Les Aventures Singulières de René : "Panique à l

Les Aventures Singulières de René : "Panique à l'Orphéon"

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René,docte médecin à la retraite, Président Chef d'Orchestre du célèbre Orphéon de Saint Germain, anime avec ses musiciens la traditionnelle Fête des Impressionistes sur l'île de Chatou.
Un évènement inattendu vient alors semer la panique dans l'île.

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Publié le 08 mars 2012
Nombre de lectures 53
Langue Français
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Panique  à l’Orphéon  
Propos recueillis par Jean Paul POIRIER  
Éditions de la Corne d’Or  
 AVERTISSEMENT       Les lieux , faits et personnages décrits dans cet ouvrage ne sont aucunement de pure fiction . L’auteur n’a fait que retranscrire les propos d’une rescapée .   Certains des évènements étant susceptibles de choquer des âmes sensibles , le lecteur est prié de vérifier s’il est bien en âge et en mesure de commencer à en feuilleter les pages .                                                                                               L’éditeur .    
 CHAPITRE 1    «  Délicat , on fait dans la délicatesse .  un , deux , trois  » . René , qui venait de donner cette instruction , était le Chef (le « Vénéré Chef » disaient certains) de l'Orphéon de Saint-Germain-en-Laye . Il présidait les destinées de cette formation musicale depuis sa création , c'est-à-dire depuis maintenant une vingtaine d'années .  Son secrétaire clarinettiste , Michel , prit son souffle pour commencer , en solo , une ouverture de sa composition à la très célèbre "Truite" de Schubert . Les autres musiciens se préparaient , en silence , à démarrer ce morceau choisi de leur répertoire , maintes fois répété , et maintes fois joué dans l'allégresse à la plus grande satisfaction du public.  Il faut reconnaître que l'Orphéon de Saint -Germain-en-Laye avait fière allure , avec ses personnages hauts en couleur , magnifiquement habillés de costumes d'antan , d'une époque hélas révolue où les hommes portaient élégamment redingote , haut -de-forme et gants blancs , comme des gentlemen issus de quelque monarchie anglo -saxonne . De surcroît , leurs mines réjouies témoignaient qu'ils prenaient eux -mêmes au moins autant de plaisir à jouer que le public à les écouter.  Or , cet après-midi là , le temps était de la partie , car les giboulées printanières s'étaient estompées depuis la veille , et le soleil faisait étinceler le cuivre des instruments de musique qui rutilaient au milieu de la verdure de ces berges de l'île de Chatou où la Fête des Impressionnistes battait son plein.  La matinée avait été toutefois quelque peu tumultueuse , René ayant rencontré des difficultés à rassembler sa troupe , certains (toujours les mêmes) ayant "oublié" cette manifestation pourtant prévue de longue date , d'autres ne retrouvant pas leur costume ou s'apercevant au dernier moment qu'ils auraient dû réparer quelque menu dommage survenu à leur redingote ou à leur instrument .  En outre , le solide déjeuner offert avant le spectacle avait bien failli ne pas se dérouler dans la bonne humeur habituelle en raison d'une fâcheuse tendance du gargotier de service à limiter le nombre de bouteilles de vin destinées à épancher , d'avance , la soif des musiciens .  Toujours est-il que , bon gré mal gré , la troupe avait dû se mettre rapidement en place , les victuailles à peine terminées , et sous la férule de René , afin de respecter l'horaire précis qui lui avait été imposé par les organisateurs de la fête .  Après avoir parcouru pédestrement et en plein soleil la centaine de mètres séparant l'emplacement réservé aux restaurants de la scène en plein air surmontée d'un large dais installée pour l'occasion , puis s'être positionné dans l'ordre des chapitres , chacun s'attachait à observer les gestes de René Président Chef d'Orchestre , attendant en silence le moment précis où il lui faudrait commencer à jouer .   
 Le trac qui avait un court instant saisi quelques uns des musiciens s'était totalement dissipé , et le récital commençait devant une foule pittoresque puisqu'il était de tradition de venir à la Fête des Impressionnistes vêtu comme au début des années 1900 . Le public était d'autant plus attentionné que la renommée de l'Orphéon de Saint -Germain-en-Laye dépassait largement les frontières des communes avoisinantes :  Ne s'était -il pas déjà produit à travers toute la France , même dans ses confins les plus éloignés du fin-fond de l'Auvergne , et également Outre Manche à Birmingham (Grande Bretagne) devant une bonne centaine de milliers de personnes venues , disait -on , tout exprès du monde entier pour l'écouter ?  Les notes commencèrent à s'écouler délicatement de la clarinette de Michel , faisant songer à une myriade de libellules bruissant auprès d'un fin ruisseau . Un soupir après la ronde succédant aux dernières envolées de triple -croches , l'ensemble de la troupe démarra , doucement , la première mesure de la "Truite" de Schubert , avec un soupçon de cette béatitude qui caractérise les gens heureux de réussir la tâche qu'ils se sont fixée.  L'assistance , qui jusqu' l rs s'était éparpillée sous les ombrages des arbres ornant les a o berges de la Seine en discutant , était maintenant regroupée à découvert devant la scène et retenait son souffle , témoignant ainsi de son intérêt pour la mélodie et participant à l'effort soutenu des musiciens.  Des canotiers , qui ramaient énergiquement pour faire avancer leurs barques à contre courant de la Seine , s'étaient à présent mis en dérive afin de ne pas perturber par des clapotis intempestifs de l'eau sur leurs rames l'attention des spectateurs , et pour pouvoir eux mêmes mieux prêter l'oreille à la musique qui se jouait .  La représentation commençait bien , et René , tout en maniant son trombone avec le sérieux qui sied à un chef d'orchestre , ne pouvait s'empêcher de s'enhardir dans quelques figures gestuelles dignes des jazzmen les plus chevronnés , se penchant en avant lorsque il en réduisait la taille , se rejetant en arrière lorsque il en ouvrait totalement la coulisse , au risque de faire chuter brusquement son haut -de-forme .  Son oreille aiguisée écoutait chacun des musiciens de la troupe , qu'il surveillait également en même temps du coin de l'œil :               Il remarqua ainsi que son vieil ami André , en battant avec trop d'ardeur son tambour ,avait fait se décoller en partie la fausse moustache qu'il arborait fièrement , lui donnant l'air d'un curieux accent circonflexe ; et par rapprochement d'idées le souvenir de cette petite astuce d'orthographe apprise dans l'enfance "le chapeau de la cime est tombé dans l'abîme" lui revint , il ne sut pourquoi , tout à coup en mémoire.              Devant les gestes mécaniques et rudes de son amie Jeannine , surnommée affectueusement « Mamie Nova » , frappant sans les regarder ses cymbales à très proche proximité de sa généreuse poitrine , René se mit à s'inquiéter que , par mégarde , elle ne se coince malencontreusement la pointe d'un sein.  
   Percevant fort distinctement les notes pleines de rondeur sortant du soubassophone gigantesque qui doublait la taille de son ami Jules , René fut pris d'une forte envie de sourire en se remémorant les imitations de braiments faites par ce dernier lors d'un amical repas ayant regroupé toute la troupe , la saison passée , dans sa résidence de vacances .              Apercevant son amie Brigitte , dont le chapeau de paille orné de fleurs champêtres posé gracieusement sur la tête rehaussait l'apparence d'une jeune fille , et la voyant taper sans ménagement avec son maillet sur sa grosse caisse , René se demanda s'il réussirait à lui faire rattraper le contre-temps qu'elle semblait s'évertuer à lui imposer depuis le début du morceau .              Quand à son ami Jean Paul , il n'avait pas cru devoir éteindre le mégot qu'il fumait juste avant l'introduction musicale de Michel , et il l'avait coincé , encore fumant , en haut du manche de son banjo . René décida de lui faire une ultime remontrance , sitôt "La Truite" terminée , d'autant plus que les cheveux perpétuellement en désordre de ce fumeur impénitent dépassaient sans aucune grâce de son couvre -chef , le faisant plus ressembler à un clown sorti tout droit de Médrano qu'à un digne représentant de l'Orphéon .  Toutefois René constata que tout un chacun jouait correctement , avec sérieux et entrain , et il était satisfait de l'ensemble , à l'instar du public lui -même qui ne semblait pas mécontent de la prestation , son bavardage n'ayant pas repris et les spectateurs étant restés immobiles , debout , écoutant la musique avec une attention renouvelée .  La fin de ce premier morceau du répertoire fut suivi d'un applaudissement chaleureux , la foule venant ainsi combler le plaisir des musiciens .  Il faisait beau , les gens étaient heureux , et René estima que la Fête des Impressionnistes de cette année pourrait faire date dans la carrière de l'Orphéon .  
Le déjeuner avant l’effort  
La suite des évènements de cette journée n'apporta aucun démenti à ce sentiment , bien au contraire .....    CHAPITRE 2     A cet instant du récit , et pour permettre au lecteur de bien comprendre le déroulement des faits qui vont suivre , il est utile de préciser que la Fête des Impressionnistes se déroule , une fois l'an , en un lieu spécialement réservé par la municipalité de Chatou à des manifestations de toutes natures . Cet emplacement se situe très précisément à l'entrée de la commune , sous le pont enjambant la Seine , et de part et d'autre de celui-ci , le long des rives de l'île abritant jadis les célèbres restaurants Gicquel et Fournaise , lieux de prédilection des peintres de ce début de siècle qui venaient s'y ébattre en frivole compagnie durant les fins de semaine ensoleillées .  Cet endroit est de nos jours aménagé de manière différente selon les manifestations devant s'y dérouler , tantôt en lieu de promenade pourvu de ci de là de diverses guinguettes et estaminets , tantôt en exposition commerciale encombrée de stands de toutes sortes comme c'est le cas notamment durant la Foire à la Brocante et au Jambon.  Cette année là , cette foire qui avait précédé de plusieurs semaines la Fête des Impressionnistes avait subi les assauts du mauvais temps , les exposants s'étant retrouvés au milieu d'un véritable bourbier , la terre se détrempant au fil des jours . A la fin de la foire , tous les commerçants avaient remballé tant bien que mal leurs marchandises invendues avec hâte et précipitation , sous une pluie battante et glaciale , rechargeant sans ménagement leurs camions dont les roues avaient créé de profondes ornières dans le sol .  Ainsi , au lieu de rendre les lieux propres et débarrassés de tous détritus comme d'usage en circonstances ordinaires , ils étaient repartis en laissant sur place , dans leur précipitation , bon nombre de rouilles et débris divers qui jonchaient le sol , à moitié enfoncés dans la boue . Les ouvriers de la voirie qui , les jours suivants , démontèrent les stands avaient sans y prêter attention dans leurs manœuvres enfoui encore un peu plus ces objets devenus sans maître . Et pour rendre plus agréable l'espace destiné à la prochaine manifestation , ils avaient même apporté puis ratissé le contenu de deux pleins camions de graviers pour faire totalement disparaître toutes traces de cette foire.  La scène de plein air installée ensuite pour accueillir lors de la Fête des Impressionnistes les divers groupes folkloriques devant s'y produire avait été
implantée à l'emplacement exact de plusieurs stands de brocanteur , bien calée sur des parpaings assurant sa totale planéité .    Avant le passage sur celle-ci de l'Orphéon , elle avait résisté sans aucune difficulté aux lourds pas d'une troupe de bistrotiers Auvergnats émigrés en région francilienne dansant en sabots des Bourrées , puis aux assauts d'une association diocésaine de Bretonnes chantant des Comptines du terroir et enfin aux vaillantes "Scottishs" d'un groupe d'écossais cornemusés vraisemblablement échoués là par hasard et dont les kilts dénotaient quelque peu au milieu des tenues froufroutantes des spectatrices vêtues pour l'occasion d'authentiques robes à faux -cul .   «  Et maintenant , Mesdames et Messieurs , nous a l ons vous interpréter le dernier succès à la mode d'Aristide Bruand : Autour du Chat Noir »  .  Sans doute subjugué par l'allure gouailleuse d'une jeune beauté outrageusement maquillée , dont les lèvres fortement carminées donnaient envie de s'encanailler , et qui se tenait debout juste en bas de la scène , René venait de décider du prochain morceau en perturbant l'ordre qu'il avait lui-même préalablement fixé et fait apprendre par cœur , par souci de prudence , à chacun des membres de sa troupe .   Habitué à suivre ses instructions au pied levé , l'Orphéon avait à peine commencé à en jouer , dans un ensemble parfait , les premières notes que la foule se mit à chanter à l'unisson les paroles de la célèbre ritournelle ; celle -ci fut immédiatement suivie d'une autre tout aussi connue , puis encore d'une autre , provoquant à chaque fois la satisfaction d'un public d'autant plus complaisant qu'il en savait par cœur les strophes et les couplets .  Il y eu bien un petit moment d'hésitation dans les rangs des spectateurs lorsque , dans l'euphorie du moment , René donna ensuite l'ordre à sa troupe d'entamer une chanson des plus paillardes intitulée " Charlotte" car la foule préféra s'abstenir , par pudeur , d'en dire les paroles , mais elle scanda des deux mains la prouesse des musiciens dont l'exécution fut suivie d'un tonnerre d'applaudissements.      Il faut en effet rappeler que l'Orphéon qui naquit avec la complicité des grands musiciens que sont restés Claude Luter , Maxime Saury et Camille Sauvage , lors de l'inauguration en 1977 de la ligne A du RER à Saint -Germain-en-Laye , constitua rapidement ce qui allait devenir son répertoire dans la lignée des chansons grivoises habituelles aux carabins , sans doute en raison de l'appartenance à des professions médicales d'un certain nombre de ses membres fondateurs .   Ce répertoire s'était ensuite enrichi de mélodies d'avant guerre , connues de tout un chacun et ne nécessitant pas de la part de leurs interprètes des connaissances musicales approfondies . En tous cas , et même si le jeu des musiciens émettait parfois des notes discordantes , leur entrain et leur bonne humeur arrivaient à créer une
ambiance particulièrement joyeuse et leurs authentiques redingotes et chapeaux haut de forme laissaient les spectateurs ravis d'une telle prestance .      Leur succès , renouvelé aujourd'hui durant la Fête des Impressionnistes , rendait heureux René qui commençait à se laisser aller , à prendre confiance et à moins se soucier de la suite des évènements.  Le sort toutefois est aussi changeant que le tempérament de certaines engeances féminines et l'Orphéon devait en faire peu après la cruelle expérience.   
Brigitte et Jean Paul  
René Président Chef d’Orchestre  
       CHAPITRE 3     Le répertoire de l'Orphéon était maintenant bien entamé , sans que trop de fausses notes n'aient fusé des instruments . Il y eut bien un léger décalage quand Olivier , saxophoniste , voulut démarrer seul une mesure dans une tentative de solo , mais chacun l’écouta en silence jusqu'à c 'il ait terminé son demi octave de trop .  e qu  En outre , René manifestait parfois son mécontentement et fronçait les sourcils en direction du tambour d'André quand il estimait ses roulements par trop intempestifs . Mais dans l'ensemble , il semblait flotter sur un petit nuage de satisfaction tout en maniant avec vélocité son trombone à coulisse .  Tous les musiciens s'attachaient à donner le meilleur d'eux -même devant un public qui partageait effectivement leur entrain et leur bonne humeur .  Personne ne s'aperçut que l'un des parpaing maintenant calée à l'horizontale la scène et situé à l'un de ses quatre coins avait , sous les vibrations de l'orchestre , commencé à pénétrer centimètre par centimètre dans le sol dont la texture était , malgré les diligences des ouvriers de la voirie , restée particulièrement spongieuse bien que sa surface fut recouverte d' couche de graviers . une  Soudain , cette cale rudimentaire s'enfonça brusquement plus profondément , sans doute en raison de la présence cachée d'une poche d'eau , provoquant en même temps un affaissement de l'angle de la scène qu'elle avait pour rôle de soutenir .  Cette dernière , déséquilibrée , se mit à pencher de plusieurs degrés en direction des spectateurs , entraînant tout net des couacs des plus disgracieux parmi l'orchestre .  La grosse caisse de Brigitte , posée à terre par elle pour épargner ses reins , du fait même de l'inclinaison de la scène commença à descendre la pente avec la rapidité et le vacarme d'un fût de bière en cours de déchargement d'un camion de brasseur , et , arrivée à son extrémité , dégringola dans la foule , tomba dans les bras de la jeune beauté aux lèvres rouges aguichantes , la faisant se renverser en arrière et chuter sur son postérieur , le frou-frou de sa robe remonté jusqu'aux aisselles .  Une clameur de surprise jaillit spontanément de la foule et les spectateurs des premiers rangs s'écartèrent avec prudence . Toutefois certains privilégiés purent ,
subrepticement , entrevoir le trésor jusqu'alors caché de son anatomie car par inadvertance , à moins que ce ne fut par malice , la belle s'était abstenue de mettre sa culotte .     Sitôt rétablie sur pieds par des mains secourables , puis revenue de son émotion , elle remit un peu d'ordre dans ses vêtements et sa dignité , et ne sembla pas prendre ombrage de sa mésaventure , car elle se mit à en rire à gorge déployée malgré les réflexions goguenardes de quelques esprits railleurs , mais en tous cas au grand soulagement de René .  Seule l'allure quelque peu cabossée de la grosse caisse , remontée sur la scène on ne sait trop par qui , chagrina René , et surtout son trésorier calculant déjà les conséquences de sa réfection sur les finances de l'orchestre .  Après un entracte forcé d'une bonne demi heure , le temps de réparer la scène , la musique reprit mais non sans quelque crainte des musiciens de voir à nouveau les planches s'effondrer sous leurs pieds . L'incident fut cependant vite oublié du public , et l'après-midi continua de s'écouler sereinement , René espérant qu'aucun autre fâcheux coup du sort ne viendrait perturber la fin de la prestation de l'Orphéon .  Il faut croire que les dieux n'étaient pas eux -même de la fête , car malgré le souhait de René , la suite du récital ne put se dérouler aussi bien qu'il avait commencé ...  Depuis le début de la matinée , la Fête des Impressionnistes , qui se déroulait en plein air , bénéficiait de la clémence du temps en cette période printanière , et les visiteurs s'était audacieusement habillés en tenues estivales d'un autre âge , heureux d'avoir échappé à la grisaille de l'hiver .  La distribution traditionnelle de canotiers et autres chapeaux de paille par les organisateurs de la fête à chacun des arrivants , ainsi que l'effort fourni par ces derniers pour se vêtir comme au bon vieux temps , donnaient à cette manifestation le cachet suranné d'une passé à peine lointain où le stress n'avait pas encore totalement envahi la région parisienne et où la principale activité dominicale ne consistait pas à être vissé devant le poste de télévision .  Avec ses guinguettes , ses estaminets , ses loteries , ses jeux d'adresse , ses attractions pour enfants et son spectacle musical , l'ambiance était il faut bien le dire au « beau fixe » tant pour les chalands que pour l'Orphéon .  Mais , en catimini , quelques petits nuages blancs vinrent se fixer au dessus de l'île de Chatou comme des observateurs bien placés du déroulement de la fête . Ils furent bientôt rejoints par une horde moutonnante cachant en partie le soleil qui n'arrivait plus qu'avec peine à percer de ses rayons cet attroupement de curieux .  
Bien vite , cependant , il n'y eut plus qu'une véritable forteresse de cumulus nimbus , provoquant une quasi pénombre . Le vent , qui s'était absenté depuis la veille , se mit à revenir après un détour dans une frileuse province voisine . Des frissons apparurent sur les bras dénudés des élégantes , et même sur les larges épaules d un prétendu lutteur ' de foire qui s'efforçait d'attirer l'attention sur des altères en bois qu'il faisait semblant de soulever avec difficultés .  La première goutte d'eau qui s'échappa du ciel se précipita sur la pointe d'une plume ornant le chapeau à ramages d'une forte quinquagénaire dont le corsage semblait vouloir craquer à chacune de ses respirations .  Puis elle glissa sur la tige et vint choir sur le nez de la rombière qui , de surprise , s'exclama avec la plus déroutante des banalités : "Tiens ,voilà qu'il pleut ! ". A ces mots , les spectateurs qui s'apprêtaient à battre des mains , debout devant la scène , levèrent la tête vers le ciel et constatèrent avec effroi que l'orage allait se déchaîner .  Ils n'eurent pas le temps matériel de décider s'il leur était ou non préférable de quitter leur place devant l'orchestre , car d'un seul coup les vannes du ciel s'ouvrirent en grand , accompagnées d' n premier mais vigoureux grondement du tonnerre .  u  Ce fut alors une débandade des plus réussies , les plus optimistes se précipitant sous les feuillages des arbres ornant les rives , les plus pessimistes cherchant à regagner rapidement leurs véhicules stationnés à l'entrée de la fête .  Dans la déroute , les délicates ombrelles se retournaient dans tous les sens , les charmants canotiers tourbillonnaient en l'air en se prenant pour des cerfs -volants , les jolis corsages s'agglutinaient autour des formes plus ou moins généreuses de leurs propriétaires , les dentelles et les frou-frou traînaient piteusement dans la boue liquide ruisselant sur le sol , ralentissant dans leur course les pas féminins .   Dans la cohue certains appelaient  "Maman " , d'autres tentaient de profiter de l'occasion pour abandonner leur belle-mère . Il y eut des glissades sur boue mémorables , des chutes spectaculaires , des collisions sans effets spéciaux dignes des studios d'Hollywood .  Deux incidents marquèrent plus particulièrement cette fin d'après -midi dont les manchettes des gazettes locales se firent l'écho :  -Sous l'effet de la pluie ruisselant sur son visage et ruinant son provocant maquillage , la belle sans culotte effraya une classe entière de jeunes filles du pensionnat de la Légion d'Honneur venues avec leur maîtresse profiter de la fête ; affolées elles s'éparpillèrent comme des poules devant un renard , et il fallut pas moins d'une journée entière pour les retrouver saines et sauves et leur faire regagner leur établissement scolaire .           La rombière qui , malgré elle , avait déclenché l'alerte , fut propulsée par -mégarde la tête en avant dans la Seine par un inattentioné empressé non identifié ; elle plongea à pic au fond du fleuve en gesticulant pour tenter de nager , craquant définitivement les coutures de son corsage dans ses gestes désordonnés ,