Les Aventures Singulières de René : "Bal Tragique à Bidouilles-les-Ursulines"
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Description

René, docte médecin en retaite et personnage haut en couleur, est le vénéré Président Chef d'Orchestre du célèbre "Orphéon de Saint-Germain". Avec ses musiciens il vit une aventure singulière dans un petit village rural où l'Orphéon animait un bal.

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Publié le 01 mars 2012
Nombre de lectures 110
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Exrait

Bal Tragique
à Bidouilles-les-Ursulines  
Enquête de Jean Paul POIRIER  
Éditions de la Corne d’Or  
      AVIS AU LECTEUR      La tragédie narrée dans cette nouvelle « aventure singulière de René » ne constitue pas une œuvre d’imagination.   Les faits décrits ont malheureusement existé, l’auteur n’ayant fait que relater le témoignage d’un musicien de l’Orphéon ayant personnellement vécu le drame mais ayant voulu , par discrétion, conserver l’anonymat.   En raison du caractère violent de certains évènements et de l’abrogation de la censure en France, le lecteur est prié de vérifier seul s’il est bien en âge d’en poursuivre la lecture.                                                                                                 L’ éditeur  
 CHAPITRE 1     En rentrant nuitamment chez lui au volant de sa voiture René était satisfait : la répétition de l’Orphéon de Saint Germain en Laye, célèbre formation musicale qu’il présidait depuis sa création, avait été assez remarquable car le jeu des musiciens s’était amélioré .   Il en ressentit comme un bon présage pour les prochaines sorties de l’Orphéon qui devait animer deux importants bals dans les contrées avoisinantes à seulement quinze jours d’intervalle . Pas question pour autant de pouvoir se reposer sur ses lauriers . Cette répétition ne suffisait pas et deux autres lui semblaient impérativement nécessaires avant le premier bal .  Pour une fois il avait réussi à motiver suffisamment au moins quinze musiciens qui lui avaient promis de ne pas lui faire faux-bond au dernier moment . S’il comptait malgré tout une ou deux défections de dernière minute, les musiciens seraient quand même suffisamment nombreux pour ne pas lui faire perdre la face auprès des organisateurs de ces deux prochaines soirées de gala .  Tout en conduisant , René se remémorait les périodes difficiles qu’il avait traversées pour diriger cette farfelue fanfare et lui trouver des occasions de se produire en public : nombre d’incidents lui avaient fait craindre qu’elle ne disparaisse purement et simplement . Il avait ainsi subi la désertion de plusieurs de ses membres partis en retraite dans de lointaines provinces, ou mutés en d’autres contrées en raison de leurs activités professionnelles . Pire, certains n’avaient plus donné signe de vie du jour au lendemain et sans même le prévenir !   Un an auparavant René désespérait de voir ses troupes s’amenuiser . Heureusement son dévoué trésorier Michel, qui avait eu l’audace de participer en catimini à des manifestations de « l‘harmonie  » d’une cité voisine , avait su motiver certains de ses nouveaux amis pour qu’ils rejoignent en sus l’Orphéon . René pouvait donc maintenant compter sur une bonne vingtaine de musiciens . Pour les deux futures manifestations , son  Orphéon serait donc à la hauteur de ce qu il en attendait .   Pleinement rassuré et heureux de l’excellence de la répétition , René atteignit son domicile plongé dans l’obscurité puis rentra chez lui en sentant son l’appétit s’ouvrir et il se demanda ce que Claude, son épouse ô combien dévouée, avait bien pu lui préparer comme ultimes victuailles avant d’aller se coucher , à moins qu‘elle n‘aie préféré l‘attendre pour dîner et entendre sans tarder de sa bouche comment s’était déroulée la répétition.    Mais en pénétrant dans la cuisine, lieu où il prenait habituellement son dîner seul lorsqu’il rentrait à une heure trop tardive, il ne vit à sa grande déconvenue sur la table aucun plat préparé ni aucun couvert dressé .                                                                            1    
« Diantre  ! » en bougonna René . Claude l’avait -elle oublié avant d‘aller se coucher ? Cela ne lui ressemblait guère ! Sans doute était-elle souffrante . A cette pensée, le sang de René ne fit qu’un tour ; gravissant le plus rapidement possible les étages il se précipita soucieux dans la chambre à coucher . Mais le lit était désert ! Sur l’instant René crut avoir la berlue : jamais Claude ne lui avait joué un pareil tour . Jamais durant toutes leurs longues années de mariage elle n’avait eu l’audace de découcher . Il devait donc s’agir … d’autre chose .   
Sans aucun doute il avait dû , une fois de plus, ne pas faire suffisamment attention à ce qu’elle lui avait dit au cours de la journée ou des journées précédentes .  Au moment où il se disposait à préparer lui-même quelque assiette froide pour dîner frugalement avant de se mettre au lit, il entendit la lourde porte de l’entrée de sa demeure s’ouvrir en résonnant dans la cage d’escalier et il interrompit sa tâche avant même de l’avoir commencée puisque Claude étant de retour saurait bien mieux que lui confectionner le dîner .  Effectivement Claude, satisfaite de la réunion d’une association à laquelle elle s’était rendue et heureuse de voir René « déjà » rentré, sortit du réfrigérateur un plat de saucisses aux lentilles qu’elle avait cuisiné le matin même et qui ne demandait que quelques minutes pour être réchauffé .  René put alors, une fois de plus, goûter la tranquille complicité de sa vie quotidienne avec Claude. Sans même lui demander comment elle avait passé sa soirée il entreprit de lui raconter le bon déroulement de la répétition , sa satisfaction devant les progrès dus à son seul mérite réalisés par l’Orphéon , les prochaines sorties programmées, en un mot son vif contentement d’avoir un jour créé cette formation musicale philharmonique et, pour certains semble -t-il, thérapeutique .                                                                                                  «  la répétition de l’Orphéon  »     2  
 CHAPITRE 2     Le lendemain matin, René confortablement installé dans le fauteuil de son bureau au rez -de-chaussée de sa demeure tentait de se remémorer chacun des morceaux de musique que l’Orphéon avait le mieux interprété la veille durant la répétition . Il voulait en établir la liste pour qu’ils puissent être rejoués avec succès lors de la prochaine soirée de gala .   Il lui fallait donc éliminer les mélodies mal connues de ses musiciens ou encore trop difficiles pour eux afin d’éviter que des couacs ou des fausses notes viennent ternir la glorieuse réputation de l’Orphéon . Sinon il se couvrirait lui -même de ridicule auprès des organisateurs, leur ayant maintes fois vanté les mérites et le savoir -faire de sa formation musicale .  Tout à ses réflexions, il entendit à peine le claquement du couvercle de la boite aux lettres signalant que du courrier venait d’y être déposé . «  Pourvu quil ny ait pas trop de publicités » songea-t-il, en se retenant de maugréer d’avance contre cette fâcheuse habitude prise par les préposés de La Poste de distribuer des réclames sans intérêt sous couvert de rentabiliser le service public .  eSne xotuivrrpiat nlta  abvoeict eq uaeulxq ulee tdtirfefsi ceutl teé udt el as osnu rfparuistee udile,  Rneyn té rsoeu vdeirr iqgueau nv esres la portÉet ade sa maison  ul pli . nt habitué à recevoir chaque jour de nombreuses missives en raison de ses multiples fonctions de « Président » d’associations locales, René en déduisit qu’il devait probablement s’agir d’une nouvelle grève surprise spontanée des assimilés fonctionnaires de quelques centres de tri postal . « Que l e Époque ! » gémit -il en prenant le pli .   De retour à son fauteuil, il s’aperçut que l’enveloppe qu’il venait de ramasser ne comportait aucun timbre ni aucune date d’expédition imprimée . Elle avait donc dû être déposée discrètement par une personne pressée ou n’ayant pas voulu le déranger . De qui pouvait -il bien s’agir ? Elle lui était pourtant bien destinée car elle était libellée ainsi : «   A l’intention de Monsieur le Président de l’Orphéon de Saint Germain en Laye  » sans aucune autre indication concernant son nom et son domicile .  En fait, l’enveloppe contenait une curieuse missive anonyme, écrite au moyen de lettres découpées avec des ciseaux dans des journaux puis collées sur une vulgaire feuille de papier blanc .  Et voici ce que lut René :                                                    «   A Bas l’Orphéon .   Cessez de nous casser les oreilles avec vos fausses notes .                              Si vous n’arrêtez pas immédiatement d’outrager la musique                                             il vous arrivera à tous un grand malheur .                                                     Un mélomane exaspéré  ! »     3
A cette lecture , René fut un instant décontenancé : qui était ce prétendu mélomane qui n’appréciait pas la qualité artistique de son Orphéon ? Il ne pouvait vraisemblablement s’agir que d’un jaloux . Que pouvait bien signifier sa menace ?   René fut tenté, sur l‘instant, de réserver à cette curieuse missive anonyme le sort qu’elle méritait et alors qu’il commençait à la mettre en boule pour la jeter dans la corbeille à papiers de son bureau, il retint son geste : en sa qualité de Président Chef d’Orchestre , il se devait de ne pas la prendre à la légère pour le cas cette menace serait suivie d’un commencement d’exécution .    Il lui fallait, en effet, impérativement conserver la preuve de la malversation pour le cas où cet anonyme mal intentionné chercherait à nuire d’une manière ou d’une autre à la glorieuse réputation de l’Orphéon .   Toutefois il ne voyait pas très bien quel grand malheur pouvait s’abattre sur l’Orphéon . Certes celui-ci avait parfois connu des aventures peu glorieuses comme par exemple lors de la fête des impressionnistes sur l’île de Chatou ( note de l’éditeur  : cf.: «  Panique à lOrphéon» du  même   auteur ; édition malheureusement épuisée )  mais l’on ne pouvait pas pour autant les qualifier de « grand malheur . »  Après réflexion, le pire qui pouvait arriver était que lui -même, Président-chef d’orchestre, se trouve dans l’impossibilité absolue d’honorer l’une des représentations programmées de la formation musicale et qu’il laisse ses musiciens livrés à eux -mêmes sans sa compétente direction orchestrale . Pour sûr son absence ne manquerait pas d’être remarquée et le succès ne serait guère au rendez-vous ! Mais en dehors de cette hypothèse ( au demeurant de pure école ) rien de fâcheux ne pouvait réellement survenir à l‘Orphéon.   Il décida néanmoins de conserver la lettre anonyme, ne serait -ce que pour la collationner dans son « presse book » à titre de souvenir .    Et c’est l’esprit léger qu’il l’y classa, sans s’imaginer le moins du monde de la gravité des évènements qui allaient se dérouler et que vous -même, cher lecteur, êtes impatient de découvrir à la lecture des pages qui vont suivre .              4   
                                             CHAPITRE 3     Pendant les jours qui suivirent et les deux nouvelles répétitions de l’Orphéon, René oublia totalement la lettre anonyme qu’il avait reçue et la menace qu’elle contenait. Ses musiciens avaient encore progressé dans la virtuosité de leur jeu et tous les morceaux de musique devant faire les programmes des prochaines prestations de l’Orphéon étaient connus de tous par cœur, sans oublier la moindre quadruple croche .  René était satisfait de son propre travail : il avait réussi ( une fois n’était pas coutume !) à manier correctement son trombone à coulisse en étouffant dans l’œuf les fausses notes que ce stupide instrument avait trop tendance à émettre au beau milieu de ses envolées .  Il se sentait donc fin prêt pour le grand bal devant se dérouler le samedi soir même à « Bidouilles les Ursulines » ( note de l’éditeur  : lieu-dit situé à 15 kilomètres de La Queue en Yvelines  sur le  chemin vicinal n°13 ) où la prestation de l’Orphéon y était attendue depuis longue date.  Le maire de cette charmante localité, ravitaillée une fois par mois par quelques commerçants ambulants tentant de se débarrasser de leurs invendus, dépourvue d’école et de tout service public, essentiellement occupée par une surproduction de vaches laitières attendant les subventions communautaires avant d’être menées à l’abattoir, était une relation personnelle de René .  Il lui avait vanté les avantages de sa commune pour drainer alentour un public d’autant plus intéressé par l’Orphéon que les occasions de se divertir y étaient fort rares, le seul « café, bar, tabac, journaux, restaurant, épicerie, dépôt de pain, cabinet médical et vétérinaire » s’y trouvant n’étant ouvert que les vendredi, samedi, dimanche mais pouvant faire pour l’occasion office de Salle des Fêtes.  Pour sûr, le public ne manquerait pas de venir en nombre pour écouter l’Orphéon dont la notoriété n’était plus à démontrer, dépassant même l’hexagone pour s’être déjà produit outre -Manche et outre-Rhin .  N’ayant jamais mis les pieds dans ce bled reculé de la région parisienne et ne se fiant qu’à la bonne mine de son maire ( par ailleurs tenancier à temps partiel dudit café et fiscalement producteur laitier à temps supposé complet) René avait eu le vague sentiment que la mariée était trop belle et que le bagout de ce dernier devait cacher quelque chose.  Mais n’ayant, à l’époque, aucune nouvelle prestation en vue pour l’Orphéon, il avait peu hésité avant de s’engager. Le maire lui ayant de plus promis que l’Orphéon, outre l’accueil chaleureux du public, serait largement pourvu de toutes les victuailles et boissons nécessaires à volonté et sans bourse délier, paroles de bouvier et « tapes moi dans la main », René s’était finalement laissé convaincre à tout le moins de la bonne volonté de son co -contractant.     5
Il se devait donc de respecter sa parole donnée, quoi qu’il puisse par la suite arriver, sous peine de ne plus jamais pouvoir se regarder en face dans une glace.  Et ce qui fut promis fut effectivement fait ; les distingués membres de l’Orphéon se rendirent le samedi après-midi de la même semaine à « Bidouilles les Ursulines » sur l’ordre de René .   Cela ne se fit pas sans difficultés car le trésorier de l’Orphéon, dont la pingrerie était de notoriété publique, n’ayant pas voulu mettre à leur disposition un car, chacun dut se débrouiller par ses propres moyens ce qui ne manqua pas de poser des problèmes d’organisation d’une extrême complexité.  En effet, « Bidouilles les Ursulines » n’étant desservi par aucun service de transport collectif et les musiciens ne possédant pas tous un véhicule automobile individuel, il fallut faire preuve de beaucoup de rigueur mathématique pour réussir à les répartir avec leurs instruments dans les quelques voitures disponibles. Il s’en est donc fallu de peu que l’Orphéon se visse privé de son encombrante grosse caisse qui ne put faire le voyage qu en restant coincée sur une banquette arrière entre deux passagers au bord de l‘asphyxie en raison de l‘étroitesse de l‘habitacle. Un malchanceux dût même se résigner à venir à vélo au risque de n’être plus ensuite en mesure de pouvoir souffler dans sa trompette.  René avait bien spécifié à ses musiciens qu’ils devaient impérativement arriver au moins une heure avant le commencement du bal, rendez-vous étant par lui fixé sur la place du village face à la mairie. Mais il n’avait pu toutefois établir un plan précisant le trajet de « Saint-Germain-en-Laye » à « Bidouilles les Ursulines » à défaut de localisation précise de ce bled sur la carte routière Michelin et à défaut de possession par lui d’une carte détaillée d’état major.   Or arrivé le premier comme il se doit à tout Président -chef d’orchestre, il se vit donc dans l’obligation de patienter un temps qui lui parut une éternité et donc en maugréant, certains musiciens ayant bien évidemment fait plusieurs fois fausse route et cumulé de ce fait un nombre impressionnant de kilomètres que refusa tout net d‘indemniser, malgré leurs protestations, le trésorier de l’Orphéon .   Mais heureusement, seuls un musicien et une musicienne contraints par le sort de voyager ensemble faillirent manquer à l’appel bien qu’ils eussent pourtant quitté «  Saint-Germain-en-Laye » de bonne heure dans la matinée afin de pouvoir déjeuner tranquillement en cours de trajet ; ils eurent l’audace de tenter maladroitement de justifier leur retard par une prétendue … sieste digestive dans l’auberge où ils s’étaient arrêtés !   Finalement l’Orphéon au grand complet se regroupa comme prévu sur la place de « Bidouilles les Ursulines », certes avec quelque retard par rapport à l’horaire imparti par René, mais suffisamment tôt cependant pour pouvoir entreprendre les préparatifs de son installation sur scène avant l’arrivée du public.       6                                                                             
 CHAPITRE 4     Afin que le lecteur comprenne bien le déroulement des faits qui vont suivre, il doit savoir que « Bidouilles les Ursulines » , petit bled perdu au milieu des prés de la campagne francilienne, ne ressemble pas à l’image que s’en faisaient René et les membres de l’Orphéon.   Il s’agit en fait d’un coquet village fleuri, impeccablement entretenu volontairement à tour de rôle par les paysans l’habitant en l’absence de service de voirie municipale pour cause de budget communal particulièrement réduit.  Son seul bâtiment public est une charmante mairie située au milieu d’une petite place constituant le centre de son unique rue bordée d‘une trentaine de maisons rurales. Son seul commerce est le « café » en face de la mairie . L’ensemble est entouré de prés avec par -ci par-là des bâtiments agricoles plus ou moins éloignés les uns des autres.  Lors de leur arrivée, les musiciens de l’Orphéon eurent la surprise de n’y trouver pas âme qui vive, n’étant accueillis que par des aboiements de chiens errant sans laisse, comme si les habitants se terraient cachés dans leurs demeures. En revanche ils ne purent manquer de constater la présence de nombreuses vaches à priori bienveillantes, tant dans les prés alentour que dans l’unique rue et sa place centrale, qui les regardaient venir avec leurs gros yeux sans expression .  S’étant regroupés, comme prévu, l’un après l’autre et au fur et à mesure de leur arrivée sur la place de ce village désert d’habitants et n‘ayant rien de mieux à faire que d‘attendre, non sans quelque crainte que le bal programmé ne soit qu’un canular, ils trouvèrent le temps long et commencèrent à le manifester plus ou moins ouvertement.  René, inquiet lui-aussi d’avoir commis une grosse bévue, décida alors d’ ller se renseigner dans le a bar où devait avoir lieu le bal mais il n’y trouva personne ! Seul un petit écriteau posé sur le comptoir précisait « servez-vous et n’oubliez pas de mettre l’argent dans la caisse en partant » !  Ignorant tout des us et coutumes du commerce en terre rurale, René s’apprêtait à ressortir dépité lorsqu’il crut entendre des voix derrière le comptoir. Intrigué il s’en approcha et remarqua l’existence d’une petite porte restée ouverte et au dessus de laquelle un panneau réglementaire vert signalait en lettres blanches « sortie de secours ».  Elle donnait sur une grange ouverte à tous vents et dans laquelle plusieurs personnes, dont le maire du village, s’affairaient à terminer de monter une estrade et à placer tables, chaises et bancs.  A cette vue, René fut instantanément envahi d’un grand soulagement : il ne s’agissait pas d’un canular ; le bal aurait bel et bien lieu ; il n’avait pas fait déplacer ses musiciens pour rien .     7    
Tout heureux de s’entretenir, enfin, avec l’initiateur de la soirée, René oublia un instant d’aller prévenir ses musiciens qui, ne l’ayant pas revu après être entré dans le café, s’impatientaient de plus belle .   Finalement René ressortit par où il était entré mais accompagné par le maire qui s’empressa de remercier chaleureusement les musiciens, de leur demander s’ils avaient rencontré des difficultés pour venir jusqu’à son village, de leur proposer un rafraîchissement avant de commencer à déballer leurs instruments .  Au seul mot de « rafraîchissement », une ovation spontanée jaillit des gorges des musiciens dont chacun sait qu’il convient avant tout de rassasier, d’avance, la soif . Seul René resta de marbre devant la proposition du maire, non qu’il n’ait eu lui -même envie de boire un petit coup, mais par crainte des abus de boissons alcoolisées malheureusement fréquents chez certains des distingués membres de l’Orphéon.   Il faut reconnaître que la crainte de René n’était pas totalement infondée : à la fin du pot de bienvenue, d’autant plus copieux qu’il était servi à volonté, certains n’arrivaient qu’avec peine à retrouver leurs instruments et, pire encore, à les sortir de leurs étuis.  Pour permettre aux vapeurs d’alcool de quitter plus rapidement les cerveaux, René pensa qu’un peu d’activité physique avant le bal ne serait pas inutile ; il ordonna à tous de se mettre correctement en file indienne, deux par deux, pour un défilé dans la rue du village.  Bien lui en pris, car la joyeuse pagaille qui en fit office dans la rue désertée d‘habitants eut au moins le mérite de constituer l’ultime répétition face à un public de vaches laitières peu sensibles aux couacs et fausses notes s’échappant des instruments.                                                        « la voiture des deux derniers retardataires »    8
 CHAPITRE 5     Sitôt terminée la parade de l’Orphéon devant les vaches laitières constituant l’essentiel de la population de « Bidouilles les Ursulines », quelques musiciens fatigués par l’effort qu’ils venaient d’ omplir prirent la décision d’aller sans plus tarder s’allonger au milieu des prés en pleine acc verdure pour se reposer un court instant. Ils furent rapidement rejoints par l ensemble de la troupe, au grand mécontentement de René furieux de voir s’éparpiller ses musiciens dans la nature.  Mais personne ne voulut et ne put entendre ses remontrances suivies de gémissements !  Ce ne fut que la fraîcheur de la fin d’après -midi qui fit sortir les musiciens de la douce torpeur dans laquelle ils s’étaient laisser aller pour les faire se diriger, le cerveau encore engourdi, avec leurs instruments dans la grange où devait se dérouler le bal que l’Orphéon était chargé d’ imer.  an  Au fur et à mesure de leurs préparatifs sur l’estrade faisant office de scène, le public commença à arriver et la grange fut vite envahie par un brouhaha de conversations allant crescendo proportionnellement au nombre de bouteilles de boissons alcoolisées distribuée par le bistrotier de service, par ailleurs maire du village à ses heures perdues et présentement organisateur de la soirée.  Vous décrire l’allure des arrivants nécessiterait de nombreuses pages que les Éditions de la Corne d’Or ne sont malheureusement pas en mesure de vous fournir, faute de financement suffisant, le présent ouvrage n’étant publié qu’à compte d’auteur.   Toujours est-il que le panel de l’assistance était plus large que celui des lecteurs de « Tintin et Milou » . On pouvait y remarquer notamment une plantureuse jeune paysanne donnant d’une main le sein à son nourrisson tout en maniant de l’autre un fauteuil à bascule sur lequel trônait assoupie une ancêtre dont les rides dissimulaient totalement le visage.  Affairé à donner ses instructions à ses musiciens sur la place respective que chacun devait occuper sur l’estrade pour faciliter sa direction musicale et éviter les entrechoquements des instruments en cours de jeu, René mit un moment à se rendre compte que la grange était pleine à craquer, toute la population locale y compris celle de plus de mille lieues à la ronde semblant s’être déplacée.   Il se fit la réflexion qu’il n’aurait jamais cru auparavant qu’il puisse exister autant de monde vivant en dehors des zones urbaines de la région parisienne, dans cette campagne francilienne des fin-fonds des Yvelines.  En tous cas il était heureux de constater que le maire de « Bidouilles les Ursulines » ne lui avait pas raconté des sornettes : le public était bien au rendez -vous et en nombre beaucoup plus important qu’il ne l’avait lui -même espéré. Nul doute que la notoriété de l’Orphéon devait y être pour quelque chose !   9  
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