Nuits Précaires

Nuits Précaires

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Français
190 pages

Description

Roman/ 188 pages.
"Dans le marché lucratif de l’accueil social, les seuls à dormir tranquille sont les marchands de sommeil.Quelques mètres carrés insalubres, un loyer exorbitant, l’oppression de Bob, le profiteur de la misère qui se voit honnête, c’est la grisaille permanente du Pardalis, un hôtel sordide de la capitale. Dans ce pourrissoir, les résidents et les veilleurs de nuit se croisent sur fond d’escroquerie et de faux amis des pauvres.
L’auteur, ayant travaillé dans divers lieux d’hébergements sociaux retranscrit dans ces sept nuits précaires les situations et la parole des victimes de notre politique d’immigration et du logement. Un témoignage réaliste et parfois cru sur le traitement indigne des souffrances sociales".

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Publié le 06 août 2014
Nombre de lectures 57
Langue Français
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NUITS PRECAIRES
Arnaud GABRIEL
Site internet du roman : http://nuitsprecaires.weebly.com/
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Remerciements :
A ma femme, Sonia, pour son aide et pour me ramener à la plume.
A Martina Wachendorff pour ses corrections et son soutien.
A Théane Petitboulanger pour ses relectures plus attentionnées que mes écritures.
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 La félicité quand la lumière se calme. Plus la peine de baisser la tête, plisser les yeux. Samuel peut enfin marcher tête relevée sans rechercher l’ombre. Il lui reste deux heures d’obscurité avant de débuter sa veille. Il se perd dans ses pensées en rejoignant lentement le foyer de jeunes travailleurs dans lequel il vit.  Encore un après-midi passé dans les librairies d’occasions. Son sac à dos est rempli de livres de poche, romans, pièces de théâtre et poésies.  Samuel retrouve sa chambre et ses livres empilés par ordre alphabétique des auteurs. Le goût pour les livres lui a été transmis par sa 7
grand-mère Hélène, ancien professeur de français. Du côté de Maxence, son colocataire, le désordre. Vêtements sales, disques éparpillés, lit défait, documents étalés. Des posters de groupes de rock ornent son mur. Samuel n’a jamais su comment décorer le sien. Seules les photos d’une plage et d’une campagne sont épinglées au dessus de son lit.  Il s’étend une heure afin de retrouver suffisamment de force pour la nuit. Il feuillette l’un des livres qu’il vient d’acheter avec son dernier billet. Il en respire les pages moisies quelques instants. L’histoire est celle d’un monde où s’opposent des tyrans en guerre vivant dans des châteaux de sable ou des châteaux de cartes. Le temps passe en lecture et en somnolence.  L’heure de détente achevée, Samuel sort du lit afin de préparer son sac. S’habiller chaudement, s’asperger le visage d’eau fraîche afin d’être bien réveillé, refaire son lit. Il est prêt.  Il croise dans l’entrée du foyer l’assistante sociale, femme maladroite et impatiente. Sa longue jupe plissée, son chandail épais, son allure de sœur missionnaire sont pour elle des symboles de son sérieux, de sa rigueur. Elle ne s’autorise aucun sourire inutile.
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 - Samuel, vous tombez bien ! On attend votre chèque depuis une semaine. Vous allez devoir nous quitter si vous ne payez pas !  - Madame Leguis, je vais devoir trouver autre chose. Vous connaissez ma situation. Il faut que je trouve un hébergement moins cher. Les aides n’y suffisent pas.  - Vous trouverez difficilement moins cher qu’un foyer.  - Donnez moi alors quelques jours pour payer.  - Le règlement que vous avez signé stipule que les paiements se font avant le dix de chaque mois !  - Je vous règlerai dès que je recevrai ma paye, dans trois jours.  - On va vous faire un courrier de rappel.  - Vous venez de me faire ce rappel. Inutile de faire un courrier, j’ai compris madame Leguis.  - C’est la procédure habituelle. Les écrits restent.  Maxence sort de la salle de télévision située à droite de l’entrée.  - Et nous, on ne reste pas ! Et nos paroles non plus ! Seulement les écrits !  - Maxence, vous savez que c’est la procédure. C’est comme ça… Bonne soirée.  L’assistante sociale part. Elle évite ainsi un conflit de plus avec un résident du foyer. Elle 9
se préserve du rougissement de son visage, de son souffle court et du tremblement de ses mains qui la trahissent lors de tout haussement de ton.  - Celle-là ! Elle ne parle qu’avec des phrases-types, elle ne fait que des courriers-types et n’aime que les gens-types ! Ridicule !  - Vox Leguis, vox Dei. Pas d’alternative, sinon la fuite.  - Alors tu vas t’en aller ? T’es pas bien dans cette jolie taule ?  - Je n’arrive toujours pas à me reposer en journée. Trop de bruit, de désordre. Ici, c’est Capharnaüm puissance dix.  - Ecoute Nosfératu ! Moi je ne peux pas faire mieux! Je bosse la journée ou je squatte la salle télé. T’as la chambre pour toi.  - C’est pas toi le problème, c’est le foyer. Ça court, ça crie, ça claque les portes, ça chante. J’ai l’impression de dormir dans un asile.  - Eh ! On est en banlieue ici, en zone 4. Plus on s’enfonce dans les zones et plus le taux de dégénérés est grand !  - Mais non ! Pas plus de dégénérés ici qu’ailleurs. C’est surtout le taux d’adolescents attardés qui est grand. Et mon vrai problème, c’est que je n’arrive plus à payer.  - Bonne chance pour trouver mieux à moins cher. Pas gagné ! 10