Le retour du petit homme (Chapitre 5)
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Du rêve aux réalités...
Devenu chef du Parti Bleu, Nulco découvre que son retour va être semé d'embûches...

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Publié le 19 décembre 2014
Nombre de lectures 125
Langue Français

Exrait

CC.RIDER
LE RETOUR DU PETIT HOMME
Editions Emma Jobber
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CHAPITRE 5
Du rêve aux réalités
Nulco sortait un peu énervé de la conférence à 100 000 dolros qu'il venait de donner au dernier convent des lumineux Francs-Boulangers Bavarois quand un de ses gardes du corps polymusclé accourut vers lui un smartphone à la main. – Grand Maître Mage, Sa Majesté l'Empereur du Soda Sucré vous demande... Le petit homme se saisit de l'appareil, remarqua au passage qu'il s'agissait de celui qu'il avait enregistré au nom d'un certain Paul Buzzmith dont il s'était débarrassé, histoire d'oublier un des épisodes les plus calamiteux de sa carrière, celui de l'écouteur écouté, du truqueur démasqué, variante du célèbre arroseur arrosé... – Qu'est-ce que j'apprends, Small Froggy ? Commença d'une voix caverneuse l'orque gris maquillé « Grand Prix de la Paix » et repeint « Superdémocrate toutes catégories »... Tu postules pour la place de président du Parti bleu ?
– C'est tout à fait exact, votre illustrissime Seigneurie.
– Je ne comprendrais jamais comment fonctionnent les cerveaux débiles dans ton pays merdique plein de hobbitts mangeurs de tripes et de fromages qui puent... Chez nous, un gouverneur déchu et dont les gens ne veulent plus jamais revoir la sinistre figure n'aurait qu'une idée : se faire oublier définitivement et aller profiter d'une retraite dorée sous les Tropiques...
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– Oui, mais moi, c'est différent ! Je sens que l'heure de ma revanche est toute proche. – Il faut dire qu'ici nous n'avons pas d'Océane Le Grogneux pour servir de tremplin-repoussoir à tous les escrocs et les has been dans ton genre... A l'amertume qu'il décelait dans la voix de l'Empereur gris, Magypolka comprit que son interlocuteur n'était pas très enthousiasmé par son initiative.
– Dois-je comprendre, très cher ami et très vénéré suzerain que vous ne seriez pas favorable à mon retour triomphal aux affaires ?
– Primo, le nain, je ne suis pas ton « ami », grogna le potentat mal léché. Deuxio, ton retour ne sera pas triomphal mais calamiteux, bidonné et limite borderline ! Tous mes analystes politiques sont d'accord là-dessus.
– Je ne comprends pas vos réticences, Majesté. N'ai-je pas montré par le passé une totale obéissance, une absolue soumission et un parfait alignement sur votre ligne stratégique et cela tout le temps qu'a duré mon mandat ?
– Pas vraiment.
– Par un tour de passe-passe parlementaire, j'ai transformé le « non » en « oui dans l'affaire de la Constitution eurolandaise...
– Tu n'as fait que rattrapper la c... du grand imbécile de Ben Sirak le pas sage avec son ânerie de référendum populaire raté !
– J'ai supprimé la double peine pour les orques délinquants. J'ai truffé la Comté de détecteurs de vitesse pour charrettes et chariots à huile noire. Plus de mille guérites avec le double de
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préposés-taxeurs. Ca coûte un max et ça rapporte pas assez... J'ai vaseliné tout ce que j'ai pu pour que le Sublime Portillon arrive à s'introduire dans l'Euroland. J'ai été un précurseur des unions contre nature.
– Peanuts que tout ça ! Hurla l'Empereur. Mauvais choix. Manque de vista ! Nous avons changé d'avis sur ces Tottomans. Ils jouent double et peut-être triple jeu. Rien à tirer de ces bougres-là. Nous allons d'ailleurs leur tenir la dragée haute...
– J'ai renfloué les banques selon le sacro-saint principe de la privatisation des gains et de l'étatisation des pertes. J'ai creusé les déficits, emprunté à tout va, aggravé le chômage et liquidé le Satrape des Sables de Cyrénaïque occidentale. – Nullande a fait beaucoup mieux que toi en moins de temps. Lui, il a marié les invertis, écrasé d'impôts tes crétins de Comtois, multiplié les chômeurs plus que l'Autre qui multipliait les pains et surtout il a ouvert en grand les portes des prisons. Admets que tu as trouvé ton maître... Et je t'épargne ses exploits donjuanesques. Tu as joué petit bras avec ta planche à pain chantante... – Enfin, je note surtout que Nullande à envoyé nos preux chevaliers se faire trucider à la place des vôtres... – Normal, tu ne crois pas qu'on allait se colleter tous ces puants orques noirs à machettes rouillées et tous ces fanatiques orques verts égorgeurs de nains ! Lui, au moins, il sait faire libérer vos otages... – Il n'a aucun mérite, il paie cash pour ça, rétorqua Nulco.
– Tu en as fait autant nabot... Enfin, niveau soumission, tu ne lui arrives pas à la cheville ! Il va signer et faire signer le
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Traité d'échanges Ultramarins sans discuter un seul article. Je te rappelle que tu ergotais un peu sur le sujet. – Sauf votre respect, sublime Majesté, je reste persuadé que les Comtois, fins gourmets et grands amateurs de bonne nourriture et de vins de qualité, n'accepteront jamais d'ingurgiter des escalopes de dindes rincées à l'eau de Javel, de déguster des céréales, des fruits et des légumes génétiquement trafiqués et de se régaler de casse-croûtes fabriqués à base de carton bouilli et de viande synthétique pleine de soja et autres déchets plein de colorants infects ! – Tes hobbitts, vilain nain, ne connaissent rien à la nouvelle gastronomie globalisée. – C'est certain, Sire. – Chaque jour que Sauron fait, nous ouvrons quelque part dans le monde un nouveau spot de distribution de Quick and Junk Food. Et partout c'est un succès. Des steppes glacées du nord aux déserts brûlants du Sud, les gens se pressent pour se régaler des délices venus de notre divin Empire du Soda Sucré. Dans peu de temps, nous serons en mesure de nourrir toute la planète. Déjà, nous l'amusons, nous lui jouons de la musique, nous lui racontons de vilaines histoires, nous la berçons, nous la cajolons et nous jouons du bâton quand elle se tient mal. Que seriez-vous sans nous, petits Comtois rebelles ?
– Rien, Majesté, que dalle, je le reconnais humblement. Je note aussi que cette nullité de pingouin a su être encore plus servile que moi. J'en ai été le premier surpris. Je ne croyais pas cela possible. Ceci posé, je vous ferai remarqué que les carottes sont cuites pour lui surtout depuis qu'il a posé déguisé en eskimo kozakh avec une ridicule chapka en synthétique sur le crâne et depuis qu'il a invité tous ses amis dépités roses au
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Palais Balisé alors qu'il avait juré ne jamais s'y abaisser. Pas un jour sans une bourde ! C'est un concentré de balourdise cet animal ! S'il ose se représenter en 12017, il va prendre une déculottée comme on n'en a encore jamais vu dans toute l'histoire de la république comtoise. Rien que pour ça, vous devriez me soutenir sans réserve Majesté.
– Je te connais trop pour ne pas me méfier de toi, demi-portion... Déjà dans un pays normal, tu devrais prendre une veste toi aussi mais dans votre foutue Comté fromagère tout est possible, même l'impossible ou l'incroyable le plus improbable, mon think tank me l'a dit ! – Je gagnerai parce que je suis le meilleur, le plus beau, le plus génial... marmonnait nerveusement un Nulco repris par ses idées fixes. L'amour des foules est versatile. Il va me revenir renforcé, je le sens... – Tu peux toujours rêver, avorton... Mais il faut que je te rappelle un truc. Ton fils Louis est toujours interne à la Military Academy of North Hole. – Je vous l'avais confié pour que vous en fassiez un homme, un vrai, reconnut le petit homme qui ne voyait pas où l'autre voulait en venir. – T'inquiète pas Magypolka ! Ton rejeton, on en prend soin, fais-nous confiance. Lever 5 heures, douche glacée, soupe à la grimace, marche forcée, parcours du combattant, châtiments corporels, insultes, brimades, rien ne lui est épargné... – Pourtant, il m'avait envoyé une photo de lui tout souriant, en grand uniforme avec épée d'argent et shako à panache rouge. – Ca, c'était pour le décorum. Sa tenue habituelle, c'est
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plutôt battle-dress à l'extérieur et tenue de bagnard orange fluo à l'intérieur. – Vous n'allez pas lui attacher des chaînes aux pieds quand même, protesta le petit gouverneur déchu. – Ca ne dépendra que de toi, bonhomme, qu'on lui épargne passage à tabac, bizutage et autre accident plus ou moins mortel, lança l'infâme potentat grisâtre avant de raccrocher dans un grand éclat de rire moqueur. De rage, Nulco jeta le portable à terre et l'écrasa à grands coups de talonnettes rageuses. Le body-guard tenta de protester : « Vous m'en aviez fait cadeau un jour de bonté, beau Sire, il était à moi... Un smartphone à 800 balles quand même... Il va bien moins marcher maintenant... »
Sans un mot ni un regard pour son brave serviteur bongocolais, le petit homme s'engouffra dans le glissocoptère où l'attendait sa tendre épouse, le belle Bianca Biondi. – On est mal, Bianca, on est très mal ! Ouba ne croit plus en moi. Il ne me soutiendra pas. Pire, il me tient. Il va me faire chanter en permanence... » – Mauvaise idée, tu n'as aucune voix et tu chantes faux même quand tu t'accompagnes au pipeau ! – Je voulais dire qu'il retient en otage notre petit Louis... – C'est pas un islamiste, il ne va pas l'égorger ton rejeton... – On voit que ce n'est pas le fruit de tes entrailles, grommela Nulco soudain saisi de prurit sentimental. La belle chanteuse sans voix compatit mollement et en profita pour ajouter cette suggestion : « Tu devrais accepter que je te lise l'avenir. J'ai suivi des cours. Je suis devenue une vraie
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spécialiste de la boule de cristal. » – Au point où j'en suis, si ça ne me fait pas de bien, ça ne me fera pas de mal non plus. La chanteuse ladina recouvrit ses longs cheveux d'un grand voile de mousseline noire, cala sa boule de cristal sur un support en mousse synthétique, ferma les yeux, tendit ses mains fines et annonça, très concentrée : « Je vois nettement que tu vas réussir et remporter facilement cette présidence du parti bleu... » – Bon sang, tu ne m'apprends rien ! S'énerva le comte et tu me fous les jetons avec tes allures de sorcière en goguette ! Quel va être le résultat demain ? Il n'y a que cela qui m'intéresse. – Il sera bon et même très bon pour ne pas dire excellent... Mais de nombreuses tribulations t'attendent. Un peu partout, tes ennemis sont en embuscade. De faux amis vont chercher à te faire trébucher. Les juges potassent leur code pénal. Mais tu surmonteras toutes les difficultés, tu éviteras tous les pièges et tu sauteras tous les obstacles parce que tu es le meilleur ! – Arrête, Biance ! Tu es encore plus mauvaise comme diseuse de bonne aventure que comme chanteuse !
* Dès le lendemain, une centaine de petits bonshommes à bonnets et brassards bleu ciel investirent la ville et la campagne, tronc de fer blanc à la main. Ces enquêteurs ou collecteurs de votes d'un nouveau genre frappèrent aux portes du demi-millier de militants dûment encartés et à jour de cotisation pour ramasser les suffrages. Sous le regard peu
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discret de l'individu au brassard toujours pressé, l'électeur hobbitt de base devait graver une initiale sur la petite plaque de balsa que l'autre lui avait présenté. S'il daignait opter pour le « N » de Nulco, l'envoyé lui laissait discrètement quelques dolros pour sa peine, n'oubliait jamais de distribuer une poignée de bonbons aux enfants et de claquer deux bises à l'épouse qui ne votait pas (société archaïque oblige...) mais qui avait incité son mari à faire le bon choix. Dans le cas d'un « B » pour Baryton ou d'un « D » comme Dsamère, c'était dix coups de règle sur les doigts pour l'homme, deux beignes pour la femme et pas de sucreries pour les gosses...
En tombant dans la nuit du dimanche, les résultats ne surprirent personne. Nulco arrivait en tête avec 60% des votes suivi par Dsamère avec 31% et par Baryton avec 14%. Soit un total de 105% ! 5% de trop... Une sorte de part des anges sans doute... Malgré toutes les précautions démocratiques exposées ci-dessus, un esprit malin avait dû bourrer les urnes une fois de plus, mais cela ne choqua personne. Cela devenait une habitude chez les Bleus. Et il y avait belle lurette que dans la Comté tous les espoirs de renouvellement par cette pratique douteuse s'étaient évanouis...
Fort marri de ce résultat – il espérait obtenir au moins 80% et avait même parfois rêvé d'un 90 ou d'un 100% - , Nulco parvint à n'en rien laisser deviner lors de sa conférence de presse devant un beau parterre de journaleux et d'aboyeurs avides de répercuter sa moindre réaction épidermique. « Aujourd'hui est un grand jour ! Le premier d'une ère nouvelle ! Celui qui verra se profiler la résurrection puis la victoire du Parti Bleu. Dans leur écrasante majorité, les militants ont voulu me porter à la tête de notre Union des Mollassons et des Paresseux. Une fois encore, ils ont placé tous leurs espoirs sur mon auguste personne. Cela va m'obliger à
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retrousser mes manches, à prendre à bras le corps le destin des Bleus et à faire preuve d'inventivité, de créativité et de ténacité. Dès demain, je vais réunir autour de moi une équipe jeune, dynamique et innovante. Nous allons rénover de fond en comble ce grand mouvement. Rassembler, pacifier, proposer. Des idées nouvelles, des propositions enthousiasmantes vont jaillir de tous côtés. Les vieux concepts des années passées ont montré leurs limites. Sous ma houlette éclairée, le parti va se mettre en ordre de marche, se renforcer, pétiller de nouveauté et affuter armes et arguments en vue de la victoire finale qui, n'en doutons pas, ne nous échappera pas !!! »
C'était beau comme l'antique... Les bavards des radios et les cabots des lucarnes en furent pour leur frais. Ils remarquèrent juste que la garde rapprochée entourant le petit homme semblait réduite à ses éternels seconds couteaux, Veaupied, Badugroin et Kukusko-Cerisaie, autant dire pas grand chose...
Quelque temps plus tard, le petit homme annonça solennellement qu'il allait réunir autour de lui l'ensemble des anciens Premiers Sinistres de son bord. Ils formeraient un « Conseil des Sages » qui pourrait même évoluer en un « Shadow cabinet », instance qui avait plus à voir avec un gouvernement-bis qu'avec un lieu d'aisance. Quoique... Il pensait ainsi rallier à ses talonnettes le bon Jean-Pierre Lafarine qui sentait déjà la naphtaline, le brave Franck Fion qui puait la trahison pour avoir trop reçu de coups pendant les cinq années que dura son calvaire, le rival chouchou des lucarnes Alain Jupperaide qui empestait la rébellion sournoise et quelques autres. Tous refusèrent comme un seul homme. Jamais ces beaux messieurs, ces grands dignitaires ne participeraient à ce Comité Théodule, à cette mise au placard doré, à cet enterrement de première classe ou à cette mise à la botte du petit revenant hyperactif. Cela aurait signifié que tous se
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plaçaient en vassaux et lui en suzerain. Jupperaide et Fion se voulaient ses rivaux les plus déterminés. Lafarine qui ne se faisait plus la moindre illusion, s'en moquait royalement mais hurlait avec les loups, histoire d'exister encore un petit peu. Seul le grand Galopin de Villouzeau aux longues ondulations peroxydées et aux belle envolées lyriques accepta de grand cœur l'invitation, tout heureux de cet étonnant retour en grâce. Il n'en revenait pas que le comte de Magypolka ne veuille plus le suspendre à un croc de boucher comme il l'en avait menacé après l'affaire du « Clair Courant » de sinistre mémoire. Ainsi va la vie politique comtoise. Les ennemis d'hier font les amis de demain et vice-versa.
Nul besoin d'être grand clerc pour comprendre que ce Conseil mort-né ne fonctionnerait jamais. Il n'y aurait pas plus de caution supérieure que de garde rapprochée conséquente. Première initiative. Premier bide. Cela augurait mal de la suite des évènements. Feuilles de choux, radios et boîtes à troubadours s'en firent bruyamment l'écho. La plupart des barons du Parti Bleu renâclaient à se rallier au gouverneur viré par la porte et revenu par la fenêtre. Pire, dans leur immense majorité, les Comtois pensaient que le retour du petit homme n'était pas une bonne chose pour le pays.
Pour se consoler de ce premier revers, Nulco voulut prendre possession de son quartier général. C'était une tour délabrée en forme de concombre géant percé d'ouvertures rondes qui dispensaient une lumière parcimonieuse dans de petits bureaux plutôt sinistres. Au rez de chaussée, un gros chêne de plastique rouge et bleu décoré de boules et de guirlandes multicolores faisait office de logo et de vitrine. Quelques opposants taquins l'avaient vilainement tagué de toutes sortes de slogans hostiles...
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