais commencer, concède-t-il. »
Il passe un bras par la fenêtre pendant que le véhicule avance au pas, incline légèrement la tête vers l’extérieur puis tend l’oreille.
« Restaurant Mac Donald’s, je vous écoute. Quelle est votre commande ? »"(...)

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Publié le 22 septembre 2014
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Langue Français
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e su s on p re -Episode III Une série proposée par Alexandre Jarry © 2014 – Tous droits réservés
ne production MysteranduM Editions
’ ’ ’ préalable de l’auteur. Toute violation de ces termes entraînerait des poursuites à votre égard.
Couverture : photographie, retouches et montage par Alexandre Jarry
Episode III – La revanche desfrites
«Dans nombre des civilisations les plus décontractées sur la marge orientale de la galaxie, "Le Guide du voyageur galactique" a déjà supplanté la très imposante "Encyclopaedia galactica" comme dépositaire de toutes les sagesses et connaissances.
Car, bien qu'il contienne de nombreuses omissions, plusieurs apocryphes et même des affirmations particulièrement fausses, il l'emporte sur son concurrent plus ancien et plus pédant sur deux points importants. D'abord, il est légèrement moins cher. Ensuite, la mention PAS DE PANIQUE est inscrite en larges lettres amicales sur sa couverture. »
Douglas Adams, Le Guide du Voyageur galactique (H2G2, I)
« Ça commence à se voir ! Pourtant, si tôt… Jamais je n’y aurais cru ! »
Mais c’est bel et bien là !
Fasciné par la très discrète poussée en avant du ventre, l’homme ne peut s’empêcher d’y passer la paume de sa main. Il la fait glisser, doucement, de haut en bas, puis de droite à gauche. Deux mois et demi seulement se sont écoulés depuis l’annonce…
A peine plus !
C’est quoi, deux mois et demi, sérieusement ? En unités de vie de geek, cela représente la diffusion d’une saison complète deGame of Thrones, suffisamment dense pour y voir disparaître de manière tragique une grosse poêlée des personnages de cette saga. Et voilà que dans ce même laps de temps, la morphologie a déjà commencé sa mutation autour du nombril !
« Oui, je sais, je suis aussi surprise que toi, mon chéri. Ceci dit, les repas fractionnés que nous a conseillés la gynéco y sont peut-être pour quelque chose…
— Qu’essaies-tu de me dire ?
— Eh bien…
— Tu insinues que c'est du gras ?
— Je suppose. Quoi d'autre, sinon ? »
L'homme relève un coin de lèvre en forme de vague Hawaïenne. Il semble se forcer à réfléchir tout en sachant que la conclusion à laquelle il parviendra sera décevante. Il tente de se consoler en se répétant que le gras, c’est la vie. Mais son désastreux constat ne s’arrête malheureusement pas aux seules poignées d’amour.
« Bon sang, marmonne-t-il, estomaqué. Je vois que les seins aussi ont pris du galon ! C'est tout de même un monde, ça ! »
Sa femme acquiesce d'un hochement de tête. Elle est bien obligée d'admettre l'évidence. Il y aurait effectivement quelques nuggets à tailler dans cette poitrine.
« Tu sais, je pense que c'est bon signe, mon nounours. Cela signifie, explique-t-elle, que nous avançons dans la grossesse, disons... Tous les deux... Ensemble, quoi. »
L'épouse délicate et profondément amoureuse cherche à prendre des gants, là où son homme pourrait être blessé par de simples pincettes. Ses justifications ne franchissent toutefois pas le cap du premier barreau sur l’échelle de la conviction. Le mari hausse les épaules, dépité. Il reste cloîtré dans ses ruminations.
« Tout de même... Quatre kilos en à peine deux mois et des poussières... »
Il secoue la tête.
« Je doute qu'il y ait beaucoup de femmes capables de prendre autant de poids en tout début de grossesse.
— Voyons, mon nounours. Ne te torture pas les méninges avec ce genre de considérations. Ça arrive à beaucoup d'homme de prendre du poids au cours des neuf mois. Rien de bien méchant... Ce n'est qu’une couvade. Pas une finale de coupe du monde ! Regarde le bon côté de la chose : c'est avant tout un excellent indicateur de ton implication dans la grossesse ! C’est positif, ça, non ? Ça compte beaucoup pour moi, tu sais.
— Et ça compte beaucoup pour la balance, aussi ! »
A son tour, elle passe une main sur le ventre bombé à l’origine de ce petit coup de déprime : celui de son mari. Elle lui glisse un regard amoureux.
« Regarde, c'est douillet, ça te donne un petit air paternel, une sorte d'autorité douce et protectrice. Puis... »
Elle s'arrête, comme un épervier suspend son vol avant de fondre sur sa proie.
« Maintenant que tu as un peu d'avance sur moi, tu me raconteras quand tu sentiras les premiers coups de pieds. Vois-tu, je suis jalouse de savoir que tu vas découvrir ces moments d’exception avant moi !
— Très drôle !
— Oh, c’était seulement pour te faire rire un peu, mon gros nounours !
— Juste une chose : tu peux arrêter avec le mot ‘nounours’ ? Trouve autre chose, s’il te plait.
— D’accord. Tu préfères quoi ? Mon poussin, mon chaton, mon lapin, mon poulet ou mon canard ? »
Ben voyons… Toute la basse-cour va y passer ! Non mais franchement, c’est quoi le problème des femmes avec ces surnoms d’animaux débiles ?
L’homme abandonne.
Il se renfrogne et relève la tête afin de ne pas avoir à supporter la vue de ses abdos défraîchis et dilatés. Il reporte son attention sur la route. Bloquée entre un vieux Kangoo et une Ford verte, leur voiture est à l’arrêt depuis plus de cinq minutes. Les doigts impatients tambourinant sur le haut du volant, l’homme avise les feux de stop du Kangoo qui les précède. Ceux-ci viennent enfin de s’éteindre et le moteur diesel tressautant de la Renault reprend doucement son vrombissement caractéristique. Il pousse un soupir de soulagement. La circulation paralysée va peut-être pouvoir retrouver un semblant de mouvement. L’homme enclenche la première, subitement décidé à laisser ses états d’âme de côté pour se focaliser sur le virage serré qui l’attend. Il le sait, il va avoir besoin de rester concentré pour ne pas risquer d’y laisser quelques écailles de sa peinture noire métallisée. La courbe est étroite, mal conçue…
La lèvre retroussée, le regard acéré, il libère furtivement sa main gauche pour activer la descente souple et gémissante de la vitre électrique, avant de lâcher à sa moitié, d’une voix rauque et tendue :
« Bon. T’es prête ? »
Elle ne répond pas. Une moue indécise redéfinit les lignes harmonieuses de son joli minois. Les sourcils délicats se durcissent en une barre sombre et la lueur de ses yeux semble vaciller. Le doute s’installe. Ou est-ce la crainte de ne pas trouver à temps les bons mots, la bonne idée ? Elle se sent pressée. Presque obligée de donner une réponse. En vérité, elle réalise qu’elle n’a même pas encore commencé à s’intéresser aux différents choix qui s’offraient à elle… Son homme, impatient, a du mal à la comprendre. Pour lui, c’est facile. C’est même évident ; il se l’est répété maintes fois dans sa tête, pour être préparé le moment venu.
« Tant pis, je vais commencer, concède-t-il. »
Il passe un bras par la fenêtre pendant que le véhicule avance au pas, incline légèrement la tête vers l’extérieur puis tend l’oreille.
« Restaurant Mac Donald’s, je vous écoute. Quelle est votre commande ?
— Bonjour je vais prendre un menu Big Mac avec des frites et du coca et un cheeseburger en plus avec en dessert un brownie. »
En un éclair et sans pause respiratoire, le choix vient d’être énoncé. Débité, même. L’homme est fier de sa performance. Il s’attend maintenant à voir son menu s’afficher sur l’écran de
commande. Mais c’est sans compter sur la question fatidique jetée à sa face par la voix nasillarde et désincarnée.
« Grande frite ou moyenne frite ? »
Aïe !
Le point d’interrogation percute sa conscience de plein fouet. Il se sent blessé, comme trahi par la borne du Mac Do.
Grande ou moyenne ? C’est vicelard ça ! Il doit y avoir un piège !
« Grande ! » S’entend-il répondre avant de réaliser sa terrible erreur. La réflexion n’a pas eu le temps de s’opérer. C’est ce foutu fourbe d’estomac qui a pris possession de sa voix.
Et merde, je suis faible…
D’une oreille morose et blanche d’émotion, il entend vaguement la voix de son épouse commander pour son compte une salade, une bouteille d’eau et un Mac Flurry, pendant que la voiture semble se trainer d’elle-même jusqu’au prochain guichet où sera engloutie la CB. Il jette un regard à sa femme. Celle-ci vérifie que le sachet comporte tout ce qui a été payé. Elle n’a pas l’air d’avoir le moindre reproche à lui retourner quant à sa décision de se gaver de frites industrielles.
Le gros nounours à sa mémère qui s’empiffre de grosses frites bien grasses et bien salées… C’est « mon petit goret » qu’il faudra qu’elle me surnomme désormais !
Il rumine tout ça pour lui-même. Quelque part, il aurait sans doute préféré la voir le houspiller ou lui suggérer de faire attention.
Saletés de frites !
Dire que quand il était encore étudiant, jeune, fauché et insouciant, il pouvait enfourner des quantités astronomiques de malbouffe sans jamais avoir à en subir les conséquences !
Ben voilà, c’est ça… Elles prennent leur revanche, ces satanées frites…
Une fois la commande dûment vérifiée, le couple lève l’ancre et la voiture reprend le large. Elle s’éloigne peu à peu de l’enseigne jaune au clown diabolique pour venir chauffer l’asphalte et éprouver ses suspensions sportives dans les arrondis des carrefours giratoires. Le moteur
ronronne et les rapports montent en puissance. Un à un. La femme remue sur son siège. Visiblement, elle est mal à l’aise.
« Dis-donc, Batman… T’as une ville à sauver ou tu as juste faim ? »
Sa voix tire l’homme de ses rêveries. Il jette un coup d’œil au compteur et s’aperçoit qu’il bombarde le bitume à plus de 110 km/h.
« Parce que là, tu vois, reprend-elle, quelle que soit ta vitesse de croisière, ton burger sera froid quand on arrivera à la maison… C’est un fait, il l’est à chaque fois… Alors ce n’est peut-être pas la peine de risquer de se mettre dans un fossé uniquement pour s’assurer une bonne place de pique-nique ! »
Le pied légèrement boudeur, l’homme tombe à 100, mais rechigne à se priver du plaisir de la vélocité grisante de l’automobile. C’est qu’il en est particulièrement fier de sa petite compacte racée et sportive ! Dans ses jeux de courses sur console, il peut se permettre de faire rebondir sans danger la Jaguar surpuissante contre les parois rocheuses et les barrières de sécurité à plus de 300. La tôle ne gondolera pas et la peinture restera intacte, il le sait ; car c’est aussi ça, la magie des jeux vidéo. De même, il peut, depuis son sofa, négocier les virages sans freiner et envoyer l’adversaire dans le mur tout en remportant la course haut la main. Alors, profiter d’un petit 110 en ligne droite dans la vraie vie, franchement, c’est une broutille.
A quoi ça sert d’avoir des chevaux sous le capot, sinon à donner un peu de boulot aux flics qui s’emmerdent à prendre des photos en bord de route ?
Ses considérations immatures – même si elles ne franchissent pas sa boite crânienne – irritent profondément son épouse, qui ne se gêne pas pour mettre les pieds dans le plat. Elle lui plante le décor inhospitalier d’un gros dossier bien piquant dont elle a le secret.
« De toute façon, dit-elle, il faudra bien songer à passer à autre chose… »
Sa diction appuyée et son petit air énigmatique n’inspirent pas confiance à l’homme. Il la voit venir, avec ses gros sabots. Néanmoins, il ne parvient pas à résister à l’envie de faire tomber le voile du mystère qu’elle veut installer.
« De quoi tu parles ?
— Je veux dire… Ta Batmobile, ça va un moment, mais… »