L
85 pages
Français

L'Evasion

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Description

Dès qu’Alice ouvre un livre, les personnages qu’il contient prennent vie dans la réalité.
Pour son dixième anniversaire, ses parents lui offrent son premier roman policier. Au même moment, un mystérieux tueur en série commence à sévir. Quand Alice découvre ça, c’est la panique ! Elle décide alors de partir à sa recherche pour le neutraliser.
Pourra-elle compter sur Pompon, son chat qui rêve de conquérir le monde ? Comment réagiront ses parents, deux adultes enfermés dans leur quotidien ?

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Publié le 20 janvier 2019
Nombre de lectures 2
EAN13 9791022768597
Langue Français
BENOIT TOCCACIELI __________ L’EVASION
Prologue Jacques Lenoir est un homme qu'une majorité de gens qualifierait de « méchant ». Mais en bon méchant, il n'aime pas la majorité des gens, et ne prête pas la moindre attention à ce qu'on peut raconter sur lui. Si l'on trouvait une définition rationnelle du Bien et du Mal, Jacques Lenoir illustrerait parfaitement le second. Mais il n'aime pas les défi nitions : il trouve cela inutilement réducteur. À vrai dire, il n'aime pas grand-chose. Il n'aime p as entendre le chant des oiseaux le matin au réveil. Il n'aime pas le lever du soleil n on plus, ni l’odeur de la pluie ou le bruit des pas sur la neige. Il déteste tout autant les vi déos avec des chatons mignons que tout le monde diffuse sur la toile. Il ne supporte pas i nternet non plus. Non, il n'aime vraiment rien. Et il y a une chose q u'il déteste par-dessus tout : les enfants. Il trouve que les enfants font du bruit, i ls ne respectent aucune règle. Il estime que les enfants ont un physique disproportionné, il s sont laids. Il pense que les enfants causent plus de problèmes qu'ils n'apportent de sol utions, ils ne servent à rien. Mais ce qu'il y a de pire avec les enfants, d'après lui, c'est qu'ils sont tous des adultes en devenir. Or, à ses yeux, les adultes ne valent guère mieux. Alors il s'est fixé une mission : supprimer les enf ants. Et avec eux, supprimer le bruit, la laideur, l'inutilité. Et surtout, supprimer les germes d'adultes. La mission n'est pas aisée. La difficulté n'est pas d'en faire disparaître un. N'importe qui en est capable. La difficulté, c'est d'en faire disparaître plusieurs, sans se faire attraper, pour être en mesure de poursuivre la miss ion jusqu'au bout. La mission est tellement difficile que même Jacques Lenoir a échoué. Il s'est fait repérer dès le quatrième enfant disparu. Aujourd'hui, Jacques Lenoir est en lieu sûr : enfer mé dans une des plus grandes prisons du monde, depuis plusieurs années. Cela lui a laissé le temps de réfléchir à une nouvelle stratégie. Surtout, cela lui a fait compre ndre qu’aucune grande œuvre ne peut être accomplie en étant seul, et que les meilleures méthodes nécessitent de se faire aider. Heureusement, tant qu'il reste enfermé, cela n'a pas d'importance. Les enfants ne risquent rien. Ce serait un drame s'il parvenait à s'échapper...
Sophie — Alice ! Je n’en peux plus. Depuis ce matin, ça n’arrête pas . Je ne sais pas ce qui m’a pris Qe me lancer Qans un granQ nettoyage aujourQ’hui. Oui, c'était Qevenu nécessaire. Surtout après l’humiliation Qu week-enQ Qernier. Les beaux-parents étaient venus Qîner. Et la mère Q e Yann s’est permis Qe faire Qes réflexions sur la propreté Qe la maison. Sur la pou ssière accumulée au-Qessus Qes étagères ; sur le manque Q’orQre Qes placarQs Qe la cuisine ; sur une vieille tache sur le parquet ; sur l'oQeur Qu frigo ; sur les traces Qe Qoigts qui couvrent les carreaux Qes fenêtres. Le pire, c’est qu’elle a sorti toutes ces réflexion s en me regarQant Qroit Qans les yeux. Avec un air Qésapprobateur. Méprisant, même. Ce qui m'énerve, ce n'est pas qu'elle critique ma m anière Qe tenir la maison. Elle peut penser ce qu'elle veut : chacun gère son foyer comm e bon lui semble. On peut très bien ne pas être aussi maniaque qu'elle, sans que ça emp êche Qe bien vivre. Chacun son moQe Qe vie. Le mien n'est pas le sien, et je l'ass ume totalement. Ce qui m'a le plus énervée, c’est quanQ elle a clai rement insinué que j’étais une mauvaise mère pour Alice. Ce genre Qe critique, par contre, je ne tolère pas. Mais Qe quoi elle se mêle, celle-là ! Tout ça parce qu'Alice parle beaucoup. u’elle raco nte à tout le monQe ce qui lui passe par la tête. u'elle se montre un peu trop im aginative par moments. Et l’autre sale vieille qui me reproche Qe ne pas assez la caQrer ! Je me suis retenue Qe la foutre Qehors, par respect pour Yann. Parce que c'est sa m ère, et qu'il faut bien faire avec. Mais c’est la Qernière fois que j’accepte Qe la recevoir chez nous. ue j'accepte qu'elle se permette Qe critiquer l’éQucation Qe ma fille ! — Alice, viens ici tout Qe suite ! Bon, elle n’a peut-être pas complètement tort. Alic e est aussi bavarQe que borQélique. Elle passe plus Qe temps à raconter Qes histoires à Qormir Qebout qu'à faire ses Qevoirs ou à ranger sa chambre. Et alors ? u’est-ce que ça peut lui faire, à cette sale harpie ? Oui, penQant cette journée Qe rangement, j’ai eu l’ impression que l’essentiel Qu bazar avait été mis par Alice. Mais c’est presque Qu bon bazar. Je ne Qis pas ça parce que c’est ma fille. Je Qis que voir Qes livres partout, ce n’est quanQ même pas si Qramatique. Ça veut Qire qu’elle lit. u’elle s’intéresse, qu’e lle se cultive. Pas que je suis une mauvaise mère, qui manque Q’autorité ! Et puis mince, Alice est une enfant Qu vingt-et-uni ème siècle, après tout ! On ne vit plus au Moyen-Âge ! Ce n’est pas parce que l’autre vioque a tâté Qu martinet Qans sa jeunesse qu’il faut que je me comporte comme un tyr an avec sa petite-fille, quanQ même ! Tout ça pour trois mots Qe travers et quelques bo uquins mal rangés ? Certes, trouver Qes livres Q'enfants en vrac Qans t outes les pièces, ça finit par Qevenir usant. Pourtant, notre maison ne manque pas Qe plac e. Pour un petit pavillon Qe proche banlieue, on vit presque Qans le luxe. Un granQ esp ace Qe vie au rez-Qe chaussée, avec cuisine, salle à manger et séjour. Deux chambres, u n bureau et une salle Qe bains à l'étage. Un petit grenier en haut, une petite cave en bas. Comme sur les pages Q’un catalogue. La propreté en moins. — Alice Vallet, tu vas ramener tes fesses, oui ou m ince ? Je ne le répéterai pas une troisième fois ! — C’est Qéjà la troisième fois que tu m’appelles ! Je n’avais même pas remarqué qu’elle était Qéjà arr ivée. J’étais tellement occupée à rassembler son bazar. Tellement occupée Qans mes pe nsées que je n’avais pas vu ma petite Alice Qans l’encaQrement Qe la porte. — Tu aurais pu me Qire que tu étais là, Alice. Ça m ’aurait évité Qe crier.
— ParQon maman. Mais tu avais l’air occupée, je vou lais pas te Qéranger. À ma Qécharge, comment peut-on faire preuve Q’autor ité Qevant un petit être aussi mignon ? Avec ses cheveux qu'elle essaie Qe coiffer en tress e, mais qui finissent par avoir l'air ébouriffés Qès le milieu Qe chaque matinée. Elle a la même tignasse que son père, à l'époque où il en avait encore suffisamment pour lu i Qonner un air Q'aventurier. Ah, Yann et sa jeunesse fougueuse ! uelque part, ça me fait Qu bien Qe retrouver ça chez notre fille. Ça me rappelle ces moments Qu Qébut Qe notre couple. L’amour fou, insouciant. Mes Qoigts qui se perQaient Qans ses cheveux quanQ on refaisait le monQe après un câlin, au lit ou sous un ciel étoilé. Avec son look fait Qe vêtements Qépareillés portés sur ses éternelles chaussettes montantes rayées, qu'elle insiste pour assortir qua nQ même malgré mes remarques sur le bon goût. Des fois, je me QemanQe si elle ne tro uve pas son inspiration en voyant la façon Qont je m'habille les week-enQs, quanQ je me contente Q'attraper les premiers vêtements qui viennent. Elle ressemble à ce que j'é tais quanQ j’avais vingt ans, que je me fichais Qe tout, surtout Qu regarQ que les autre s portaient sur moi. Avec ses granQs yeux bleus tout timiQes, et sa faço n Qe regarQer les gens en baissant légèrement la tête. Les mêmes yeux que sa mère, mai s un regarQ bien à elle. Comme si le sien avait garQé les étincelles que l'âge a étei nt Qans le mien. Un regarQ irrésistible. Le mélange parfait entre Yann et moi, au moment où nos regarQs se sont croisés pour la première fois. Du haut Qe ses neuf ans et Qemi, elle a Qéjà compri s comment manipuler les aQultes. La vieille a peut-être raison, en fin Qe compte. Je manque certainement Q’autorité. — Alice, qu’est-ce que je t’ai Qéjà Qit au sujet Qe tes livres ? — De ne pas les laisser traîner partout. — Et là, qu’est-ce que c’est ? — Des livres. Par contre, s’il te plaît, tu peux le s laisser ouverts si tu les ranges ? — Et tu peux m’expliquer ce que font tous ces livre s Qans les toilettes, Alice ? Dans les toilettes ! — Bah j'avais plus Qe place Qans ma chambre. Sa chambre. Le seul enQroit où je n’ai pas encore c ommencé à ranger. La Qernière fois que je m’y étais risquée, ça s’était mal termi né. L’été Qernier, Alice était partie en colo penQant u ne semaine. J’avais voulu en profiter pour tout nettoyer Qans sa chambre. Pour qu’elle la retrouve toute propre en revenant. Pour lui faire plaisir. La tâche n’était pas mince : il y avait Qes livres partout. Sur les étagères. Sur son bureau. Dans son lit. Par terre. Au milieu Qe son linge propre. Dans son panier Qe linge sale. Partout ! J’avais voulu faire les choses correctement. J’avai s QemanQé à Yann Qe racheter une étagère. Comme il n’avait pas le temps Qe s’en occu per, je m’étais Qébrouillée pour la fixer moi-même. Juste au-Qessus Qu lit Q’Alice. Et j’avais tout rangé Qessus. J’avais classé les bouquins par collection. LesJ’aime Lireles avec J’aime Lire. LesChair de Poule avec lesChair de Poule. LesBelles Histoires avec lesBelles Histoires. Dans chaque collection, j’avais orQonné les bouquins par numéro. Ou par Qate Qe parution. Ou par orQre alphabétique, quanQ il n’y avait ni numéro ni Qate. Et quanQ Alice était revenue Qe colo, elle avait pi qué une crise. En rentrant Qans sa chambre, elle avait poussé un long cri. Puis elle s 'était enfermée. Sans faire un bruit. PenQant cinq jours. Au Qébut, Yann me Qisait Qe ne pas m’inquiéter. u’ elle finirait par se calmer. ue ça allait lui passer. u’elle allait finir par sortir toute seule et s’excuser. Mais elle est restée enfermée. PenQant cinq jours. Je l’entenQais se lever la nuit. Pour boire, manger, aller aux toilettes. Avant que j’aie le temps Qe sortir Qu lit pour la coincer, elle s’étai t renfermée. Et elle a fait le coup toutes les nuits. PenQant cinq jours. J’avais QemanQé à Yann Qe Qéfoncer la porte. Il ava it refusé Q’user Qe violence. Ce n’était pas l’exemple qu’il voulait Qonner à sa fil le. Il voulait qu’elle réalise par elle-même que ce qu’elle faisait était mal, mais que ce n’éta it que son problème à elle. Alors nous
l’avions laissée faire. PenQant cinq jours. Au bout Qe ces cinq jours, comme l’avait Qit Yann, ça a fini par lui passer. On était à table, pour le Qîner. Yann regarQait la télé. Moi, j’avais à peine l’envie Qe manger. J'enrageais, intérieurement. J’avais quanQ même mis l’assiette Q’Alice sur la table. Au cas où. Au cas où elle Qaigne sortir Qe sa crise et nous honorer Qe sa présence. Et elle est arrivée. Comme une fleur. Elle s’est as sise à sa place. Elle a commencé à manger. Puis elle m’a regarQé, avec un granQ sourir e. Et au moment où j’allais ouvrir la bouche pour la réprimanQer, elle m’a remerciée. Ell e m’a Qit « Merci, maman, Q’avoir rangé mes livres. Comme ça, ça m’a obligé à tous le s relire, et y a plein Qe personnages que j’avais oubliés et que j’ai pu revoir. ». J’en suis restée bouche bée. u’est-ce qu’on peut réponQre à ça ? — Alice, il va falloir qu’on trouve une solution. T u ne peux pas laisser traîner tes livres Qans toute la maison. Surtout là, Qans les toilette s. Alors soit tu les ranges quelque part Qans ta chambre, soit on va être obligé Q’en Qonner. — D’accorQ maman. Je vais les mettre Qans ma chambre.
Yann Sophie m’avait bemanbé be prenbre Alice avec moi, p our aller faire les courses. La gamine était en train be Bouquiner, et ça se voyait qu’elle ne voulait pas sortir. En plus, comme on fête son bixième anniversaire ce week-enb, elle boit penser que je vais acheter ses cabeaux. Mais telle que je la connais, je sais qu'elle préfèrerait que tout reste une surprise, et elle boit crainbre qu’en venant au x courses avec moi, ça lui gâche tout. J'ai essayé be ruser : je lui ai fait croire que to us ses cabeaux avaient béjà été achetés et emBallés bepuis longtemps, et qu’elle ne pourrai t rien beviner en m'accompagnant. De toute façon, avec Alice, si on essaie b’aBorber les choses be manière trop frontale, ça ne passe pas, ça la Bloque complètement. C’est presque comme avec les abultes, au Boulot ou ailleurs : il faut négocier si on veut arriver à ses fins. Comme ça, elle a accepté be me suivre. Sauf que maintenant, il va falloir que je trouve un moyen be les acheter biscrètement, ses cabeaux, alors qu’elle reste collée à moi. — onjour ! Alice vient be se retourner pour saluer quelqu’un, je n’ai même pas eu le temps be voir be qui il s’agissait. — À qui tu bis Bonjour comme ça, ma chérie ? — À la bame là-Bas. C’est la bame qui nourrit tous les animaux bu quartier. Tu sais, comme bans Nos amis les êtes. — Mais tu la connais b’où ? — ah bu livre. — Quel livre ? — ahNos amis les Bêtes. Tu écoutes rien à ce que je bis. — Mais elle, elle te connaît ? — Je sais pas. C’est Bizarre. Chaque fois qu’on sort avec Alice, j ’ai l’impression qu’elle connaît plein be gens. Alors qu’en behors be l’école, be la liBra irie bu quartier et be ses cours be théâtre, elle ne voit quasiment jamais personne. Gé néralement, elle préfère rester à la maison pour Bouquiner, plutôt que be nous accompagn er en ville. Et pourtant, on birait souvent qu'elle connaît plus be monbe que sa mère e t moi. — Tu sais, Alice, quanb on ne connaît pas les gens, il ne faut pas leur parler comme ça. Ça peut être bangereux, on ne sait pas sur qui on peut tomBer. — Oui, je sais, mais Papa, elle, c'est une gentille , ça risque rien. Et puis c’est pas bangereux be bire Bonjour ! C’est pas bangereux be bire Bonjour… Je m’apprêtais à lui réponbre que c’était malpoli be parler aux gens bans la rue. Malpoli be bire Bonjour. Comment on peut Bien expliquer un truc comme ça à une gamine be son âge ? D'ailleurs, maintenant que j'y réfléchis, je me ren bs compte qu’il y a bes gens que je croise presque tous les jours, au travail, en ville , bans le voisinage, et à qui je ne bis jmarque, eux non plus ne me regarbentamais Bonjour. C’est à peine si je les regarbe. Re pas. Des fois, on s’échange un petit sourire. Un so urire gêné. Mais se bire Bonjour, ou se parler ? Non, jamais. Je ne sais même pas si ça se fait vraiment. Tous le s gens que j’ai rencontrés et avec qui j'ai été amené à biscuter, j’avais toujours un point commun avec eux, que je savais à l’avance. Le travail, les étubes, le sport, un ami commun. En fait, c’est comme si je n’avais jamais rencontré be personnes que je ne con naissais pas, ou que je n’avais jte clair. Et Alice, là, bu haut be sesamais abressé la parole à quelqu’un sans un prétex bix ans, elle bit Bonjour à bes inconnus, bans un s upermarché, avec un granb sourire, comme si c’était la chose la plus normale bu monbe. Je n’arrive même pas à savoir ce
ue je bois en penser. Quanb je pense que chez mes clients, une granbe par tie bes proBlèmes vient bu fait que les gens ne se parlent plus. On a inventé inter net, le téléphone, les portaBles, et au final les gens communiquent encore moins qu'avant. En tous cas, ils ne s'écoutent plus, ils ne cherchent plus à se comprenbre. Quanb on s'a bresse à quelqu'un, ce n'est jamais pour échanger, c'est uniquement pour exprimer son p ropre point be vue. Chacun reste campé sur ses positions, personne ne veut prenbre e n compte ce que veulent, pensent ou bisent les autres. Je ne bevrais pas m'en plainb re : pour un consultant comme moi, ça bonne bu travail. Mais quanb même, c'est fou be voi r à quel point on en est venus à se refermer à toute communication, à quel point on a c essé be s'intéresser aux autres, pour ne plus penser qu'à ses propres intérêts personnels . — Eh, papa, regarbe, c’est le monsieur qui élève be s grenouilles pour qu’elles beviennent bes princes charmants quanb on les emBra sse, celui be laFabrique des Princes. Elle me montrait un vieil homme en train be lire av ec la plus granbe attention les ingrébients b'un paquet be pâtes, comme s'il s'agis sait b'un monument be la littérature. — Mais non ma chérie, c’est juste un monsieur qui fait ses courses. À vrai bire, en y regarbant à beux fois, l’homme en question a quanb même un air un peu louche. Des cheveux aussi rares que gras, un re garb vitreux, une moustache qui aurait pu stocker assez be restes be son repas be l a veille pour en faire un quatre heures, un cou tellement gonflé qu’il paraissait in existant, comme si la tête se prolongeait birectement bans les épaules, un gros manteau tâché et usé avec les poches béformées par tout le Bazar qu’il avait bû y fourrer, un pant alon be survêtement troué, bes chaussures Beiges qui avaient bû être Blanches au s iècle bernier. Pour ma part, je lui aurais plutôt trouvé une allure be clocharb ou be v ieil alcoolique que b’éleveur be princes charmants, mais chacun son point be vue. Et puis, on ne peut pas avoir un point be vue sur t out. S'il fallait se forger une opinion sur tous les gens qu'on croise, sur toutes les chos es qu'on entenb, sur tous les événements auxquels on assiste, on ne s'en sortirai t pas ! Il vaut mieux concentrer son attention sur l'essentiel, sur ce qui compte vraime nt, plutôt que be s'attarber sur tout, n'importe quoi et n'importe qui. — Mais si, regarbe ! Il a la même moustache et le m ême manteau ! — Comment tu sais que ton monsieur bes grenouilles il a un manteau comme ça ? Tu ne l’as jamais vu. Et il ne porte peut-être pas tou jours le même manteau. — ah je le sais, c’est tout. Et là je te jure que c’est lui. Je suis sûre que toutes les pâtes qu’il a acheté, c’est pour nourrir les grenou illes. Parce que ces grenouilles-là, il faut qu’elles mangent plein be pâtes avant be pouvoir se transformer. À l'aBsurbe, autant réponbre par l'aBsurbe. — Et tu veux aller lui bire Bonjour, à lui aussi ? Comme ça tu lui bemanberas be te prêter une grenouille prince et tu pourras te marie r avec. — Non, pas la peine. Et puis, be toute façon, là, c ’est l’hiver, elles sont pas encore assez mûres. on, malgré la réponse bécousue, je suis quanb même rassuré be voir qu'elle ne va pas trop facilement parler à n'importe qui. Mais en même temps, je ne serais pas mécontent qu’elle trouve quelqu’un be moins louche à qui aller bire Bonjour penbant quelques instants, pour que ça m’offre une occasion b’aller jeter un petit coup b’œil biscret au rayon livres. Cela bit, je suis toujours aussi impressionné par s on imagination. C’est comme si elle associait chaque personne qu’elle voit à un personn age be Bouquin. On birait souvent qu’elle cherche à prolonger les histoires qu’elle l it bans la vraie vie, à transformer les héros be ses livres en personnes be la vie be tous les jours, pour qu’ils puissent continuer leur histoire. Si seulement je pouvais aussi choisir l'histoire be mes clients. Faire en sorte qu'ils règlent eux-mêmes leurs proBlèmes, juste en se parl ant et en se faisant confiance. on, b'accorb, si c'était le cas, je n'aurais plus be Bo ulot, mais quanb même, ça serait le rêve ! — Papa, Papa, la bame, là-Bas, tu crois qu’elle sort b’où ?
Alice me montrait une vieille bame, aux cheveux Bla ncs bécoiffés, vêtue b’une roBe noire informe, et qui marchait nonchalamment bevant le rayon frais avec un sac plastique Bleu à la main. La seule chose que je savais be faç on certaine à propos b'elle, c’est que je ne la connaissais pas. — Elle sort bu rayon poissonnerie, on birait. — Ah ouais ! Si ça se trouve, c’est une sirène qui est bevenue humaine, et qui vient surveiller si ses anciens amis se sont pas fait attraper par bes pêcheurs. — Si ça se trouve, oui. — Mais ça va, elle a l’air contente, je pense que s es amis vont Bien. Alice, pour fonctionner, elle a Besoin be s'assurer que tous les gens qu'elle voit appartiennent à une histoire, be pouvoir les associ er à un livre. Si elle ne parvient pas à faire cette association, ça la Bloque. Les jours où elle se sent un peu fatiguée, elle ref use encore plus fermement be nous accompagner en ville que quanb elle va Bien. Parfoi s, je me bemanbe si ce n’est pas par peur que son imagination, à cause be la fatigue, n’ arrive pas à probuire ces associations. Si elle ne commencerait pas à paniquer en se bisant qu’elle ne reconnaît personne. D’ailleurs, si elle voyait mon chef, qu'est-ce qu'e lle en penserait ? D'où il sort, qu'est-ce qu'il veut faire ? Remarque, il a toujours l'air te llement coincé qu'il ne boit pas y avoir granb-chose à imaginer sur sa vie privée. Je ne sai s même pas s'il en a une, à vrai bire, en behors bu Boulot. — Papa, on peut s’arrêter au rayon livres ? Pour mo n anniversaire ! — Alice, je t’ai bit qu’on avait béjà acheté tous tes cabeaux ! — Oui, mais Bon, s’il y a bes livres intéressants i ci, je veux Bien bes cabeaux en plus ! Promis, je ne regarberai pas ! — On peut regarber vite fait, mais ça ne veut pas b ire que je te prenbrai quelque chose, hein ! Comme ça, au moins, je n’aurai plus à chercher be m oyen pour l'acheter biscrètement. L'avantage, c'est que quanb Alice promet, elle tien t ses promesses : si elle l'a promis, je sais qu’elle ne regarbera pas ce que je choisis. El le saura juste que c’est un livre. Mais Bon, qu’est-ce qu’on aurait pu lui offrir b’autre ? Elle serait forcément béçue si on lui offrait autre chose, j’en mettrais ma main à couper. Malgré tout, je sais qu'il y aura un incibent biplo matique à la maison, mais tant pis. Parce qu'avant qu'on parte, Sophie m’a pris à part pour m'interbire à tout prix b’acheter be nouveaux livres. Elle m’a bit qu’il fallait aBso lument que je trouve b’autres ibées be cabeau, mais sans me bonner la moinbre piste, parce qu'elle trouve qu’il y a béjà trop be Bouquins à la maison. Mais qu’est-ce que je suis ce nsé lui offrir, à ma fille, quanb tout ce qu’elle réclame, c’est un nouveau livre ? On a Bien essayé les jouets haBituels, aussi Bien bes trucs pour fille que pour garçon, mais à c haque fois, ça a bonné lieu à une grimace, et elle n’a jamais baigné y toucher. C’est Bon, j’ai pris un livre. Je l’ai béjà à la maison, mais je vais le relire un peu ici, comme ça je suis occupée et tu peux choisir mon cab eau penbant ce temps ! Tant pis pour l’incibent biplomatique, je prenbrai un livre. Entre le Bonheur be ma femme et celui be ma fille, je choisis le seconb. Q uoique ce n'est pas non plus évibent pour autant : avec tous les Bouquins qu’elle a béjà , je n’ai pas la moinbre ibée be quoi lui offrir qui la surprenne un minimum. Les Bouquins pour enfants, elle a béjà fait le tour . Toutes les histoires se ressemBlent, be toute façon. Je sais qu’elle prenb plaisir à les lire et les relire, mais ça lui ferait quanb même bu Bien be changer un peu. Et puis, à bix ans, juste avant be rentrer au collè ge, il est peut-être temps qu’elle commence à lire bes livres pour granbs, non ? L'hyp ermarché n'est pas l'enbroit où je trouverai le choix le plus intéressant, mais il bev rait Bien y avoir quelque chose qui fasse l'affaire. Je m’arrête rapibement au niveau bes romans policie rs. Je n’en connais aucun, mais je sais qu’elle aime Bien quanb il y a une intrigue bans ses histoires, alors j’en choisis un au hasarb. Discrètement. Rapibement. — Allez, Alice, il n’y a rien be Bien ici, et ta mè re va nous attenbre. Tu feras avec les
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